Le blog de Jean-François FIORINA

J’avais prévu de vous parler du G20…

Mais l’actualité en a décidé autrement. Après l’ouverture est-ouest, sommes-nous en train de vivre un nouveau séisme géopolitique, la chute d’un autre mur, nord-sud ? Un peu sonné comme un boxeur sur le ring, nous prenons le flux des informations comme des coups de poing. Depuis quand avons-nous vécu une telle avalanche d’événements ? Avec une inquiétude certaine, je me pose la question du devenir de ces « nouveaux mondes » que sont la Tunisie ou l’Egypte, et peut-être bientôt la Jordanie ou le Yemen ? Derrière ces images, n’y a-t-il pas le risque de voir d’autres murs s’ériger ?

Les crises s’enchaînent et le temps s’accélère.
De la géopolitique de crise, nous passons à l’économie de crise. Les tensions sur les matières premières s’accentuent. Le baril de pétrole dépasse les 100 dollars, point le plus haut depuis 28 mois, d’autres matières premières vitales prennent le relais comme les céréales pour des raisons, cette fois, plus structurelles. Pas plus rassurant. Nous sommes les témoins de l’emballement des instabilités qui ne vont certainement pas aider le développement des processus démocratiques en cours.

Tempo numérique
Wikileaks a donné le ton. Sans contexte, ni mise en forme particulière, des informations diplomatiques confidentielles arrivent en masse sur le site « rebelle » sans l’accord des chancelleries. A la fois outil de transparence démocratique et de déstabilisation, cet ovni éditorial impose son rythme au monde des « médias d’influence ». A tel point que le journal Le Monde devienne son héraut en publiant ses « meilleurs » scoops fin 2010 ou qu’Hilary Clinton en perde son sang froid lors de conférences de presse. Cela mérite débat !

Le temps du numérique donne également le vertige côté entrepreneurs.
Confrontés à des cycles de vie d’entreprises et de produits à la rapidité exponentielle, je me demande si la bulle internet ne se reconstitue pas. Le site Facebook est, certes, un outil génial de mise en relation qui vient d’ailleurs de passer devant Google en termes de nombres de requêtes (aux USA, fin 2010) mais sur quoi repose-t-il réellement sur le plan économique ? Là aussi tout cela mérite débat.

« Et au milieu coule le G20 »
Pour paraphraser le titre du film de Robert Redford où la jolie rivière du Montana offre le dernier havre de paix d’une fratrie désunie, j’observe que la gouvernance mondiale tant attendue peine à s’imposer. Le temps des consensus mous est révolu ! Pauvre M. Sarkozy, il n’a pas de chance, c’est tombé sur lui !
Il faut l’aider à forcer la route de la convergence économique, à redevenir les acteurs du changement. Pas d’échec possible sinon la somme de nos faiblesses nationales s’affichera dans une Europe criante d’impuissance. Dois-je rappeler que la Chine est devenue la créancière des dettes publiques européennes à hauteur de 10% ! Et que sa boulimie mondiale pour le contrôle des matières premières, des espaces et terres rares constitue pour elle un axe stratégique. Sommes-nous condamnés, Européens, à rester spectateurs, englués dans nos querelles internes et guidés, en ce moment, par la Hongrie… aux orientations quelque peu surprenantes.

Et nous pédagogues, que faire ?
Dans ce contexte d’instabilité permanente, notre mission est de garder un petit temps d’avance sur nos étudiants. Nous devons les former à devenir les acteurs du changement sans qu’ils en deviennent les victimes ou les accélérateurs. L’aptitude à prendre du recul reste essentielle (voir mon poste sur l’éloge de la lenteur) comme celle d’apprendre à travailler et à zapper d’un sujet à l’autre dans un environnement multi dimensionnel.

Qu’il semble déjà loin ce 1er janvier 2011 !

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Commentaire (1)

  1. Irnerius

    Bonsoir. Chronique excellente, en particulier par sa conclusion : « et nous pédagogues, que faire ? ». Même retraité, je me pose votre question : comment apprendre aux étudiants à la fois la lenteur (celle nécessaire à la mise à distance critique, fondée sur la patience, la recherche d’informations vérifiées) et la rapidité de la réactivité (celle nécessaire pour ne pas perdre des marchés, sans compter celle, horrible, de la spéculation). Je n’ai évidemment pas de réponse dogmatique !

    Mais vous invitez à y réfléchir. Au lieu d’être des blogueurs individuels d’Educpros, ne pourrions-nous pas envisager d’être une communauté de blogueurs qui réfléchissent, solidairement, au type de problème que vous traitez ? Bien cordialement

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