De la créativité à l'innovation

Innover en pédagogie, une question de posture !

A l’occasion d’un webinaire organisé par La Fabrique de CANOPE le 28 mars 2022 et qui était intitulé : « Innover en pédagogie, une question de posture !« , une centaine d’enseignants et de formateurs a pu suivre ma conférence à ce sujet et me poser leurs questions. Dans ce blog, je réponds à certaines d’entre elles, celles auxquelles je n’ai pas eu le temps de répondre en direct, non pas pour apporter une « bonne » réponse, mais plutôt pour susciter le débat à partir de ma perception personnelle, elle-même sujette à controverse, ce que je vous invite à faire ici.

Le teaser de ma conférence était : Innover en pédagogie, cela ne veut pas dire « faire du neuf ». Ce n’est pas non plus un but en soi. Innover en pédagogie est un état d’esprit. On innove pour ses apprenants avec un objectif précis, mais surtout on innove avec eux, en les impliquant jusque dans la transformation de la méthodologie. Il s’agit donc bien d’une question de posture. Des illustrations seront données à partir d’expériences menées dans le cadre de pédagogies collaboratives, dont ma classe renversée, qui permettent aux participants du webinaire de s’inspirer pour innover dans leurs propres pratiques pédagogiques.

Comme l’enregistrement de ce webinaire n’est pas accessible en dehors du réseau CANOPE, je vous suggère de visionner les 20 minutes de vidéos que j’avais enregistrées la même semaine pour le Ministère de l’Intérieur car on y parlait du même sujet, ainsi que ma réponse à la question : « Peut-on innover sans changer de posture ? »

(Dessin de Na!)

Questions des participants au webinaire :

Faire cours à distance permet-il de faciliter l’ouverture de la classe ? Est-ce une méthode possible de formation, ou seulement de l’inspiration : L’enseignement à distance (e-learning, MOOC, continuité pédagogique en distanciel,…) est une forme particulière de pratique pédagogique. Il ne faut donc pas, à mon avis, dupliquer à distance ce que l’on fait en classe. Cela a été fait par nécessité et urgence lors du premier confinement (la fameuse « continuité pédagogique » !), mais aujourd’hui autant tirer des leçons de cette expérience. Il faut continuer à innover en présentiel comme en distanciel, mais hybrider nos pratiques pédagogiques : ce que l’on fait à distance doit être différent et complémentaire de ce qui est fait en classe. Le cours à distance pourrait ainsi faciliter un peu ce qui se fait en classe, voire même son ouverture comme cela est suggéré dans la question. Au sujet de ce qui peut inspirer les enseignants, je pense que ce qui se pratique à distance peut donner des idées intéressantes à mettre en place en présentiel.

Le feedback est donc utile à tous les niveaux : enseignant>apprenants – apprenants> enseignant puis entre pairs enseignants (open-classe) et pairs apprenants : Comment faciliter son utilisation par tous et pour tous ? : Échanger sur nos pratiques pédagogiques est la meilleure façon de progresser, mais aussi de créer une véritable dynamique d’innovation dans son établissement. C’est à la fois inspirant, mais aussi rassurant. Cela éveille la créativité des enseignants, ce qui les incitera à innover dans leurs pratiques, donc aussi à évoluer en besoin des besoins de leurs apprenants. De notre côte, nous organisons des ateliers de partage d’expérience (ce qui a réussi, d’une part, mais aussi nos échecs), des évaluations de nos innovations par les élèves eux-mêmes et bien d’autres activités.

Quelles sont les modalités d’innovation pédagogiques les plus adaptées pour les élèves d’élémentaire : Je ne crois pas que ces modalités existent. Je pense qu’il faut partir des besoins de ces élèves et de penser l’innovation comme un moyen de les satisfaire au mieux. L’innovation n’est pas un but en soi, mais une façon d’arriver au but que l’on s’est fixé. On peut réfléchir à cela lors d’ateliers pédagogiques, ce qui permet de produire collectivement de bonnes idées.

Faites-vous une différence entre enseignement et formation, entre pédagogie pour enfants et pédagogie pour adultes. N’y a-t-il pas au fond les mêmes ressorts pour faciliter les apprentissages, susciter l’engagement, développer l’interactivité ? : Il y a très vraisemblablement des différences entre ces modes d’enseignement. L’andragogie n’est pas exactement la même chose que la pédagogie. ceci-dit, je suis assez d’accord pour dire qu’il y a les mêmes ressorts pour faciliter les apprentissages ou susciter l’engagement des apprenants. Pour donner un exemple qui pourrait illustrer mon propos : nous organisons régulièrement des ateliers collaboratifs avec des adultes en entreprise ou lors de formations continues, et nous observons exactement les mêmes comportements que ceux de nos élèves. Les deux types enseignement (andragogie et pédagogie) peuvent donc s’inspirer l’un de l’autre pour s’améliorer.        

