Le blog de Jean-François FIORINA

Une autre pédagogie : rencontre avec Bruno Béthune, directeur de l’École Nationale des Sports de Montagne (ENSM).

Basée à Chamonix (Haute-Savoie) et à Prémanon (Jura), l’école forme celles et ceux qui assurent la découverte, le plaisir et la sécurité du sport en montagne. Cette année, je m’intéresse à ces écoles qui se développent dans d’autres domaines, pour comprendre leurs pédagogies, leurs enjeux, pour voir comment elles abordent la formation. Avons-nous des points communs ? Quelles différences ? À Grenoble, c’est la montagne donc priorité à ses métiers ! Aujourd’hui, je m’entretiens avec le directeur de l’École Nationale des Sports de Montagne (ENSM).

–       Jean-François Fiorina : Quelles sont les missions et l’organisation de vote école ?

Bruno Béthune : La mission de l’école, c’est la formation des professionnels du sport de montagne, donc essentiellement les guides, les moniteurs de ski alpin, les moniteurs de ski de fond, les moniteurs de parapente et les accompagnateurs en moyenne montagne. Ces professions sont réglementées par le code du sport. Elles donnent lieu à la délivrance d’un diplôme d’État pour pouvoir exercer contre rémunération. La particularité, c’est que seule l’École Nationale des Sports de Montagne est habilitée à délivrer ces diplômes, considérant qu’il s’agit d’un environnement à risques où il y a des dangers objectifs tout à fait particuliers.

–       Le parapente 

Il s’est installé un peu d’une manière historique à l’ENSA (École Nationale de Ski et d’Alpinisme)  . Et d’ailleurs maintenant la réglementation a évolué et d’autres établissements pourraient faire ce type de formation. Dans les faits, ils ne s’y attèlent pas compte tenu du peu de débouchés.

–       On peut faire « tout en même temps », guide et moniteur de ski ou faut-il vraiment choisir une filière ?

Beaucoup de guides sont en même temps moniteurs de ski, mais ça se fait successivement, c’est quand même très prenant.

–       Vous êtes rattaché à quel ministère ?

Le ministère chargé des Sports, qui a des appellations éphémères et diverses… Pour l’instant c’est le ministère de la Jeunesse, des Sports de la Vie associative et de l’Éducation populaire.

–       Si l’on veut exercer la profession, de moniteur ou de guide, le passage par chez vous est obligatoire. C’est quasiment une situation de monopole ?

Oui, absolument.

–       Sans raviver de vieilles querelles, par rapport à la réglementation européenne, des gens qui seraient passés par des équivalents dans d’autres pays européens peuvent-ils exercer la fonction de guide ou de moniteur ou pas ?

Oui. D’ailleurs, l’idée que personne ne peut venir en France est très ancrée dans les esprits… Effectivement, il y a eu une certaine mobilisation de la profession à une époque, mais depuis les choses ont très largement évolué. Pour ce qui concerne la profession de guide, elle s’est quasiment internationalisée, et pas seulement au niveau européen, avec un système de pays qui adhèrent à l’Union Internationale des Associations des Guides de Montagne, l’UIAGM,  qui labellise, en quelque sorte, les diplômes s’ils atteignent un standard convenable. Et la plupart des États, en particulier la France, reconnaissent, en pratique, le standard UIAGM. Dès lors qu’un guide arrive en France avec ce standard, il reçoit quasi-automatiquement l’équivalence.

Et pour les moniteurs de ski, actuellement nous travaillons avec la commission européenne, le ministère et la profession (Syndicat des moniteurs de ski). Le but est d’aboutir à une carte européenne des moniteurs de ski. Nous n’en sommes pas très loin. Il y a énormément de moniteurs étrangers qui viennent travailler en France !

–       Ce qui me fascine toujours et que je trouve extraordinaire, c’est d’avoir des référentiels en amont. Si on prend le métier de guide, comment établissez-vous des référentiels et comment les faites-vous évoluer ?

