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Parcoursup

Parcoursup : quel indicateur pour quelle communication ?

Cette année, les candidates et candidats dans Parcoursup auront deux jours pour répondre aux propositions qui leur seront faites. C’est l’occasion de discuter des indicateurs de performance de la plateforme, qui sont une très belle illustration de la loi de Goodhart : « lorsqu’une mesure devient un objectif, elle cesse d’être une bonne mesure ».

Les indicateurs avant Parcoursup

Parcoursup n’est utilisé que depuis 2018. Auparavant, avec APB, l’affectation était faite avec une échéance collective, pour la hiérarchisation des vœux le 31 mai, puis une machine calculait les affectations en moins de 24h. Une semaine plus tard, tous les candidats affectés recevaient leur réponse en même temps : en 2017, 98% des bac généraux, 87% des bac techno et 70% des bac pro. Pour les autres, une phase complémentaire était ensuite organisée.

C’était là le premier indicateur de performance d’APB : le taux de candidats affectés, qui était de 95% en 2017, avec environ 4% de candidats sans proposition et 1% de démissions.

Le second indicateur de performance concernait la satisfaction des candidats face à leur affectation, mesurée par la répartition des propositions selon l’ordre du vœu des candidats. En 2017, 63% des bac généraux obtenaient leur 1er vœu, comme 51% des bac technologiques et 44% des bac pro.

Des indicateurs d’APB aux indicateurs de Parcoursup

Pour une raison peu claire (les hypothèses sont nombreuses, et la communication des réformateurs peu concluante), la hiérarchisation des vœux a été supprimée. Or, cette hiérarchisation est indispensable pour que la machine puisse calculer rapidement l’affectation. Pour la remplacer, Parcoursup utilise une phase de réponses « au fil de l’eau », qui allait en 2018 de mai à.. septembre. 5 mois.Image

La plateforme passe ainsi de une semaine à cinq mois – la durée dépendant du classement des candidats, les « meilleurs » étant servis tout de suite, et les autres devant atteindre – pour rendre exactement le même service ! Bien naturellement, le reproche principal adressé à la nouvelle plateforme est donc devenu sa lenteur. La bureaucratie s’est alors mise à résoudre le problème qu’elle venait juste de créer, à coups de « calendrier repensé » et des « délais raccourcis ».

Les indicateurs ont été réformés pour se conformer au nouveau fonctionnement. Le taux de proposition a gagné en précision, notamment pour les démissions, beaucoup plus nombreuses qu’avec APB, sans doute en raison de la longueur de la procédure.

En 2023, le taux de sans réponse est à 4,7% (stable par rapport à APB), mais le taux de démission atteint 8,5% (contre 1% avec APB – attention tout de même, les démissions sont sans doute bien mieux mesurées avec Parcoursup qu’avec APB). Le taux d’affectation est ainsi de 86,7% (contre 95% avec APB).

La satisfaction des candidats a en revanche disparu des indicateurs de performance, au profit de la vitesse :

Si on ne sait plus si les candidats sont satisfaits de leur affectation, on sait désormais que 27% des candidats ont accepté une proposition à l’ouverture de la plateforme, et qu’il a fallut environ une semaine pour doubler ce nombre, 3 semaines pour atteindre 70%, et 3 mois pour atteindre 82,5%.

De la définition des indicateurs aux politiques publiques

La définition des indicateurs n’est pas seulement technique : elle témoigne ou guide des politiques publiques. Ainsi, si on veut améliorer les performances avec une mesure de la satisfaction, il faudra bien ouvrir des places dans les filières les plus demandées, ce qui nécessite des moyens. En revanche, avec une mesure de la vitesse, les moyens sont inutiles, puisqu’il suffit de raccourcir les délais de réponse pour accélérer les affectations… Mais diminuer les temps de réponse diminue le temps de réflexion, ce qui peut baisser la qualité de l’orientation, et augmente naturellement le stress des candidats, pressés de répondre plus rapidement.

Ainsi, 83% des candidats de 2023 jugent la procédure stressante, alors qu’ils n’étaient que 77% en 2020. De façon amusante, jusqu’en 2022, les objectifs d’accélération et de réduction du stress sont confondus dans les axes stratégiques d’amélioration continue, alors même que les deux peuvent être contradictoires.

Des politiques publiques aux besoins de communication

Cette amélioration continue ne répond pas seulement aux purs besoins des usagers de la plateforme, mais aussi aux besoins de communication de la ministre, dont l’action est également évaluée par ces indicateurs. Or, dans cette communication, la satisfaction a disparu et le stress est resté totalement absent, alors qu’est systématiquement mis en avant le débit et la vitesse.
L’amélioration continue impose que les indicateurs soient en perpétuelle amélioration : peu importe qu’on passe d’une semaine à 5 mois, pourvu que chaque année soit plus rapide que la précédente.

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Donc chaque année on « accélère le calendrier » et on « resserre les délais », ce qui conduit naturellement à stresser de plus en plus les candidats. Ce stress n’a en réalité aucune importance puisque cet indicateur est mal mesuré et très peu médiatisé, contrairement à la vitesse d’affectation, qui permet de feuilletonner toute la procédure, en allant à des niveau de précision tout à fait absurdes : « 74,49 % » « +0,63 point ».

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Et c’est ainsi qu’en souhaitant résoudre le problème qu’elle venait de créer, la bureaucratie a mécaniquement fait passer les délais de réponse d’initialement une semaine, à désormais deux jours, avec des règles de plus en plus complexes, ce qui rend la procédure de plus en plus stressante. C’est le prix à payer pour pouvoir annoncer l’accélération d’une procédure rendue inutilement lente.

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Au passage, la satisfaction des candidats, qui devrait normalement être notre souci principal dans toute cette affaire, a été totalement invisibilisée ! Plus aucun indicateur de la performance publique ne la mesure. Donc elle peut baisser tranquillement, sans que personne s’en aperçoive. L’Observatoire de la vie étudiante (OVE) a cependant intégré des questions relatives à cette mesure dans son enquête sur les conditions de vie, mais sans atteindre la visibilité qu’avait l’indicateur de satisfaction d’APB.

On a là un parfait exemple de la loi de Goodhart : en fixant pour objectif d’améliorer les délais de réponse, on augmente le stress et on prend le risque de diminuer la qualité de l’affectation.

Il y a-t-il une vie après l’amélioration continue ?

La question qui se pose lorsqu’on améliore continuellement – donc perpétuellement – un indicateur est : jusqu’où peut-on aller ? Est-il par exemple possible de descendre en dessous de 2 jours de délais de réponse, sans faire exploser le stress et le mécontentement, et sans démultiplier les erreurs et recours ? C’est peu probable.

Cette situation pose un problème majeur de communication pour la ministre : comment feuilletonner des améliorations lorsque plus aucune amélioration n’est possible ?

Deux approches sont mises en œuvre. Premièrement, la promotion du recours au « répondeur automatique », qui initialement n’existait pas, puis a été mis en place pour la phase complémentaire, avant de chaque année remonter de plus en plus tôt dans le calendrier. Ce « répondeur automatique » a le mérite d’accélérer énormément la plateforme, tout en diminuant le stress des candidats. Si la terminologie a changé, il s’agit en réalité strictement du fonctionnement d’APB, qui imposait l’utilisation de ce « répondeur » dès le 31 mai. Dis autrement : la seule façon de continuer à améliorer les performances de Parcoursup est de progressivement revenir à APB. Et c’est vraiment très drôle !

Deuxième approche : casser le thermomètre, et mettre en avant de nouveaux indicateurs, si possible très mauvais, et qui seront faciles à améliorer. C’est ce qui apparait dans les axes stratégiques d’amélioration de la plateforme : alors que les axe 1 et 2 n’ont pas fondamentalement changé, l’axe 3 qui concernait la vitesse de réponse et le stress a été supprimé et remplacé par un nouvel axe « renforcer les leviers pour objectiver l’analyse des candidatures et l’explicabilité des décisions rendues ».

Nous verrons bien comment ce nouvel axe sera traduit en indicateurs, et surtout, quels seront les nouveaux effets pervers qui seront inévitablement induits par leur amélioration. J’ai hâte !

Insertion professionnelle : quel indicateur pour quelle politique publique ?

« C’est la révolution que j’ai demandée pour la rentrée prochaine », « Il faut avoir le courage de revoir nos formations à l’université », « on doit réallouer les choses ». Ainsi s’exprimait M. Macron face au youtubeur Hugo Decrypte en septembre. Deux mois plus tard, ce dernier confirme face à France Universités, la CGE et la Cdefi : « il faut franchir le Rubicon en matière de professionnalisation », littéralement prendre des décisions irréversibles. Peut-être abordons-nous ici une deuxième phase de la loi ORE, dans laquelle les indicateurs d’insertion professionnelle joueront un grand rôle… Mais alors, quel indicateur choisir pour quelle politique publique ? Et quelle efficacité pouvons-nous en attendre ?

La loi Orientation et Réussite des Étudiants (Vidal, 2018) instaure notamment la plateforme Parcoursup, qui met l’accent sur la transparence des informations exposées aux candidats, dans la volonté affichée de leur permettre de faire le choix le plus éclairé possible. Mais du côté pilotage, cette loi offre également à l’État un contrôle accru de l’offre de formation publique, notamment par la définition des capacités d’accueil et quotas (boursiers, mobilité, filière du Bac).

Alors que se met en place la plateforme MonMaster, équivalent de Parcoursup pour les diplômés de Bac+3, force est de constater que peu de choses ont finalement changé : au delà de quelques arrangements et polémiques, le contrôle des capacités d’accueil n’a finalement servi qu’à éviter que les formations alignent leurs capacités sur leurs moyens, et le contrôle sur les quotas n’a finalement servi qu’à imposer une réforme aux IUT.