Avez vous déjà travaillé avec le GFEN (Groupe Français d’Éducation nouvelle) ? : Non, je ne connais pas cette association.

Quelles sont les compétences à développer chez les enseignants pour qu’ils aillent vers ce type de pratique? : Cette question est vraiment fondamentale pour moi. Les enseignants d’aujourd’hui, tout au moins ceux qui se posent la question d’évoluer dans leurs pratiques, essayent de passer à la demande de leur établissement et de l’évolution des formations, à l’évaluation de la progression des compétences de leurs apprenants et non pas uniquement au contrôle de l’acquisition de leurs connaissances. Ce n’est pas chose facile. D’une part, parce qu’ils n’ont pas été eux-mêmes formés pour cela. D’autres part, parce qu’ils ne possèdent pas eux-mêmes parfois (pour ne pas dire souvent) ces mêmes compétences.

Est-ce que l’une des façons de passer à ce mode d’apprentissage ne serait pas de donner plus de place aux compétences acquises en classe, plutôt qu’aux connaissances (qui s’acquièrent de fait) ? : Ma perception serait d’hybrider ces deux approches qui me semblent complémentaires et non de choisir entre elles. Comment les équilibrer, je ne sais pas mais c’est à voir en fonction du contexte. Ce que je pense est qu’il faut articuler les méthodes d’innovation pédagogique avec l’enseignement académique, le distanciel avec le présentiel, le travail individuel des apprenants avec ce qu’ils peuvent faire en pédagogies collaboratives (on apprend toujours seul, mais jamais sans les autres)… de même la posture des enseignants et formateurs qui doit être à la fois celle de l’accompagnateur, du coach et du facilitateurs que du transmetteur de savoirs.    

Dans l’équipe pédagogique, combien de personnes avez-vous embarqué avec vous sur cette façon de faire ? : J’ai une vingtaine de  collègues qui innovent vraiment de manière incroyable et une autre trentaine qui pratiquent des pédagogies en ce sens, le tout sur 300 collègues environ. Dans mon université, nous sommes 5 facultés et une bonne quinzaine d’écoles (ingénieurs, business, santé, stratégie et communication…). Le dynamique est propre à chaque entité, mais nous organisons des ateliers pédagogiques et des événements inter-établissements. Mon impression générale est que 20% des collègues s’impliquent vraiment dans des dynamiques d’innovation en pratiques pédagogiques. Cela ne veut pas dire que les autres n’innovent pas dans leurs cours, mais ils restent quand même plutôt sur du cours magistral avec du PowerPoint, du tableau et des polycopiés (numériques déposés sur des plateformes dites ENT pour « Environnement Numérique de Travail »)

Ci-dessous, vous trouverez les réactions positives et négatives des participants au webinaire telles qu’elles me sont parvenues en pratiquant la méthode du 10/20, si efficace en pédagogie collaborative. Intéressant de lire ces réactions qui font partie intégrante, je pense, du débat.

Impressions positives des participants au webinaire :  ça fait du bien – des rappels sur cette super méthode (déjà entendue à l’occasion du colloque « Inversons la classe ») – voir que ce type de pédagogie est possible – une formidable occasion de susciter l’engagement des participants – une nouvelle façon de procéder en pédagogie – motivant et inspirant – je comprends mieux certains profs d’université qui notent le travail collaboratif et à quoi cela sert réellement – inspirant – des méthodes rafraichissantes – entendre parler de toutes les techniques, méthodes et outils auxquels je crois profondément : codesign, jeux de thiagi, statut de l’erreur, responsabilisation, feed-back, carte mentale… – l’énergie dégagée et du coup le fait de se dire : « oui c’est possible ! » et une réflexion sur les postures des élèves, la réflexion sur les notes, les bons élèves les décrocheurs, … – confiance et liberté – très inspirant, ça donne de très belles pistes de réflexion – cela nous conforte de façon construite et testée sur des postures, des méthodes de travail ; très riche et pas binaire (le magistral c’est « mal ») – rassuré que cette méthode puisse être utilisée dans toutes les disciplines et de voir quelqu’un qui réussit à en parler et l’appliquer. J’adore la méthode – une belle énergie qui donne envie d’innover – la méthode d’évaluation « 10/20 » ; Micro-zoom dans la classe pour faire intervenir un expert ; et j’en ai d’autres… – je trouve des justifications à ce que je faisais quand j’étais prof – dynamique, dense, clair – définition de l’hybridation comme une complémentarité entre deux approches et pas une juxtaposition de méthodes – les différentes méthodes par rapport au contenu – c’est possible ; « y’a plus qu’à » – le plaisir de l’intervention – la construction de compétences transversales citoyennes indispensables – une bonne présentation des enjeux de la classe renversée – un champ des possibles infini ; la déconstruction des formatages pour plus de liberté ; des voies envisageables pour lutter contre le décrochage dès le lycée ou le collège, la multiplicité des propositions et la responsabilisation des étudiants – enthousiasmant, l’aspect collaboratif – le caractère concret de votre présentation, le plaisir que vous prenez – cela conforte nos pratiques et donne envie de plus encore – très encourageant, motivant, sur les possibles évolutions de la pédagogie – expression de ce que j’ai fait à la fac pendant 15 ans – inspirant et très clair – cela me donne des idées pour argumenter dans le cadre d’un projet sur la coopération au service de la différenciation pédagogique – actualisation de ce que j’avais déjà découvert il y a 3 ans avec M. Cailliez chez nous –  des techniques utilisables en formation initiale et continue – inspirant ; présentation dynamique – diversité d’approche réconfortante – une présentation enthousiasmante bien illustrée qui incite à la pratique ; la notion de confiance – c’est enthousiasmant ; j’ai envie de mettre ça en pratique avec encore plus de structure et j’ai envie de le faire découvrir à mes collègues encore sur le terrain ; Merci – collaborations actives – le contenu, la méthode hybride proposée – deux idées éclairantes pour moi : 1) les profs qui innovent sont ceux qui maitrisent leur discipline et qui aiment le cours magistral 2) l’outil numérique entrave les échanges – la responsabilisation de tous les élèves