Les référentiels sont quand même fortement co-construits avec la profession. Ce n’est pas l’école, toute seule, dans son isolement, qui pourrait construire un référentiel. Et ça c’est aussi vrai pour les guides que pour les moniteurs de ski. Et cette co-construction passe par l’intermédiaire d’une instance qui est tout à fait reconnue et qui est codifiée dans le code du sport, à travers les sections permanentes du Conseil Supérieur des sports de montagne.

Il y a donc un lieu de concertation entre les professions, les fédérations compétentes, le ministère et l’école qui en dépend pour élaborer notamment effectivement les référentiels professionnels et les attentes. 

–       Quelles sont, par rapport encore une fois à ces métiers, et à leurs compétences, celles qui ont un peu disparues et celles qui doivent apparaître ?

Rien n’a disparu, rien n’est apparu, les piliers restent. Nous avons une formation professionnelle très courte. Les temps de passage à l’école se situent entre 11 et 15 semaines pour obtenir le diplôme. Tout le reste est fait, dans le cadre d’une alternance, en situation pratique. Ce qui nous amène à recruter des stagiaires ayant déjà un acquis technique assez important. On n’a pas le temps de former aux bases techniques. Il faut arriver à l’ENSA avec ces bases, aussi bien en ski, ski de fond ou alpinisme.

–       Et comment pouvez-vous le vérifier ?

Il y a des séries de tests techniques. Pour le ski, les candidats qui ont acquis, dans des compétitions internationales, un certain nombre de points FIS délivrés par la Fédération internationale de ski, n’ont même pas besoin de passer ces tests. Pour la profession de guide, il y a un examen probatoire, qui se passe en 2 semaines, une semaine en hiver et une en été.

Les postulants-stagiaires sont mis en situation : descentes libres, parcours en terrains variés l’été, soit en escalade avec un parcours balisé avec des piolets en escalade de glace. Cette série d’épreuves codifiée nous permet d’attester du niveau d’entrée dans l’école.

–       La scolarité est payante ?

Oui, parce que l’établissement a sa totale autonomie financière, donc même si ce sont des fonctionnaires qui travaillent à l’ENSM, ils sont payés sur le budget de l’établissement. Organisation un peu originale. Ils ont le statut de fonctionnaire mais ils sont payés par l’établissement. Donc il y a un coût horaire pour chaque formation qui est voté par le Conseil d’Administration. Pour devenir guide, il faut dépenser environ 7000€ de frais pédagogiques et 5 500€ pour être moniteur de ski.

–       Est-ce qu’il y a néanmoins de nouvelles tendances dans ces métiers ?

Nous travaillons à l’école essentiellement deux aspects :

  • la sécurité,
  • Et la « relation client » en quelque sorte. Cela peut s’appeler aussi pédagogie, mais c’est plutôt un langage universitaire. Nous sommes dans la formation professionnelle donc on parle plus de relation au client. Voilà les 2 grands aspects qui sont travaillés. Et puis nous approfondissons évidemment  le domaine technique.

–       Donc à l’issue de la formation, il y a un examen ?

Comment cela s’organise-t-il ?

Les examens se passent successivement. Notre système de formation en alternance, permet aux stagiaires d’exercer dès la validation de la première séquence de formation, mais avec des prérogatives très limitées. Pour les skieurs, c’est sur le jardin d’enfants, des pistes faciles, etc. Pour les guides, c’est plus proche de la randonnée que du métier de guide. Mais bon, ils peuvent déjà avoir un certain nombre d’expériences professionnelles. Et de fil en aiguille, à chaque fois qu’ils viennent à l’école, ils ressortent avec des prérogatives un peu plus importantes.

Donc la formation se construit, par alternance, et par accumulation successive de prérogatives. Au terme, il y a un examen final qui donne le diplôme mais qui reprend l’ensemble des évaluations qui ont été cumulées en cours de formation.

–       Dans cette évaluation, encore une fois, vous parliez de mise en situation, c’est du oui/non ou est-ce que pour chaque situation, il y a différents critères ?

