De la créativité à l'innovation

Mais comment hybrider ma classe renversée ?

Deux excellentes nouvelles m’attendent en ce début d’année 2021. La première est que mes étudiants de licence de biologie seront très certainement confinés à 100% en janvier et février, ce qui m’empêchera de les voir « in real life » pour mes premiers cours de génétique moléculaire, habituellement organisés en classe renversée, et la deuxième est qu’ils seront « un peu » plus nombreux que les années précédentes, soit une classe de… 70 élèves au lieu de 50 ! Une promotion de plus grande taille pour un enseignement en mode collaboratif à distance, quoi de plus sympa me direz-vous pour un prof qui aime les challenges ? Ceci-dit, un petit coup de main (quelques pistes), à la lecture de ce post, si vous avez des idées pour que je relève ce défi, ne serait pas de refus…

Innover nécessite d’être créatif, je le dis souvent lors de mes conférences ou ateliers menés avec HEMiSF4iRE Design School, mais cette fois-ci, il va falloir faire preuve d’imagination pour ne pas être obligé de retourner tout simplement au cours magistral en ligne, tel que je le dispense en première année de médecine avec ma promotion de 600 étudiants. Il parait que la contrainte est source de créativité, aussi devrais-je remercier la pandémie de COVID-19 pour me mettre ainsi de nouveau à l’épreuve. L’année dernière, déjà, elle avait compliqué ma pédagogie de classe renversée, mais comme j’avais dépassé les deux tiers de mon temps de cours, je m’en suis sorti en imaginant rapidement la suite à réaliser en ligne. Cela n’a pas été facile, mais comme j’utilisais mes dernières séances pour faire de la classe inversée (et non « renversée »), j’ai réussi à monter des séances de 2 heures avec « BigBlueButton » sur Moodle pour interagir avec mes équipes d’étudiants que j’avais appris à connaître en présentiel (puisque les cours de janvier à mars 2020 avaient été réalisés en classe). Cette fois-ci, la situation sera bien différente, car je commencerai en distanciel avec des étudiants que je n’ai encore jamais vus et qui ignorent pour l’instant que je ne leur ferai pas cours comme un prof normal, c’est à dire en magistral… mais que ce sera à eux de le concevoir, de le construire ainsi que les questions pour l’examen !

Hybrider nécessite de faire des choses différentes, mais complémentaires entre le temps passé à distance et celui en classe. Je pense qu’il ne faut pas confondre enseigner « en distanciel » avec enseigner « à distance » ! Pour cela, je souhaite éviter de transposer ma classe renversée en ligne telle que je l’organise d’habitude en classe. Si je ne faisais que la dupliquer, je suis à peu près certain d’amplifier à distance les problèmes que je rencontre habituellement en classe et que j’arrive quand même à résoudre en temps réel.

Pour créer cette hybridation, j’ai bien le début d’une petite idée, que je vais partager ici. Je ne m’affole pas encore sachant qu’il me reste les vacances de Noël, cette année un peu particulières, pour monter un scénario pédagogique qui me permettra d’innover à nouveau (pléonasme !). Le programme de mon module de génétique doit rester le même avec des chapitres décrivant la structure des molécules d’acides nucléiques (ADN et ARN), leur mode fonctionnement dans différents types de cellules (celles avec, et les autres sans noyau) qui permet de comprendre comment des protéines sont formées de manière à permettre la vie. C’est un peu réducteur, mais suffisant pour décrire simplement l’essence du cours. D’habitude, mes étudiants sont répartis en 8 équipes qui vont construire 8 chapitres, puis se les échanger entre eux, avant de créer des questions de cours et les poser au professeur devenu leur seul élève. Encore une fois, cette description est très simplifiée, mais suffisante pour comprendre la méthode de ma classe renversée.

Ma première petite idée pour cette première édition qui commencera entièrement à distance serait de les faire travailler d’entrée sur 12 questions fondamentales, celles auxquelles il faut être capables de répondre pour prétendre avoir le niveau requis pour suivre des cours de génétique en master. Pourquoi 12 questions ? Simplement parce que je vais constituer 12 équipes, histoire de ne pas dépasser le nombre magique, celui de 6 étudiants par groupe qui permet un bon travail collaboratif. Nous travaillerons ces questions en utilisant des temps de plénière et de travail d’équipe avec la plateforme Zoom que je trouve plus ergonomique que BigBlueBittom ou Teams. Le temps consacré à la construction des chapitres sera décalé pour commencer lors des premières séances en présentiel, j’espère dès la mi-février. Enfin, je croise les doigts. En effet, pour la construction des chapitres, qui aura lieu plus tard dans une très grande salle de la faculté, avec 10 îlots de tables (6 étudiants par îlots), il sera nécessaire que l’enseignant puisse passer rapidement d’une table à l’autre. Cela est encore beaucoup trop lent à distance. De plus, pour ce travail collaboratif, les étudiants devront pouvoir communiquer aisément et fréquemment avec d’autres équipes pour échanger leurs idées et productions… ce qui est aussi très lent à réaliser en distanciel. Comme les séances de cours ne durent que 2 heures (1 heure et 50 minutes en réalité), il faudra optimiser !

