Les docteur.e.s du deuxieme gouvernement d’Elisabeth Borne

gouvernement d’Elisabeth Borne

Après le second gouvernement d’Edouard Philippe de 2017, voici la liste des ministres et secrétaires d’état docteur.e.s du gouvernement d’Elisabeth Borne de 2022 (annonce le 4 juillet 2022) qui comprend 42 membres et qui est déjà le second gouvernement d’Elisabeth Borne (le premier datait du 20 mai 2022) !

 

Dans l’ordre protocolaire :

 

Sylvie Retailleau

Sylvie Retailleau

Sylvie Retailleau est ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Elle était jusque-là Professeure des universités en Physique à l’Université Paris-Saclay et présidente à partir de 2016 de l’université Paris-Sud (devenue université Paris-Saclay).

Elle a obtenu un doctorat en sciences à l’université Paris-Sud en 1992 intitulée « Etude du transistor bipolaire npn a double heterojonction si/sige/si par simulations monte-carlo » sous la direction de René Castagné.

 

Pap Ndiaye

Pap Ndiaye

Pap Ndiaye est ministre de l’Éducation nationale et de la jeunesse après avoir été directeur général du Palais de la Porte-Dorée.

Il a rédigé et soutenu en 1996 une thèse de doctorat en histoire sous la direction de Jean Heffer et intitulée « Du nylon et des bombes : les ingénieurs chimistes de Du Pont de Nemours, le marché de l’état, 1910-1960 » à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Puis il a obtenu un poste de maître de conférences à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) en 1998 et un poste de professeur des universités à Sciences Po Paris en 2012.

 

Laurence Boone

Laurence Boone

Laurence Boone est secrétaire d’état chargée de l’Europe après avoir été cheffe économiste à l’OCDE.

Laurence Boone a fait un Doctor of Philosophy (PhD) en économétrie et économie quantitative entre 1992 et 1995 à la London Business School.

 

Chrysoula Zacharopoulou

Chrysoula Zacharopoulou

Chrysoula Zacharopoulou est secrétaire d’état chargée du développement, de la francophonie et des partenariats internationaux après avoir été députée européenne.

Elle est diplômée de l’université de Rome « La Sapienza » d’un doctorat sur l’endométriose. Chirurgienne-gynécologue,  elle a publié plusieurs articles scientifiques sur le sujet et a rendu un rapport le 11 janvier 2022, l’eurodéputée (LRM) a remis à Emmanuel Macron un rapport pour améliorer le diagnostic et la reconnaissance de l’endométriose : « Rapport de proposition d’une stratégie nationale contre l’endométriose (2022-2025) ».

 

 

Les docteur.e.s d’exercice :

 

Olivier Véran

Olivier Véran

Olivier Véran est ministre délégué chargé du renouveau démocratique, porte-parole du gouvernement après avoir été ministre des Relations avec le Parlement et ministre de la Santé.

En 2008, il a soutenu, sous la direction de Laurent Vercueil, une thèse d’exercice en neurologie portant sur la confusion d’origine épileptique au sein d’une population âgée au sein de

 

Geneviève Darrieussecq

Geneviève Darrieussecq

Geneviève Darrieussecq devient Ministre déléguée chargée des personnes handicapées après avoir été secrétaire d’État. Elle a une thèse d’exercice de l’université Victor Segalen Bordeaux 2. Elle a été médecin allergologue pendant vingt-cinq ans.

 

François Braun

François Braun

François Braun est ministre de la Santé et de la prévention après avoir été président de l’association SAMU-Urgences de France.

Sur son profil LinkedIn, on peut voir que François Braun a fait des études de médecine à la faculté de Médecine de Nancy entre 1979 et 1986 et est devenu urgentiste.

 

Cela fait quatre docteur-e-s (dont trois femmes) en science et trois docteur-e-s (dont une femme) d’exercice pour 42 membres pour le second gouvernement d’Elisabeth Borne contre quatre docteur-e-s en science et une docteure d’exercice pour 29 membres pour le second gouvernement d’Edouard Philippe.

C’est mieux mais il faut rappeler qu’il y a plus de membres du gouvernement.

 

Postscriptum :

Suite à des échanges dans les commentaires de notre message sur Facebook à propos de cet article, nous tenons à faire une précision que nous referons à l’avenir tant que les femmes et hommes médecins pourront se prévaloir du titre de docteur.e. Contrairement aux thèses de doctorat de recherche, les thèses d’exercice ne consistent pas à démontrer la capacité à mener des recherches selon les démarches scientifiques (cf. arrêté de 2016). Il s’agit plutôt d’une sorte de mémoire qui clôt les années de formation et qui est soutenu devant un jury composé d’au moins trois membres : un mémoire de master 2 (ex-DEA). Les docteur.e.s d’exercice ont bien le titre de docteur.e.s – le diplôme d’Etat de docteur en médecine, en pharmacie, en chirurgie dentaire et les docteur.e.s vétérinaires – comme les autres docteur.e.s. Mais ils.elles n’ont pas le grade de docteur.e qui est réservé à ceux.celles qui sont titulaires d’un diplôme national de doctorat.  Avec le processus de Bologne (licence/master/doctorat), les étudiant.e.s en médecine qui terminent leurs études devrait obtenir un grade et titre de « master en médecine » et non un titre de « docteur en médecine ». Toutefois l’arrêté de 2017 qui organise les études de troisième cycle de médecine et pharmacie en France parle toujours de « docteur » en médecine ou en pharmacie.

De son côté, les expressions « thèse d’exercice », « docteur.e d’exercice »… n’existent pas dans l’arrêté de 2017, mais elles permettent de bien distinguer des personnes qui ont le même titre mais ni la même formation ni le même grade. Le paradoxe final est que les docteure.s d’exercice revendiquent beaucoup leur titre et mettent « Dr » ou « Docteur.e » devant leurs prénoms et noms, contrairement aux docteur.e.s de recherche ! Sauf quand ces docteure.s d’exercice sont interdit.e.s d’exercer, c’est-à-dire quand leurs noms sont rayés du tableau de l’ordre car l’inscription au tableau de l’ordre est obligatoire pour se prévaloir du titre de docteur.e en médecine et donc pour exercer la médecine. Les docteur.e.s en recherche peuvent revendiquer leur titre de docteur.e à vie, alors faites le !

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Jeanne Chabbal : « Êtes-vous vraiment fait.e pour le doctorat ? »

Jeanne Chabbal, Thèse, mode d’emploi » aux éditions Jourdan – PIXL mai 2022

Vous souhaitez embrasser la carrière universitaire en devenant professeur.e ou directeur.e de recherche ? Mon livre Thèse, mode d’emploi[1] donne à voir l’ensemble du parcours doctoral censé y conduire, de la première inscription en thèse à un éventuel recrutement, en passant par la soutenance (ou l’abandon). Il dévoile avec humour les péripéties financières, administratives et personnelles rencontrées par les doctorant.e.s et jeunes docteur.e.s. Avant de vous engager dans une voie qui pourrait s’avérer sans issue et d’y laisser quelques-unes de vos meilleures « plumes », je vous invite à vous poser quelques questions.

Êtes-vous vous prêt.e à assumer le long « parcours du combattant » de la thèse ?

À la rentrée 2020, 70 700 étudiant.e.s se sont inscrits en doctorat dans les universités françaises tandis que 11 800 doctorant.e.s ont obtenu leur diplôme[2]. Une fois la thèse soutenue, l’écrémage se poursuit, les établissements publics d’enseignement supérieur n’offrant annuellement qu’environ 1 700 postes[3]. Ces chiffres devraient vous interpeller ! Préparer et soutenir une thèse de doctorat n’est déjà pas une mince affaire ; mais la thèse en elle-même n’est pas suffisante, l’apprenti.e chercheur.e devant aussi aligner enseignements, publications et communications dans des colloques. Autant dire que de nombreuses années seront nécessaires, bien au-delà des trois recommandées. Une fois la thèse soutenue, l’aventure est loin d’être terminée : il vous faudra encore probablement honorer quelques contrats de recherche postdoctoraux avant d’obtenir un poste, l’accès à ce dernier étant subordonné à l’obtention d’une « qualification » et au passage d’auditions très sélectives, l’ensemble pouvant s’étaler sur encore quelques années. À l’issue de ces écrémages successifs, vous aurez de fortes chances de vous retrouver sur le carreau à 35 ans passés, indépendamment de votre investissement et de la qualité de votre travail.

Acceptez-vous d’évoluer dans un univers maltraitant et concurrentiel ?

Les maltraitances en tout genre sont monnaie courante à l’université. A minima, vous subirez les dysfonctionnements administratifs de la fac : lenteurs, réinscriptions entravées, vacations de cours non payées, bureaux fermés aux occupants peu aimables… Mais vous rencontrerez peut-être aussi des problèmes plus graves avec votre directeur ou directrice de thèse : blocages relationnels, harcèlement sexuel, délégation répétée de tâches ingrates… ou avec vos collègues : pillage de données ou d’arguments scientifiques, plagiat… Êtes-vous prêt.e à jouer des coudes pour vous frayer un chemin dans un univers de concurrence forcenée où tous les coups sont permis ? Les chapelles scientifiques dans lesquelles vous devrez vous inscrire pour faire carrière manient également violence symbolique et ostracisations professionnelles pour sélectionner et discipliner leurs ouailles. Si vous êtes une femme, vous évoluerez dans un contexte relativement sexiste où les meilleurs postes restent majoritairement occupés par des hommes[4]. Quel que soit votre genre, il vous sera difficile de mener de front une vie de couple/de famille et la thèse. Êtes-vous prêt.e à sacrifier votre vie sociale dans un parcours doctoral désocialisant qui vous éloigne de la vie « ordinaire » ?

Consentez-vous à faire vœu de précarité, voire de pauvreté ?

Les financements doctoraux ne sont pas faciles à obtenir et ne couvrent souvent pas toute la durée de la thèse. Leur montant n’est pas non plus très élevé au regard du niveau de qualification et de l’âge de leurs bénéficiaires (bac+5 et plus, trentenaires). Il est très fréquent que les allocations d’aide à la recherche d’emploi soient utilisées pour financer une partie du doctorat. Le passage par la « case chômage » est même considéré comme une norme dans le milieu. Les minimas sociaux (RSA, allocation de solidarité) sont aussi parfois sollicités. Certaines activités de recherche sont même réalisées bénévolement. La thèse ne donnant pas accès à des rémunérations suffisantes, l’appel à la solidarité familiale et conjugale est souvent de mise, créant des formes de dépendances préjudiciables aux doctorant.e.s/docteur.e.s et à leurs entourages. Afin de mener à bien ses missions d’enseignement et de recherche, l’université a besoin de nombreux doctorant.e.s et docteur.e.s, mais n’a les moyens d’assurer des conditions emploi stables et décentes qu’à une petite minorité d’entre eux : les titulaires de postes d’enseignants-chercheurs. Si vous ne parvenez pas à intégrer cette minorité, vous serez condamné à une grande précarité. Avez-vous vraiment envie de grossir les rangs du « sous-prolétariat » universitaire ?

N’envisageriez-vous pas d’autres perspectives professionnelles ?

Celles et ceux qui abandonneront leur thèse en cours de route ou n’auront pas été recrutés sur un poste académique plusieurs années après leur soutenance devront, en cas de refus de rester dans l’armée de réserve des précaires de l’université, assumer une reconversion professionnelle qui s’annonce difficile. Avant qu’il ne soit trop tard, c’est-à-dire avant que l’université ne vous ait complètement broyé.e, pensez qu’en dehors de la « caverne » de l’enseignement supérieur que vous n’avez jamais quittée, il existe de nombreux secteurs d’activité dans lesquels vos talents pourraient s’exercer. Alors, pourquoi ne pas tenter de les explorer ?

Si vous avez répondu par la négative aux premières questions posées, la toute dernière mérite sans doute d’être sérieusement considérée par vos soins.

Jeanne Chabbal

Jeanne Chabbal

©MSP

Présentation :

Parallèlement à son activité professionnelle en communication, Jeanne Chabbal a préparé une thèse en sciences politiques, soutenue en 2014. De cette expérience particulière, elle a tiré de nombreuses observations. Avec le recul, elle a eu envie de les partager, pour en sourire… mais aussi s’en alarmer.

Références :

[1] Éditions Jourdan – PIXL, mai 2022, 117 pages.

[2] EESRI 2020 : https://publication.enseignementsup-recherche.gouv.fr/eesr/FR/T744/le_doctorat_et_les_docteurs/

[3] En 2019, les établissements d’enseignement supérieur français ont publié 1 730 postes à pourvoir (EESRI).

[4] En 2019-2020, 45 % des maîtres de conférences sont des maîtresses et seulement 27 % des professeurs d’université sont des professeures (EESRI).

Jeanne Chabbal, Thèse, mode d’emploi Éditions Jourdan – PIXL, mai 2022, 117 pages

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Transparence dans les concours de recrutement à l’université ?

Baptiste Coulmont » Le wiki auditions

Origine de la photo : https://coulmont.com/blog/2008/04/30/le-wiki-auditions-2/

Dans notre dernier article, il était question des possibilités d’attaquer un concours de recrutement. C’est plus facile d’attaquer s’il y a un minimum de transparence sur ces concours. Or des wikis ou blogs consacrés aux auditions ont été créés depuis déjà quelques années :

Suivi des recrutements 2022

http://sociologuesdusuperieur.org/cat/wiki-auditions
http://auditionsgeo.pbworks.com/w/page/62828231/wiki%20auditions%20en%20g%C3%A9ographie%2C%20urbanisme%20et%20am%C3%A9nagement
https://groupes.renater.fr/wiki/legram/public/wiki_auditions_71e_section_sciences_de_l_information_et_de_la_communication_2022https://ancmsp.com/category/recrutements/
https://aecse.net/wiki-auditions/
https://wiki-auditions-aecse.fandom.com/fr/wiki/Wiki_auditions_aecse
etc.
Un wiki est un outil collaboratif pour la diffusion des informations relatives aux concours auprès de tou·te·s les candidat·e·s, dans un but d’égalité d’accès à l’information.

Les informations à renseigner pour chaque poste sont les suivantes :

– composition des comités,
– dates d’examen des dossiers,
– dates d’audition (information la plus urgente),
– nombre de dossiers reçus,
– liste des candidat·e·s auditionné·e·s
– classement.
Si vous vous posez des questions sur la légalité d’un tel outil, nous vous invitons à lire cet article de Fabrice Melleray, Professeur de droit public : http://www.qsf.fr/2012/01/18/

La pérennité de cet outil est conditionnée par son bon usage. Le fonctionnement collaboratif du wiki permet à n’importe quelle personne qui dispose d’une information de la renseigner directement sur le site, sans avoir à passer par l’équipe de coordination du wiki.