Il y a différents critères notés. Mais ce qui est intéressant, c’est que pour le dernier stage de guide, on part avec de vrais clients. C’est-à-dire que parallèlement à l’évaluation des guides, on organise à l’école un stage qu’on appelle un « stage cobaye », c’est-à-dire des gens qui veulent pratiquer de la montagne, qu’on emmène. Chaque élève part avec 3 clients et un prof pendant une semaine, et on l’observe en situation.

4 ou 5 critères sont analysés : prise en charge, adaptabilité, sécurité… Il y a une série de notes, mais grosso-modo, c’est quand même aussi une sorte de compréhension globale de la situation qui fait la majorité de la note.

–       Et comme vous êtes dans un petit milieu où les gens se connaissent, comment le prof arrive-t-il à rester objectif ? Si en plus, vous  les observez pendant une semaine, il peut y avoir une sorte de complicité…

La semaine est coupée en deux : 3 jours avec un professeur, 3 jours avec un autre. De plus, un professeur volant supervise plusieurs de ses collègues pour confronter les points de vue. Jamais un élève n’est évalué par une seule personne. C’est en posant des garde-fous qu’on limite le risque d’erreur.

–       Comment arrive-t-on à former au risque ?

La difficulté principale de l’école, c’est que pour former au risque, il faut y être confronté !  Nous amenons nos élèves en montagne, en situation réelle mais en groupes très restreints – un professeur pour 3 élèves. En évitant de se mettre sous les avalanches… même si nous déplorons quelques accidents.

–       Cela signifie que vous avez un équivalent de base de données sur tous les risques que les stagiaires ont à expérimenter au cours de leur formation ?

Oui. Le risque avalanche, par exemple, est assez bien décrit. Mais nous restons toujours très modestes. On découvre tous les ans des situations imprévues. En montagne, sur rochers, il y a malheureusement des risques dits objectifs – chutes, variations de températures, etc – pour lesquels il n’y a pas de solutions, sauf à éviter la zone ou à avoir des cartographies précises du risque.

Le risque météo est aussi bien décrit. On apprend aux élèves à lire la météo, à anticiper et à réduire le risque. En montagne, nous disposons d’une méthode de réduction des risques, que certains appellent la « méthode 3 X 3 », qui est validée internationalement. C’est à l’origine un Suisse qui l’a développée. Elle évolue avec nos sensibilités, en fonction des environnements règlementaires des pays.

–       Et la relation client ?

Déjà la principale relation client, c’est de le ramener en bonne santé ! Je dirais que c’est intégré dans la question de la gestion du risque. Ensuite, c’est essentiellement des éléments comme la capacité d’adaptation de la prestation à ce que recherche un client.

Nos clients sont très variés, de la classe de découverte jusqu’aux personnes âgées. Il y a des méthodes de prise en charge et des propositions différentes à leur faire.

–       La mondialisation du tourisme amène de nombreux étrangers dans l’hexagone. Y-a-t-il une dimension inter-culturelle dans la formation ?

L’école a une réputation internationale parce qu’elle accueille plutôt bien. On a des conventions avec plusieurs pays européens, pour la formation des guides notamment ou dans le cadre du ski avec les Tchèques, les Roumains. Nous irons en Slovénie cet hiver et même en Amérique du Sud pour la profession de guide qui se pratique dans le monde entier.

–       Qui dit école dit étudiant, dit également prof. Ce sont des fonctionnaires qui sont payés avec vos propres ressources. Comment devient-on prof ? Est-ce qu’il faut forcément être guide ou moniteur de ski pour être professeur ?

Oui. La condition nécessaire pour être prof, c’est d’être guide ou moniteur, si possible les deux, ou titulaire du brevet de parapente, et si possible d’une autre compétence, soit guide soit moniteur de ski. Donc condition nécessaire : avoir le diplôme dans lequel on enseigne, et si possible un deuxième diplôme. Ensuite, on embauche essentiellement des gens d’expérience.