Face à cette absence de décision, le système a dérivé dans une situation qui peut sembler critique lorsqu’on compare les flux sortants de 3e année de Licence (L3, non professionnalisant) et ceux entrant en 1ère année de Master (M1, professionnalisant) :

Jusqu’à l’an dernier, aucune doctrine d’utilisation de ces pouvoirs nouveaux n’avait été explicitée. C’est ce que commence à changer M. Macron lorsqu’il propose comme seule question « Est-ce que cette formation permet de former des jeunes et de leur fournir (sic) un emploi ? » : il présente une doctrine d’enseignement supérieur totalement alignée sur les besoins de l’emploi. Cette doctrine se retrouve également dans la réforme du Lycée professionnel.

Les formations « qui ne permettent ni un bon taux d’insertion ni un bon taux de poursuite d’études, doivent être reconsidérées »,  « L’objectif est de transformer le quart de ces formations dont ces taux sont les plus faibles pour qu’elles ne soient plus proposées aux élèves à la rentrée 2026 »
Réforme du lycée professionnel : Carole Grandjean détaille l’année de terminale, dans Libération

M. Macron ambitionne ainsi de bâtir un « GPEC de la Nation », technique obligatoire dans le secteur privé depuis la loi Borloo de 2005.

« La gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) est une méthode pour adapter – à court et moyen termes – les emplois, les effectifs et les compétences aux exigences issues de la stratégie des entreprises et des modifications de leurs environnements économique, technologique, social et juridique.
La GPEC est une démarche de gestion prospective des ressources humaines qui permet d’accompagner le changement.
Elle doit permettre d’appréhender, collectivement, les questions d’emploi et de compétences et de construire des solutions transversales répondant simultanément aux enjeux de tous les acteurs concernés : les entreprises, les territoires et les actifs. »

Gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences (GPEC), Ministère du Travail

Pour simplifier, la « GPEC de la nation » vise donc à modifier l’allocation des moyens d’enseignement et des postes d’enseignants, tant entre disciplines qu’entre établissements, en fonction des besoins d’emploi de la nation.

Hypothèses de travail

Ignorons la partie prospective afin de penser cette idée sans buter sur les échecs de la prospective publique, par exemple lorsqu’en 2022 le gouvernement a souhaité investir massivement dans les NFT, qui aujourd’hui ne valent plus rien.

Ignorons également que l’orientation, et plus largement les études, peuvent avoir d’autres objectifs que la seule insertion professionnelle.

Ignorons de plus des travaux académiques, et prenons au sérieux le pré-supposé selon lequel l’orientation peut modifier à court terme le taux d’emploi global des diplômés.

Ignorons enfin le projet annuel de performance de la nation, qui n’envisage aucune amélioration, et supposons qu’un taux d’insertion de 93% est substantiellement améliorable, et que l’améliorer apportera des gains économiques importants, justifiant une réforme d’ampleur.

Concentrons-nous simplement sur ce que nous savons de l’insertion professionnelle des Masters, et regardons ce que peuvent en faire concrètement les étudiants, lorsqu’ils font des choix d’orientation, et ce que peuvent en faire les dirigeants, lorsqu’ils font des choix d’allocation des moyens.

Méthodologie

Les données présentées dans la suite se concentrent sur l’insertion professionnelle des diplômés de Master de la session 2020, hors Master d’enseignement, 30 mois après la diplomation, sans distinction de genre.

Elles sont issues des jeux de données ouvertes du SIES :

  • Insertion professionnelle des diplômés de Master en universités et établissements assimilés – données nationales par disciplines détaillées
  • Insertion professionnelle des diplômés de Master en universités et établissements assimilés

Tous les traitements, en R et ggplot, sont disponibles à cette adresse : https://github.com/cpesr/RFC/blob/main/insertion-pro/insertion-pro-tes.md

Les taux d’insertion

Le taux d’insertion se définit comme le nombre de diplômés en emploi divisé par le nombre de diplômés sur le marché du travail, aussi appelé taux d’emploi net. En creux, il mesure donc le nombre de chômeurs.

Lorsqu’on regarde les taux d’insertion par domaine disciplinaire, on peut constater qu’ils sont excellents : de 89% en LLA à 95% en DEG, pour un taux global de 93%. Soit un taux de 7% de chômage, pour 17% de chômage des jeunes au niveau national.

Du point de vue des étudiants, les taux d’insertion sont un indicateur assez pauvres pour fonder une décision d’orientation, de nombreux autres critères pourront peser bien plus lourd que ces différences de quelques pourcents : plaisir, appétence, résultats scolaires, opportunités, etc.

Du point de vue du pilotage, il paraîtra aussi peu pertinent de basculer des moyens d’un domaine à l’autre sur la base de si petites différences : réallouer efficacement suppose de disposer de marges de manœuvre, qu’une décennie d’austérité a rendues rares et ténues.

Le constat ne change pas vraiment lorsqu’on s’intéresse plus en détail à ce taux d’insertion :

On imagine difficilement un étudiant basculer d’Histoire à Électronique pour une différence si peu marquée, pas plus qu’on imagine un établissement redéployer des postes sur la base de ces indications. Il est également à noter que les disciplines qui conduisent aux moins bonnes insertions selon ces chiffres sont celles qui sont le plus proches des carrières d’enseignement ; or, ces chiffres sont hors Master d’enseignement, et il faut donc les relativiser. Il est de toutes façons peu probablement que des étudiants s’engagent dans de telles études sans connaissance de cause.

En conclusion, les taux d’insertion sont trop élevés et uniformes pour être utiles aussi bien aux étudiants choisissant leur avenir, qu’aux dirigeants pilotant les moyens. Le Ministère propose d’ailleurs d’autres indicateurs, dont les revenus, la nature du contrat ou de l’emploi, qui peuvent servir à des choix d’orientation, mais restent limités pour le pilotage. En revanche, deux autres taux sont présents dans les données, qui prennent du sens en terme de « GPEC de la nation ».

Les trois taux : insertion, emploi, et emploi salarié en France

Les trois taux présents dans les données sont :

  • Taux d’insertion : diplômés en emploi / diplômés sur le marché du travail (emploi + chômage, ou taux d’emploi net) ;
  • Taux d’emploi : diplômés en emploi / diplômés ;
  • Taux d’emploi salarié en France : diplômés en emploi seulement salarié en France / diplômés.

EDIT : C’est ce dernier taux qui est mis en avant par la plateforme InserSup, avec la précision suivante : « la population d’intérêt est celle des étudiants français de moins de 30 ans, diplômés de Licence professionnelle ou de Master d’une session annuelle N, et ne poursuivant pas d’études en N+1 ou N+2. »

Ces trois taux adoptent ainsi des perspectives différentes :

  • Le taux d’insertion, la perspective des diplômés : parmi ceux qui souhaitent un emploi, combien en ont ?
  • Le taux d’emploi, la perspective de l’activité économique : parmi tous les diplômés, combien produisent ?
  • Le taux d’emploi salarié en France, la perspective des employeurs du territoire : parmi tous les diplômés, combien produisent pour un employeur en France ?

C’est ce taux d’emploi salarié en France qui est le plus proche pour décrire la « GPEC de la nation » : il considère indifféremment ceux qui prennent une année de césure ou décident d’avoir une activité non marchande, ceux qui sont au chômage, ainsi que les travailleurs indépendants non salariés, et les employés hors de la France.

Regardons ces trois taux, par domaine disciplinaire :

Logiquement, les taux d’emplois sont moins bons que les taux d’insertion, surtout le taux d’emploi salarié en France, qui s’effondre en LLA. On aura donc une idée bien différente des Masters selon l’indicateur qu’on regarde. Cependant, les hiérarchies disciplinaires ne sont pas modifiées : changer de taux de référence n’inverse pas l’ordre des domaines disciplinaires. Mais regardons plus en détail :

En rentrant dans le détail des disciplines, on observe des différence significatives entre le taux d’insertion et le taux d’emploi salarié en France, inversant même certaines hiérarchies. Cas le plus impressionnant : Sciences du langage et linguistique passe de 90% à 47%. Selon l’indicateur choisi, on pourra donc trouver ses performances excellentes ou catastrophiques.

Toutes les disciplines de langue sont concernées par ce phénomène, sans doute car elles conduisent plus souvent que les autres à des carrières indépendantes ou internationales. Du point de vue de l’orientation, il pourrait paraître bien dommage que ces filières perdent en attractivité en raison d’un taux mal interprété, en apparence très négatif, alors qu’elles conduisent en réalité à des parcours promus par les discours institutionnels autour de l’entrepreneuriat et de la mobilité des étudiants et travailleurs.

An revanche, du point de vue du pilotage, des décideurs protectionnistes pourront rationnellement décider de définancer ces formations puisqu’elles ne servent pas directement à la production pour des employeurs en France. Si on ignore toutes les questions de rayonnement, on pourra même estimer que ces formations sont un service rendu à des puissances étrangères, et donc un mauvais investissement national.

Quel impact des trois taux pour les établissements ?

Nous avons vu que le choix du taux utilisé pouvait impacter des décisions d’orientation ou d’allocation des moyens entre disciplines. Mais qu’en est-il pour les établissement ? Là également, le taux choisi pourra avoir un impact crucial sur la décision :

Encore plus que pour les disciplines, la hiérarchie des établissement est lourdement impactée par le choix du taux. Paris-Panthéon-Assas, Sorbonne Nouvelle et Lorraine passent par exemple de la tête à la queue du classement, selon que l’on utilise le taux d’insertion ou le taux d’emploi salarié en France. L’université de Lorraine est celle qui présente le plus grand écart, avec 94% de taux d’insertion, 90% de taux d’emploi, mais seulement 66% de taux d’emploi salarié en France.