Bien sûr, il est exclu de faire figurer dans ce document toute mention extérieure aux informations requises (par exemple des commentaires sur le déroulement ou l’issue du concours). Lorsque cela arrive (ce qui est peu fréquent), ces commentaires sont supprimés.

Par respect pour les candidat·e·s, il s’agit aussi, pour les membres des comités, de s’assurer que les candidat·e·s ont bien été directement prévenu·e·s avant de rendre l’information publique sur le site (notamment des résultats d’une audition). Aussi utile que soit cet outil, renseigner les rubriques du wikiaudition ne saurait se substituer à l’échange direct avec les candidat·e·s : contacter directement les candidat·e·s auditionné·e·s pour les informer des conditions de l’audition, communiquer les résultats, même négatifs, de la sélection, puis de l’audition. La dématérialisation de la procédure ne supprime pas l’humain derrière le pdf. Et il n’est pas très agréable pour les candidat·e·s concerné·e·s d’apprendre les résultats ici avant d’en avoir été informé·e·s personnellement.

Il s’agit de respecter ces quelques principes nécessaires au maintien d’un outil rempli bénévolement au service de la communauté des enseignant-es-chercheur-es dans la perspective d’une plus grande transparence des recrutements.

Toutefois, les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous comme on peut le voir dans le mail ci-dessous :
18 mai 2022 15:20
« Cher·es collègues,
Je me permets de vous écrire au sujet du wiki audition mis en place lors de la campagne XXXXXXX. En effet, alors que l’an passé les informations avaient été renseignées pour quelques postes, cette année il n’y a pas la moindre information sur les candidat·es audtionné·es pour des postes de MCF ou sur les classements à l’issue des auditions. Ainsi, alors que nous avions cette année obtenu le soutien de XXXXXXX, nous avons réussi à faire encore moins bien.
C’est regrettable, pour l’ensemble des candidat·es, car ces informations leur offrent l’opportunité de mieux se préparer, et leur permettent à l’issue des auditions de ne pas attendre vainement des résultats (qu’ils et elles n’apprennent parfois même que sur Galaxie).
C’est regrettable, car ça nous aurait permis de mettre un peu plus de transparence dans une campagne qui en manque cruellement.
C’est regrettable, car ça pourrait être l’occasion d’envoyer un signal positif à l’ensemble de nos collègues non titulaires que les campagnes (et la précarité) épuisent moralement et physiquement.
C’est regrettable, enfin, car les seuls postes pour lesquels des informations ont été saisies sont ceux des professeur·es d’université, qui ne s’adressent donc qu’à des titulaires. Si je ne doute pas que c’est surement un hasard, ça peut malheureusement délivrer involontairement un message de mépris à nos collègues non titulaires.
Je précise que je n’envoie pas ce message pour vous culpabiliser, je sais et j’imagine que c’est davantage un raté, mais j’espère par contre que tou·tes celles et ceux qui ont accès à des informations les saisiront.
Je vous remercie sincèrement pour tou·tes les candidat·es,
Bon courage au candidat·es et aux membres des XXXXXXX pour cette fin de campagne, bon courage à toutes et tous pour cette fin d’année ».
Il y a donc encore du progrès à faire…

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Annuler un concours administratif (maître de conférences, professeur des universités…) : est-ce possible ?

Alexandre COULONDRE , LABORATOIRE D'INITIATIVES FONCIÈRES TERRITORIALES  INNOVANTES , Annuaire Business Immo
Chères et chers collègues,

Permettez-moi de vous faire part de la publication d’une décision du Tribunal Administratif de Paris qui annule un concours de recrutement de MCF qui s’est tenu à l’université Paris-Dauphine en 2019.

J’ai été classé deuxième sur ce poste de sociologie urbaine ayant un fléchage marqué en méthodes quantitatives. C’était alors ma quatrième campagne de recrutement et la sixième fois que j’étais classé dans un concours. Plus encore que les autres fois, je ne comprenais pas ce classement. J’ai donc (pour la première fois et suite à un message de l’ANCMSP nous encourageant à le faire) demandé les documents officiels censés justifier le choix du comité de sélection.

J’ai eu beaucoup de difficultés à obtenir ces documents normalement communicables, et ce n’est pas à leur lecture que j’ai pu trouver des justifications légitimes. L’avis motivé sur l’ensemble des candidatures est quasiment vide, et les avis individuels sur chaque candidat n’en disent pas plus.

Face à mon incompréhension, de nombreux collègues ont essayé de me dissuader d’avoir recours aux tribunaux : « ne pas faire de vagues », « les recours n’aboutissent jamais », « à la longue tu finiras par trouver un poste ». Je dois dire que je ne m’attendais pas à un tel niveau de violence symbolique !

J’ai tout de même fait un recours. J’aimerais d’emblée préciser que cette démarche contentieuse n’est pas un affront à la personne retenue lors du concours. C’est plutôt le témoignage (un parmi d’autres malheureusement) de l’usure d’un jeune chercheur mis en difficulté depuis des années, non pas seulement par le manque de postes, mais aussi, il faut le dire, par le fonctionnement très opaque des modes de recrutement.

Avec une fiche de poste aussi précise, notamment concernant les méthodes quantitatives et la nécessité d’avoir enseigné dans le domaine, une justification objective du choix aurait normalement pu être formulée par le comité. En l’absence, on ne peut qu’imaginer le pire et s’indigner.

De son côté, l’université qui organisait le concours a suivi une stratégie de défense qui en dit long. Je cite son mémoire en défense : « Le requérant demande en réalité au juge l’excès de pouvoir de contrôler l’appréciation par le comité de la valeur respective des candidatures. Or en application des principes de la souveraineté et de l’indépendance des jurys il est constant que cette appréciation échappe au contrôle dudit juge ». Selon l’université, les comités seraient donc souverains, il n’y aurait pas lieu pour les candidats de leur demander des comptes devant les tribunaux.

Pourtant, la décision du TA de Paris du 9 février 2022 annule le concours au motif que l’avis du comité « ne contient aucune motivation justifiant des choix opérés et du classement effectué ».

De plus, le tribunal demande à l’université de me rembourser les frais de justice et d’examiner à nouveau ma candidature dans un deux mois. Aujourd’hui, le délai est quasiment écoulé et toujours le même mutisme de la part de l’université et du laboratoire concerné malgré de multiples tentatives pour instaurer le dialogue.

Au-delà de mon cas personnel, ce message vise surtout à informer les jeunes chercheurs et chercheuses que des tribunaux et des jurisprudences (notamment celle en PJ) existent et qu’il est possible de les mobiliser. On ne devrait plus accepter les zones d’ombre même si les « ne fais pas de vagues » déferlent sur nous.

Bon courage tout de même pour la campagne de recrutement à venir !

 

Alexandre Coulondre

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Pensees pour Delphine Keclard docteure en sociologie politique et grande humaniste

Chère Delphine,

Je voulais te remercie d’avoir pris le temps d’écrire ton dernier message où tu m’annonçais que tu t’approchais de ton « dernier expire » ce vendredi 23 juillet 2021 *. Dans tes derniers instants de vie, tu parvenais encore à penser aux autres alors que tant de gens n’arriveraient pas à penser à autre chose qu’à ce qui leur arrive. Je suis vraiment touché par tout ce que tu as dit.

Il était difficile de retenir mes larmes. Mais ce n’est pas grand-chose par rapport à ce que tu as vécu ces dernières années. Tu as vécu 5 ans avec ton cancer que tu as combattu de toutes forces et en essayant tous les traitements. Tu étais devenue par la force des chose une grande spécialiste de ce sujet. Mais tu en avais bien marre de passer r ton temps chez le médecin, en hôpital (Tu te souviens de ta camarade de chambre qui mettait « Hélène et les garçons » ou les faits divers à fond à la télévision ?!) ou en pharmacie.

C’était une sorte de second doctorat après celui que tu avais fait en sociologie politique dont le titre – « Les processus d’unification politique. Analyse comparée de la Suisse et du Canada » – disait tant de toi : international, comparaison, analyse, unification, politique, processus.

Cette maladie comme toute la maladie était profondément injuste. Tu ne méritais pas ça. Avec tout ce que tu as apporté aux gens autour de toi, ta grande famille, tes amis et en politique. Tu étais « hyper sensible » tout en étant « hyper rationnelle » (Tu m’avais conseillé de lire « Trop intelligent pour être heureux »). Tu le revendiquais et tu avais raison. Comment ne pas être scandalisé que des hyper-sensibles meurent si tôt quand des monstres froids vivent tant d’années.

 

Je voudrais te rendre hommage en imitant l’anaphore de l’ancien Président de la République socialiste François Hollande qui t’avait amusé :

Je me souviens de la visite de l’exposition de ton amie photographe-plasticienne-chercheuse Hélène Tilman à la mairie Paris du 13e arrondissement. J’étais arrivé très en retard à cause du travail ! Mais cela valait le déplacement et j’ai pu rencontrer tes amis.

 

Je me souviens de ton investissement dans le Hip Hop, des festivals que tu organisais, de ta compagne « Cie Ultimatum Step » qui a notamment obtenu en 2003 le prix chorégraphique CCN de Créteil et du Val-de-Marne. Tu aurais voulu que le hip hop maintiennent « son discours tolérant fondé sur le métissage » qui étaient davantage présent lors de la naissance de la « zulu nation » qui avait toute une philosophie artistique et pacifique ».

Je me souviens de nos discussions à Humanitudes où tu étais devenue adhérente puis collaboratrice :

La valorisation du doctorat te tenait à cœur, toi qui avais réussi à avoir un bébé tout en travaillant sur ton doctorat. Tu nous avais proposé de réfléchir sur la social-démocratie. Et il faut bien le dire, nous étions bien moins compétents en la matière. Cela a donné la publication où nous n’avons pas participé (voir plus loin ci-dessous).

 

Je me souviens de ton interview dans un café des Halles (sans doute Au Père Tranquille) pour ce blog Doctrix :

Dr Evelyne Jardin t’avait pris pour le porte-parole du gouvernement alors que tu étais conseillère municipale du Parti Socialiste à Cachan (ce qui ne t’empêchait pas de connaître du monde au sein du PS) et surtout une amie ! Elle avait la dent dure, à la hauteur de ses attentes envers le gouvernement pour valoriser les doctorant.e.s et docteur.e.s. Mais tu avais pris tout ça à la rigolade. On avait quand fait une seconde prise où Evelyne retenait un peu ses coûts.

https://www.youtube.com/watch?v=9Fl_qKnQX1E

https://youtu.be/9Fl_qKnQX1E

 

Je me souviens du lancement de ton think tank « Génération 6 mai » – où tu étais vice-présidente – au Sénat le 6 mai 2013 que je croyais, au départ, au service d’un futur second mandat de François Hollande mais qui devait travailler pour Manuel Valls !

En plus de Carlos DaSilva (parrain de l’association), Luc Carvounas (parrain de l’association), Frédérique Espagnac (marraine de l’association), Émeric Bréhier (parrain de l’association) et Francis Chouat. Il y avait beaucoup de jeunes hommes en costume de Science Po autour de toi. Pas uniquement. Mais heureusement pour eux que tu étais là !

Tu as été invité dans plusieurs médias à cette occasion :

 

Ici chez Guy Registe à 19h15 le 25 février 2015 sur Tele sud.

Le 8 février 2014, vous organisiez un colloque intitulé « L’avenir de la social-démocratie : le réformisme à la française ».

Y participaient notamment Barnabé Louche, Pierre Bergounioux, Jérôme Brezillon, Nicolas Leron…

Un an plus tard, un livre a été publié :

Génération 6 mai, Réformistes et socialistes. Pratique et avenir de la social-démocratie à la française, Encyclopédie du socialisme, 2014, 112 p, 9 €

En voici une recension faite dans L’OURS n° 446 de mars 2015 :

Tu as fait aussi des présentations de vos idées, comme ici avec Matthieu Mayer (président de Génération 6 mai) et Gilles Finchelstein directeur général de la Fondation Jean Jaurès et directeur des études chez Havas.

Tu es allé aux universités d’été du PS aussi. Te voici avec Jean-Christophe Cambadélis (poids lourd du PS s’il en est !) :

Je me souviens de la soirée du 10 décembre 2014 organisée par la fondation Jean Jaurès à la maison de la chimie autour de Manuel Valls – Premier ministre – et du thème de l’égalité.

Il était possible de l’approcher, j’en ai profité pour tenter de l’interviewer sur le doctorat.

https://youtu.be/I3v1yJpsduM

Un des plus gros échecs de Doctrix ! J’ai dû t’annoncer la mauvaise nouvelle au moment où tu m’as présenté l’un de ses plus proches collaborateurs ! Cela n’a pas empêché Valls d’être Premier ministre, mais aussi de rater la « primaire de la belle alliance » ou tu étais présente :

Tu m’as que tu avais pris tes distances avec le choix de G6M dès 2016. Voici ce que tu me disais le 1er novembre 2020 quand je te demandais si tu avais toujours des avec les proches de Valls : « Non pas du tout. Que de trahisons autour de lui. Je crois qu’il et bien esseulé. Il joue très perso. Et ses dernières positions politiques l’ont quelque peu discrédité. » En 2021, tu ne « croyais » plus au PS ni à EE/LV. Tu t’intéressais au PRG mais tu te demandais en rigolant s’il existait toujours !

Je me souviens de notre discussion dans le café « Les Ondes » à côté de radio France sur « Debout & Unis », un parti que tu as cofondé et dont le nom disait tant de choses de toi.

Tu m’avais demandé des conseils de communication. On avait trouvé plein de slogans. J’avais suggéré de rajouter un C – Oups, j’ai oublié la signification du C ! (convaincus ? concernés ?…) – à « Debout & Unis », c’est-à-dire l’acronyme DU. Cela donnait Duc. Et ainsi les militant.e.s devenaient les Ducs et les Duchesses. Une belle manière d’inverser le stigmate que portent les banlieues et contre lequel tu t’es tant battu.