Lors de premières séances de cours, pour chacune des 12 questions traitées à distance qui feront l’objet d’un exposé de l’enseignant (maximum 15 à 20 minutes), un temps de préparation de 15 minutes sera demandé à 12 équipes (différentes de celles constituées pour la rédaction de chapitres) réparties au hasard en 12 salles sur Zoom. Des consignes précises leurs seront données pour cette production en équipe de 15 minutes. C’est le temps d’imprégnation, celui qui leur sera nécessaire avant la contribution de l’enseignant en mode semi-magistral. Je vais essayer de ne pas dépasser ce temps de parole en mode descendant. On peut imaginer traiter 2 questions par séance, entrecoupées de temps de questions/réponses en cas d’incompréhension. A voir… car cela n’est pas encore décidé !

Voilà, je ne vous en dirai pas plus car je n’ai encore rien décidé. J’en suis aux première esquisses. J’attends vos remarques et suggestions si vous en avez. D’habitude, je décris mes expériences d’innovation pédagogique, mais cette fois-ci, pandémie de COVID-19 oblige, j’inverse ma méthode pour être en mesure d’hybrider intelligemment ma nouvelle classe renversée ! Please, help me !!!! 

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Commentaires (2)

  1. Andria Andriuzzi

    Je suis à peu près dans la même situation avec un cours qui démarre en janvier, habituellement organisé en classe renversée très fortement inspirée de ta méthode :). Je n’ai pas encore bien avancé mais je vois déjà plusieurs questions à résoudre et quelques pistes :

    – Concernant les travaux de groupe pendant les séances, je pense utiliser Cisco Webex dont j’apprécie la fonctionnalité de « réunion scindée » : on peut lancer des « sous-visios » en petits groupes, passer facilement de l’une à l’autre, déplacer des étudiants d’une visio à l’autre pour aller « espionner et réunir facilement tout le monde quand on le souhaite. J’imagine que d’autres plates-formes le proposent mais j’ai trouvé cela très simple à utiliser lors de tests en TD. Par ailleurs, les étudiants pourraient travailler sur des documents partagés sur Google Drive ou Microsoft 365 ;

    – Les questions des étudiants au professeur ou à la classe peuvent être réalisées grâce à l’application Wooclap, utilisable aussi par les étudiants. Mais le simple outil « forum » de le plateforme Claroline, que j’utilise déjà comme support de mes cours en présentiel, peut également faire l’affaire dans des phases asynchrones.

    – Concernant les phases d’échauffement ou de stimulation comme les brainstormings à base de post-it et/ou de tableaux tournants, les ingénieures pédagogiques de mon université, qui me sont d’un grand secours en ce moment, m’ont conseillé par exemple Padlet ou Framapad.

    – Concernant les évaluations des travaux par les pairs et l’autoévaluation, je passe habituellement par des outils de la plateforme Claroline, mais je dois avouer que je ne suis pas encore satisfait du dispositif, complexe pour les étudiants et chronophage pour moi. De même, je n’ai pas encore réussi à gérer le « score » semestriel de façon satisfaisante. Ces aspects sont pour moi des points à améliorer ;

    – Quant au recueil du feedback des étudiants, je pense utiliser des applications externes de sondage en ligne, sans doute à privilégier aux outils de sondage de la plateforme de l’université afin qu’il n’y ait pas de doute sur l’anonymisation des réponses.

    Au-delà des outils, je me pose encore un certain nombre de questions un peu spécifiques sur le dispositif, mais là aussi je butte déjà régulièrement sur ces questions en présentiel ! Par exemple, lors de chaque séance, je désigne habituellement un groupe responsable de la production du support de cours du thème du jour – même si tous les groupes travaillent sur le même thème durant le cours, par le biais de recherches, synthèses et de présentations. Mais ne faudrait-il pas plutôt que tous les groupes produisent un support ? Reste alors la question du contrôle et de l’évaluation de ces supports. Par ailleurs, tous les groupes doivent-ils travailler sur la production de contenu de tous les chapitres du cours, ou plutôt être spécialisés sur certains chapitres et ne faire qu’assister aux cours et présentations en ce qui concerne les autres ?

    Au plaisir d’échanger.

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  2. Jean-Charles Cailliez (Auteur de l'article)

    Merci Andria pour ton message très détaillé, je vais voir comment m’inspirer de ta réponse et utiliser des pistes similaires. Cdt, JC2

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