Regardons les taux de l’UL par discipline :

A l’Université de Lorraine, parmi les disciplines les plus impactées par le choix du taux, on retrouve les LLA, mais aussi Droit et, plus surprenant encore, Informatique, qui passe tout de même de 97% de taux d’insertion et 92% de taux d’emploi, à 42% de taux d’emploi salarié en France. Selon ce taux, il faudrait donc fuir et massivement définancer les formations d’informatique à l’Université de Lorraine, puisqu’elles ne « fournissent » pas un emploi… Cela questionne profondément la pertinence de cet indicateur pour prendre des décisions.

Ces exemples montrent l’importance stratégique de choix en apparence techniques : Quel indicateur mettre en avant sur les plateformes MonMaster et Parcoursup ? Comment les expliquer pour guider l’orientation des candidats ? Quel indicateur utiliser au sein des établissements pour opérer des redéploiements de postes et moyens ? Quel indicateur sera utilisé par le Ministère pour son dialogue stratégique et de gestion ? Quels objectifs seront éventuellement fixés dans les COMPs (Contrats d’objectifs, de moyens et de performance), comment et pourquoi ? Et quelles mesures les établissement mettront en place pour les atteindre ?

Tant de questions dont les réponses éclairent les intentions qui motivent la définition et l’utilisation de ces indicateurs, et nous permettent de comprendre un peu mieux l’action publique dans l’enseignement supérieur.

Alors que revoilà la « loi de Goodhart »…

La loi de l’économiste Charles Goodhart dit que « lorsqu’une mesure devient un objectif, elle cesse d’être une bonne mesure ». Nous en avons là une parfaite illustration : le taux d’emploi salarié en France est un bon indicateur pour connaître et observer les formations, mais il devient très mauvais dès lors qu’on l’utilise pour allouer des moyens, prendre des décisions d’orientation, ou, pire, fixer des objectifs.

Prenons le cas de l’Université de Lorraine (UL) et supposons que le Ministère fixe un objectif de 80% de taux d’emploi salarié dans son COMP, ou dans son dialogue de gestion. Pour atteindre un tel taux en informatique, l’UL n’aurait guère le choix : il faudrait mettre fin aux partenariats avec le Luxembourg, refuser les stages qui s’y déroulent, et sans doute diminuer les capacités d’accueil, en espérant que peu d’étudiants continuent malgré tout à viser cette carrière transfrontalière. Le bénéfice pour les étudiants et l’UL serait évidemment nul, et on peut même douter que la « GPEC de la nation » en sorte satisfaite, même si cela conduirait à plus d’informaticiens travaillants sur le sol français.

Un affichage sur la plateforme MonMaster aurait de pires conséquences encore, faisant fuir des candidats sans aucune raison légitime, et diminuant potentiellement les effectifs ou le niveau de recrutement des formations en informatique de l’UL, sans aucun gain par ailleurs.

… Et ses impacts sur les négociations.

On peut alors se dire qu’évidemment les choses ne seront jamais aussi mécaniques, qu’il y aura forcément de la souplesse dans l’utilisation des indicateurs et objectifs, pour s’assurer du respect des particularités locales et disciplinaires. Mais c’est là que le bât blesse, lorsque trois indicateurs décrivant la même performance donnent des résultats contradictoires, toutes les parties peuvent légitimement argumenter pour des arbitrages également contradictoires : « Votre taux A est trop bas, il faut donc réduire votre formation. », « Oui, mais notre taux B est très haut, ce qui montre qu’il faut l’augmenter. ». Ajoutez un troisième taux au milieu, et la discussion devient inextricable.

Mais ce n’est pas tout. En plus de leur définition, le calcul même des indicateurs peut facilement être contesté. Notamment, ces taux sont calculés dès lors qu’il y a au moins 30 réponses. EDIT : la plateforme InserSup précise :

« Outre le respect du secret statistique, le seuil minimal de 20 sortants par mention a été fixé pour éviter de faire apparaitre des évolutions temporelles du taux d’emploi salarié en France trop erratiques et ainsi assurer une fiabilité longitudinale de l’insertion. La fixation de ce seuil a pour conséquence la non exposition des données pour un nombre très important de mentions dans les établissements. Aussi, en vue de maximiser le nombre de mentions/diplômes par établissement pour lesquelles des indicateurs d’insertion sont exposés, un cumul avec la promotion précédente est effectué dans le cas où l’effectif est inférieur à 20. Demeurent des cas pour lesquels l’effectif cumulé reste inférieur à 20 et pour lesquels aucun taux d’emploi salarié en France n’est affiché. »

D’abord, cela ouvre à une contestation à propos des formations dont les taux ne sont pas calculés, qui peut même mener à des stratégies de non réponse pour se protéger des décisions politiques.

Ensuite, cela ouvre des contestations sur la pertinence des taux en fonction du nombre de réponses : Est-ce que 30 est suffisant ? 20 le serait-il ? 40 serait-il mieux ? Un taux calculé sur 200 réponses doit-il avoir plus de poids dans les négociations qu’un taux calculé sur 50 ? Autant de questions qui sont sans réponse consensuelle, donc potentiellement source de discorde.

Dès lors, le dialogue ne se fait plus guère sur une base objective, et il ne reste plus qu’un rapport de force s’appuyant sur la capacité des parties à argumenter, en fonction de leur maîtrise des indicateurs plus qu’en fonction des indicateurs eux-mêmes. Or, le système d’enseignement supérieur n’est fait que de particularités locales et disciplinaires. Pour aucune formation on ne sera en capacité de dire objectivement et sans contradiction possible « il faut réduire les capacités d’accueil ». Quand bien même y arriverions-nous pour quelques formations, ces indicateurs risquent fort d’apporter globalement plus de problèmes qu’ils n’en résolvent.

Au final, ces indicateurs, par ailleurs très utiles pour observer le système, compliquent le dialogue de gestion plus qu’ils ne le rationalisent. Il sera donc impossible d’éviter l’impression d’arbitraire, ce qui peut conduire au développement de la chanstique, c’est-à-dire à la manipulation des indicateurs par les formations qui les produisent, pour obtenir un effet recherché.

Conclusion

Pour élaborer une « GPEC de la nation », qui vise in fine à réduire les capacités d’accueil et les moyens des formations jugées ne pas suffisamment « fournir » un emploi, l’État s’est doté de trois indicateurs d’insertion professionnelle. Ces indicateurs ont vocation à être affiché sur la plateforme MonMaster, pour guider l’orientation des étudiants, et à servir lors des dialogues de gestion internes et externes aux établissements. Malheureusement, ces trois indicateurs ne font pas que raffiner l’information, mais peuvent très facilement conduire à des perceptions et des décisions radicalement différentes. Dès lors, leur utilisation nécessite de très grandes précautions, sans doute trop grandes pour une utilisation par le grand public ou pour fonder des arbitrages consensuels.

 

Pour aller plus loin…

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Mon Master va-t-il sauver la méritocratie ?

La mise en place cette année 2023 de la plateforme nationale d’accès aux Masters, baptisée « Mon Master », arrive dans un contexte très particulier : d’un côté l’État fixe pour objectif la stagnation éducative, de l’autre la démographie et la politique de réussite en Licence entrent en conflit avec les emplois disponibles et la politique d’exigence en Master. Si le gouvernement échoue à utiliser Mon Master pour résoudre ce conflit, tout l’édifice méritocratique pourrait être ébranlé.

La stagnation éducative comme objectif national

La montée en qualification d’une population, aussi appelée massification éducative ou démocratisation de l’enseignement supérieur, est une politique nécessairement temporaire : arrive forcément un moment où soit toute la population est qualifiée, soit les pouvoirs publics estiment qu’il n’est plus besoin de la qualifier plus.

Actuellement, plus de 80% d’une classe d’âge est diplômée du secondaire (niveau bac) et plus de 50% est diplômée du tertiaire (niveaux post-bac) (voir « 50 ans de massification, et après ? »).

Dans ce contexte de banalisation des études supérieures, le projet annuel de performance de la France fixe comme objectif de rester dans la situation actuelle. En d’autres termes : le gouvernement fixe la stagnation éducative comme objectif national (voir « Les bleus 2023 de l’ESR »).

Cette décision raisonne bien sûr dans la stagnation du budget de l’enseignement supérieur, voir sa baisse relative : s’il n’y pas besoin de faire plus, alors il n’y a pas besoin de financer plus (voir « Budget de l’ESR : il monte et il descend, mais surtout il descend »).

Pression démographique et politique de réussite en Licence

Malgré l’objectif de stagnation éducative, les effectifs étudiants n’ont jamais cessé d’augmenter depuis une dizaine d’années. On trouve deux raisons à cela. D’abord, la démographie, avec une croissance des naissances depuis le milieu des années 90, et dont nous ne sommes pas encore sortis : la génération 2004 fait tout juste son entrée dans l’enseignement supérieur.

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La seconde raison est la politique d’admission et de réussite en Licence, décrite par Mme Barthez, directrice de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle : « Le premier cycle doit accueillir le plus grand nombre d’étudiants, les faire réussir malgré la diversité des profils et jouer le jeu de l’ancrage territorial ».

Il en résulte un accroissement de près de 20% des étudiants du MESR entre 2010 et 2021, qui, additionné à la politique de stagnation éducative et donc budgétaire, se traduit par un baisse d’autant des taux d’encadrement.