Nous constituons des équipes aux sensibilités complémentaires qui sont au nombre de trois :

  • La sensibilité sportive, le pro qui a fait des réalisations exceptionnelles en montagne ou qui a été compétiteur en ski alpin… Cela confère une sorte de légitimité, la capacité sportive.
  • La dimension strictement professionnelle, c’est la personne qui a, par exemple, réalisée des expéditions un peu particulières avec des clients ou qui a une grande expérience de la diversité des publics. C’est, je dirais, le professionnel reconnu par ses pairs.
  • La dimension intellectuelle et universitaire. Celui qui est capable d’avoir beaucoup de recul sur des éléments particuliers ou la profession dans son entier.

–       Comment arrivez-vous à négocier ou imposer la mise aux normes de référentiels ? Parce que ce sont souvent des gens qui ont envie de raconter ce qu’ils ont envie de raconter, pas forcément dans le programme…

Nous sommes assez cadrés. Les programmes de nos diplômes font l’objet d’un arrêté ministériel qui est assez précis. Il y a une description des matières que l’on doit aborder dans les formations, on n’a pas énormément de latitude.

Et d’autre part, c’est quand même des gens qui, dans tous les cas, pour être professeurs à l’école sont capables de recul. Si effectivement, ils ont envie de raconter une expérience professionnelle particulière, c’est justement un peu la confrontation au sein de l’équipe de profs et cet équilibre entre les différentes particularités qui fait que finalement chacun s’enrichit. Nous n’avons pas de difficultés pour imposer nos maquettes de formation à tout le monde.

–       Le monde de la montagne, c’est quand même, sans jeu de mot, un monde de clochers. Ça va, vous arrivez à équilibrer, gérer les différentes sensibilités « géopolitiques » ?

Vous avez raison d’aborder la question. Quand on est école nationale, on a un peu cette responsabilité particulière de devoir couvrir l’ensemble du territoire national. Nous avons des profs qui viennent, par exemple, des Pyrénées, en nombre moindre évidemment, mais on y tient.

Par ailleurs, on développe un certain nombre de conventions avec les établissements de Jeunesse et Sports, les CREPS (Centres Régionaux de l’Éducation Populaire et des Sports) qui sont en régions de montagne. Avec les CREPS de Toulouse, de Montpellier, d’Aix en Provence, de Nancy pour les Vosges et de Vichy pour le Massif Central, nos conventions nous permettent de réaliser chez eux des cycles préparatoires de ski ou des diplômes d’accompagnateur en moyenne montagne.

On a aussi une formation complètement théorique d’une semaine, qui est transversale à tous ces diplômes de la montagne, qui est assurée en région par convention avec les collègues des CREPS.

–       Les stagiaires notent-ils les profs, les évaluent-ils ?  

Ce n’est pas tout à fait comme ça. Nous avons un système de retour, d’essai d’évaluation de la qualité des prestations attendues. Je sais que c’est un sujet qui peut être abordé, la notation des profs par les élèves, par certains établissements. Nous on ne le fait pas.

–       En regardant votre site, j’ai vu qu’il y avait une partie recherche. C’est imposé par votre tutelle, c’est pour aller encore plus loin dans la formation, c’est pour vous un élément de visibilité…?

On a beaucoup parlé de la formation dans les missions de l’école, il y a aussi l’accueil des sportifs de haut niveau à Prémanon. L’école a deux implantations, Chamonix et Prémanon où est installé, par exemple, l’entraineur de Martin Fourcade qu’on a vu sur les télés ces temps-ci…

Plusieurs cadres de l’équipe de France de ski nordique sont des collaborateurs de l’ENSM, même s’ils portent les vêtements de la Fédération Française de Ski. Le camion de fartage est également propriété de l’ENSM. Tout le pôle France de ski nordique, est « hébergé » par l’établissement par convention  avec la Fédération Française de Ski qui en porte la responsabilité.

