S’initier à la pédagogie inversée

Aujourd’hui, c’est Sylvain Chaillou, enseignant à AgroParisTech, qui revient sur ses expériences de classe inversée. Si cette méthode n’a pas réponse à tout, nos étudiants qui ont l’habitude d’être sollicités, et qui adorent poser des questions, ont parfaitement adhéré au dispositif ! C’est tout l’intérêt pour un enseignant d’avoir sous la main une formation prototype, avec des étudiants prêts à jouer le jeu, pour essayer une façon d’enseigner qui sort de son ordinaire…

Contexte : 34 étudiants de L1 de l’Institut Villebon Georges Charpak qui, pour la plupart, vont s’initier à la photosynthèse pour la première fois. Un diaporama « power point » de 70 diapos leur est fourni une semaine avant la séance.

Je suis assez inquiet avant la séance : ont-ils regardé les diapos, vont-ils poser des questions, que vais-je faire si le silence m’accueille, comment vais-je tenir durant 3 heures ?

J’entre en salle, je projette quelques diapos montrant des plantes cultivées (blé, riz), des fleurs, des arbres, « pour vous faire aimer les plantes ». Puis « A présent, c’est à vous, avez-vous des questions sur ce cours ? »

Une forêt de doigts se lève ! Les questions fusent, en commençant par un sujet en marge du propos sur la photosynthèse : « La photosynthèse, c’est le carbone, d’accord, mais comment la plante se nourrit-elle des autres éléments nutritifs ? » J’improvise aussitôt un cours sur la nutrition des plantes, avec un couplet spécial sur l’azote – c’est mon dada – qui suscite aussitôt plein d’autres questions. Je réponds à la volée, et d’autres idées me viennent « Je dois absolument mentionner la fixation de l’azote, le rêve de rendre les céréales capables d’assimiler l’azote de l’air et donc de se passer d’engrais », je le fais aussitôt.

Ce sujet à peine fini, cela soulève une foule d’autres questions sur la pollution des eaux par les nitrates, le seuil légal de potabilité de l’eau (pourquoi 50 mg de nitrate par litre ? sur quoi repose cette norme ?), les marées vertes, et même la dépollution des sols par les plantes (phytoremédiation).

Près de la moitié du temps de la séance est déjà passé, il faut revenir à la photosynthèse. Les questions fusent sur les réactions claires de la photosynthèse, la captation de l’énergie lumineuse qui est l’apanage des végétaux, le mystère de la photolyse de l’eau sur lequel des générations de chercheurs ont buté et qui n’est toujours pas élucidé totalement. Phosphorylation, synthèse d’ATP, un clin d’œil au cours de biochimie, les étudiants semblent avoir bien compris cette partie. L’assimilation du CO2, la synthèse des sucres, ils trouvent cela moins passionnant, mais ils veulent quand même tout savoir. Avec l’amidon, on fabrique plein de choses, j’en viens à parler du malt, des barres chocolatées, de la bière, ils adorent ! L’amidon se trouve (entre autre) dans le grain de blé. Un peu de poésie en fin de séance : je les exhorte à aller dans un champ de blé à l’époque des blés d’or, cueillir quelques épis (l’agriculteur ne leur en voudra pas), et manger goulument les grains de blé crus, les mâcher jusqu’à atteindre la consistance du chewing-gum, qui est liée à la teneur en gluten du grain. On en revient à l’azote, intimement lié au carbone de la photosynthèse. Je termine avec la limace de mer qui possède des chloroplastes, ah si nous les humains étions aussi des êtres photosynthétisants !

La séance est finie, je n’ai quasiment pas arrêté de parler, de répondre à leurs innombrables questions. Plusieurs étudiants restent encore pour poser de nouvelles questions en petit comité et pour me dire que c’était une « super-séance ». C’est sans doute l’une des expériences pédagogiques les plus intenses et les plus enthousiasmantes de ma longue carrière. Il était temps que je découvre enfin la pédagogie inversée.

A dire vrai, c’était ma troisième expérience, les deux premières ayant eu lieu en L2, sur la reproduction des plantes et sur la circulation des sèves, elles étaient assez réussies, mais j’avais eu moins de questions qu’avec les L1. J’avais réalisé en fin de séance des QCM avec emploi des boîtiers de vote à distance (les « zapettes ») qui avaient aussi bien plu. Je n’en ai pas eu le temps avec les L1. Il faut noter que notre public d’étudiants est sans doute très réceptif à cette méthode, mais ce n’est pas le cas de tous. Avec des étudiants de niveau M1 à l’Agro Paris, une enseignante n’a pas eu le même plaisir. Il est vrai que les étudiants doivent jouer le jeu et lire les documents avant la séance, ce qui leur donne du travail en amont. Ils ne sont pas tous prêts à faire cet effort.

Une chose est sûre, je suis prêt à recommencer !

Sylvain Chaillou

Juin 2015

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