Exigence et emplois disponible en Master

Après sa description de la politique en Licence, Mme Barthez décrit une contradiction : « Le master et le doctorat constituent en revanche des formations très largement irriguées par la recherche et pour lesquels l’exigence est de mise ».

EDIT : 6 mois après l’écriture de cette note, les dirigeants de France Universités confirment :

« À France Universités, nous avons toujours soutenu la plateforme Mon Master. L’un des enjeux de cette plateforme, c’est bien le maintien de la qualité et de la sélectivité en master », indique Virginie Dupont, VP.

« Le point important est que la sélectivité des masters garantit la qualité insertion professionnelle et la qualité de la formation. La qualité de l’insertion professionnelle des masters aujourd’hui est équivalente voire supérieure à de nombreuses écoles », ajoute Guillaume Gellé.

Depuis la réforme de 2015, cette exigence se retrouve en particulier dans la sélection qui s’opère entre la Licence et le Master. Additionné à l’effet COVID, la contradiction entre les politiques L et M conduit à une situation inédite et probablement critique, caractérisée par un violent décrochage entre les effectifs étudiants en L3 et en M1.

C’est dans ce contexte qu’est mise en œuvre la plateforme Mon Master, qui va donc servir de régulateur à cette situation. Mais de quelles stratégies de régulation disposent les pouvoirs publics ? D’un côté, diminuer les effectifs en L3 n’est possible qu’en diminuant les admissions post-bac ou en diminuant les taux de réussite post-bac, deux perspectives vraisemblablement exclues par les décideurs.

D’un autre côté, augmenter les effectifs en Master semble également exclu par la politique « d’exigence », qui est en réalité une politique de mise en adéquation des places de formation avec le marche de l’emploi (voir « Et si l’abandon des étudiants était rationnel ? »).

Or, les taux d’insertion professionnelle en sortie de Master sont bons, mais déjà fragiles.

A défaut d’une véritable politique de création d’emplois, une augmentation des effectifs Master aussi brutale que celle des effectifs Licence pourrait donc conduire à une baisse des taux d’insertion professionnelle, et donc de la « valeur des diplômes ». Depuis l’apparition du chômage il y a 50 ans, il a été naturel pour les pouvoirs publics comme pour les familles de souhaiter allonger les études. Or, cette stratégie est désormais inopérante en Master, puisqu’il s’agit du dernier niveau de qualification (si on omet le doctorat, qui ne s’adresse jusqu’à présente qu’à une petite partie de la population).

Cette situation menace tout notre édifice méritocratique : si même celles et ceux qui ont « bien travaillé à l’école » sont injustement évincés en sortie de Licence ou se trouvent significativement au chômage en sortie de Master, alors la croyance dans le mérite scolaire pourrait ne pas survivre. Notre modèle social pourrait s’en retrouver profondément questionné.

Pour l’instant, il n’y aucun positionnement clair des pouvoirs publics à propos de cette situation. Les deux seules perspectives envisagées semblent être le développement de l’alternance et du secteur privé, voir de l’alternance dans le secteur privé. Mais la brutalité avec laquelle cette politique a été mise en œuvre conduit à un « déficit de 5,9 milliards d’euros en 2022 » avec un « effet net sur l’emploi en volume / vraisemblablement faible ».

La question reste donc entière : les pouvoirs publics sauront-il se saisir de Mon Master pour sauver la méritocratie ?

Pour aller plus loin…

Une opinion personnelle

La situation décrite dans ce billet n’est pas propre à la France, mais se retrouve dans tous les pays qui ont achevé leur massification éducative. A ma connaissance, aucun n’a annoncé de politique ambitieuse à ce sujet. Si, dans le contexte idéologique actuel, cette situation peut sembler inquiétante ou déprimante, il existe une perspective exaltante dans le décrochage entre les études supérieures et l’accès au marché de l’emploi : les études pourraient alors trouver une place nouvelle dans la société, recentrée sur les fondamentaux que sont l’enseignement de la méthode scientifique et la préparation à la citoyenneté.

Peut-être même que ce décrochage qualification/emploi est déjà inévitable, ne nous laissant pour choix que de le subir au risque d’ajouter une nouvelle crise aux crises, ou de s’en saisir comme d’une opportunité pour construire un monde meilleur.

Recentrer l’enseignement supérieur, et en particulier l’Université, sur de nouveaux fondamentaux permettrait de se préparer plus sereinement à affronter les grandes crises climatiques, économiques et démocratiques qui nous font face. Peut-être même est-il indispensable. Après la massification puis la banalisation, il s’agirait d’une troisième étape civilisationnelle qui serait la démocratisation, au sens d’un enseignement supérieur dont la seule mission serait de venir en appui de la démocratie.

 

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Les bleus 2023 de l’ESR

Les « bleus » de l’ESR viennent d’être publiés. C’est un pur outil de techno-bureaucratie, dans lequel on trouve toutes les informations budgétaires (incompréhensibles), mais aussi tous les objectifs de performance.S’il est toujours impossible de savoir à quoi servent exactement ces documents dans les prises de décision, ils permettent en tous cas de percevoir la stratégie nationale d’ESR au delà des discours politiciens. On y découvre la fin de la massification, et l’absence d’ambition pour l’enseignement et la recherche, mais aussi l’ouverture sociale et la transition énergétique.

« Cette annexe au projet de loi de finances est prévue par l’article 51-5° de la loi organique du 1 er août 2001 relative aux lois de finances (LOLF). Conformément aux dispositions de la loi organique, ce document développe l’ensemble des moyens alloués à une politique publique et regroupés au sein d’une mission. Il comprend les projets annuels de performances (PAP) des programmes qui lui sont associés.

Cette annexe par mission récapitule les crédits (y compris les fonds de concours et attributions de produits attendus) et les emplois demandés pour 2023 en les détaillant par destination (programme et action) et par nature de dépense (titre et catégorie). »

Conformément aux normes technos, tout est catégorisé, chiffré et numéroté. Les programmes sont ainsi : 231 – Vie étudiante, 193 – Recherche spatiale, 192 – Recherche et enseignement supérieur en matière économique et industrielle, 191 – Recherche duale (civile et militaire), 190 – Recherche dans les domaines de l’énergie, du développement et de la mobilité durables, 172 – Recherches scientifiques et technologiques pluridisciplinaires, 150 – Formations supérieures et recherche universitaire et 142 – Enseignement supérieur et recherche agricoles.

Faisons un tour rapide.

Côté formation

Le programme principal pour les universités est le 150 – Formations supérieures et recherche universitaire. On y perçoit la stratégie de l’État, qui se décline ensuite en pressions jusque dans les salles de cours.Voici ses indicateurs de performance :

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Massification

Regardons l’indicateur « 1.1 – Pourcentage d’une classe d’âge obtenant un diplôme de l’enseignement supérieur en formation » :
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On peut y voir qu’en 2020, 56,2% d’une classe d’âge sortait diplômé de l’enseignement supérieur, mais que l’objectif pour 2023 est de 53%, et n’atteindra 56,5% qu’en 2025.

Une lecture premier degré pourrait donc être qu’il faut diminuer le pourcentage de diplômés pendant 2 ans, avant de revenir au taux actuel. Il faut regarder les Bleus de l’an dernier pour y voir plus clair :

En 2019 nous étions à 53,3%, et les cibles étaient ensuite fixées à 53%. Traduction : « On ne touche plus à rien, c’est bon comme ça ».

Cocasse ! Alors que Mme Frédérique Vidal, Ministre à l’époque, vantait sur tous les plateaux sa loi « Orientation et Réussite des Étudiants », la nation se fixait en réalité un objectif de stabilité, voire de résistance à d’éventuels progrès.

Le sursaut à 56,2% observé en 2020 n’est pas expliqué dans le document, et la justification des cibles n’a pas changé pour autant. Il est possible que ce soit une conséquence de la crise Covid, survenue début 2020, et qui a conduit à une baisse des exigences pour la diplomation. Dans ce cas, nous devrions l’ambition nationale de passer de 53% à 56% à une crise sanitaire et une baisse des exigences.

Plus certainement, il faut comprendre que l’ESR a dépassé les objectifs de la nation, et que la nation ne se fixe pas d’objectif plus ambitieux. Il s’agit donc plus de ralentir que d’accélérer la massification.

Cela se confirme avec l’indicateur « 2.1 – La cible des Jeunes sortant de l’enseignement supérieur sans diplôme post-bac » :Image

Son l’objectif reste fixé à 20% dans la durée. Traduction : Nous n’avons aucune ambition de poursuivre la massification en diplômant encore plus de jeunes.

Cette non ambition confirmée par l’indicateur « 2.4 – Part des néo-bacheliers ayant obtenu au moins une proposition à la fermeture de Parcoursup », qu’on laisse à 94,2 %, soit la valeur actuelle (dont on peut admirer la précision). Image

« Réussite étudiante »

En revanche, l’indicateur « 2.2 – Mesures de la réussite étudiante » montre que nous avons l’ambition d’améliorer légèrement la « réussite étudiante », qui n’est en fait que la diplomation à l’heure. Traduction : On ne veut pas former plus, mais seulement diplômer plus vite. Image

Un des moyens pour y arriver est la chasse à l’absentéisme, comme le montre l’indicateur « 2.3 – Assiduité ». Comment être contre ? Sauf qu’un bon moyen d’améliorer l’assiduité est d’exclure les étudiants qui sont contraints d’avoir un emploi pour vivre, ou ceux qui ont des problèmes de santé, par exemple. C’est l’ennui de la techno-bureaucratie : son aveuglement aux réalités humaines. Image

Insertion professionnelle

L’indicateur 1.2 montre une certaine ambition, réelle pour les BTS, marginale pour le reste. C’est un objectif pour la formation, pour lequel la formation ne peut pas grand chose. S’il y a une crise économique ou sanitaire, la formation n’y peut rien par exemple, alors que l’insertion pro est lourdement impactée.

