De la créativité à l'innovation

La maîtrise de l’IA… un atout différenciateur !

A celles et ceux qui se posent encore la question de permettre ou d’interdire l’usage de l’intelligence artificielle (IA) à l’école, voire de manière plus générale dans l’éducation, je vais citer un extrait de l’ouvrage que je suis en train de lire, le dernier de Salman KAHN intitulé : « Un nouveau monde ». Comment l’IA révolutionne l’éducation de nos enfants« . Dans la première partie, l’auteur attire notre attention sur le fait que dans le monde professionnel de demain, vous ne serez pas remplacé par une IA, mais vous pourriez bien l’être par quelqu’un qui sait s’en servir ! 

De même, lors de rencontres assez fréquentes avec des responsables de ressources humaines dont l’avis nous intéresse puisqu’ils recrutent les jeunes diplômés que nous formons à l’université, il s’avère que la question de l’usage de l’IA commence à entrer en ligne de compte dans les critères d’embauche. On demande par exemple aux candidats à un emploi s’ils savent utiliser les IA, lesquelles et comment ? Ont-ils, lors de leurs études, travaillé avec ces outils et comment ? Ainsi, il est de la responsabilité d’une université ou d’une école de bien former ses étudiants à l’usage de l’intelligence artificielle et celles qui pensent qu’il faut l’interdire, juste pour empêcher les mauvais usages commettent plutôt une faute professionnelle !

Une formation des étudiants aux bons usage de l’IA est vitale pour plusieurs raisons qui sont à la fois éthiques, pédagogiques et professionnelles.

Il s’agit de former des citoyens responsables et éclairés. L’IA façonne profondément la société, que ce soit dans le domaine du travail, de la santé, de la justice, de la démocratie…. L’université a une mission civique qui est d’éduquer pour former des citoyens capables de comprendre, de critiquer et d’utiliser ces technologies de manière éthique. Cela implique de développer chez les étudiants leur esprit critique. Cela passe par leur compréhension des biais algorithmiques liés au fonctionnement des IA, des enjeux de protection de la vie privée et des impacts environnementaux car ces outils numériques sont pour l’instant extrêmement énergivores .

L’université doit aussi préparer ses étudiants à un monde du travail transformé. L’IA métamorphose les métiers existants et en crée de nouveaux. Le monde de l’éducation a le devoir d’anticiper ces transformations pour former des diplômés employables et adaptables, ce qui inclut la maîtrise d’outils IA spécifiques comme des assistants rédactionnels, des outils de visualisation, des outils d’analyse de données, l’ensemble des IA générative… mais aussi la capacité à travailler avec l’IA dans une posture de collaboration homme-machine, c’est à dire en hybridant intelligemment ce que propose la machine dite « intelligente » avec la véritable intelligence, celle de l’humain.

Les programmes de formation des écoles et universités se doivent de renforcer les compétences transversales. L’usage de l’IA mobilise des compétences transversales comme le traitement de données, la culture numérique, la résolution de problèmes complexes, la créativité, la communication, la collaboration… L’université doit intégrer ces dimensions dans ses référentiels de formation, non comme une option, mais comme un véritable socle. C’est l’approche par compétences qui complète celle du contrôle des niveaux de connaissances.

Il s’agit aussi de garantir l’équité et réduire les inégalités entre les niveaux d’acquisition de connaissance et développement de compétences. Tous les étudiants ne disposent pas du même accès aux outils (IA gratuites ou abonnements aux IA payantes), ni des mêmes capacités à en comprendre les implications. Ne pas les former accentue la fracture numérique et cognitive. L’université doit jouer un rôle d’égalisation des chances en assurant une formation inclusive et critique à l’usage de l’IA. Dans ce registre, il faut aussi soutenir l’intégrité académique. L’IA pose en effet de nouveaux défis en matière de « plagiat » (même si d’un point de vue juridique, les IA génératives ne plagient pas !), de tricherie ou d’assistance à la production de devoirs. Une formation claire permet de poser des règles d’usage aux étudiants, de les accompagner vers un usage éthique et transparent, plutôt que de les laisser dans la confusion ou l’autocensure

