Des couloirs aux amphis, lente démocratisation des élections universitaires

photo credit: Daniel Paquet via photopincc

La LRU aurait tout changé. Autonomie renforcée, responsabilités du président élargies, souplesse (légère) accordée pour les recrutements, fondations… la démocratie universitaire en a-t-elle profité ? Dans un monde connu pour son conservatisme (quoique très hétérogène), nous pouvions en douter.

La vague d’élections universitaires en 2012 démontre parfaitement cette double tendance : des pratiques inchangées dans certaines universités, où l’opacité est une règle trop ancienne pour être balayée d’un revers de loi et un beau printemps dans d’autres établissements où les idées sortent des couloirs pour s’exposer dans les amphis. Alors évidemment, les comportements ne sont pas devenus angéliques du jour au lendemain, il y a et aura toujours des négociations, voire des clientèles et beaucoup privilégieront toujours leur intérêt personnel, mais c’est vrai aussi d’élections politiques… Plutôt que de le déplorer, je vois la dynamique, le changement, les promesses, la maturité et jusqu’à un certain point les changements culturels… ici, ça bouge.

Je ne vous emmène donc pas dans un tour de France, Pierre Dubois le fait très bien avec son charmant et non moins provocateur talent sur son blog, ici, juste une chronique depuis les évènements poitevins.

La présidentialisation de la campagne

Pas besoin d’inverser les élections législatives et les présidentielles comme Jospin en 2002 (d’ailleurs, ce n’est pas possible) pour renforcer la présidentialisation. La LRU, bardée de ses qualités et défauts, est passée par là, désormais le président préside.

A Poitiers, nous avons eu la chance d’un débat vivant, avec des contenus forts, des programmes riches, des singularités avérées, et surtout… des candidats qui sont rapidement sortis du bois… ce qui change tout… ou presque.

Doyen contre doyen, le premier coup est parti dès l’automne avec la candidature d’Yves Jean, doyen de la faculté de Sciences Humaines et Arts. Quelques semaines après, Dominique Moncond’huy, doyen de la faculté de Lettres-Langues faisait de même.

Ici, je ne décrirai pas les campagnes, les postures, les idées, les luttes, les prises, les revers, les bises, les colères, les frustrations, les accusations, les visions, les promesses, les ressentis, les incompréhensions, les offres, les médiocrités, les talents, les surprises, les gamelles et que sais-je… je m’intéresse ici à la communication, à l’exposition, aux changements culturels, l’avis, j’en avais bien un, mais comme je sais également être obstiné sur certains principes, je n’ai même pas voté.

L’évidence, imposée à tous ou presque est que l’enjeu quasiment unique est le choix du président et de sa vision. La mesure en était simple, les messages envoyés émanaient bien davantage des candidats aux présidentielles que des listes. La campagne était donc présidentielle et non syndicale. La légitimité du président est donc renforcée.

Que les victimes lèvent la main !

Oui, les enjeux se sont radicalisés autour des personnes, dans le bon sens du terme. Du coup, tout le monde est appelé à se positionner. Les victimes évidentes sont les syndicats. Dans notre cas, ils ont quasiment tous pris position avec plus ou moins de précaution. Notons le positionnement de l’exception : « La section de l’université a décidé de ne pas engager, au nom du [syndicat], sa parole et ses actes en prenant parti pour un ou l’autre des deux candidats. Elle souhaite conserver sa liberté de parole et d’action afin de représenter au mieux les personnels de l’université quel que soit le candidat qui sera élu à l’issue du scrutin. » Citation présente dès le début du communiqué, ce qui témoigne des attentes des votants, ce syndicat n’a pas présenté de liste au CA (le conseil qui choisit le président). Bref, dans ce cas, on se positionne contre le positionnement.

Ça pose des questions de fond sur le fonctionnement, ensuite, des instances. Les syndicats qui ont soutenu le candidat finalement président, font-ils partie de la majorité présidentielle ? Se repositionnent-ils en tant que représentants syndicaux ? Faut-il repenser le fonctionnement du Comité Technique (ex-CTP) afin de renforcer la parole syndicale ? Je me sens concerné en tant qu’ancien syndicaliste… De vraies questions sans réponse aujourd’hui… on découvre… on observe et la situation poitevine, par la majorité assurée par les seuls enseignants au futur président donnera l’occasion de marges de manœuvre aux élus Biatss.

Je vote pour le président ?

Autre victime inattendue : la clarté. Les votants souhaitent choisir le président et se perdent dans le vote indirect. Combien de fois ai-je entendu encore le jour même de l’élection : « mais si je veux choisir X, je dois voter quelle liste »… jusqu’au « je souhaite voter pour telle liste syndicale pour leur position sur le sujet Y, mais ils soutiennent le candidat que je ne souhaite pas »… Cornélien.

Un laboratoire démocratique

Les questions posées par la présidentialisation seront cruciales à Poitiers car la gouvernance était un enjeu central de la campagne. Aussi, ces transformations démocratiques, qui dépassent largement le cadre simple des élections, vont inévitablement évoluer. Bref, nous entrons dans un laboratoire vivant et c’est passionnant. Nous préparons à Poitiers, comme d’autres universités impliquées dans la même dynamique, l’université de demain, là où beaucoup d’autres sont restées en suspens, dans les négociations de couloirs, l’opacité des élections et les déclarations de dernière minute.

Nous vivons un moment pionnier… j’aime les moments pionniers.

4 thoughts on “Des couloirs aux amphis, lente démocratisation des élections universitaires

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