Tu étais fière il y a un an car la maire de Cachan – Hélène de Comarmond – devait beaucoup à ce parti dans sa victoire 61,86 % le 15 mars 2021 (donc 1er tour). La maire avait eu peur à l’époque de la création à l’automne 2019 de ce nouveau parti comme tu me l’avais dit. Voici ce qui a été dit dans Le Parisien au moment du ralliement :

 

« Debout & Unis rejoint Cachan en Commun, collectif porté par la maire sortante Hélène de Comarmond (PS). « Avec, lit-on dans un communiqué signé des deux entités, l’ambition partagée de donner toute leur place aux Cachanais issus de tous les quartiers, de tous les milieux sociaux, de tous les âges, de tous les horizons. »

Le mouvement Debout & Unis, créé « autour des invisibles de notre système représentatif », « s’affirme aujourd’hui comme un groupe citoyen et politique à part entière ». « Ces valeurs de représentativité, de diversité, de solidarité […] sont au cœur des engagements de l’union de la gauche (Cachan Ensemble, Décidons notre ville, EELV, Génération. s, LFI, PRG, PC, PS). » »

 

« Debout & Unis » a finalement obtenu un conseiller municipal délégué au sport : Zeïma Yahaya. Tu avais une ambition nationale avec ce parti. Tu voulais que des « Debout & Unis » naissent partout. J’espère que la ville sera reconnaissante pour tout ce que tu y as fait.

https://www.facebook.com/watch/?v=574751609915362

 

Je me souviens de ton déménagement. Tu as eu le courage de déménager à Chailles à côté de Blois à la sortie du premier confinement. Tu voulais profiter de la vie alors que c’était particulièrement difficile en zone urbaine compte-tenu de la pandémie actuelle. Tu pensais sans doute que ce changement ne pourrait que te faire du bien. Tu pensais peut-être aussi que le temps était compté. Voici ta maison à Chailles :

Et je sais que tu en as profité. Tu as découvert une nouvelle région, une nouvelle maison, une nouvelle piscine, un nouveau métier ou presque (enseignante via le CNED car tu ne pouvais plus aller à l’école) ! Au moins 30 minutes de marche par jour quand c’était encore possible ! Tu nous as envoyé de magnifiques photos de la nature et des châteaux de la Loire toi qui te disait « très nature et contemplative ». Comme tu disais, tu adorais prendre des photos. Une belle manière de suspendre le temps. Tu as pu profiter de tes enfants plus que jamais. Vous avez réussi à vous adapter à ce nouveau lieu ! J’ai honte de n’avoir pas fait assez pour toi. J’aurais dû venir te voir pour faire des balades.

 

Je me souviens de échanges sur Whatsapp. On peut critiquer les Gafam sur bien des points, mais il faut admettre que ceux-ci ont été, sont, seront particulièrement utiles. Mais il faut aussi remercier les humoristes, artistes et créatifs. En effet, nous devons bien avouer que nous avons bien ri dans cette période horrible.

Mais nous échangions aussi sur des choses sérieuses. Sur ta maladie parfois. Un sujet compliqué mais que tu abordais simplement sans taboo.

Sur la politique évidemment. Tu t’intéressais à Pablo Servigne : ses travaux et son approche. Je t’ai parlé de l’« éco-républicanisme » de Serge Audier qui ne pouvait que t’intéresser. Tu étais profondément républicaine.

Sur la littérature, nous avons parlé il y a quelques mois du livre de Camille Kouchner dont tu m’avais envoyé un exemplaire de « La familia grande » via Whatsapp. Tu hésitais à le lire dès les premières phrases : « Et j’avoue que dès les premières phrases, j’ai buggé. Entre le décès de la mère et le stade pipi freudien mai des sans culottes… bref… je vais me forcer un peu. Le cancer de la mère où tout est pourri sauf les yeux que l’on peut refourguer parce que on est bienpensant #dondorgane. C’est violent. » Tu aimais beaucoup la littérature. Tu avais fait partie d’Intercripol qui « est l’homologue, pour le monde de la fiction, d’Interpol : notre organisation, portée par des scientifiques reconnu(e)s pour leur expertise en la matière, vise à fédérer, dans le monde entier, les différentes instances d’investigation, et à permettre une traque plus efficace des personnages criminels qui croyaient, jusque-là, avoir échappé aux foudres divines de la Justice. »

 

Je veux te dire simplement que j’aime ta combattivité (Je n’ai même pas eu le temps de parler de ta lutte contre le racisme qui te tenait tant à cœur), ton courage, ton rire (reconnaissable entre tous !), ta dignité, ton optimisme, ton éclectisme, ton ouverture d’esprit… Je t’admire vraiment pour tout. Tu as fait plus de choses que beaucoup de gens en plusieurs vies !

Je m’en veux d’avoir été impuissant pour t’aider. Mais je sais que la spiritualité est quelque chose d’important pour toi (Attention, pas la « pseudo-spiritualité » !). Tu m’as dit il y a quelques mois que tu aurais été capable de « pratiquer l’Hermitage au fond d’une abbaye. Valeurs simples – vie saine et fraternité ». Tu faisais d’ailleurs partie de la franc-maçonnerie : « Lorsque l’on planche en loge, on parle philosophie et sociétal. Bien entendu la symbolique joue une place majeure, mais elle est un outil à disposition de l’esprit critique. ». Tu aurais voulu que les francs-maçons soient présents dans les dialogues inter-religieux. Tu crois aux « force de l’esprit » comme disait François Mitterrand. Alors sache que je pense à toi très fort et que je suis de tout cœur avec toi où que tu sois. Je sais que tu penses à nous et va continuer ce message envoyer en décembre dernier : «  Joyeuses fêtes  Possiblement. Chaque valeur, chaque idéal est perpétuellement remis en question. A nous de les défendre, de les porter, de les incarner par l’exemplarité. Il faut agir en ce sens, de façon coordonnée ou pas. A un moment il y aura synergie ou alignement des planètes pour les fans d’Elisabeth Tessier Sébastien prend le temps d’un inspire. Soit on est spectateur impuissant soit on devient acteur. »

Je pense beaucoup aussi aux vivants, à ta famille, à tes amis qui t’ont aidé tous ces mois, qui ont dû souffrir aussi. Ils vont continuer à être courageux. Tes trois garçons sont beaux, grands et solides, mais ils sont très jeunes. J’espère que leur père sera à la hauteur. Tu peux être fière de tout ce que tu as fait.

Un hommage te sera rendu le 9 août 2021 à 10h à l’église Sainte-Germaine de Cachan (38 avenue Dumotel, 94230 Cachan).

Voici une belle photo choisie par ta famille et envoyée par ta sœur.

* vendredi 23 juillet 2021

Bonjour Sebastien

Je te réponds sur le tard désolée. Je vis une période que chacun aura à vivre tôt ou tard. De mon côté on trouvera cela plutôt tôt.

Je tends vers le dernier expire.

Je te remercie pour cette amitié, tu es un bel humaniste, idéaliste et rêveur. Je suis ravie de t’avoir rencontré au sein d’Humanitudes et au-delà. Je te souhaite le meilleur. Avec toute mon amitié

Delphine

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La seule et unique revendication doit être la création de postes

J’ai vu cette tribune intitulée « Réguler le recours au travail précaire dans l’ESR ». Pour ma part, même si évidemment j’apprécie l’effort pour s’attaquer au problème de la précarité, ce texte n’est pas la réponse et crée plus de problèmes qu’il n’en résout. C’est ce qui arrive quand des personnes décident enfin de s’attaquer à un problème auquel d’autres se consacrent depuis des années, souvent avec trop peu de succès par manque de soutien (des titulaires d’ailleurs) et de mobilisation (parce que par définition, quand on est précaire, se mobiliser est proche de l’impossible et les titulaires ne se mobilisent finalement que quand les problèmes finissent par les toucher).

 

Cela fait des années que les collectifs de précaires / associations académiques prônent la création de postes : c’est le cœur de toutes les batailles. Celle pour laquelle il faudrait que TOUTE la communauté se mobilise, titulaires, vacataires, personnels administratifs fonctionnaires et contractuels et étudiants (ça me dépasse qu’on ne mobilise jamais les étudiants avec nous alors que ce sont eux qui paient les pots cassés d’une politique néo-libérale à l’université). S’attaquer aux vacations, c’est prendre le risque de voir se durcir l’accès à ces vacations, qui sont certes une catastrophe, mais dont nous sommes nombreux à dépendre en l’état actuel du « jeu » académique, tant pour améliorer son cv (au mieux), arrondir les fins de mois, ou même survivre (au pire). Je suis passée par toutes les phases de la précarité (sincèrement, toutes les phases) et j’ai lutté certaines années pour faire des vacations et j’ai dû tricher pour y arriver (allez-y pour faire des vacations au RSA !). C’est un stress supplémentaire inutile (qui dure, parce que souvent on commence les cours avant d’avoir signé les contrats, donc sans savoir si notre « triche » va passer et si on sera payé).

 

Pour ma part, je ne m’associerai pas à un texte qui prend le problème à l’envers et part des vacations et réclame de « réguler le recours à l’emploi vacataire en ne le déviant pas de son sens originel : l’emploi vacataire doit être limité à des besoins ponctuels« . Ce cadrage est dangereux. Oui, il y a un véritable abus des vacations, c’est certain. Mais pour les vacataires, c’est un pis-aller nécessaire en l’état des choses. Pour y mettre fin, la seule et unique revendication doit être la création de postes, nécessaire étant donné les besoins (ce n’est pas un caprice de notre part). C’est la seule et unique façon de changer les règles du « jeu » et de revenir effectivement aux vacations telles que pensées « originellement ». Autrement, il se passera ce qu’il s’est passé en 2011 ou 2012, les règles pour faire des vacations vont se durcir, et laisser encore plus sur le carreau ceux qui n’ont pas les moyens et les soutiens dans les universités pour contourner les règles. Ce sera alors un peu plus la jungle, une sélection par le réseau et la débrouille plutôt que par les compétences (« oh lui / elle, il / elle a tenu le coup et a fait des vacations malgré les conditions impossibles pour en faire pendant des années ! C’est la preuve qu’il / elle en veut ! Il faut lui donner un poste ». Et encore, c’est le scénario « conte de fées » car 1) on le sait, les vacataires arrangent bien les universités ; 2) la sélection commence de plus en plus tôt : le top, c’est d’être ATER et de publier tout en écrivant son manuscrit de thèse désormais. Tant pis si ça veut dire dormir 5 heures par nuit pendant des années, sans jamais prendre de vacances. Mais justement, les vacations sont alors utiles pour avoir cette expérience d’enseignement requise pour la qualification quand on n’a pas obtenu de postes d’ATER ni de contrat doctoral (d’ailleurs, c’est souvent les mêmes qui ont les contrats doctoraux puis les postes d’ATER) ! Postes d’ATER qui se multiplient aussi depuis des années d’ailleurs (dans ma section, l’année dernière et cette année, il y avait (au moins) le double de postes d’ATER mis au concours que de postes MCF !!! Et pourtant, il y avait encore largement de quoi occuper des vacataires !).

 

Demander de limiter les vacations aux besoins ponctuels, commencer votre texte par-là, c’est une méconnaissance de la précarité académique et des rouages de ce qui a été lentement mis en place depuis 2003, et sincèrement, ça me rend furieuse.

 

Ce que je vois aussi – et c’est la raison pour laquelle je ne me mobilise plus – depuis des années que je suis dans ce « jeu », c’est que régulièrement, le monde universitaire se mobilise pour lutter contre la précarité. Evidemment, on n’est pas tous concernés en même temps et on n’est pas tous disponibles pour se mobiliser en même temps. En 2016 et 2017, il y a eu un vrai effort de mobilisation, dans le cadre de la contestation de la loi de travail notamment. On s’était vraiment organisé du côté des précaires, mais on n’a reçu que des soutiens de principe de la part des titulaires… qui ont attendu 2019 pour se mobiliser, quand la LPR a pointé son nez et a menacé leurs conditions d’emploi. Alors là, tout d’un coup, les candidats aux carrières académiques et leur précarité étaient un argument mobilisé à tout-va. Alors qu’on l’avait dit, d’ailleurs dès 2007, que c’était vers cela qu’on se dirigeait et qu’il fallait bloquer ça dès maintenant. Que dis-je, même en 2003, on en parlait déjà !

 

Moi sincèrement, je fatigue et j’en ai marre de me sentir abandonnée puis utilisée par les titulaires : je n’ai pas de poste, j’ai trop de travail pour mettre mon CV à niveau de ce qui est désormais attendu. Je me suis mobilisée des années, mis à part me mettre en retard dans mes recherches, ça n’a servi à rien. Alors je suis passablement énervée quand je vois des titulaires débarquer quand ça les arrange, pour lutter contre la précarité des années après la bataille, sans tenir compte de ce qui a été fait avant eux, en partant de zéro et en lançant un appel sur des listes académiques, plutôt que de prendre contact avec ceux qui ont dépensé leur temps et leur énergie à s’organiser, qui ont patiemment collecter les informations, les données, qui se sont renseignés, ont mené des enquêtes, ont pris des contacts, et dont les appels à l’époque sont restés trop souvent sans écho. Vous étiez où en 2011 ? En 2016 ? En 2019 ?

 

Donc merci pour l’initiative, mais non merci. Je signerai un texte qui appelle à la création de postes pérennes (pas d’ATER, pas contractuels : l’ATERat devrait sauter (c’est un niveau de compétition (inégale) supplémentaire inutile à vrai dire, étant donné que les besoins d’enseignants existent) et tous les doctorants devraient enseigner, ça devrait être dans leur contrat. Il faut plus de contrats doctoraux d’ailleurs aussi, pour justement avoir le personnel enseignant à ce niveau tout en permettant aux doctorants de mener leurs recherches dans des conditions dignes (c’est le point de départ de la précarité dans l’ESR en fait)) et dénonce le recours aux vacations pour pallier le manque de personnel, uniquement dans ce sens-là. Je ne signerai pas un texte qui rappelle que les vacations sont pour des besoins ponctuels et risque de me compliquer la vie pour faire des vacations, dont j’ai (eu) besoin pour (vivre et) rester impliquée dans l’enseignement, ce qui est attendu de moi pour être qualifiée et recrutée.

 

 » Une discussion au sein des collectifs de travail (laboratoires, UFR, départements) doit en tout cas être menée de toute urgence pour agir« … Mais ça fait 18 ans qu’elle doit être menée de toute urgence ! Et la discussion a été menée en fait, encore et encore. Ça a même conduit à des mobilisations importantes, mentionnées précédemment. Mais chaque mobilisation rencontre un peu moins de succès que la précédente. Il est temps de revoir les formes de mobilisation, parce que se mobiliser pour rien, c’est s’enfoncer un peu plus dans la dépression, et ce n’est pas une solution, surtout quand on est précaire et/ou non-titulaire et que toute notre énergie passe à faire ce qu’il faut – au regard des critères actuels – pour obtenir ce qui reste le poste de nos rêves !

 

Une-candidate-MCF-qui-voudrait-juste-un-poste-et-pouvoir-enfin-dormir

 

PS : ce qui est dingue, c’est le niveau de compétition pour les quelques postes (d’ATER, de MCF) qui existent alors qu’en termes de travail, il y a de quoi occuper beaucoup de monde ! Je me suis toujours demandé ce qui coûterait le plus cher à l’Etat : des doctorants et docteurs à Pôle emploi qui ne paient pas d’impôts ou des MCF qui paient des impôts ? Question sincère, s’il y a des économistes qui m’ont lue jusqu’ici, j’aimerais vraiment le savoir !