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Mais là encore, cela peut conduire à des politiques perverses : si votre formation diplôme 100 personnes, dont 80 trouvent un emploi, cela signifie sans doute qu’il n’existe que 80 emplois-débouchés ; diminuer les effectifs à 80 est alors un très bon moyen de vous rapprocher des 100% d’insertion pro. Est-ce que notre ambition est de diplômer moins pour insérer plus ?

Programme 231 – Vie étudiante

Dans la formation, on trouve également le programme 231 – Vie étudiante.Image

L’indicateur « 1.1 – Accès à l’enseignement supérieur des jeunes de 20/21 ans selon leur origine sociale » nous montrent que l’on vise +1 point pour les enfants de Employés, Ouvriers, mais +2 points pour les enfants de Employeurs, cadres, professions intermédiaires.
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A contrario, l’indicateur « 1.2 – Évolution de la représentation des origines socio-professionnelles des étudiants selon le
niveau de formation » montre un volontarisme mou en terme d’ouverture sociale.Image

On a donc à la fois une priorité molle et sans doute réaliste donnée aux classes aisée, et un objectif d’ouverture sociale toute aussi mou mais sans doute de principe. Si on se plongeait dans les chiffres, il n’y aurait peut-être pas contradiction… Mais difficile d’y trouver une véritable stratégie d’ouverture sociale, sinon une forme de stabilité avec des arrangements marginaux.

En résumé de la formation

En plus des indicateurs présents dans ces documents, il est intéressant de voir ceux qui en sont absents, notamment : la transmission des connaissances et l’émancipation. L’objectif qui nous est fixé est de diplômer le bon nombre de personnes par rapport à l’emploi, en investissant le moins possible. Point barre.

Tous ces indicateurs auraient pu être établis il y a un demi-siècle, et il sont donc très loin des enjeux contemporains.

Côté recherche

Regardons l’indicateur « Production scientifique des opérateur du programme » du programme 150 : à horizon 2025, nous voulons 7,3% et 1,2% de « Part des publications de référence internationale ». Or, nous étions en 2020 à 9,1% et 2%. Traduction : nous avons pour objectif de baisser substantiellement le poids de nos universités dans la production scientifique européenne.Image

Cela s’explique dans le texte, qui note qu’on est plutôt sur une « résistance » dans la chute que dans une conquête. Cette baisse prévue est officiellement une « ambition de consolider ainsi que d’améliorer leur positionnement ». C’est comique. On imagine plutôt une forme de réalisme face à la trajectoire scientifique française, qui en dit plus long sur la Loi de programmation de la recherche que les discours politiciens.

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Programme 172 – Recherches scientifiques et technologiques pluridisciplinaires

Cette politique réaliste de baisse des performances recherche est confirmée dans les indicateurs du programme 172 Recherches scientifiques et technologiques pluridisciplinaires.

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Deux choses intéressantes. D’abord on garde une certaine ambition face à l’Allemagne et au Royaume-Uni. Ensuite, notre ambition baisse beaucoup moins pour le programme 172 (auquel sont rattachés les EPIC et EPST : CNRS, Inserm, Inria, INED, Inrae, IRD, CEA, CIRAD, Ifremer, BRGM) que pour le programme 150 (auquel sont rattachées les universités).

En résumé de la recherche

Tout comme pour la formation, notre stratégie nationale est marquée par un manque d’ambition, qui pourra être perçu au choix comme du réalisme ou un renoncement.

Là encore, on pourra noter que des pans entiers de la recherche sont complètement absents des objectifs de la nation, notamment l’intégrité scientifique et l’autonomie de la recherche.

Du côté de l’énergie et du climat

Les objectifs « Efficience environnementale » sont à l’image de l’ambition de notre nation en la matière : on prévoit d’abord une augmentation de la consommation énergétique (cocasse alors que le ministère vient de demander 10% de baisse aux universités), et puis une diminution (magique et marginale) de 0,6%…Image

Le programme « 190 – Recherche dans les domaines de l’énergie, du développement et de la mobilité durables » traite exclusivement de cette question. On n’y trouve vraiment peu de choses intéressantes, et notamment rien sur l’émancipation ou la transition. Après un été incendiaire et face à une crise énergétique sans précédent, on peut rester dubitatif face à la « Part des ressources apportées aux opérateurs par les redevances sur titre de propriété intellectuelle ».

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Le programme est strictement industriel, borné dans espérance d’une forme de techno-solutionisme. Difficile d’y voir une stratégie nationale à la hauteur des enjeux en matière d’énergie et de climat. Cela va même jusqu’à interroger la pertinence de cet outil techno-bureaucratique, dont même la temporalité semble inadaptée dans la crise actuelle : les termes du problème semblent avoir changé entre sa rédaction et sa publication, ce qui laisse peu d’à-propos aux objectifs à 3 ans.

Quand la bureaucratie s’emmêle les indicateurs

Les chiffres de ces documents ne sont pas fait pour comprendre ou interroger, mais seulement pour piloter. Cela conduit parfois à des situations cocasses.

Prenons l’exemple de l’indicateur « 6.1 – Part des mentions à faibles effectifs ». Celui-ci est intéressant, car d’un point de vue pédagogique on souhaite qu’il augmente, alors que d’un point de vue managérial ou budgétaire on souhaite qu’il baisse.

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Or, on peut constater que cet indicateur augmente, et que ses objectifs augmentent encore plus. La techno-bureaucratie serait donc pour de meilleures conditions pédagogiques, au détriment des considérations budgétaires ? Loin s’en faut ! Mais il faut lire le texte d’accompagnement pour le comprendre :

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En réalité, cet indicateur augmente à cause d’une politique volontariste de le faire baisser.. Et bien sûr, cette baisse n’est pas justifiée par des raisons des raisons budgétaires ou pédagogiques, mais pour « renforcer la sobriété énergétique » !

C’est très comique !

Comique également certains tableaux, pourtant au cœur des préoccupations, dont on ne sait pas s’ils préparent les futures normes d’évaluation des performances ou traduisent une complète méconnaissance des performances actuelles… A moins qu’il s’agissent simplement d’un problème d’édition.

Pour conclure

Parmi les plus grands outils de pilotage de la techo-bureaucratie, ces « bleus » 2023 permettent surtout de percevoir l’abysse qui sépare les discours politiciens, toujours grandiloquents et volontaristes, des réalités techniques vraiment fixées par l’État pour la nation. L’absence d’ambition est frappante, dans tous les domaines, confinant parfois au renoncement.

Nul doute cependant qu’une lecture plus approfondie et un lecteur plus avisé y verrait des choses plus précises, plus intéressantes.

Reste une forme particulière de comique d’État, lorsque les promesses « d’investissement historique » se traduisent aussitôt en prédiction de baisse des performances. Le techno aura toujours une sincérité étrangère au politique, et cela fonde toute sa préciosité.

Pour aller plus loin…

Une analyse plus politique de l’impact de la bureaucratie universitaire en temps de crise :

L’Université et la bureaucratie, face à la crise

50 ans de massification, et après ?

Pour les 50 ans du Congrès de la Conférence des présidents d’université (désormais France universités), M. Emmanuel Macron a déclenché un émoi national en fustigeant un « enseignement supérieur qui n’a aucun prix », avec « tant de précarité étudiante » et invitant à « profond changement d’approche, [une] transformation systémique de nos universités, de notre organisation » et estimant que les universités devaient « garantir l’orientation des jeunes vers l’emploi »  [discours du 13 janvier 2022].

C’est l’occasion de faire un point sur l’articulation entre l’enseignement supérieur et l’emploi en France durant ces cinquante dernières années. Ce point conduit à identifier la possible fin de la massification, qui pourrait conduire à l’écroulement du principe « diplôme-bouclier contre le chômage ». Coincés entre l’absence d’emplois non pourvus et l’impossibilité de pousser plus loin les jeunes dans leurs études, notre politique se réduirait à une gestion des débordements. Cependant, en dressant une nouvelle hypothèse concernant le rôle que la formation occupe dans la société, nous pouvons tracer des pistes de réflexion plus optimistes pour l’avenir.

Méthodologie

Les données sont issues de différents jeux de données de l’INSEE, en particulier [Activité, emploi et chômage en séries longues (T101)], [Taux d’emploi selon le plus haut diplôme obtenu, par sexe et âge regroupé, en moyenne annuelle de 1982 à 2019 (T208)] et [Historiques et Données harmonisées des recensements de la population (Saphir)], ainsi que la DataESR [Statistiques sur les effectifs d’étudiants inscrits par établissement public sous tutelle du ministère en charge de l’Enseignement supérieur (hors doubles inscriptions université-CPGE)].

D’autres jeux de données ont été explorés pour confirmer et compléter les visualisations de cette note. Les traitements sont en R, et tout est disponible dans [Plongée dans l’INSEE].

Je remercie chaleureusement Aurélien Dasré [@AurelienDasre] pour son aide dans la recherche et la compréhension des données de l’INSEE.

Pour les analyses, je séparerai souvent deux niveaux : le niveau individuel, chaque personne dotée de son diplôme face à l’emploi ; et le niveau national, toute la population en fonction de sa diplomation face à tous les emplois disponibles.

Avertissement : faire ce point m’oblige à sortir de mes compétences, pour toucher à de multiples disciplines telles que la démographie, l’économie et l’histoire, dans lesquelles je ne suis pas du tout compétent. L’approche est donc extrêmement naïve et doit être considérée comme telle.