Impressions négatives des participants au webinaire : on en veut + ! – besoin de plus de détail sur les méthodes – qu’est-ce qui relève du très contextuel (institution, niveau…) dans cette expérience… ? – les notations, surtout collectives – sentiment d’insécurité – transposition sur les cycles d’enseignement – dommage que l’ensemble du système éducatif reste sur la pédagogie – trop court – pas toujours facile de se remettre en question – frustration sur comment réussir à « persuader » que chacun (formateur mais aussi manager) peut concevoir la sienne et veiller à conserver engagement, valeurs partagées et à innover ! – un petit coup de pouce concret qui manque pour réussir à mettre cela en place, notamment avec des programmes et une institution parfois un peu moins innovatrice ! – évaluation – j’aurais aimé avoir plus de temps et pouvoir échanger sur comment nous pourrions faire pour accompagner les enseignants dans des démarches collaboratives ? – transférabilité pour la formation d’enfants plus jeunes moins autonomes (primaire ou EBEP par exemple) peu approfondie [vous n’aviez pas le temps … ] – difficile, par contre, pour les médiateurs, d’appliquer la classe renversée en formation lorsque les participants n’ont pas de caméra, ne sont pas équipés et n’ont pas les outils pour devenir autonomes dans la recherche d’information – transfert à la formation d’enseignants – juste envie de vivre une expérience de classe renversée – j’ai du mal à trouver du négatif – frustration et impatience pour la mise en pratique – négatif = (enfin… le mot n’est pas le bon sans doute) la question des étudiants réfractaires… Qu’en faire ? – trop court – What else ? – pas eu le temps de vivre cette expérience de classe renversée en vrai ! – nouveau challenge = comment engager pleinement les 10 à 15 % qui se reconnaissent moins dans cette pratique innovante – expérimenter et pouvoir observer des enseignants pratiquer la classe renversée (vidéos de pratiques de classe) / creuser la question de l’évaluation des compétences MERCI (on était 2) – l’aspect chef d’orchestre pour des enseignants et des étudiants habitués à jouer solo – très exigeant et un peu effrayant du même coup – envie de continuer sur ce sujet ! merci – on voudrait poursuivre l’exploration et le questionnement. Il faut plus de temps donc – un exemple concret (même hyper rapide) d’activité à tester, durant cette intervention. Mais franchement, merci – ne pas le voir plus souvent là où je travaille – temps de formation et d’expérimentation – méthodes innovantes peut-être plus compliquées à mettre en place par les nouveaux enseignants – frustration pour l’opérationnalité de ces méthodes à travailler en groupe lors de préparation de formations. Il y a encore du boulot pour rendre cela possible dans nos formations avec des enseignants, et surtout nos formations pour l’institution – pas de mise en situation – réalité difficile à mettre en place et faire bouger les croyances – on aurait aimé tester la mise en activité (même courte) – pas spécialement de négatif, mais envie de connaître la prochaine étape, les pratiques que vous n’avez pas encore testées et les points qui restent à solutionner – vous avez dit qu’il fallait être expert du sujet pour pouvoir prendre autant de liberté. Avec tous les ateliers ou formations que nous proposons, nous ne sommes pas toujours experts.es. Nous connaissons le sujet, certes, mais sans expertise réelle parfois. Toutes les activités que nous proposons rendent la formation (journée ou demi-journée) intéressante et dynamique, mais ne pas oublier le fond. Nous passons souvent du coq à l’âne !

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