 

Source de l’image : http://blog.educpros.fr/guillaume-miquelard-et-paul-francois/2015/11/10/evolution-des-effectifs-a-luniversite-personnels-et-etudiants/

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Réguler le recours au travail précaire dans l’ESR

– Le cas des fonctions d’enseignement et de recherche-

Les vacations et le travail gratuit dans l’enseignement supérieur et la recherche conduisent à masquer le manque structurel d’emplois titulaires d’enseignants-chercheurs. Il est nécessaire de revenir à des pratiques plus vertueuses en matière d’emploi.

La vacation : uniquement pour des besoins ponctuels.

Abolir la précarité dans l’Enseignement supérieur et la recherche ? On peut peut-être le souhaiter. Mais on nous objectera que cela est impossible car le recours à des personnels précaires « permet aux établissements d’ajuster de manière optimale leur besoin en personnel, qui ne peut être satisfait par le seul recours aux enseignants-chercheurs titulaires et aux enseignants non-permanents ». (Questions Assemblée nationale – Réponse publiée au JO le : 01/12/2020 –
https://questions.assemblee-nationale.fr/q15/15-32536QE.htm )Le problème ne vient pas d’un recours aux vacataires mais d’un recours systématique à ces dernier.e.s, sur des tâches d’enseignement – le cas de l’intervention de professionnels extérieurs dont l’enseignement n’est pas le métier est différent. On constate alors que la vacation dans l’enseignement supérieur tend à remplacer l’emploi pérenne. Or, cet usage est expressément contraire aux textes qui régulent le travail dans les universités : les vacations dans l’enseignement supérieur « correspondent à un besoin ponctuel de l’établissement pour faire face à la charge d’enseignement » (Questions Assemblée nationale – Réponse publiée au JO le : 01/12/2020 –
https://questions.assemblee-nationale.fr/q15/15-32536QE.htm )A la place d’un emploi ponctuel, nous assistons au développement de l’emploi vacataire et au gel des recrutements des enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses statutaires, de manière concomitante. Y a-t-il un lien délibéré entre les deux ?
Les textes précisent que « les conditions d’emploi et de rémunération des chargés d’enseignement vacataires (CEV) et des agents temporaires vacataires (ATV) feront l’objet d’un examen avec les organisations syndicales, les représentants des employeurs et les associations représentant les jeunes chercheurs et les candidats aux métiers de l’enseignement supérieur ». (Questions Assemblée nationale – Réponse publiée au JO le : 01/12/2020 – https://questions.assemblee-nationale.fr/q15/15-32536QE.htm )
Ces discussions doivent impérativement réguler le recours à l’emploi vacataire en ne le déviant pas de son sens originel: l’emploi vacataire doit être limité à des besoins ponctuels.Une nécessaire régulation du travail gratuit

En l’absence de volonté gouvernementale, les personnels ne sont pas entièrement démunis. Ils peuvent aider à stopper le recours au travail gratuit. Ils le peuvent notamment, en suivant ce Vade mecum de bonnes pratiques contre le travail gratuit non rémunéré des chercheurs sans postes :
– ne pas inviter une personne sans poste à un colloque ou un séminaire sans s’assurer de lui garantir l’argent pour l’inscription, le transport et l’hébergement ( et donc ne pas lui annoncer après l’avoir invitée qu’en fait c’est elle qui doit tout payer de sa poche)
– ou quand on organise un colloque, faire en sorte que les précaires et/ou étudiant·e·s, ou les personnes sans postes de chercheurs/ses, qui participent à l’organisation du colloque soient rémunéré·e·s (car dans les lignes des budgets pour les colloques, la main d’œuvre n’est, de manière générale, pas incluse)
– ou encore, lorsqu’on sollicite un précaire ou une personne sans poste de chercheur/se pour l’édition d’un dossier de revue ou d’un livre collectif ou toute autre tâche de ce genre (animation d’un site internet par exemple), veiller à ce que cela soit payé
– et de manière générale, lorsqu’on sollicite un-e précaire ou personne sans poste de chercheur/se pour des tâches de recherche, qu’une rémunération soit sollicitée auprès des laboratoires bénéficiant de ce travail. »

Mais le plus important reste de remettre la réglementation au coeur des pratiques : qu’elle vienne mettre un terme aux pratiques actuelles.

La campagne « Pas de recrutement = pas de rentrée »


Pour terminer, voici le lien vers une campagne qui entend visibiliser le manque de postes statutaires dans l’ESR. Elle met en lumière la manière dont le recours à des vacataires et aux heures complémentaires est utilisé pour pallier le manque d’emplois titulaires : https://framaforms.org/pas-de-recrutements-pas-de-rentree-1613164983. Cette campagne n’épuise pas le répertoire d’actions envisageables, mais propose des pistes concrètes pour exiger des postes titulaires et des financements doctoraux à la hauteur des besoins en enseignement et en recherche. Une discussion au sein des collectifs de travail (laboratoires, UFR, départements) doit en tout cas être menée de toute urgence pour agir.Signature collective par ordre alphabétique:Collectif Les Jaseuses
Eva Debray, enseignante en philosophie dans le supérieur, chercheuse non rémunérée, Créteil
Fabrice Flipo, professeur de philosophie, Institut Mines-Télécom BS, Université de Paris
Marys Renné Hertiman, chercheuse-doctorante non contractuelle, InfoCom, Saint-Denis
Irène Pereira, enseignante en philosophie dans le supérieur, chercheuse non-rémunérée, Créteil
Jean-Luc Richard, mcf Rennes 1
Mathias Kusnierz, docteur sans poste en cinéma et chercheur non rémunéré, Paris
Carole Reynaud-Paligot, enseignante contractuelle,  Université de Bourgogne
Ivan Sainsaulieu, Professeur en sociologie, Lille
Ajout complémentaire du 13 avril 2021 :

Il y a eu entre autres une jurisprudence en 2019 du Conseil d’Etat que rappelle que les vacations dans la Fonction publique doivent correspondre à des besoins ponctuels. Extrait d’un commentaire :

« En résumé : Peu importe que l’agent concerné ait occupé l’emploi à temps complet ou à temps partiel, pour une durée limitée à quelques jours ou à quelques heures : dès lors que le besoin de l’administration est permanent, c’est-à-dire manifesté de manière constante et régulière pendant plusieurs années, cet agent ne peut être qualifié de vacataire. »
https://www.village-justice.com/articles/recrutement-abusif-vacataires-dans-fonction-publique-regulierement-censure-par,33280.html#:~:text=Le%20statut%20de%20vacataire%20n,d’un%20r%C3%A9gime%20plus%20protecteur.

Le mieux est de se rapprocher d’une organisation syndicale en mentionnant également la réponse pré-citée qui a été publiée au JO en décembre 2020 qui affirme que les vacataires de l’enseignement dans l’ESR relèvent également d’un besoin ponctuel.

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« Qui ne dit mot consent » par Lucie Laplace

lucie laplace

Bonjour à tout.e.s,

Je tiens ici à (enfin) prendre le temps de réagir aux nombreux messages échangés et reçus. Je suis extrêmement touchée par les très nombreux messages reçus en privé, de personnes que je connais et de personnes que je n’ai pas encore le plaisir de connaitre directement. Au-delà de ce « coup de gueule » personnel, basé cependant sur une longue expérience (de militance, l’exercice de mandats de représentations dans de nombreuses instances, et le tissage de relations d’amitiés fructueuses), je sais à quel point ce que je dis est d’une banalité sans nom pour nombre d’entre nous. Pour autant, il s’agit d’une parole souvent tue (d’où ces nombreux messages de soutien enjoués), qui existe (trop) peu dans d’autres sphères. La prise de parole est coûteuse, sinon nous n’en serions pas là collectivement. Pour autant, cela sera pour moi une expérience sociale intéressante, en espérant qu’elle soit la plus collective possible et qu’elle puisse donner lieu à des résultats « innovants », une belle manière que de tester le déterminisme du milieu n’est-ce pas ?
Par ailleurs, je tiens à remercier le soutien exprimé par des titulaires, dont certain.e.s milites à nos côtés et sont des allié.e.s, et en subissent (parfois) les conséquences : vous êtes précieux.ses : nous avons besoin plus que jamais de votre appui !

Je prévois de réaliser ici une série de mails dans les prochains jours, afin de répondre à certaines pistes d’actions évoquées/proposées dans les échanges qui ont fait suite à mon mail. Je pense que les thématiques soulevées sont insuffisantes, je prendrai donc la liberté d’aborder d’autres thématiques, muries sur la base d’échanges nombreux et variés principalement avec des précaires puisque les autres espaces d’échanges ont des modalités d’échange plus feutrées, et nous sont généralement inaccessibles. Mon but n’est pas ici de monopoliser l’espace de parole. Évidemment, mon point de vue n’engage que moi, pour autant la réception du précédent message et bien des éléments de mon expérience me poussent à croire que mon point de vue est partagé par nombre de précaires, et certain.e.s titulaires. J’en profite au passage pour remercier chaleureusement Charles Bosvieux- Onyekwelu pour son témoignage, il a réchauffé le cœur de nombre d’entre nous malgré ses constats glaçants largement partagés.

Dans quelques rares mails, il est possible que j’évoque des positions de personnes que je connais, avec qui j’espère encore entretenir des relations cordiales. Pour autant, je suis très critique des décisions adoptées. Mon but n’est pas d’en faire une affaire personnelle. Je suis suffisamment lucide sur notre milieu et ses logiques mortifères pour qu’il ne s’agisse en aucun cas d’attaque à caractère personnel. Il s’agit de démontrer à quel point accepter des responsabilités et une certaine place dans le milieu actuel pousse à faire des choix entre la peste et le choléra, pour cogérer un navire en train de sombrer. Il s’agit aussi de questionner en creux, notre démission collective à refuser les choix cornéliens auxquels nous faisons face quotidiennement, qui nous poussent à piétiner allègrement les valeurs qui font le merveilleux de ce métier. Le but n’est pas de dresser un tribunal, mais de proposer des réflexions pour tenter de creuser d’importants abcès qui minent nos relations, qui alimentent, et qui perpétuent des inégalités inacceptables dans un système concurrentiel digne des Hunger Games. (Après le 3e confinement, quelle sera la nouvelle plaie des précaires de l’ESR ?). À titre personnel, je n’ai jamais eu d’illusion, j’ai toujours considéré la course effrénée de l’ESR comme une course de sprinteur de fond, jalonnée de nombreux sauts d’obstacles. Pour autant, je me suis toujours refusée à alimenter les logiques de compétition individuelle (au contraire, le progrès collectif est dans la coopération), ce n’est pas aux précaires à alimenter les logiques de sélection auxquel.le.s le MESRI, l’administration et les titulaires les assignent (vous participer tout.e.s à notre emploi de manière variable).

Le constat central est que les échanges qui ont suivi mon mail de mercredi font face à un silence assourdissant, qui en dit long sur la culpabilité larvée et parfois aussi assumée du milieu. Tout pousse à déduire qu’elle est dominante, puisque comme le dit si bien l’adage « qui ne dit mot consent ». Cela serait d’ailleurs un beau sujet pour le Grand Oral de Sciences Po Paris de cette année « Entre le silence et la protection : quelle place pour les personnes accusées de crimes ou de délits et pour leurs allié.e.s dans l’administration ? », comme pour les concours d’entrée dans bien d’autres administrations publiques d’ailleurs.

Le secteur de l’éducation étant stratégique, il convient d’examiner cette question avec d’autant moins d’intransigeance. Il en va de l’avenir de notre jeunesse, de la promotion de normes et de rapports sociaux d’égalité et de dignité dans notre société, pour mettre fin à des systèmes de domination qui détruisent bien trop de vies. Une fois qu’une justice indépendante aura fait son travail, si les faits sont avérés, il convient que ces personnes soient condamnées de manière exemplaire, et qu’elles ne puissent plus enseigner ou travailler dans des établissements d’enseignement, ni occuper de charges politiques. Il y a suffisamment de personnes intègres pour se passer de celles qui ne le sont pas. À titre personnel, je pense que l’individu peut changer, pour autant c’est à lui d’en faire la démonstration : nous n’avons à signer de chèque en blanc à des personnes dangereuses pour les autres. Duhamel n’est qu’un cas parmi d’autres de ces dominant.e.s qui gangrènent les sphères du pouvoir. À nous de nous assurer collectivement qu’il n’y ait pas d’autres cas comparables à l’avenir pour non pas préserver un système qui permet la réalisation de ces faits, mais bien un système qui les dissuade (ce n’est pas le cas actuellement, au vu du nombre de cas qui restent élevés). Les personnes qui se cachent derrière l’argument de la différenciation « de l’homme et de l’artiste » (ou parallèle équivalent) sont ignobles. Il suffit pour cela de se rappeler le parallèle de l’humoriste Blanche Gardin « on ne dit pas d’un boulanger : non c’est vrai, il viole un peu des gosses dans le fournil, mais bon, il fait une baguette extraordinaire » (Cérémonie des Molières de 2017). Ainsi, il convient de faire le ménage également pour redorer l’image de notre discipline (rêvons même : de certain.e.s institutions ! Oui je suis favorable à la fermeture des grandes écoles, même si mon frère et ma sœur en ont bénéficié.), largement entamée par ce type d’affaires, en ouvrant de nouveau le débat autour des figures du Savant et du Politique, tant en matière de production de savoirs, d’économie de la connaissance, que s’agissant de leurs usages démocratiques (pour le mieux-être de chacun.e, ainsi que le respect et la garantie de ses droits humains) et de leur coût social.

Il ne s’agit pas de faire collectivement des vœux pieux, mais bien de se donner d’institutions indépendantes et démocratiques, qui disposent des moyens d’agir pour sanctionner dans nos établissements tout traitement discriminatoire et dégradant, entre collègues comme auprès des étudiant.e.s (et en leur sein évidemment). Il est absolument lamentable de constater à quel point la lutte contre les discriminations (de race, de genre, d’orientation sexuelle, d’âge, vis-à-vis des personnes handicapées ou/et malades, de nationalité, de militant.e,  etc.) et les traitements dégradants (le harcèlement -et notamment harcèlement sexuel-, l’enjeu de reconnaissance et d’adaptation face aux demandes des personnes qui changent ou ont changé de genre (mégenrer quelqu’un régulièrement gagnerait à être associé directement au harcèlement), etc.) sont très faiblement pris en charge et à quel point nombre de ces comportements récurrents ne sont pas sanctionnés dans nos institutions. Les cas de racisme sont encore trop nombreux dans nos institutions, quand des mesures seront-elles prises pour faire cesser ces comportements contraires au droit en vigueur ? J’invite évidemment tous les syndicats à accompagner les victimes de discrimination et des autres comportements problématiques, non pas à servir d’instance de médiation pour tasser les affaires, mais à aller au pénal, quand les faits le permettent, en médiatisant fortement ces cas (puisqu’il s’agit des seuls outils de lutte qui semblent encore à peu près fonctionner, bien que le coût de l’option juridique semble parfois très élevé, notamment pour les précaires).