Mais surtout, il faut faire évoluer les méthodes pédagogiques. L’IA peut devenir un levier d’innovation pédagogique. J’en veut comme illustration la personnalisation des apprentissages, le soutien aux enseignants, les nouveaux formats d’évaluation. Former les étudiants à l’IA permet de se réinventer comme espace d’apprentissage actif et critique, et non comme simple lieu de transmission. Dans ce domaine, il est nécessaire d’accompagner la recherche et l’interdisciplinarité. La recherche dans presque toutes les disciplines est désormais influencée par des outils d’IA (analyse de textes, simulation, modélisation, etc.). L’université doit donc former les futurs chercheurs à intégrer l’IA dans leurs méthodologies scientifiques en favorisant l’interdisciplinarité entre les sciences humaines, les sciences dures et l’ingénierie.

Ne pas former aujourd’hui aux bons usages de l’IA, c’est prendre le risque d’une université déconnectée du monde, inégalitaire et incapable de préparer ses étudiants à des défis majeurs. L’université a donc une responsabilité profonde et systémique : non seulement outiller, mais aussi éduquer à une intelligence critique de l’intelligence artificielle.

Pour quelles raisons pourrait-on perdre son travail ou ne pas en trouver un si on ne maîtrise pas l’usage de l’intelligence artificielle ? En d’autres termes, pourquoi les employeurs préféreraient embaucher ou garder des collaborateurs ayant la maîtrise de ces outils ? La maîtrise de l’IA devient progressivement un atout différenciateur sur le marché du travail, et son absence peut représenter un frein à l’employabilité ou à la pérennité de l’emploi dans de nombreux secteurs. Voici les raisons principales pour lesquelles ne pas maîtriser l’IA peut entraîner des difficultés professionnelles, et pourquoi les employeurs privilégient ceux qui la maîtrisent : 1) une obsolescence des compétences car les outils d’IA automatisent des tâches de plus en plus complexes (rédaction, analyse de données, codage, création visuelle), donc si un travailleur ne sait pas s’en servir, ses compétences deviennent moins pertinentes, voire dépassées; 2) une perte de productivité relative car un collaborateur non formé à l’IA est moins rapide, moins efficace qu’un autre qui sait l’utiliser pour générer du contenu, analyser des données ou prendre des décisions assistées. Cela peut peser dans des processus d’évaluation ou de réorganisation ; une incapacité à collaborer efficacement dans un environnement numérisé car l’IA est désormais intégrée dans des outils professionnels courants (Microsoft Copilot, Notion AI, CRM, etc.), donc ne pas savoir les utiliser, c’est ralentir le collectif ou dépendre d’autrui ; une inadaptation aux nouvelles attentes des métiers car de nombreuses fiches de poste intègrent aujourd’hui la maîtrise des outils IA comme prérequis, même pour des métiers non techniques (marketing, RH, éducation, design, gestion…) ; moins de flexibilité et de capacité d’apprentissage car le monde du travail évolue rapidement. Ne pas s’initier à l’IA peut être interprété comme un manque d’agilité, de curiosité ou d’ouverture au changement.

En conclusion, ne pas maîtriser l’usage des IA ne condamne pas, mais limite fortement l’accès et le maintien dans les emplois évolutifs. À l’inverse, une bonne maîtrise de ces outils est un gage de valeur ajoutée, d’adaptabilité et d’innovation, donc très recherchée. Une nouvelle responsabilité pour le monde l’éducation, celui de contribuer à la bonne formation des futurs citoyens et acteurs du monde économique.

Commentaire (1)

  1. Régis

    Excellent, comme toujours. C’est limpide, réaliste, synthétique et utile.

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