De la créativité à l'innovation

La machine à corriger les copies… le rêve devenu réalité !

Corriger des centaines de copies et souvent soirs et week-ends… quel bonheur pour les enseignants ! Qui d’entre eux n’a jamais rêvé de l’impensable bonheur, celui de l’invention de la « machine à corriger les copies » ! De la pure science fiction me direz-vous ? Et pourtant, du rêve à la réalité, il n’y a parfois qu’un petit pas. En effet, tout semble possible aujourd’hui avec l’arrivée dans nos vies de l’intelligence articielle générative (IAG), celle pouvant créer de nouveaux contenus et « générer » de nouvelles données, non encore observées ou produites.

Oh bien sûr, bon nombre d’enseignants imaginent cette IAG comme un ennemi dans leur classe, pensant immédiatement au plagiat et à la tricherie, craignant que leurs étudiants ne l’utilisent que pour générer des réponses à leurs questions, des mémoires à leur remettre, ou même des projets complets à construire ce qui risque de rendre plus difficile encore l’évaluation réelle de leurs connaissances et de leurs compétences. Ils s’inquiètent aussi d’une certaine dépendance à l’IA qui pourrait réduire la motivation des étudiants à développer des aptitudes essentielles comme celles de l’écriture, de la recherche  d’informations ou de la résolution de problèmes. Enfin, certains d’entre eux, pas forcément les plus nombreux, ont peur qu’une utilisation excessive de cette « intelligence » puisse entraver la réflexion critique et la créativité dans leur classe. Et comme ils ne sont pas familiers avec les nouvelles technologies, ne recevant pas, sinon trop peu de formation adéquate sur l’utilisation des ces outils, ils s’en montrent très méfiants, ce qui les rend souvent résistants à leur intégration dans le processus éducatif.

Donc l’IA… pas pour moi ! Mais bizarrement, quand on leur demande s’ils ne sont pas fatigués de passer des heures à corriger des copies, une fois rentrés chez eux ou le week-end en période plus chargée, leurs oreilles se dressent à l’idée que l’IA pourrait se charger de cela ! La magique « machine à corriger les copies » existerait déjà ? Sans répondre « oui » à cette question, il est clair que la technologie est là, encore faut-il maintenant en trouver des usages qui soient quant à eux réellement « intelligents ». On parle d’intelligence articielle, mais en réalité ce qui est intelligent n’est pas la machine, mais l’usage que l’on en fait.

Voici quelques exemples qui me font penser que tout cela arrive progressivement. Il existe déjà des outils qui ne sont pas des IA, mais qui commencent à les intégrer pour s’améliorer, comme ceux que les enseignants utilisent déjà, pour construire par exemple des Questions à Choix Multiples (QCM) et les corriger automatiquement. C’est le cas de logiciels comme Google Forms ou Quizizz, qui intègrent des fonctionnalités d’IA pour corriger automatiquement les QCM soumis par les étudiants. Les réponses sont comparées aux réponses correctes prédéfinies, et les scores sont calculés instantanément. Pour les dissertations, des outils comme Turnitin ou Grammarly sont capables d’analyser un texte produit par des étudiants. Grammarly, par exemple, peut corriger la grammaire, l’orthographe et suggérer des améliorations stylistiques. Turnitin peut vérifier le texte pour détecter le plagiat et fournir des rapports détaillés. Un enseignant peut demander à ses étudiants de soumettre leurs productions via Grammarly et le logiciel peut identifier et corriger les erreurs grammaticales, les fautes d’orthographe et les problèmes de ponctuation. Imaginez des centaines dictées corrigées en quelques minutes ! L’enseignant peut ensuite revoir les suggestions proposées par le logiciel avant de donner une note finale. Turnitin, Copyscape, Grammarly, Unicheck, Plagscan, Quetext… sont des solutions largement utilisées pour vérifier les travaux académiques pour toute trace de plagiat. Ces logiciels analysent le contenu et génère un rapport indiquant le pourcentage de similitude avec d’autres sources.

De mon côté, j’ai commencé à expérimenter en utilisant ChatGPT pour voir s’il était possible d’évaluer des PowerPoint produits par mes étudiants. Ce n’est qu’un début, mais j’obtiens déjà de bons commentaires sur la qualité de leurs productions et je me suis même essayé à lui demandé de noter ces « copies ». Pour l’instant le résultat n’est pas probant, mais c’est juste parce que je ne suis pas encore très bon dans la production de mes prompts… patience, ça va venir !

Utiliser l’IAG pour corriger des copies n’est pas intéressant. Au lieu de passer des heures à les corriger manuellement, un enseignant pourrait obtenir le même résultat en quelques minutes. Cela lui permettrait de libérer du temps pour préparer ses cours ou pour d’autres types d’interactions pédagogiques. De plus, lors de la correction de centaines de copies, la fatigue peut affecter la consistance de la correction humaine, alors que l’IA appliquerait les mêmes critères de correction à chaque copie, assurant ainsi une évaluation plus uniforme, donc plus juste.

Bien sûr, il y a des limites comme dans toute utilisation d’outils. Dans une dissertation philosophique par exemple où l’étudiant doit argumenter de manière nuancée sur des concepts abstraits, il peut être difficile d’évaluer correctement sa production par une IAG, celle-ci ne pouvant pas apprécier pleinement la profondeur ou l’originalité du propos. Idem pour une détection de nuances, si un étudiant utilise des métaphores ou des analogies complexes dans un texte littéraire, une IAG peut ne pas comprendre ces éléments et pourrait mal évaluer la qualité du travail.

Dans tous les cas, l’utilisation d’une IAG ou d’un logiciel assisté par une IA ne signifie pas que l’enseignant n’a plus rien à faire. Bien au contraire. En matière de supervision, il peut relire les premières évaluations pour s’assurer que les suggestions faites par l’IAG sont appropriées et pour apporter un jugement humain sur la qualité globale du travail. Il peut aussi (voire, il doit) faire un feed-back personnalisé à l’étudiant en lui fournissant des commentaires personnalisés sur la structure de l’argumentation, la pertinence des sources utilisées (voire la détection d’éventuels plagiats), et des conseils pour améliorer le style d’écriture, ce que l’IAG ne peut pas faire de manière adéquate. Ainsi, l’intégration d’une IAG dans le processus de correction, même si elle facilite grandement le travail de l’enseignant, doit être utilisée comme un complément aux évaluations humaines, ceci pour assurer une correction complète et équitable. Il s’agit toujours d’utiliser l’IAG comme un auxiliaire dans un travail que l’on maitrise et non de se décharger en lui demandant de réaliser une tache à notre place sans en contrôler le résultat. C’est juste du bon sens, ne pas confondre l’outil et l’usage que l’on en fait !

Commentaire (1)

  1. Foucault

    Excellent article avec de bons arguments qui peut inciter des collègues enseignants à utiliser intelligemment l’IAG.
    En écrivant ce commentaire, j’ai un oeil espiègle sur la couverture d’un Hors série de la revue Sciences Humaines titré « Foucault l’indiscipliné »… Un bon condensé d’articles sur un philosophe décédé voici quatre décennies et qui n’a connu que le préambule de cet outil quasi-révolutionnaire, .
    Michel Foucault

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