Les victimes de ces comportements (je pense notamment aux cas de harcèlement) en paient systématiquement le prix fort, lequel est même parfois alimenté par les logiques de concurrence interne de notre milieu qui leur font porter de nombreux autres chapeaux, doublant leur peine. Les témoignages comme celui de Camille (Université de Lorraine, filière de lettres) sont essentiels pour provoquer une large prise de conscience. Mes pensées les plus solidaires vont aux personnes qui m’ont confié leurs histoires sordides qu’elles ont pu vivre, même à demi-mot, au vu de ce qu’elles ont vécu dans le milieu de l’ESR. Je les remercie chaleureusement pour leur confiance. C’est toujours un déchirement de croiser les personnes qui ont perpétré ces faits dans les couloirs d’une institution : c’est la parade de l’impunité et l’assurance qu’elles pourront répéter leurs méfaits.

Cela amène donc nécessairement à réfléchir sur les logiques hiérarchiques qui façonnent notre milieu et les grandes dérives auxquelles elles mènent. Face à ce panorama, les termes de « méritocratie » et d’« excellence » sont une vaste blague sordide, qui contribuent à perpétrer des systèmes de domination face à l’impossibilité du système actuel de promouvoir la justice, les compétences, et une éthique morale et professionnelle basée notamment sur les valeurs du service public. Savoir, se taire et laisser faire, c’est se rendre coupable.

À ceux.elles qui crieront à la « cancel culture » en lisant mes emails, je soulignerais que réagir de la sorte, c’est promouvoir des inégalités (on les entend bien peu en matière de lutte pour l’égalité des autres, quand il ne s’agit pas de conserver leurs privilèges). En effet, l’objectif est de remettre en cause des systèmes de privilège, probablement les leurs. Pour autant, appeler au respect d’autrui et à la réduction des inégalités ne conduit pas à la réduction des libertés académiques, au contraire, cela permet une diversification des savoirs, et à l’avènement de nouvelles révolutions scientifiques favorables à la promotion de sociétés où il fait bon vivre pour tout.e.s. Spoiler : ce n’est pas gagné, y’a du pain sur la planche, et il est urgent de changer le rapport de forces. Évidemment, il n’existe pas de sens de l’histoire, et les réactionnaires dominent actuellement les champs politiques et médiatiques, pour notre plus grand malheur.

Dans mon prochain mail, j’aborderai la gestion « en démerdentiel » que nous vivons depuis bientôt un an, toujours présentée comme « exceptionnelle », qui contribue à banaliser la détresse étudiante et les suicides, mais aussi avec elle la dégradation évidente de nos conditions de travail. Cette gestion nous astreint à des positions de cogestionnaires de ce système autoritaire complètement pété, également à notre propre détriment. J’évoquerai également des pistes d’actions collectives. En effet, il existe bien trop peu d’espace de débats (les précaires en sont absent.e.s dans l’écrasante majorité des cas), et l’on assiste à une capture par quelques un.e.s des instances de pouvoir. Il serait opportun de ne pas appliquer ces analyses au demeurant passionnantes au simple mandat de Macron qui présidentialise radicalement la Ve République, c’est le cas de bien d’autres instances (dans le public comme dans le privé).

Mes mails ont vocation à susciter le débat. Pour autant, leur but n’est pas de remettre en cause la véracité de faits établis déjà dénoncés par les victimes, mais bien de débattre de ce qu’on fait collectivement face à cela. Bien malheureusement, les sujets problématiques ne manquent pas. J’espère sincèrement que nos échanges, quels qu’ils soient, amélioreront la situation actuelle pour le mieux-être de tout.e.s, et en particulier des personnes souffrant au quotidien des inégalités de ce système en bout de course qui nous broie quotidiennement (c’est-à-dire, numériquement, la majorité).

En vous souhaitant un excellent dimanche,

Bien cordialement,

Lucie Laplace

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« Une pelletée de plus pour enterrer la nouvelle génération de l’ESR » par Lucie Laplace  

Lucie Laplace

27 janv. 2021 à 18h41

Bonjour à tout.e.s,

Message pour saluer l’ENSAE et lui distribuer un « bon point » de l’indécence, pour la publication du premier poste de tenure-track de ce listing ! Nous pouvons être certain.e.s qu’il ouvre la voie à d’autres nombreuses pelletées pour enterrer la nouvelle génération de l’ESR, qui fait face déjà au quotidien à sa propre précarité, à la détresse de ses étudiant.e.s et à leurs (tentatives de) suicides, dans ce contexte de crise sanitaire dont on ne voit pas le bout et où aucune réflexion ni pratique de fond n’est mise en œuvre pour gérer collectivement, démocratiquement, et intelligemment ce merdier pour pourrait pourtant perdurer quelques années.

J’espère que les personnes titulaires qui participent activement à la précarisation de cette jeune génération sont conscientes qu’elles creusent son tombeau et le leur… Ma génération plus que la vôtre oscille au quotidien entre le burn-out, le dégoût profond de ce milieu, la passion pour les sciences sociales, et la certitude qu’au vu des conditions de travail actuelles il deviendra de plus en plus dur de faire de vieux os dans l’ESR. La passion et l’excellente méritocratique n’ont jamais permis de s’offrir un cercueil décent, sinon ça se saurait !

Ne vallons-nous tous pas mieux que ça ? qu’une paie en dessous du SMIC horaire pour des vacations, de promesses déçues de projets de travail à court terme sans moyens, de jours et de nuits passés à des dossiers sérieux dont il semble difficile d’avoir un retour constructif et bienveillant, d’absence de droits sociaux proportionnels à notre travail, d’une négation de l’égale prise en charge de nos frais de transport par rapport aux contractuel.le.s, de l’inexistence de congés maladie, de « vacances » qui n’en sont plus depuis trop longtemps ?

Existe-t-il un autre lieu pour nous qu’une salle d’attente où il serait possible de prétendre à autre chose que gagner sa vie à la perdre, suspendue à un paiement aux calendes grecques de nos vacations ou d’un CDI de projet pour les happy few ? Quand pensez-vous refuser d’employer des collègues vivant sous le seuil de (parfois grande) pauvreté en vacation pour remplir des besoins permanents ? Quand refuserez-vous d’embaucher des post doctorant.e.s pour des missions de quelques mois ? Quand cesserez-vous de demander naïvement aux jeunes si l’on préfèrerait devenir MCF ou chargé.e.s de recherche CNRS, sans être beaucoup plus transparent.e.s sur les critères de classification de nos candidatures pour promouvoir l’égalité de traitement de tout.e.s les candidat.e.s ?

Quand refusera-t-on ensemble cet avenir de la recherche et de l’enseignement qu’on nous vend en pièces détachées, à bas coût et aux (grands) frais de notre propre santé physique comme mentale ?

Il est possible de voir les effets patents de la désillusion de cette jeune génération en constatant la baisse d’inscription en doctorat, mais également par les effets d’épuisement des jeunes docteur.e.s. L’ESR n’est pas l’unique débouché du diplôme de doctorat, pour autant pourquoi s’évertuer à maltraiter les jeunes collègues qui dédient leur temps, leur énergie et qui participent activement à l’enseignement et à la recherche en sciences sociales de notre pays ?

Ne valons-nous pas mieux qu’un simple don dans une caisse de solidarité et qu’un email répondu avec plusieurs semaines de retard, qu’une candidature parcourue des yeux en quelques minutes, qu’un dédain pour un.e candidat.e maltraité.e par une procédure de recrutement, qu’une offre de vacation ou de CDD où il manque la moitié des informations qui laisse à entendre que ce milieu ne peut nous offrir que des conditions indignes de travail ?

Quand les syndicats comme les autres organisations professionnelles pensent-ils réagir fortement en la matière ? Faut-il attendre des suicides de jeunes chercheur.e.s ou cela ne sera-t-il pas « suffisant » pour autant, puisque nous ne sommes pas titulaires ? Comment passer des discours compatissants à des engagements (qui aboutissent) vers un moins pire certain pour éviter l’hécatombe, le gâchis monumental de cette génération (comme d’autres personnes aussi auparavant), mais dont le broyage par cette infernale machine semble bien plus destructeur ?

De manière plus constructive, comment est-il possible de faire passer très clairement le message que la situation n’est plus tenable pour notre jeune génération et que des mesures soient prises rapidement pour que la situation change, en mettant en place une pression contraignante au Ministère, aux universités, et autres institutions ?

Nous ne tiendrons pas éternellement, les beaux yeux et les encouragements des étudiant.e.s en souffrance mais compatissants ne sont pas suffisant, le silence complice et les sourires attendris des titulaires, non plus :  ils ne permettent pas de payer nos loyers et notre nourriture, de construire des carrières dignes, d’avoir une vie avec un semblant de normalité dans le chaos du monde actuel.

Je n’ai jamais cru à un « grand soir », pour autant le délitement progressif et douloureux de notre milieu a déjà commencé, la jeune génération en paie déjà le prix très fort, pourtant les coûts semblent encore supportables pour une majorité de titulaires. Cependant, tout le monde semble s’accorder sur le fait que le navire prend l’eau depuis longtemps. Actuellement, la jeune génération, tels des rats, commence à quitter le navire, ce qui n’est jamais bon signe à l’échelle collective…

En espérant que cette contribution, comme d’autres auparavant (de précaires comme de titulaires), contribue à faire monter le chant de désespoir et l’appel à l’aide des galériens que nous sommes depuis les abysses de l’ESR, et qu’il puisse parvenir aux oreilles du ministère malgré ses portes feutrées et dorées qui isolent bien, pour le faire sortir de sa torpeur enivrée d’innovation et d’internationalisation à moindre coûts.

En vous souhaitant malgré ces considérations peu réjouissantes, oscillant entre rage et désespoir, une bonne fin de journée à tout.e.s,

Lucie Laplace

Doctorante de science politique, Université Lyon 2 Lumière, Laboratoire Triangle,

ATER en science politique, Université d’Artois, CDEP

 

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De : XXXXXX
Date: mar. 26 janv. 2021 à 18:34
Subject: Offre d’emploi pour une enseignante-chercheuse au CREST/ENSAE
To: XXXXXX



Bonjour,

Le département de sociologie de l’ENSAE ouvre ce printemps un concours de recrutement pour un poste d’enseignante-chercheuse* à temps plein.

Profil de la candidate :
• Doctorat en sociologie ou dans une discipline adjacente (au moment du recrutement)
• Connaissances solides en sociologie générale
• Bonne maîtrise des méthodes quantitatives
• Publications de premier plan (réalisées ou en cours)
• Bonne maîtrise du français
• Bonne maîtrise de l’anglais (ou au moins capacité de travailler régulièrement dans cette langue)
• Investissement actif dans des réseaux de recherche

Des informations détaillées sont disponibles dans la fiche de poste ci-jointe.

Les candidats doivent faire parvenir les documents suivants à l’adresse recruitment@ensae.fr avant le 31 mars 2021.

Contact et informations supplémentaires:

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Les bonnes résolutions doctorales

Il est difficile de se remettre de la tribune de Charles Bosvieux-Onyekwelu intitulée « Témoignage d’un rescapé ». Mais avons-nous le choix ? Alors partons à la recherche des bonnes résolutions !

A cette heure où Donald Trump quitte la Maison Blanche après avoir particulièrement maltraité l’idéal de vérité scientifique, il est encore possible de se souhaiter « la bonne année », et pourquoi pas de prendre de « bonnes résolutions », et même des « bonnes résolutions doctorales » !

En voilà quelques-unes – transformées en recommandations – liées au contexte de numérisation accélérée et forcée des universités et la faible valorisation des jeunes chercheurs.ses dans nos sociétés (sauf quand il s’agit d’attendre des vaccins !).

Les recommandations concernent l’enseignement, la recherche et l’économie de ceux-ci en ce qui concerne les jeunes chercheurs.ses.

 

Recommandations sur l’enseignement :

  • Abandon de la loi LPP
  • Maintien du CNU
  • Carte professionnelle d’enseignant annuelle (pas une simple attestation en papier)
  • Les Mooc doivent être des compléments mais pas des outils de substitutions.
  • Limitation du nombre d’étudiant.e.s par classe.
  • Accès à l’ENT de l’université pour tout.e enseignant.e (et formation).
  • Adresse mail de l’université pour tout.e enseignant.e.
  • Normalisation des offres d’emploi d’enseignant.e.s vacataires.
  • Généralisation des prises électriques dans les salles de cours.
  • Priorité aux doctorant.e.s et docteur.e.s pour enseigner à l’université. Il y a parfois beaucoup de profils d’enseignant.e.s non chercheurs.ses. Or, l’université doit avant tout diffuser les savoirs issus de la recherche.
  • Transparence dans tous les processus de recrutement : qui est membre du jury ? Quels sont les candidats ? Qui a eu le poste ? Justification minimale du non recrutement.

 

Recommandations pour la recherche :

  • Maintien et renforcement de la liberté de la recherche sur tous les sujets.
  • Maintien et renforcement de la liberté d’expression sur tous les sujets.
  • Création de lieux de socialisation pour les doctorant.e.s et docteur.e.s de type maison du doctorat : vie associative, bureau, entreprenariat…
  • Maintien du CNU.
  • Adresse mail de l’université pour tout.e chercheur.se.
  • Accès à l’ENT de l’université pour tout.e chercheur.se (et formation).
  • Abandon et remplacement de la loi LPP.
  • « Projet d’avis sur le droit et l’accès à l’enseignement supérieur à l’heure du numérique » : ajouter le mot « recherche » dans le titre de votre avis. L’enseignement supérieur est supérieur en grande partie car il s’y déroule de la recherche qui doit irriguer les cours.

 

Recommandations économiques :

  • Rémunérations mensuelles
  • Remboursement du transport
  • Fourniture de la bureautique (ordinateur, micro, caméra, câble HDMI)
  • Paiement d’un abonnement à internet
  • Rémunération des heures de préparation, de correction, de surveillance
  • Augmentation de l’heure brute après l’obtention doctorat
  • Droits sociaux associés aux cotisations sociales
  • Davantage de création de postes compte-tenu de l’augmentation des étudiant.e.s.
  • Moyens similaires dans toutes les universités sur tous les territoires.
  • Exonération totale des frais d’inscription des doctorant.e.s.
  • Limitation des financements de doctorats et post-doctorats fléchés par le gouvernement.
  • Sanctuarisation du budget de la recherche doctorale
  • l’emploi de niveau doctoral couvert par une convention de branche ou un accord interprofessionnel en vertu de l’article 2221-2 du code de travail

 

Ces recommandations ne sont pas exhaustives. Ces recommandations sont critiquables. Alors n’hésitez pas à faire des critiques et des ajouts dans commentaires ou en écrivant à Doctrix2012@gmail.com.

