De la créativité à l'innovation

Qu’IA écrit ça… elle ou toi ?

Q’IA écrit ça ? L’intelligence artificielle ou toi ? Quel est l’auteur, l’autrice de cet article, de ce commentaire, voire pour un élève ou un étudiant de cette copie ? Aujourd’hui, avec l’utilisation presque quotidienne de l’intelligence artificielle générative (IAG), il est normal de se poser la question. Lorsque quelqu’un utilise l’IAG pour écrire un texte, voire l’améliorer, peut-on considérer qu’il en soit le véritable auteur ? Pour l’enseignant, une autre question se pose : comment vais-je différencier lors de mes évaluations ce qui relève exclusivement de la production de l’élève de ce qu’il a écrit avec l’aide de l’IAG ?

Voyons différents points de vue :

Sur le plan juridique, une œuvre protégée par le droit d’auteur suppose une création humaine originale. Ainsi, une production générée exclusivement par une IAG n’est pas considérée comme ayant un « auteur » au sens légal. Dès lors qu’une personne utilise l’intelligence artificielle comme outil d’aide à la rédaction, que ce soit pour s’inspirer, rédiger, reformuler, corriger, suggérer, structurer son texte (entre nous et qui ne va pas vous surprendre, ce que je fais régulièrement), c’est bien elle qui en reste l’auteur, car elle est à l’origine des choix, de l’orientation, et du résultat final. On assimile clairement l’IAG à un outil, un instrument, à l’image d’un correcteur d’orthographe ou d’un traducteur de texte, même si ces outils ne participent pas à la rédaction.

Sur le plan intellectuel et éthique, être l’auteur d’un texte ne se limite pas à « écrire chaque mot soi-même ». C’est aussi concevoir une intention, choisir les éléments pertinents du message que l’on veut faire passer ou de l’histoire que l’on écrit, organiser un propos et assumer sa diffusion. Si un auteur confie une partie de ses phrases à une IAG, mais qu’il relit son texte, le modifie, le contextualise et en prend l’entière responsabilité, il en reste pleinement l’auteur. En revanche, s’il se contente de recopier un texte produit sans intervention critique, sans aucune réflexion et qu’il le revendique tel quel, alors sa qualité d’auteur devient fragile, beaucoup plus contestable.

Pour l’enseignement et la formation en général, ce qui me parait important est de transmettre aux élèves, aux apprenants, que le fait d’utiliser une IAG aujourd’hui n’est pas aberrant, pas interdit en soi, mais que l’auteur d’un texte est celui qui reste responsable de ce qu’il signe, c’est-à-dire responsable de sa qualité, de son exactitude, de sa cohérence, voire (je l’espère) de sa pertinence. Il reste celui capable d’expliquer comment il a travaillé et pourquoi il revendique ce texte comme le sien. L’IAG n’est qu’un outil et non un co-auteur !

En tant qu’enseignant et utilisateur de l’IAG, il me semble indispensable de partager avec mes étudiants la notion de responsabilité dans la production d’un document. Cela devient important à prendre en compte avec le développement constant de l’intelligence artificielle. C’est bien l’utilisation de cet outil qui doit être intelligent, et non l’outil lui-même, pour peu qu’il puisse l’être. Cette conviction est loin d’être partagée par tout le corps enseignant car face à l’émergence de ces outils, la tentation peut être grande de les interdire purement et simplement en classe. Pourtant, cette interdiction si elle était totale (car rien n’empêche de l’imposer, bien au contraire, dans certaines tâches) risque de détourner le regard de l’essentiel : la formation des élèves à la responsabilité de leurs écrits et notre propre responsabilité à les former à un usage éthique et responsable des IAG car ils les pratiqueront ensuite au presque quotidien, une fois en situation professionnelle.

Ainsi, les enseignants doivent modifier leurs pratiques pédagogiques, surtout si celles-ci perdent de leur sens avec l’accès des apprenants à l’IAG. C’est d’autant plus vrai lors des évaluations qui ne peuvent plus se limiter à la production d’un texte que l’on va corriger !

Il convient donc pour l’enseignant de préciser à ses étudiants qu’ils doivent

  • rester les auteurs de leurs productions, même avec usage de l’IAG. Cela ne les décharge pas de leur responsabilité car ils doivent assumer le choix d’avoir eu recours à l’outil, les instructions qu’ils ont reçues par l’enseignant, la vérification et la correction de leurs productions et surtout l’intégration réfléchie des textes produits dans leur travail.
  • développer leur esprit critique. Les IAG peuvent générer des erreurs factuelles, des biais ou des approximations. Des études récentes révèlent même que le taux d’erreurs produit par les IAG est en constante augmentation, plutôt de l’ordre de 30/40% que de 10/20%. Sans doute les IAG qui apprennent avec nos datas et nos prompts peuvent aussi désapprendre si on les utilise bêtement ou pour faire n’importe quoi ! Des IAG mal éduquées en somme ! Former ses élèves à la responsabilité, c’est alors qu’ils apprennent à vérifier leurs sources, corriger les imprécisions de leurs textes et contextualiser les informations qu’ils utilisent.
  • faire preuve d’une éthique académique et professionnelle. Dans les études supérieures notamment, comme dans le monde du travail, chacun est tenu de répondre de ce qu’il publie. Insister sur cette responsabilité revient à préparer les étudiants à citer correctement leurs sources, à expliquer leurs choix méthodologiques et à reconnaître l’usage d’outils numériques.
  • favoriser leur autonomie et leur créativité. En effet, plutôt que d’interdire l’usage de l’IAG, il s’agira d’encourager son utilisation constructive. La question clé devient : qu’apporte l’élève personnellement au travail fourni avec l’aide de l’intelligence artificielle ? Cela transforme l’outil en levier de réflexion et de créativité plutôt qu’en simple producteur de texte.
  • se former à devenir des citoyens éclairés. À l’heure de la désinformation et des contenus automatisés, apprendre aux jeunes à être responsables de ce qu’ils écrivent est une mission civique. Cela les prépare à agir avec discernement et intégrité dans une société de plus en plus numérique. Cela relève de compétences indispensables pour se préserver aussi des fake news, envahissant notre quotidien et rendues de plus en plus plausibles grâce à un usage non éthique de l’IA.

En conclusion, plutôt que de bannir l’usage de l’IAG, il est plus fécond d’enseigner aux élèves à en faire un usage intelligent. La responsabilité devient alors le véritable cœur de la compétence : savoir produire, vérifier, assumer et défendre ses écrits.

Commentaire (1)

  1. Slimani

    Très bel article avec beaucoup de bon sens

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