Et donc on considère qu’à l’appui de ces deux missions principales, haut-niveau et formation, il y a des missions un peu transversales qu’on appelle l’expertise. Alors qu’est-ce que c’est ? Dans le domaine du haut-niveau, c’est le professionnel qui prend des séries de balles et qui, dans une ligne de tir particulière, étudie la trajectoire de la balle en fonction de la température, de l’hydrométrie, etc. On développe avec la Fédération Française de Ski des semelles avec des capteurs de pressions qui permettent d’étudier à quel moment la pression se déplace sur le pied en fonction du mouvement qu’on fait pour enclencher un virage. Cela peut paraître un peu éloigné du pratico-pratique dont on a besoin en formation, néanmoins on essaie toujours d’avoir cette activité, on ne peut pas dire de recherche, ça n’a rien de comparable avec la recherche universitaire. Mais, en tout cas, c’est une recherche qui a des applications les plus directes possibles, aussi bien dans la formation que dans le sport de haut-niveau.

–       Et avec les entreprises qui évoluent dans votre environnement, des équipementiers, avez-vous aussi des programmes de recherche appliquée ?

On peut avoir quelques conventions sur le sujet. Avec la plupart des fabricants, on a des conventions de recherche-développement. Nous sommes une école de formation professionnelle, nous n’avons pas de prétentions universitaires, même si plusieurs collaborateurs publient dans des revues. Avec les fabricants, nous faisons des retours-produits ou des retours-clients selon les cas, de façon à les aider à faire évoluer leur matériel parce que nous sommes de gros utilisateurs

–       Et des prescripteurs !

C’est le côté qui les intéresse. Quand on a effectivement nos profs qui ont une paire de skis aux pieds qui ne sont pas encore sorties, cela intéresse les entreprises. On essaie de ne pas en faire trop sur le sujet, parce que nous avons des partenariats avec toutes les marques françaises de ski. Nous ne souhaitons pas choisir, mais par contre on leur fait toujours un retour sur les qualités et les défauts du matériel prêté

–       Qu’est-ce qui vous a amené dans ce domaine et dans cette fonction puisque vous n’êtes pas guide ni moniteur ?

Le hasard. Je suis fonctionnaire de la Jeunesse et des Sports comme Inspecteur principal. Avant, j’étais même instituteur. Vous voyez je n’étais pas du tout prédestiné à être dans le domaine de la montagne ! Et puis, au hasard des mutations professionnelles, j’ai été 5 ans Directeur départemental de la Jeunesse et des Sports dans l’Yonne, puis 11 ans en Isère où je me suis intéressé à la montagne. Quand le poste à l’ENSM s’est libéré, j’ai postulé et voilà !

–       C’est un mandat ?

Oui, ce sont des mandats de 3 ans. J’en ai terminé un, et comme j’étais ni assez bon pour être promu, ni assez mauvais pour être viré, je suis resté encore 3 ans de plus !

–       Votre tutelle vous donne-t-elle des objectifs précis ? Ou alors c’est « débrouillez vous » ?

Quand on est nommé, notre lettre de mission indique les objectifs à atteindre, chaque année. Notre prime de résultats est calculée en fonction de l’atteinte de ces objectifs.

–       Les principaux enjeux ou défis de l’école dans les années à venir ?

Des enjeux européens. L’école existe parce notre système de formation est unique en Europe avec la délivrance de diplômes uniques. Dans la plupart des pays européens, ce sont les professionnels qui se forment eux-mêmes, souvent sous la responsabilité des régions ou des Länder en Allemagne, etc. Si ce modèle se développe en Europe, je pense qu’on ne résistera pas à cette poussée libérale. Je ne sais pas quel sera l’avenir de l’école dans ce contexte.

–       Vous voulez dire qu’on aurait dans ce cas des niveaux de qualité radicalement différents ?