En finir avec « le diplôme-bouclier contre le chômage » ?

La métaphore classique pour comprendre le lien entre formation et emploi est celle du « diplôme-bouclier contre le chômage » : la formation serait une protection défensive contre l’agression du chômage, tant pour les individus que pour la nation. On en conclut généralement que pour mieux se défendre contre le chômage, il faut modifier la structure de la formation. Cette pensée est rassurante, puisqu’il suffirait de réformer l’école pour résoudre les problèmes économiques. Malheureusement, cette métaphore est à la fois peu pertinente et assez pessimiste, au moins à moyen terme.

Il faut ici énoncer l’évidence qui lamine ce raisonnement : la France ne souffre pas d’emplois non pourvus, mais seulement du chômage. La population active est tout simplement supérieure au nombre d’emplois que notre organisation du travail propose.

Le compte Twitter Plans de Licenciements produit des visualisations très parlante à ce sujet [@plans_de] :

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Pour aller plus loin sur cette question, l’émission « Quand un pouvoir politique n’arrive pas à lutter contre le chômage, il lutte contre les chômeurs… » d’Arrêt sur images donne une heure d’explication, dont on retiendra surtout qu’il n’y a aucune preuve de l’existence d’emplois durablement vacants.

A défaut d’emplois non pourvus, restructurer la formation est donc voué à l’échec pour « vaincre le chômage » au niveau national. Les grandes théories sont inutiles ici, il suffit de noter que la politique d’orientation de la formation vers l’insertion professionnelle, malgré sa prise d’ampleur, a échoué à résorber le chômage, qui ne fait que croitre depuis 50 ans.

En effet, regarder les taux d’emploi des français entre 25 et 49 ans depuis 1982 permet de dresser deux constats :

  1. Aucun niveau de diplomation n’atteint 100% de taux d’emploi, et la protection contre le chômage n’est donc jamais complète ;
  2. Les crises brises des niveaux de défense : CAP et BEP, et dans une moindre mesure le BAC, ont décroché à l’occasion de la crise financière des subprimes. Il est trop tôt pour estimer les conséquences de la crise Covid, mais les premières estimations sont pessimistes.

Du point de vue individuel, le diplôme est donc beaucoup plus certainement un avantage qu’un bouclier : les individus qui en disposent ont un avantage sur les individus qui n’en disposent pas, lorsqu’ils sont mis en concurrence pour accéder à une ressource rare, l’emploi. Un « meilleur » diplôme permet de rester moins longtemps et moins souvent au chômage, d’accéder à de meilleurs emplois et de gagner plus… Mais pas dans l’absolu, seulement comparativement aux autres travailleurs. La valeur d’un diplôme se mesure au nombre de personnes qui ne l’ont pas.

A court terme, réformer la structure éducative modifie qui possède un avantage sur qui, mais ne permet pas d’augmenter le nombre de personnes en emploi. De plus, ce n’est qu’un avantage parmi d’autres, et certainement pas le plus efficace pour accéder aux strates économiques et sociales supérieures. A moyen/long terme, restructurer la formation permet cependant de se préparer à des transformations de la structure de l’emploi, ce qui suppose qu’on soit capables de la prévoir.

Tant au niveau individuel que national, considérer la formation comme un « bouclier contre le chômage » est donc peu pertinent, mais aussi pessimiste puisqu’on constate que cette défense, en plus de ne pas très bien fonctionner, s’effondre progressivement. Les notes SIES « Légère baisse de l’insertion des diplômés de master au 1er décembre 2020 » et « Légère baisse de l’insertion des diplômés de licence professionnelle au 1er décembre 2020 » ne manquent d’ailleurs pas de soulever des inquiétudes. Rien n’exclut que poursuivre cette politique conduirait à l’effondrement des défenses de plus haut niveau, surtout dans l’hypothèse où nous serions arrivés à la fin d’une histoire.

Massification de l’enseignement supérieur : la fin d’une histoire ?

Les termes « massification » et « démocratisation » de l’enseignement supérieur désignent la politique consistant à amener une part croissante de la population à faire des études supérieures post-bac. Tous les pays occidentaux l’ont mise en œuvre et se trouvent aujourd’hui dans des situations comparables. Des pays orientaux, dont notamment la Chine, viennent juste de la débuter.

En France, deux vagues de massification ont eu lieu, d’abord au XIXe siècle puis après-guerre au XXe siècle, et l’Université a été choisie comme leur principal porteur [La profession introuvable ? Les universitaires français de l’Université impériale aux universités contemporaines, Emmanuelle Picard]. Réellement lancée au cœur des Trente glorieuses, cette politique s’appuie sur un triptyque : croissance économique permettant des investissements gigantesques ; révolution industrielle nécessitant des employés de plus en plus formés ; et désir d’ascension sociale des familles.

Regarder la répartition par diplôme des jeunes françaises et français entre 25 et 34 ans depuis 1968 permet de mesurer la fulgurance de cette politique :

En une cinquantaine d’années, les bacheliers et plus dans cette tranche d’âge sont passés de 15% à près de 70% ; les diplômés du supérieurs sont passés de moins de 6% à près de 50% ; la population n’ayant pas dépassé le collège est passée de 65% à moins de 11%. Il y a aujourd’hui la même part de diplômés de second cycle (niveau Master et plus) qu’il y avait de sans diplôme il y 50 ans (~un tiers), et ce malgré une sensible augmentation de la population.

On peut cependant constater un infléchissement de cette progression dans les années 2000, notamment jusqu’au niveau Bac. Dans notre conception actuelle, les études sont en nombre fini d’années, et atteindre un point de saturation est donc inévitable. A l’extrême, ce serait 100% de citoyens à Bac+5, mais ce niveau n’est évidemment pas réaliste dans notre contexte.

La question qui se pose désormais est donc de savoir si nous avons atteint le niveau maximal de formation dans notre société. Cette question, qui se pose dans tous les pays occidentaux, est celle de la fin d’une histoire, la massification, et le début d’une autre, la stagnation éducative. Jusqu’à présent, nous avions la possibilité de pousser toujours un plus loin la population dans les études pour « combattre le chômage ». Peut-être venons-nous de perdre ce levier d’action… Mais alors, que faire ?

Après la massification : que faire ?

Sous cet angle, on ne peut que rejoindre Emmanuel Macron lorsqu’il appelle à un « profond changement d’approche, [une] transformation systémique de nos universités, de notre organisation ». On comprend également mieux pourquoi il y a « tant de précarité étudiante » : le triptyque croissance économique / révolution industrielle / ascension sociale est brisé, et avec lui le statut de l’étudiant-futur travailleur d’élite.

Viser un Bac+5 aujourd’hui n’a pas du tout la même signification qu’il y a 30 ou 50 ans : alors qu’on visait l’ascension, on ne viserait plus aujourd’hui qu’à éviter le déclassement. Et cela change du tout au tout le rôle de la formation dans la société.

Si le niveau de diplomation maximal de la population est atteint ou bientôt atteint, la question qui se pose au niveau national est celle de la régulation des flux d’étudiants. En poursuivant la politique du massification, on irait inévitablement à une surpopulation de diplômés à Bac+5, donc à un affaiblissement historique de l’avantage de cet ultime niveau de formation, et et donc de sa valeur pour l’accès à l’emploi. L’apparition d’un chômage significatif au plus haut niveau de qualification nous ferait plonger dans l’inconnu.

Cette question est en réalité très actuelles. L’accès aux Masters a été durci en 2014. En 2021, deux rapports sont sortis sur le sujet, questionnant le droit à la poursuite d’étude de la Licence vers le Master [Rapport d’information sur l’évaluation de la loi n° 2016-1828 du 23 décembre 2016 portant adaptation du deuxième cycle de l’enseignement supérieur français au système licence‑master-doctorat][Rapport Hceres « Le téléservice http://Trouvermonmaster.gouv.fr : Un outil – trois finalités »]. D’autres réformes, comme la suppression des DUT, sont sans doute en lien avec une politique de réduction des poursuites d’étude [Cursus en trois ans, nouveaux débouchés : à la rentrée, les IUT changent de modèle].

Regardons, en valeur 100 pour 2010, l’évolution des effectifs étudiants du Ministère de l’enseignement supérieur, par cycle de formation :

Alors que les effectifs en premier et deuxième cycle se suivent jusqu’en 2015 (+84k étudiants au niveau L et +62k au niveau M), on distingue ensuite très clairement une première inflexion, puis une deuxième après 2018, qui conduisent en 2020 à une différence du simple au double (+266k au niveau L, pour seulement +123k au niveau M – la représentation en pourcentage est disponible sur le github).

Le doctorant, visiblement en berne, ne semble pas être la voie choisie pour l’allongement de la durée des études.

Le décrochage L/M fait suite à la réforme de 2014, qui, ironiquement, instaure le « droit à la poursuite d’étude en Master ». En 2021, les conditions d’accès en M ont encore été durcies. Cette année le calendrier de sélection est refait et les règles d’articulation L/M vont sans doute changer. L’an prochain une plateforme nationale devrait voir le jour, pour gérer la pénurie de places en Master.

Tout ceci arrive alors que nous absorbons le baby-boom de l’an 2000, bien visible sur graphique à partir 2018. La crise Covid ajoute encore une difficulté, avec une plus grande indulgence lors des examens, donc une baisse de l’éviction en Licence. Face à cette situation, Mme. Frédérique Vidal est explicite : « L’enjeu est de préserver le taux d’insertion professionnelle » des Masters, en limitant le nombre de personnes qui l’obtiennent.

