Le blog de Jean-François FIORINA

Masters de Management : La France domine mais attention à la marche…

Sans faire de triomphalisme, le dernier classement du Financial Times propulse les masters de management hexagonaux au sommet de la hiérarchie mondiale. La France est coutumière du fait, mais cette année, le phénomène s’est amplifié. Il salue un travail de fond et l’importance stratégique d’un enseignement supérieur en management de haut niveau. Comment expliquer cette réussite et comment ne pas chuter ?

Des facteurs de succès croisés

La sélection, d’abord, qui garantit la qualité des étudiants et leur motivation. Les écoles de management ont toujours misé sur cette politique tout en développant des filières ouvertes à la diversité.

L’expérience, ensuite. Depuis des décennies, les écoles de management travaillent en étroite collaboration avec les entreprises, se développent à l’international à toute vitesse, innovent en matière pédagogique. Elles se remettent en question régulièrement dans un système concurrentiel où les accréditations et les classements les obligent à se fixer des objectifs toujours plus exigeants.

Dernier point, devenu au fil du temps essentiel, les services associés à la pédagogie. Ils regroupent les relations avec les entreprises et les réseaux professionnels, une recherche opérationnelle adossée à la pédagogie, la mise à disposition de matériel, une offre de vie sociale active, l’intégration de nouveaux publics dans les cursus… C’est le nœud de la guerre.

Garde-fous

Le souci de rester toujours attractif, dans un contexte d’hyper concurrence internationale, comporte des risques. Celui de perdre son âme en dévoyant son modèle de développement et son identité, en visant le quantitatif plutôt que le qualitatif.

Si toutes les écoles de management sont effectivement concurrentes, elles doivent apprendre à mutualiser leurs services pour rester attractives. Le pire serait de penser que la partie est gagnée. Et que chacun d’entre nous s’en sortira seul.

La Chine et la Corée développent leurs propres écoles. Les universités étrangères cherchent à capter les meilleurs profils. Et les étudiants, via le net, comparent l’ensemble de l’offre de services des écoles de manière instantanée. Ils choisissent ainsi la meilleure formation, quelque soit le lieu ou le coût !

Vigilance

Tout concoure à rester en éveil, à ne pas s’endormir sur nos lauriers. Deux facteurs renforcent cet appel à la vigilance : le système actuel de financement des écoles de management qui exclut les financements d’Etat pose certains freins au développement ; l’accueil des étudiants étrangers reste limité par le nombre de visas.

Je terminerai par une métaphore sportive et préventive : les meilleurs clubs de foot ne sont pas forcément au top l’année suivante !

Commentaires (2)

  1. marc

    Je profite du côté un peu moins formel du blog pour vous adresser une question qui me tracasse depuis un certain temps, relative à la stratégie de l’école et à l’article ci-dessus: le fait d’augmenter chaque année le nombre d’élèves par promotion permet, je suppose, à court terme d’améliorer le résultat financier de l’école. Mais cela ne risque-t-il pas, par voie de conséquence, de faire baisser la barre d’admission, de réduire la sélectivité (critère si important que vous le mettez en tête de liste de cet article) et donc le classement de GEM?

    Il ne faut pas abuser des bonnes choses, mais j’en profité même pour vous poser une seconde question:
    vous décrivez la réussite des EM « à la française » en listant quelques caractéristiques: est-ce à dire que dans les autres pays, les écoles de commerce ne sont pas sélectives, sont moins expérimentées qu’en France et n’ont pas de relations avec les entreprises? Je ne parvines pas à comprendre ce qui fait exactement que la France se retrouve en pôle position.

  2. jffiorina (Auteur de l'article)

    Soyez rassuré : nos barres d’admissibilité et d’admission sont en progression sur les dernières années à Grenoble, que ce soit pour le concours prépas ou le concours admissions parallèles Passerelle, et ce malgré l’augmentation des effectifs…

    Pourquoi la France en pole position ? Parce que notre système français est tellement concurrentiel du fait de son financement que nous avons tous dû, au cours des 25 dernières années, faire preuve d’une innovation et d’une créativité que peu de secteurs ont connu, d’où la réussite de la plus grande partie des acteurs !

    Les classements le montrent mais avant eux, ce sont les accréditations qui l’ont montré, avec une présence française remarquable, que ce soit dans AACSB ou EQUIS.

    Nous avons réussi et continuerons (je l’espère !) parce que le « combat » est de tous les instants, et l’arrivée de nouveaux entrants étrangers va encore amplifier la concurrence…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.