Ces idées sont issues d’une réflexion liée à une audition le lundi 16 novembre 2020 de 15h00 à 17h00 de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) dans le cadre du « Projet d’avis sur le droit et l’accès à l’enseignement supérieur à l’heure du numérique (titre provisoire) » pour février 2021.

Les co-rapporteurs.rices sont Soraya Amrani-Mekki et Arnaud Gaillard qui veulent formuler des recommandations auprès du gouvernement.

Voici le document qui a été présenté à l’occasion de l’audition :

https://fr2.slideshare.net/SebastienPoulain/audition-cncdh-lenseignement-suprieur-lheure-du-numrique-239437096

Mais mauvaise nouvelle pour les bonnes résolutions/recommandations qu’elles soient doctorales ou non :

Bonnes résolutions doctorales 3 | Doctrix (educpros.fr)

Espérons que les statistiques nous seront favorables.

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« Témoignage d’un rescapé » par Charles Bosvieux-Onyekwelu

Bonjour à tous et à toutes,

Recruté l’année dernière au CNRS et en poste depuis le 1er octobre, je me permets de prendre la parole pour évoquer certains problèmes relatifs à la situation actuelle de l’enseignement supérieur et de la recherche, en particulier ceux relatifs à la précarité grandissante qui y sévit.

Sociologise-moi : homme, cisgenre, je n’ai pas de stigmate associé à ma naissance. Je suis français et ai eu le privilège de ne pas avoir à penser à la couleur de ma peau. J’ai grandi en province dans un milieu doté en capital économique (père pédiatre, mère pharmacienne à l’hôpital). Je disposais a priori de tous les attributs censés vous mettre bien dans la compétition pour les postes : normalien, diplômé de Sciences Po Paris, lecteur à Cambridge, boursier Fulbright. Durant la thèse, j’ai dû changer d’école doctorale et d’établissement d’inscription – je n’avais pas de bons rapports avec mon premier directeur – mais ceci n’est qu’une péripétie par rapport à un facteur souvent déterminant lorsqu’on regarde les statistiques des recrutements en France et en SHS : le fait que je sois docteur d’une université francilienne.

J’ai été recruté à 38 ans, trois ans et demi après avoir soutenu ma thèse. Je n’ai jamais été au chômage puisque j’ai successivement été doctorant contractuel, ATER puis post-doc. J’ai fait quatre campagnes MCF et ai été recruté au CNRS à ma quatrième tentative. Si les trois années et demie qui se sont écoulées entre ma soutenance et ma réussite au concours m’ont subjectivement semblé très longues et très pénibles, elles sont dans la norme actuelle et ne pèsent pas grand-chose face à la persévérance de certain·e·s collègues qui attendent un poste depuis parfois plus de dix ans. Bref, je suppose que j’incarne, aux yeux des autres, « l’excellence », au sens où l’on entend actuellement ce terme dans le gouvernement de la science. Mon dossier comporte des aspérités sur lesquelles je passe, le plus important étant – je l’espère – que tout le monde comprenne que si je dévoile ici les grandes lignes de mon parcours, ce n’est pas par ego trip ou par désir d’exposition narcissique, mais, dans la mesure où je prends la parole publiquement, pour m’objectiver et donner à voir l’origine de mon point de vue sur le monde social.

Ce que je viens d’expliquer sur moi-même et sur mon récent recrutement fait que je pourrais être très heureux du monde social tel qu’il est et m’en tenir à ce que préconise Bourdieu (« Les gens qui ont le privilège d’être nés au bon endroit pourraient au moins fermer leur gueule »). Pourtant, depuis que je suis devenu titulaire, et même si je suis conscient d’avoir fait ce que l’on dit qu’il faut faire pour être recruté, je me demande souvent : « Pourquoi moi plutôt qu’un autre ? » (ironiquement, quand je n’étais pas auditionné ou pas pris, la question était plutôt « Pourquoi eux et pas moi ? »). Lorsque la compétition pour les postes est aussi féroce et vertigineuse, chacun·e sait que les différences entre candidat·e·s sont infinitésimales et que tous les arguments de raison (ou pas loin) peuvent être renversés. En outre, même après trois mois de noviciat, j’ai toujours l’impression de passer, par rapport aux collègues titulaires avec qui je discute sur mon lieu de travail, pour un enragé qui aurait du mal à rentrer dans le rang, comme si le bouillonnement intérieur que je ressens face à la situation actuelle n’était pas totalement partagé par elles et eux.

Mes larmes ne sont que des larmes de crocodile, me direz-vous, et on peut m’accuser de cracher dans la soupe alors que je viens d’être recruté au CNRS. Il me semble qu’il existe cependant une bonne vieille loi selon laquelle il vaut mieux être normalien pour critiquer l’ENS ou énarque pour critiquer l’ENA, sinon on passe pour un aigri. Je suppose qu’il en va de même dans notre milieu : mieux vaut, pour donner son avis, être passé de l’autre côté de la barrière symbolique qui sépare les titulaires des précaires. Je voudrais donc utiliser le « privilège » que me procure ma position pour dire ce que beaucoup, du fait de leur situation de minoritaires (au sens de Colette Guillaumin : être dans un état de moindre pouvoir) et de précaires dans l’ESR, sont obligé·e·s d’encaisser sans rien dire.

Avertissement : dans les lignes qui suivent, je vais dire « les titulaires » et « les précaires ». Je suis désolé pour la généralité, mais quand vous êtes précaire, c’est comme ça que vous voyez le monde. Il y a des titulaires très bienveillant·e·s, très sensibles et très mobilisé·e·s sur les questions de précarité ; il y a des « précaires » qui sont déjà des apprentis dominants et qui ne rêvent que d’une chose : pouvoir sauter de l’autre côté du mur pour faire comme les titulaires. Ce sont moins des personnes que des structures et des statuts qui sont ici en cause.

Représentons-nous l’Université comme un navire en train de couler. Beaucoup de titulaires, qui sont dans les salons du haut pas encore immergés, ne comprennent pas (ou pas « with full understanding ») que, dans les soutes du Titanic, l’air commence à manquer. La plupart de celles et ceux qui sont dans les comités de sélection ou au Comité national et qui voient passer des CV de plus en plus impressionnants le reconnaissent : en comparaison avec l’époque où elles et eux ont été recruté·e·s, il devient de plus en plus difficile, d’année en année, d’obtenir un poste de chercheur·e ou d’enseignant·e-chercheur·e. Une raison simple à cela : nous ne sommes pas plus brillant·e·s que nos prédécesseur·e·s, mais le niveau d’exigence (le nombre de cases à cocher) suit la mesure d’une concurrence devenue quasi insensée. Quelques chiffres donnent une idée de ce qu’est aujourd’hui la compétition pour décrocher le Graal : cette année, pour un poste à Clermont (c’est-à-dire, à l’aune des canons de vie du monde académique et de la forte centralisation du champ intellectuel, pas la ville la plus demandée en France) profilé « Sociologie générale » : 217 candidat·e·s. L’année dernière : 159 à Saint-Étienne (profil « Enquête et problèmes publics ») ; à Valenciennes (« Sociologie, science politique ») : 153. En 2018 : 197 à Paris 1 (« Sociologie des inégalités ») ; à Rouen (« Sociologie politique, action publique locale ») : 170. En 2017, 155 à Paris 7 (« Questions sociales et mouvements sociaux ») ; à Nantes (« Sociologie des morales sociales, économiques et professionnelles ») : 146. Aujourd’hui, un poste MCF ouvert en région parisienne (en sections 04 ou 19), c’est automatiquement plus de 100 candidat·e·s (sauf s’il y a « méthodes quantitatives » dedans).

Au-delà de ces chiffres étourdissants, on peut schématiquement diviser le marché de l’emploi académique en deux catégories : l’offre généraliste (CNRS, EHESS, INED), qui est en fait une tête d’épingle (vu le faible nombre de postes proposés), et le marché de niche (celui – profilé – des postes à l’Université). Dans celui-ci, la sélection se fait principalement, outre la qualité intrinsèque des CV, sur l’adéquation au profil de poste : ce critère est à la fois le plus arbitraire et le plus discutable qui soit, mais il permet de dégrossir la montagne de dossiers à examiner. La primauté accordée aux profils de poste constitue un problème de taille pour les candidats et les candidates : schématiquement, si votre spécialité est tendanciellement peu demandée à la fac (comme c’est le cas de la sociologie des élites, de la sociologie du droit ou de la sociologie de la consommation), vous risquez d’attendre longtemps avant d’être recruté·e. Si la notion de concours a encore un tant soit peu de sens lorsque le taux de pression par poste est aussi démentiel, on peut se demander quel « mérite » il y a à être dans un profil. Surtout quand on sait que ce profil est, dans la plupart des cas, presque exclusivement interprété à l’aune des activités de recherche (et, au sein de celle-ci, de la thèse) alors que, dans l’Université d’aujourd’hui, l’enseignement et les tâches qui vont avec constituent la majeure partie du temps de travail d’un·e MCF. Surtout, aussi, quand on sait que le niveau des candidat·e·s est tellement bon, avec une palette de compétences de plus en plus variée (puisque le temps d’attente entre la soutenance et la titularisation s’allonge), qu’à moins de demander un cours ultra-technique sur l’analyse de séquences, tout le monde est a priori capable d’assurer une gamme d’enseignements assez élargie.

Lors de la coordination nationale des facs et labos en lutte qui s’est tenue en février dernier à Saint-Denis, il était frappant, en particulier pour les gens qui, comme moi, avaient suivi le mouvement depuis la province, de constater la détermination (« véner, déter ») des collectifs de précaires. Le message qui se dégageait de cette colère était clair : la précarité, on en peut plus. Certaines sessions de la coordination s’apparentaient ainsi à des thérapies de groupe. La précarité que j’évoque ici – celle qui vampirise l’ESR – ne renvoie pas à l’absence de travail, au niveau de revenus ou à la désaffiliation sociale. Comme de multiples travaux l’ont montré (L. Bernard, S. Chauvin, N. Jounin), la précarité fait référence au statut d’emploi et à ses conséquences : l’indétermination de l’avenir (à laquelle s’ajoutent, dans le cas de l’Université, l’injonction à la mobilité et l’instabilité géographique qui en résulte : il faut parfois accepter un contrat de six mois à des centaines de kilomètres de là où vous vivez). Si je prends mon cas, j’ai enchaîné pendant sept ans (2013-2020) les contrats d’un an, que ce soit comme ATER ou comme post-doc, à Paris, Le Mans, Nancy, Chicago et Marseille. Certaines personnes qui liront ce passage souriront (jaune) : pour cause, elles travaillent depuis 10 ou 15 ans sur des contrats courts, parfois de même pas un an. C’est ça le pire : si ces sept années de relatif précariat me sont apparues comme un parcours du combattant, elles ne pèsent pas lourd à côté de ce que vivent d’autres collègues. Et c’est là le problème : dans l’ESR, vous avez honte de vous plaindre parce qu’il y a toujours plus précaire que vous.

Parmi la pluie de motions et de textes qui sont parus à l’hiver dernier, les plus puissants et les plus poignants étaient ceux écrits par les collectifs de précaires et de jeunes chercheur·e·s (je pense en particulier au manifeste du groupe « Traitements & Contraintes » ou à celui du collectif des précaires de l’Université de Rouen). Combien sommes-nous à nous être dit, à la lecture de ces textes, « Je suis pas tout·e seul·e à vivre ça » ? Réalité évidente, mais que nous fait perdre de vue le « chacun·e seul·e » dans lequel nous plongent les mœurs de l’ESR.

Que disaient, en substance, ces textes si évocateurs ? Que la course pour rester dans la compétition finit par abîmer les entourages affectifs, amicaux et personnels. Que le struggle for life désespéré de chaque individu en régime néolibéral sécrète une société concurrentielle qui détruit l’estime de soi. Que chacun·e fait alors la démarche de sauver sa peau, « prêt à affronter seul contre tous comme Rambo ». La survie ? « La récompense d’une leçon bien apprise ».

Ce système fait des ravages car c’est une machine à produire de la souffrance et du ressentiment. Ceux qui s’en sortent, quand le temps ne leur fait pas oublier les épreuves par lesquelles ils sont passés, reproduisent la dureté avec laquelle le système les a traité·e·s. « Ça a été dur pour moi, c’est normal que ce soit dur pour les autres ». Au sein de ceux qui restent se dissémine la paranoïa (logique : la compétition fait beaucoup plus de malheureux que de satisfait·e·s). Les relations deviennent de plus en plus tendues, y compris entre précaires. On est donc en train d’user une génération jusqu’à la moelle. Pour le dire autrement, Antoine Petit n’a fait que nommer l’existant : le monde de l’ESR est de part en part darwinien (au sens qu’a ce terme dans le français courant).

Observant le décalage saisissant entre les pratiques hiérarchico-mandarinales et les discours égalitaires en vigueur dans l’ESR, Bourdieu affirmait en 1989 : « Le monde universitaire et scientifique serait invivable si la vérité objective devenait la vérité subjective ». Il y a quelques années, un collègue rang A m’avait dit : « Tu sais, faut pas non plus exagérer : il y a des secteurs où la violence est physique, ce n’est pas le cas de notre milieu ». Hmm, l’étudiant qui s’est immolé à Lyon ? La doctorante qui s’est suicidée à Nancy ? Au-delà de l’Université : France Télécom ? Ces propos sont typiques de la sociodicée qui a cours dans l’ESR : il n’est qu’à voir les innombrables histoires de harcèlement qui sont étouffées comme les violences policières par l’IGPN. Mieux vaut ne pas non plus trop regarder du côté du respect du droit du travail à l’Université. Ces derniers mois, nombreux ont ainsi été les témoignages de précaires sur les conditions dans lesquelles elles et ils sont employé·e·s. Pour en ajouter un, j’ai moi-même travaillé gratuitement en assurant deux TD distincts dans deux facs différentes. Comme je ne voulais pas mettre en péril le renouvellement potentiel de mon post-doc dans l’établissement où j’étais employé (on m’avait cité, en contre-exemple, le cas d’un collègue qui n’avait pas été renouvelé parce qu’il avait « trop enseigné »), je n’ai pas fait les démarches nécessaires pour être payé. C’est donc « ma faute ». Mais les services RH des deux universités en question ne se sont jamais non plus manifestés auprès de moi. Là encore, rien d’exceptionnel à l’aune des us et coutumes de l’ESR, qui fonctionne à plein régime sur le principe du hope labour, c’est-à-dire sur l’exploitation du travail gratuit au nom de l’embauche à venir (Maud Simonet). Mais que devient cet espoir lorsque la perspective de l’emploi stable se consume à petit feu et que la titularisation n’apparaît plus que comme une lointaine chimère ?