La clé de cette politique nous est donnée par la Directrice générale de l’enseignement supérieur, Mme. Anne-Sophie Barthez, dès 2019 :

« Le premier cycle doit accueillir le plus grand nombre d’étudiants, les faire réussir malgré la diversité des profils et jouer le jeu de l’ancrage territorial. Le master et le doctorat constituent en revanche des formations très largement irriguées par la recherche et pour lesquels l’exigence est de mise. »
[A-S. Barthez : « La distinction entre undergraduate et graduate doit conduire à réinterroger tout le système de formation »].

Face à une saturation du niveau de qualification global de la population, le positionnement politique actuel est donc d’endiguer au niveau du premier cycle (Licence) les jeunes surnuméraires par rapport à l’emploi, dans l’objectif de préserver la valeur des Masters. Comme toutes les digues, cela pose la question de la gestion des débordements.

Endiguer la massification en premier cycle : un risque de débordement

Coincés par la démographie, et en absence de réorganisation du travail, la stratégie d’endiguement de la massification au niveau du premier cycle porte un risque : en endiguant, on préserve les formations derrière la digue, mais on menace mécaniquement toutes celles qui sont avant. Le problème n’est pas simple.

Philippe Berta et Karine Lebon, dans la section « Revaloriser la Licence comme diplôme d’insertion professionnelle » du rapport sur les Masters, indiquent que « La licence ne doit pas devenir un simple diplôme d’accès au master » mais que « la licence est une formation « de masse », qui ne répond pas aux besoins du marché du travail ». Or, ce marché n’a pas de besoins non satisfaits. M. Berta propose également que les recalés à l’entrée de Masters aillent en Licence Professionnelle, ou même fassent des « stage hors cursus très mal payés ».

La gestion du débordement est donc explicite, mais sans bonne réponse : on sait qu’il faut limiter l’accès aux Masters, mais on ne sait pas que faire de celles et ceux qui ne pourront pas y aller. On se rabat donc sur une illusoire insertion professionnelle, qui, en l’absence d’emplois non pourvus, ne convainc personne.

On développe donc des stratégies de débordement à tout va, en utilisant toutes les filières qui réduisent la présence dans la formation, comme l’apprentissage :

Sur cette figure, on observe bien que le durcissement de l’accès au Master en 2015 est concomitant d’une augmentation spectaculaire du nombre d’apprentis. Mais si l’excellente insertion professionnelle des apprentis se maintient malgré l’augmentation de leur nombre, ça ne pourra être qu’au détriment des autres formations. Et si le nombre d’apprentis dépasse la capacité d’absorption de l’emploi, alors l’insertion professionnelle de l’apprentissage lui-même s’écroulera.

Face la pénurie d’emplois, et dans l’impossibilité de continuer à massifier globalement l’enseignement supérieur, la « professionnalisation » des études supérieures, notamment à l’Université, est une gestion du débordement en premier cycle pour préserver le deuxième. Elle ressemble à une sorte de fuite en avant, dont on peut douter qu’elle fonctionne plus longtemps que quelques années avant saturation, non sans prendre le risque d’affaiblir ou de casser des filières qui répondent aux besoin des employeurs, comme les IUT ou l’apprentissage.

Plus grave, cette politique pourrait conduire à une rigidification de l’articulation jeunesse-emploi, dans l’hypothèse où la formation serait en fait une sorte d’amortisseur.

Une hypothèse : la formation comme amortisseur entre la jeunesse et l’emploi

Cette hypothèse est venue en fouillant les données démographiques. Regardons tout d’abord toute la population française en 2017, par type d’activité :

On observe bien la zone de transition entre la jeunesse et l’emploi (encadrée sur le graphique), entre 16 et 29 ans, après quoi la formation devient pratiquement inexistante.

Concentrons-nous sur cette population des 16-29 ans pour regarder son évolution depuis 1968 :

Ce qui interpelle sur ce graphique est que, alors que formation et emploi varient énormément, le nombre de chômeurs et inactifs reste tout à fait constant : 1,929 millions en 1975, pour 1,955 millions en 2017. En plus du triptyque précédemment décrit, on peut alors dresser l’hypothèse d’un rôle supplémentaire de la formation : un amortisseur entre la jeunesse et l’emploi.

On peut grossièrement visualiser cet amortisseur en fixant la population en formation à sa valeur de 1968, ce qui montre caricaturalement où nous en serions sans avoir fait la massification :

Sans cet amortisseur, et à défaut d’emplois, le risque était d’alimenter la population des inactifs et chômeurs, jusqu’à un doublement qui aurait conduit près d’un tiers des jeunes à ne pas avoir d’activité. Or, le risque pour la nation d’avoir un jeune sur trois sans activité est critique : instabilité sociale, développement d’activités illégales, etc.

Cet amortisseur peut se voir de façon assez nette sur l’animation suivante, qui montre, par âge, l’activité des 18-28 ans de 1975 à 2017 : une extension de l’amortisseur dans les années 1990, puis une compression dans les années 2000.

La mécanique supposée derrière cet amortisseur est double : sur le moyen terme, la massification décidée politiquement, et qui se traduit par la construction d’écoles et universités, et le recrutement d’enseignants, et donc la création de places disponibles ; sur le court terme, les choix individuels des étudiants, écourtant leurs études dès qu’un emploi est trouvé, ou au contraire les allongeant lorsque peu d’emplois sont disponibles.

En regardant l’animation, on peut soupçonner l’apparition d’une rigidification de cet amortisseur dans les années 2010. La fin de la massification, remplacée par une politique de saturation des places de formation, nous priverait d’une marge de souplesse pour adapter l’activité des jeunes aux disponibilités d’emplois. Si c’est le cas, les politiques de « professionnalisation », en réduisant la durée des études, risqueraient de conduire à encore plus de rigidité. Or, cet amortissement entre jeunesse et emploi n’est pas seulement efficace pour limiter le chômage, mais aussi pour assurer une stabilité sociale. Là encore, nous risquons d’entrer dans l’inconnu.

Conclusion

Pour conclure cette note, il convient de rappeler son caractère exploratoire. Elle n’a vocation qu’à ouvrir la discussion et des pistes de réflexion, et non à apporter des conclusions.

Si la métaphore de la « formation-bouclier contre le chômage » est insatisfaisante, elle risque de toutes façons d’être rapidement laminée par la fin de la massification. En l’absence de reforme de l’organisation du travail pour offrir plus d’emplois aux jeunes, et en restant coincés sur une conception de la formation ayant pour seul objectif l’insertion professionnelle, les politiques de « professionnalisation » sont sans doute condamnées à déplacer le problème de l’insertion professionnelle sans jamais le résoudre, sinon par des effets marginaux.

Sous cet angle, l’effet bénéfique principal de l’alternance ne serait pas tant ses modalités pédagogiques que le plus grand partage du travail grâce à des emplois à temps partiel.

On peut également trouver dans cette hypothèse une clé d’explication rationnelle au refus d’investir dans l’enseignement supérieur : le triptyque croissance / montée en qualification / ascension sociale étant cassé, l’urgence est à réduire la durée des études, ce qui doit pouvoir se faire à coût constant.

On peut même trouver une forme de légitimation au développement des frais d’inscription : incapables de trouver une solution acceptable pour les jeunes surnuméraires par rapport aux besoins d’emplois, les décideurs sont tentés de confier cette responsabilité aux jeunes eux-mêmes, en leur donnant le pouvoir de choisir individuellement quelles formations doivent continuer à être financées, et lesquelles il faut abandonner.

En d’autres termes, en adoptant comme mission prioritaire l’insertion professionnelle dans un contexte de pénurie d’emplois, l’Université délégitime elle-même son propre financement.

Tout ceci nous conduit à rejoindre Emmanuel Macron dans la certitude que le rôle de l’enseignement supérieur, et donc notamment celui des universités, doit être redéfini pour s’adapter à une société post-massification. Si un « profond changement d’approche, [une] transformation systémique de nos universités, de notre organisation » est inévitable, peut-être gagnerions-nous à creuser l’hypothèse d’un rôle d’amortisseur. Face aux crises, ce rôle pourrait tout à fait devenir indispensable à la stabilité de notre société tout comme au maintien de son progrès -pas seulement économique-, à condition de travailler à lui redonner de la souplesse.

Des perspectives positives s’offrent donc à nous, mais nécessitent soit de repenser « notre organisation » pour faire plus de place aux jeunes dans l’emploi, donc notamment de renoncer à l’allongement du temps de travail des français déjà en emploi, que ce soit par les retraites ou par le temps hebdomadaire ; soit de s’extirper de l’insertion professionnelle comme mission principale des formations supérieures, notamment universitaires.

A défaut, nous resterions condamnés à chercher des solutions qui n’existent pas, en déplaçant des jeunes dans un système qui ne leur fait pas de place, non sans parfois les malmener. Désormais privés des marges de manœuvre que nous avons exploitées jusqu’à présent, nous prendrions alors le risque de plonger dans l’inconnu.

 

 

Parcoursup : un outil pédagogique pour fluidifier l’abandon d’une partie de la jeunesse

Cette tribune est initialement parue dans Libération, sous le titre « Parcoursup au service du tri social ».

Une réforme totale de l’orientation en France, sans concertation globale ni mandat.

Depuis le début de la présidence de M. Macron, le code de l’éducation a été modifié 178 fois, soit plus d’une fois par semaine scolaire. Cet indicateur doit être considéré avec précaution, mais la liste des réformes est vertigineuse. De la maternelle au doctorat, sans oublier la formation professionnelle et l’apprentissage, tous les secteurs, toutes les voies et tous les niveaux d’éducation des français ont été modifiés, y compris le système d’orientation, l’organisation des rectorats et des inspections générales, ou encore la formation et la carrière des enseignants.