Non. J’étais, il y a peu, avec le président des guides suisses. Ils ont une clientèle comme la nôtre et sont très nombreux mais ils ont plutôt moins d’accidents que nous. Et justement nous avons fait le constat que nos formations étaient quasiment identiques, si bien qu’on va intégrer dans leurs formations leurs stagiaires qui n’ont pas encore leurs diplômes, inversement permettre aux stagiaires français d’intégrer la formation suisse en cours de cursus.

Je pense que les systèmes européens se sont mis en place de manière empirique. On arrive à des résultats finalement assez voisins. C’est mal vu de dire ça en France, mais je ne prétends pas que notre modèle soit le meilleur. Il y a d’autres manières de faire qui pourraient donner des résultats assez semblables, je pense.

–       Avez-vous une demande de stagiaires soutenue et en augmentation ou en baisse ?

On a pratiquement 2 ans d’attente…

–       Vous ne connaissez pas votre bonheur !

C’est peut-être justement le privilège du monopole. C’est un système qui est également très économe des deniers publics. Je crois qu’en 2012, on a eu seulement deux stagiaires soutenus par le Conseil régional. Tous les autres financent leur formation ou la font financer par la formation professionnelle (organismes collecteurs des professions). 

–       Et je suppose que vous avez également des militaires, ou ont-ils leur propre système ?

Ils ont leur propre système, mais nous avons quand même pas mal de militaires et de policiers parce qu’ils reconnaissent fortement ce qui se fait à l’école. Nos collaborations sont très importantes, y compris sur quelques programmes, comme les méthodes de recherches des victimes en crevasses. Les militaires attachent une importance particulière à ce que leurs agents soient titulaires notamment du diplôme de guide, qui est un diplôme reconnu.

–       Et puis c’est un élément important, en cas de reconversion.

Aussi.

–       Est-ce que, de votre côté, vous avez quelques interrogations sur les écoles de commerce ?

Nous avons une convention ensemble qui est assez peu active. C’est avec François Leccia* que nous avions évoqué cela. Notamment par rapport à la formation des sportifs de haut-niveau, on pensait que certains sportifs pouvaient être intéressés par votre cursus. Cela ne s’est pas produit dans nos disciplines, alors que vous en avez dans d’autres.

Je connais mal le système des grandes écoles, donc je n’ai, a priori, pas vraiment de questions. Je sais que l’école de commerce de Grenoble est en bonne voie, en voie de reconnaissance en tout cas. Et puis vous faites partie d’un réseau, je crois, d’écoles de commerce.

*Responsable Institut Sport & Management. Professeur au département Gestion, Droit et Finance à Grenoble Ecole de Management.

–       Nous n’avons pas de situation de monopole. Le système des écoles de commerce est un système un peu complexe, puisque nous sommes alliés et collègues sur certaines opérations notamment pour le recrutement par le biais des concours. Par contre, nous sommes aussi de farouches concurrents et c’est à celui qui aura les meilleurs candidats au final.

Et les meilleurs candidats ce sont ceux qui trouvent les meilleurs salaires, j’imagine ?

–       Les meilleurs candidats s’orientent dans telle ou telle école, ce qui permet d’afficher des taux de sélectivité qui donne de la notoriété à l’école choisie. Les meilleures entreprises proposent alors de meilleurs salaires pour recruter de bons éléments ce qui enclenche un cercle vertueux, ou a contrario, joue le rôle de repoussoir.

C’est sûr que nous ne sommes pas du tout dans cette concurrence.

–       Par contre, un point commun avec vous qui est important, nous avons également des systèmes d’accréditations internationales qui labellisent les meilleures écoles.  

D’une logique de connaissances, nous évoluons, de plus en plus, vers des logiques de compétences et de certification. Dans certains domaines comme la gestion, c’est relativement facile. Par contre, dans tout ce qui est de comportement, relation clientèle, prise de risque… ce n’est pas facile parce que ce sont des éléments que l’on demande de plus en plus à nos étudiants, à la différence de taille avec vous, c’est que Grenoble Ecole de Management, compte un peu moins de 8000 étudiants. On ne peut pas tous les emmener à la Bastille !!

Merci beaucoup pour cet échange ! 

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