La LPR est le dernier épisode en date du rouleau compresseur amorcé par la LRU, qui mène tout droit à ce que nous ne connaissons que trop : la néolibéralisation de l’Université et de la recherche. Sous cet angle, mon cas pourrait être vu comme une confirmation de l’effet Matthieu et du principe selon lequel les agents les plus favorablement dotés finissent toujours par tirer leur épingle du jeu. La leçon que je retiens de mon parcours est tout autre : les titres scolaires qui étaient les miens auraient a priori dû, dans un pays comme la France, me prémunir contre l’expérience de la précarité. Il n’en a rien été. Plutôt que de relativiser mon témoignage en mode « il marronne un peu, mais franchement, de quoi il se plaint ? » (ou, variante : « Pff…, le soupir des élites dès qu’elles galèrent un peu »), l’argument est selon moi a fortiori : quand je vois l’impact qu’a eu la précarité sur moi (qui ai pourtant eu un parcours heureux), je n’ose même pas imaginer ce qu’il en est pour celles et ceux qui sont moins avantagé·e·s, et qui sont la majorité. En d’autres termes, si même les classes privilégiées se ressentent de la précarité, c’est peut-être le signe annonciateur que celle-ci est possiblement amenée à devenir la condition existentielle, au-delà de « l’effet secteur » (dans le monde de la recherche, l’accès à l’emploi stable est rare – du fait de la pénurie de places – et tardif), d’une partie de plus en plus grande du monde du travail. Je vois ainsi mon exemple comme un moyen de comprendre ce qu’explique Christophe Granger dans La Destruction de l’université française lorsque, dans une formule un peu étrange qui rappelle « la déstabilisation des stables » de Castel, il affirme que bientôt, les titulaires seront eux-mêmes des précaires. Ce qui ne veut pas dire qu’on leur aura retiré leur statut (quoique, au rythme où vont les choses…), mais que la précarité aura tellement infiltré tous les pans de l’activité (par la recherche sur projet, par la vacation d’enseignement, par le turnover du personnel d’appui) que l’incertitude constituera l’horizon indépassable de leur quotidien au travail. Notre collègue Vincent Goulet ne disait pas autre chose dans la lettre qu’il avait adressée à Geneviève Fioraso afin d’expliquer pourquoi il démissionnait de son poste de maître de conférences à l’Université de Lorraine et préférait redevenir « chercheur-enseignant précaire ». Dans le même sens, lors de la coordination nationale de Saint-Denis déjà évoquée, un autre signal faible pouvait attirer l’attention : quand il était demandé aux participant·e·s de se répartir dans les différents ateliers en fonction de leur statut (« Précaires », « Titulaires », « BIATSS », « Étudiant·e·s »), on constatait la présence, dans les sessions des précaires « officiel·le·s », de jeunes MCF récemment entré·e·s dans le métier, c’est-à-dire de recruté·e·s « post-LRU » qui ont très bien connu tout ce que je décris.

Un jour, donc, si la prophétie de Christophe Granger se vérifie, nous serons tous et toutes précaires, à l’exception d’une poignée de happy few (les mêmes thuriféraires de la recherche sur projet ou, si je reprends ma métaphore du Titanic, celles et ceux qui auront trouvé une place dans les canots de sauvetage du paquebot « ESR »). Ce qui est une autre manière de dire qu’il y a aura de plus en plus de perdant·e·s dans ce jeu auquel nous jouons. En gros, et pour utiliser une formule qui, je crois, résume l’état d’esprit de bien des précaires d’aujourd’hui : no future. À ce jour, par aliénation, réflexe de bon·ne·s élèves soumis·e·s, grégarisme, impuissance, complaisance ou préférence politique, nous avons accepté cet état de fait. Mais jusqu’à quand l’accepterons-nous ?

Charles Bosvieux-Onyekwelu

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La thèse : les causes collectives d’une « épreuve personnelle » par Luc Sigalo Santos et Vincent Lebrou

Place de la precarite Sorbonne

Une épreuve personnelle, des causes collectives

 

Le 9 septembre 2019, le quotidien La Croix publiait un article de Raphaël Baldos intitulé « La thèse, l’épuisant marathon des doctorants ». Partant de la baisse du nombre d’étudiant.e.s inscrit.e.s en doctorat depuis 2009, le journaliste y met l’accent sur la thèse comme « épreuve personnelle », évoquant le tiraillement entre le statut d’étudiant et celui de travailleur, la difficulté de concilier cette activité chronophage avec sa vie personnelle, mais aussi l’isolement ressenti par beaucoup de doctorant.e.s – notamment en sciences humaines et sociales (SHS)[1]. L’article passe en revanche très rapidement sur la précarité structurelle des doctorant.e.s et les enjeux liés à leur encadrement, qui peuvent eux aussi expliquer la baisse d’attractivité du doctorat.

 

Dans un registre proche, le magazine Sciences Humaines publiait quatre ans plus tôt un article d’Héloïse Lhérété, intitulé « La solitude du thésard de fond ». La journaliste note que les « obstacles » à la réalisation d’une thèse sont « nombreux », mettant en avant « l’inconfort moral », « la déprime » et « l’angoisse », ainsi qu’« une flemme persistante, des pannes d’oreiller à répétition, un téléphone qui sonne trop souvent, une addiction à Internet ». Elle conclut, certes sur le mode de la parole rapportée, que « cette solitude fait partie de l’apprentissage ». En revanche, là encore, l’idée selon laquelle « l’université française ne brille pas par ses capacités d’encadrement » est mentionnée sans être approfondie.

 

Ces articles, outre qu’ils tendent à oublier que le travail doctoral peut être épanouissant, ont pour principal inconvénient de véhiculer une conception très individualisante de la thèse, qui peut conduire à culpabiliser les doctorant.e.s comme on culpabilise les chômeurs.ses et les allocataires du RSA[2]. À l’inverse, nous voulons ici rappeler que cette « épreuve personnelle » a bien des causes collectives. À partir de notre position de « jeunes » maîtres de conférences en science politique[3], nous souhaitons mettre l’accent sur trois d’entre elles, sans prétendre à l’exhaustivité et en parlant plus particulièrement de notre discipline[4]. Cette tribune a pour objectif de (re)lancer une réflexion collective sur de tels enjeux.

 

 

Pauvreté et insertion incertaine : une précarité structurelle

 

La première cause collective qui fait de la thèse une épreuve est connue au-delà du milieu universitaire : c’est la précarité structurelle de l’emploi académique. Ainsi, en science politique, il manquait en 2016 près de 84 postes d’enseignants-chercheurs titulaires, soit 30 % du nombre d’enseignants-chercheurs titulaires actuellement en poste dans la discipline[5]. Cela rend l’insertion professionnelle des jeunes docteur.e.s d’autant plus incertaine. En cause : l’augmentation du nombre de postes de titulaires[6] a été inférieure à celle du nombre d’étudiant.e.s et d’heures dispensées[7], de sorte que les effectifs ne sont pas à la hauteur des besoins. En témoigne le recours accru et massif aux vacations d’enseignement : celles-ci sont souvent assurées par des docteur.e.s sans poste, du fait du manque de places de titulaires, et par des doctorant.e.s sans contrat, du fait de financements de thèse insuffisants par leur nombre et leur durée (trois ans, alors qu’une thèse en science politique dure en moyenne entre six et sept ans). Ces vacataires sont souvent payés dans des délais très longs[8], une situation que dénonce de longue date l’Association nationale des candidats aux métiers de la science politique (ANCMSP). De surcroît, ces vacataires sont souvent isolés car ils ont rarement accès à un espace de travail. Si la participation à des collectifs de précaires[9] compense pour partie cet isolement, les perspectives moroses d’emploi académique[10] produisent des effets de démobilisation et alimentent entre eux une dynamique concurrentielle. Si celle-ci peut émuler certains doctorant.e.s professionnalisé.e.s, elle peut aussi inhiber les autres, notamment celles et ceux qui sont contraint.e.s de travailler à côté de leur thèse, renforçant ainsi les inégalités préexistantes à l’entrée en doctorat[11]. Le directeur ou la directrice de thèse joue ici un rôle non négligeable : en fonction de son capital symbolique et de sa position institutionnelle, il.elle dispose de marges de manœuvre variables pour intégrer ses doctorant.e.s et les aider à décrocher un emploi académique stable.

 

 

Faire tout, et faire vite : des injonctions difficilement conciliables

 

La deuxième cause collective qui fait de la thèse une épreuve est connue dans le milieu universitaire, mais assez peu au-delà : c’est la difficulté des doctorant.e.s de concilier des injonctions institutionnelles parfois contradictoires. D’un côté, il est admis que la professionnalisation passe par l’enseignement, sous la forme d’une mission d’enseignement associée à un contrat doctoral (64h de TD), d’un poste d’ATER à temps complet ou partiel (192h ou 96h de TD), mais aussi de vacations. L’enseignement, auquel les doctorant.e.s ne sont pas ou peu formés, s’avère très chronophage : au temps de présence s’ajoute la préparation des cours, la correction des copies, les échanges avec les étudiant.e.s et l’administration, etc. Côté recherche, la professionnalisation consiste pour les doctorant.e.s à communiquer sur leurs travaux en cours, et surtout à publier des articles dans des revues académiques. Outre ces deux injonctions chronophages à enseigner et à publier, la thèse s’apparente dans le même temps à une course contre la montre : les écoles doctorales imposent aux doctorant.e.s des durées de thèse de plus en plus courtes, certaines allant jusqu’à refuser de réinscrire les « retardataires » quitte à les priver d’accès aux bibliothèques universitaires et à les isoler davantage. Cette situation est d’autant plus problématique qu’une thèse courte n’est pas toujours jugée compatible avec les critères de qualité scientifique nécessaires pour être qualifié, puis recruté dans la discipline. Contrairement à l’idée selon laquelle la thèse est l’unique tâche du.de la doctorant.e, le parcours doctoral consiste en réalité à faire tenir ensemble des injonctions parfois contradictoires formulées par des instances (laboratoires, écoles doctorales, CNU, etc.) où les doctorant.e.s peinent à faire entendre leur voix. Le niveau de concurrence très élevé entre jeunes chercheur.e.s renforce le poids de ces injonctions, de telle sorte qu’il faut « cocher toutes les cases » pour espérer embrasser une carrière académique.

 

 

Des relais parfois inexistants : un sous-encadrement chronique

 

La troisième cause collective qui fait de la thèse une épreuve est connue dans le milieu universitaire, mais elle s’apparente à un tabou professionnel : c’est le sous-encadrement auquel sont confronté.e.s de trop nombreux.ses doctorant.e.s, de la part de leurs laboratoires, qui ne prévoient pas toujours un accompagnement adapté, mais aussi de leur directeur.rice de thèse. Ce dernier est le.la principal.e encadrant.e du doctorant.e, sans toutefois être son employeur – a fortiori lorsque le.la doctorant.e n’est pas sous contrat faute de financement. Cette relation est atypique dans le monde du travail : elle place le.la doctorant dans une position ambiguë, entre celles d’étudiant.e en formation et de travailleur.se professionnel.le. Si cette relation d’autorité est parfois euphémisée (par le recours au tutoiement, par exemple), elle demeure très asymétrique notamment parce que le.la directeur.trice a le pouvoir, certes partagé avec d’autres collègues, de faire soutenir une thèse et d’aider ses doctorant.e.s à s’insérer des réseaux académiques. Figure intellectuelle plus ou moins tutélaire, le.la directeur.trice est censé.e conseiller ses.doctorant.e.s en matière d’enseignement et de publication, mais surtout les aider à mener à bien leur thèse, de la conception à l’écriture. Et c’est souvent là que le bât blesse : bien que le bon dosage entre encadrement et autonomie varie selon les profils de doctorant.e.s, trop nombreux sont ceux.celles qui s’estiment peu ou mal suivis, voire pas suivis du tout. On ne compte plus les récits de doctorant.e.s blasé.e.s de devoir envoyer un énième mail pour espérer qu’un chapitre de leur thèse soit relu, voire juste de décrocher un rendez-vous. De ce point de vue, les « comités de suivi » mis en place par décret en 2016, qui prennent des formes très variables selon les établissements[12], sont loin de résoudre toutes les difficultés[13]. Celles-ci sont de fait partagées par les doctorant.e.s les plus socialisé.e.s, mais aussi vécu individuellement par les plus isolé.e.s. Parmi ces dernier.e.s, combien abandonnent leur thèse en partie pour ces raisons[14] ? Aussi, il ne s’agit pas seulement de « savoir terminer une thèse », comme se l’entendent dire les doctorant.e.s. Il faut aussi savoir l’encadrer. Or, de nouveau, cette compétence ne fait que très rarement l’objet d’une formation[15]. Si les difficultés d’encadrement tiennent aussi à la situation de plus en plus tendue dans laquelle l’ensemble des chercheurs.ses et enseignant.e.s-chercheurs.ses exercent leur métier[16], il reste à mener sur ce point une réflexion collective d’ampleur[17] à laquelle il faut associer les responsables d’écoles doctorales et de laboratoires de recherche.

chercheur precaires

 

*

 

En définitive, la situation des doctorant.e.s ne doit plus être pensée indépendamment du contexte universitaire actuel et des relations d’encadrement dans lesquelles elle prend place. La dimension ascétique souvent associée à la thèse ne peut être vue uniquement comme le fruit d’une « vocation » qui justifierait les sacrifices – réels – relatés dans la presse. Elle repose aussi sur une conception solitaire du parcours doctoral, largement intériorisée par les doctorant.e.s et par leurs encadrant.e.s. Pourtant, la thèse est bien une affaire collective et il importe de rappeler que des causes structurales – institutionnelles et politiques – nuisent à son bon déroulement. Sortir d’une conception individualisante et concurrentielle[18] est un préalable indispensable pour réfléchir ensemble aux conditions de réalisation de la thèse. C’est également une façon de soutenir les collègues non titulaires, non seulement dans leur lutte contre la précarité[19], mais aussi vis-à-vis de autres difficultés qu’ils rencontrent.

 

 

 

Biographie des auteurs

 

Luc Sigalo Santos est maître de conférences en science politique à l’université Aix-Marseille depuis novembre 2018, membre du Laboratoire d’économie et de sociologie du travail (LEST, UMR CNRS 7317).

 

Vincent Lebrou est maître de conférences en science politique à l’université de Franche-Comté depuis septembre 2019, membre du Centre de recherches juridiques de l’université de Franche-Comté (CRJFC, EA 3225).

[1] Selon une enquête de l’organisme Generation PhD, 65 % des répondants s’estiment trop isolés, notamment en SHS.

[2] L’analogie n’est pas anodine : en SHS, il est courant de terminer sa thèse au chômage, voire au RSA.

[3] Recrutés cette année et l’an passé comme titulaires, notre expérience de thèse est proche et beaucoup de nos ami.e.s et/ou collègues sont doctorant.e.s. Cette position nous permet de dire des choses que les non-titulaires ne peuvent pas toujours exprimer, bien qu’il ne s’agisse pas de parler en leur nom. Elle nous incite aussi à engager dès à présent une réflexion sur des pratiques d’encadrement auxquelles nous serons vraisemblablement confrontés dans les années à venir.

[4] Bien que le propos s’applique sans doute à des disciplines connexes des SHS, telles que la sociologie et l’histoire.

[5] Selon une estimation conjointe de l’ANCMSP, de l’AFSP et du CNU 04. Toutes disciplines confondues, cette estimation est portée à 13 000 postes d’EC manquants, soit 20 % du nombre actuel d’EC titulaires.

[6] On recensait 273 EC titulaires en 1998, contre 318 en 2003, et 390 en 2018. Au CNRS, le nombre de postes de chargé de recherches en section 40 a diminué de 10 % entre 2000 et 2013, passant de 215 à 194.

[7] Pour citer un exemple local, le nombre d’enseignants titulaires à l’université de Strasbourg est en baisse de 5,2 % sur la période 2010-2018, alors que le nombre d’étudiants a augmenté de plus de 20 % sur la même période.

[8] On trouve ici un aperçu de cette situation. Ajoutons qu’à Nantes, l’Université a récemment exigé des vacataires qu’ils remboursent les quelques euros perçus en trop à cause d’une erreur informatique du ministère des Finances.

[9] Plusieurs collectifs locaux se sont regroupés en 2016 au sein du Collectif national des travailleur·e·s précaires de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.

[10] Par ailleurs, le doctorat en SHS reste mal (re)connu dans le secteur privé et la Fonction publique : cf. Collectif des docteur.e.s sans poste, « Avoir un doctorat, mais pas d’emploi ! », Le Monde, 18 mai 2017.

[11] S. Nicourd, « Les processus de désengagement dans le cadre du travail doctoral », SocioLogos, n° 10, 2015.

[12] Discussion scientifique de « fond » ou échange sur les conditions matérielles de la thèse ; présence ou non du directeur.rice de thèse et de ses collègues proches, ce qui contraint de fait la liberté de parole du.de la doctorant.e, etc.

[13] Celles-ci, qui vont de l’absence d’encadrement au harcèlement, sont exposées dans l’un des rares articles de presse consacrés au sujet : A. Raybaud, « Quand la relation avec son directeur de thèse vire au cauchemar », Le Monde, 15 janvier 2019. Signalons à ce propos l’action du Collectif de lutte contre le harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur (CLASCHES).

[14] Selon l’une des rares études sur le sujet (Céreq, « Les déterminants de l’abandon en thèse », 1998), le taux d’abandon avoisine les 65 % en SHS, contre 60 % en lettres, et seulement 10 % en chimie. Parmi les autres déterminants figurent le fait d’être plus âgé, d’être en couple avec enfant et d’exercer une activité en parallèle.

[15] Des initiatives récentes ont émergé, comme ici à l’université Paris-Sorbonne.

[16] D. Larousserie, « Le blues des chercheurs français », Le Monde, 14 octobre 2019.

[17] Il existe quelques réflexions individuelles de directeurs.trices de thèse : F. Buton, « Diriger des thèses science politique. Entretien avec Michel Offerlé », Palaestra, 2005, p.22-33 ; M. de Saint-Martin, « Que faire des conseils (ou de l’absence de conseils) de son directeur de thèse ? », dans M. Hunsmann et S. Kapp (dirs.), Devenir chercheur. Écrire une thèse en sciences sociales, 2013, p. 64-79. Par ailleurs, une sociologie de l’encadrement reste à mener, selon F. Buton et V. Dubois : « Directeur de thèse », dans H. Michel, S. Levêque, J.-G. Contamin (dirs.), Rencontres avec Michel Offerlé, Éd. du Croquant, 2018, p. 141-149.

[18] Reproduite dans une certaine mesure à l’échelle des titulaires par la course à l’excellence individuelle.

[19] Voir l’Appel solennel aux enseignantes-chercheuses et enseignants-chercheurs, chercheuses et chercheurs titulaires de la fonction publique daté de juin 2019.

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Les docteur.e.s francais prix Nobel d’économie !

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Quand on regarde la liste des prix Nobel d’économie, on voit que la quasi-totalité sont des américains ou ont la double nationalité ou on fait une grande partie de leur carrière aux Etats-Unis. Les prix Nobel français ne font pas exception. Hors Europe et Etats-Unis, il n’y a que deux Indiens et un Israélien.

En revanche, la France fait exception sur le genre des prix Nobel puisque Dr Esther Duflo est bien la première femme ! Mais oui ! Bravo à elle !

Ci-dessous une présentation des 4 prix Nobel français.Prix Nobel économie docteur 2

En 1999, Esther Duflo soutient sa thèse de doctorat au département d’économie de l’Institut de technologie du Massachusetts (MIT), sous la direction de Dr Abhijit Banerjee, lui aussi récompensé. Sa thèse, intitulée « Three Essays in Empirical Development Economics » (« Trois essais sur l’économie empirique du développement »), est consacrée à l’évaluation économique des projets de développement ». 20 ans après sa soutenance, elle obtient le Prix Nobel.

Prix Nobel économie docteur 3

Jean Tirole est titulaire d’un doctorat de 3e cycle en Sciences de gestion à l’ Université Paris IX – Dauphine soutenu en 1978 et intitulé « Essais sur le calcul économique public et sur le taux d’actualisation » sous la direction de Dr Roger Guesnerie, lui-même chercheur au CNRS, directeur d’études à l’EHESS, il est titulaire de la chaire « Théorie économique et organisation sociale » au Collège de France de 2000 à 2013. Il est également titulaire d’un Ph.D. en sciences économiques intitulé « Essays in Economic Theory » (« Essais en théorie économique ») obtenu au Massachusetts Institute of Technology sous la direction d’Eric Maskin (Prix Nobel 2007). Il est prix Nobel 2014.

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Maurice Allais (1911-2010) a reçu le prix Nobel d’économie en 1988 mais il n’a pas de thèse de doctorat.

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Comme Esther Duflo, Gérard Debreu (1921-2004) a obtenu la double nationalité franco-américaine. Il est le premier Français à recevoir en 1983 le prix Nobel d’économie pour ses travaux sur l’équilibre général. Il obtient le doctorat ès sciences mathématiques devant la faculté des sciences de l’Université de Paris avec une thèse sur la théorie de la valeur soutenue en juin 1956. Sa thèse est issue de ses cours. Il rejoint l’université Yale en 1955 après avoir travaillé à l’Université de Chicago à partir de 1953. Elle est publiée en 1959 sous l’intitulé Theory of Value: An Axiomatic Analysis of Economic Equilibrium chez l’éditeur Yale University Press et publiée en France sous l’intitulé La Théorie de la valeur, une analyse axiomatique de l’équilibre économique chez Dunod en 1965. Cela constitue une reformulation en termes rigoureux de la théorie de l’équilibre général inaugurée par Léon Walras en 1874.

 

PS : En réalité, il s’agit du prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel, mais il est communément surnommé « prix Nobel d’économie ».

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Eurodéputé.e.s docteur.e.s élu.e.s pour la 8ème mandature 2019-2024

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Parmi les 34 listes de partis politiques et les 79 eurodéputé.e.s élu.e.s (74 s’il n’y a pas de Brexit), il y a a priori un seul docteur-chercheur, même s’il a 2 doctorat (!). C’est une déception pour Doctrix…

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Les doctorants et docteurs candidats au parlement européen

En plus des docteur.e.s eurodéputé.e.s qui se présentent à nouveau, voici quelques doctorant.e.s et docteur.e.s (quelques docteur.e.s praticien.ne.s et enseignant.e.s à l’université) trouvé.e.s sur les listes envoyées dans nos boites aux lettres (leurs programmes sur l’enseignement et la recherche est ici) :

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Programmes élections européennes 2019 : l’enseignement et la recherche

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Dans l’ordre d’un article du journal Le Monde du 13 mai 2019 qui s’appuie sur un sondage Elabe pour BFM TV sur Internet les 6 et 7 mai 2019, voici une présentation des programmes des partis politiques en concurrence pour les élections européennes 2019.

Nous allons voir que pris isolément, les programmes – quand ils existent sont assez peu développés (sauf exceptions), mais l’ajout des uns aux autres (sauf exceptions) peu créer une véritable complémentarité même s’il existe des programmes incompatibles.

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4 eurodéputé.e.s docteur.e.s à nouveau candidat.e.s pour la 8ème mandature 2019-2024

 

Parmi les 12 eurodéputés français, seuls 4 sont à nouveau candidat le 26 mai 2019 sur l’une des 34 listes officielles selon ministère de l’intérieur pour la 8ème mandature 2019-2024. Rappelons que la France a le droit à 79 eurodéputés (contre 74 auparavant) mais 74 entreront en fonction car il se peut encore qu’il n’y ait pas « brexit » au final ! Rappelons aussi qu’il faut atteindre 5% aux élections pour obtenir un eurodéputé.

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Filed under Les européennes, Nos actu

Dr Yann Le Cun Prix Turing de l’apprentissage profond !

Yan Le Cun

Dr Yann Le Cun, un français qui vient d’obtenir le Prix Turing, a soutenu sa thèse intitulée « Modèles connexionnistes de l’apprentissage«  (connectionist learning models) en juin 1987 à l’Université Paris 6 Pierre et Marie Curie.

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Filed under Le docteur de la semaine

Le Président Emmanuel Macron choisit la stratégie de « différenciation » pour valoriser le doctorat

Emmanuel Marcron

Le lundi 18 mars 2019, l’Elysée a organisé « débat » entre le Président Emmanuel Macron et les intellectuels suite aux « grands débats » eux-mêmes suite au mouvement inédit des « Gilets jaunes » sujet que nous avons traité via la tribune de Brice le Gall.

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Filed under Reconnaissance du diplôme

Le doctorat au registre national des certifications professionnelles : regard critique

registre national des certifications professionnelles

Peut-être faudra-t-il mettre un jour les compétences des doctorant.e.s et docteur.e.s directement dans la constitution ! Notre Ministre de la Justice – dr Nicole Belloubet (que nous avions interviewé il y a quelques années) – n’est-elle pas spécialiste de droit constitutionnel après tout ! Bon en attendant, il faudra se contenter d’un arrêté, ce qui est déjà pas mal, en tout cas une avancée. L’injustice – qui consistait à ne pas reconnaître le doctorat comme une certification – a été réparée non par la Ministre de la Justice mais par la Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation dr Frédérique Vidal. Il est signé le 22 février 2019 soit pas moins de 15 mois après son annonce le 20 octobre 2017 lors du salon PhD Talent Career Fair. On peut en déduire qu’il a fallu batailler pour écrire et publier ces 4 petits articles et cette annexe de 6 blocs de compétences. Mais oui, c’est bien réel « Le doctorat est enregistré au répertoire national des certifications professionnelles. » selon l’article 1 de l’arrêté. Alléluia !

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José Manuel Campa Fernández, un docteur à la tête de l’Autorité bancaire européenne

José Manuel Campa Fernández

Après Dr Mário José Gomes de Freitas Centeno à la tête de l’Eurogroupe (voir notre article), voici un autre docteur en économie à la tête d’une institution européenne : Dr José Manuel Campa Fernández (dont les nom est un tout petit peu moins long !). Il a été nommé le 19 février 2019 à la tête de l’Autorité bancaire européenne.

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« Lettre de rupture à ma Ministre » par Marianne Ana

Frédérique Vidal

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« Gilets jaunes et Université : quelle mobilisation ? » par Brice le Gall

Brice Le Gall

Sans vouloir lancer de polémique, je m’interroge sincèrement sur l’absence de discussion autour du mouvement des Gilets jaunes parmi les chercheurs.euses.

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Le gouvernement français doit faire honneur aux étudiant.e.s, doctorant.e.s et docteur.e.s étranger.ère.s

doctorants étrangers

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Lancement de l’enquête « Génération PhD » sur les jeunes chercheurs : zoom sur les premiers résultats

Génération PhD 1

Lancée le 1er octobre, Génération PhD, c’est tout d’abord une enquête en cours qui interroge les jeunes chercheuses et chercheurs sur leurs opinions, leurs ressentis, leurs aspirations…

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Trop excellente pour débuter une thèse ? Témoignage de Sophie Perrin

Ashraf et Duck

Ashraf et Duck

Sophie Perrin a effectué une reprise d’études en anthropologie, à Lyon, et obtenu le master recherche mention très bien avec 18/20 et un prix scientifique de la CNAF (Caisse Nationale des Allocations Familiales) pour son mémoire de master « l’inceste : consistance du silence ».
Elle a néanmoins été empêchée de poursuivre en thèse, puis a subi une suite de procédures judiciaires pénales qui continuent encore aujourd’hui, à l’initiative des personnes ayant joué un rôle important dans sa mise à l’écart de l’accès au doctorat. Ces procédures sont en réponse à ses actions de protestation qui consistaient en courriels comportant des extraits de ses travaux de recherche, des saynètes satiriques, et un résumé de sa situation. Pour les plaignants, ces courriels constituaient du « harcèlement moral » envers eux…

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« Sur les vacations, la rétention des notes et la grève des examens » par l’ANCMSP

ANCMSP

ANCMSP

La question des enseignant.e.s vacataires dans l’enseignement supérieur a fait une surprenante irruption dans le débat public à l’occasion des  mobilisations contre la loi ORE. Suffisamment rare pour être soulignée, cette sollicitude invite pourtant à rappeler certains faits et à insister sur les moyens d’action des personnels précaires, notamment la rétention des notes et la grève des examens.

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Le doctorat enfin au RNCP !

RNCP

Après une bonne nouvelle dans la reconnaissance du doctorat dans la fonction publique annoncée en fin d’année, et l’arrêté publié le samedi 6 janvier 2018 qui modifie les modalités des concours de recrutement des médecins scolaires pour les adapter aux titulaires d’un doctorat, voici que le doctorat (article L612-7 du Code de l’Éducation) va être reconnu au Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP) selon un communiqué du 25 janvier 2018 de l’ANDès et de la CJC après avoir été annoncé par Dr Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, le 20 octobre 2017 lors du salon PhD Talent Career Fair.

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Les vœux doctoraux tous chauds !

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Quelques nouvelles de début d’année !

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Enfin des avancées sur la reconnaissance du doctorat dans la fonction publique !

code fonction publique

 

 

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