Parmi ces réformes, une des plus visibles pour les familles est l’introduction de Parcoursup comme plateforme d’affectation dans l’enseignement supérieur. Sur cette plateforme, les lycéens formulent leurs vœux de poursuite d’étude, puis acceptent ou refusent des propositions d’entrée dans l’enseignement supérieur. Elle est conçue de telle sorte qu’une majorité de candidats reçoit une majorité de refus et de mises en attente. Cela ne manque ni ne manquera jamais de générer colère et frustration dans les familles.

Nouveauté cette année, une nouvelle réforme a supprimé les trois filières du Lycée général pour les remplacer par un choix de spécialités et d’options, plus ou moins à la carte. Ces choix conditionnent lourdement les possibilités de poursuite d’étude, mais sans que les familles puissent évaluer dans quelle mesure. Des choix lourds de conséquences ont donc été faits en aveugle par les familles [1].

Ce n’est pas un échec, mais une politique : M. Blanquer et Mme Vidal, respectivement ministres de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur, ont « beaucoup travaillé »  à cette réforme [2], qui est en réalité bien plus large : à un bout est modifié Affelnet, qui gère l’orientation entre le Collège et le Lycée [3] ; tandis qu’à l’autre bout est renforcée la sélection en Master [4].

Nous venons donc d’assister à une réforme totale de l’orientation en France, sans concertation globale ni mandat. Mais dans quel but ?

Derrière le discours de liberté se cache en réalité une politique de contrainte 

Dans les discours qui ont porté ces réformes, une contradiction fondamentale frappe. D’un côté, les mots adressés aux familles sont centrés sur les élèves : leur « liberté », leurs « désirs », leur « mérite » et leurs « ambitions »… De l’autre, les mots adressés aux formations sont centrés sur les besoins du marché du travail : la « professionnalisation », les « compétences », la « certification »  et « l’insertion professionnelle ». 

A l’évidence, l’un des deux discours est trompeur, car les chiffres sont clairs : il n’y aura pas suffisamment d’emplois pour satisfaire l’ambition de tous les jeunes. La démographie étudiante est très dynamique (les effectifs étudiants ont gonflé de 234 700 en cinq ans [5]), mais les jeunes diplômés peinent à trouver un emploi, alors que les pénuries de travailleurs concernent essentiellement les emplois les moins qualifiés [6].

En réalité, derrière le discours officiel de liberté se cache une politique de contrainte : en guise de liberté, les lycéens ont surtout l’obligation d’abandonner des disciplines, donc des opportunités de poursuite d’étude ; ils auront ensuite la liberté de candidater dans toutes les formations, mais ne seront admis que là où il y a de la place. 

Peu importe que l’on enseigne efficacement, du moment qu’on stratifie la société

Ces places sont discrètement définies par les rectorats, donc l’Etat. L’État s’est également doté du pouvoir de définition des quotas, lui permettant de déterminer très finement le profil de celles et ceux qui auront chaque diplôme, à tous les niveaux et dans tous les domaines de la formation. Cet outil est redoutablement efficace. Ainsi, les quotas de boursiers permettent de déterminer la mobilité sociale, et les quotas de secteur la mobilité géographique. 

De plus en plus d’équipes pédagogiques perdent le contrôle de leur formation, généralement au détriment des familles. La réforme des IUTs en est un bon exemple. Le DUT a été supprimé sans qu’on sache par quels enseignements il allait être remplacé. Seule certitude depuis le début : le changement des quotas d’accueil. A trois mois de la rentrée, les programmes sont si improvisés qu’ils ont été rejetés par le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche… les quotas, eux, seront mis en œuvre, contre l’avis des IUTs [7]. 

Pour l’État, peu importe que l’on enseigne efficacement, du moment qu’on diplôme tant d’individus de telle catégorie à tel niveau de qualification… C’est-à-dire du moment qu’on stratifie la société selon les objectifs qu’il a lui-même fixés. Et pour atteindre ces objectifs, le gouvernement est tout à fait prêt à supprimer des formations plébiscitées par les familles, ou encore à empêcher les jeunes désireux d’y rentrer.

Entre le désir des jeunes et les besoins du marché de l’emploi, il faut choisir

Dans tous les pays occidentaux, l’ambition de la jeunesse et la dynamique éducative dépassent les besoins du marché du travail, et les gouvernements doivent choisir entre réformer profondément le travail pour l’adapter aux ambitions des jeunes, ou réformer profondément l’éducation pour adapter les jeunes au marché du travail.

Pour un gouvernement obsédé par les performances économiques, la question est beaucoup plus simple : pourquoi former tant de jeunes si notre appareil économique n’en a pas besoin ?

Mme Vidal prend donc la décision de financer deux fois moins de places qu’il n’y a de jeunes en plus à former [8]. Ainsi, le gouvernement Macron abandonne tout simplement la partie de la jeunesse qu’elle estime superflue [9].

Parcoursup est un outil pédagogique pour fluidifier l’abandon d’une partie de la jeunesse

En affichant une majorité de refus et de mises en attente, Parcoursup agit alors comme un outil pédagogique auprès des familles, pour leur faire comprendre : « Vous n’êtes pas des premiers de cordées. Notre économie n’a pas besoin de vous. Baissez vos ambitions. Contentez-vous de ce que vous aurez. ». Et pour que ce soit acceptable, le discours méritocratique ajoute : « Vous auriez dû mieux travailler, ou faire de meilleurs choix. C’est de votre faute si vous n’avez pas ce que vous désirez, et non celle d’un système qui ne vous fait pas de place. ».

Aux familles aujourd’hui de se demander si c’est cette idéologie qu’elles souhaitent pour leurs enfants.

 

[1] https://www.letudiant.fr/educpros/actualite/reforme-du-bac-vers-une-orientation-trop-precoce.html
[2] http://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20181022/cult.html#toc2
[3] https://www.liberation.fr/societe/education/carte-scolaire-parisienne-un-entre-soi-se-dessine-entre-les-colleges-et-les-lycees-favorises-du-centre-20210303_KYEWCJKOWRET5HTSXR5OC4H2S4/
[4] https://www.letudiant.fr/etudes/3es-cycles-et-masters/master-le-droit-a-la-poursuite-d-etudes-est-modifie-des-la-rentree-2021.html
[5] https://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/2020/46/9/NI_2020_20effectif_superieur_1364469.pdf
[6] https://statistiques.pole-emploi.org/bmo
[7] https://cpesr.fr/diplome-bachelor-universitaire-de-technologie-dut-but/
[8] https://twitter.com/SabineRubinFI93/status/1400845999921303556
[9] http://blog.educpros.fr/julien-gossa/2021/01/19/et-si-labandon-des-etudiants-etait-rationnel/

Photo de couverture par Riho Kroll sur Unsplash

GamingESR : Comprendre l’enjeu des places Parcoursup en jouant à Evil Genius 2

La phase d’admission Parcoursup vient d’ouvrir, et durera plus de 3 mois, pendant lesquels les candidats seront appelés à rejoindre l’enseignement supérieur. A l’issue de la procédure, certains n’y trouveront pas de place. Mais pourquoi ces places sont-elles en nombre limité ? Explorons ensemble cette question en jouant à Evil Genius 2.

Miniature de la vidéo

Regarder la vidéo (30 minutes) sur https://www.twitch.tv/videos/1036953207

Comprendre les places Parcoursup en regardant les places de Master

Dans le cadre de la publication du rapport sur l’évaluation de la loi n° 2016-1828 du 23 décembre 2016 portant adaptation du deuxième cycle de l’enseignement supérieur français au système Licence‑Master-Doctorat, la rapporteuse Sylvie Charrière et le rapporteur Philippe Berta, députés LREM et Modem de la Commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale discutent des limites de places en Master :

https://twitter.com/SylvieCharriere/status/1395025645529337859

Sylvie Charrière : « La question du partenariat avec le mode économique dans la définition des diplômes aussi est essentielle et je pense qu’un travail a commencé à être entamé au niveau du ministère pour voilà rendre au diplôme peut-être une coloration et une possibilité d’insertion plus favorable. Dans certains cursus les jeunes ne pouvant poursuivre en master doivent redoubler en Licence Professionnelle pour pouvoir espérer s’insérer dans le monde du travail. »

Philippe Berta : « Force est de constater que, en tout cas pour celles que je connais, les Licences Professionnelles -qui est finalement un outil assez récent ça date de mémoire du tout début des années des années 2000- rencontrent un vrai succès en terme d’insertion. Ça prouve que finalement il y a une appétence pour le Bac+3 sur le marché du travail. Donc il faudrait effectivement -moi j’appelle ça une espèce de version parachute des L3 Générales- donner un minimum de professionnalisation en L3 Générale qui permet effectivement si besoin est pour des raisons personnelles, des raisons matérielles, des choix culture que le futur licence générale, qui a obtenu sa Licence Générale, puisse s’insérer sur le marché de l’emploi.  »

Commentaire : Face à la pénurie de places en Master, les députés ne cherchent pas augmenter les places en Master, mais à les substituer par d’autres places, en Licence Pro (LP), donc d’un niveau de qualification moindre. Ils cherchent donc explicitement un moyen de limiter le niveau de qualification de la tranche d’âge. On peut y voir une volonté de restratification sociale. Cette volonté n’est pas discutée ouvertement, mais s’appuie sur un raisonnement contestable : les diplômés de LP ayant une bonne insertion professionnelle, augmenter les effectifs LP augmentera l’insertion professionnelle.

Ce raisonnement ne tient que si les LP actuelles ne jouent pas pleinement leur rôle, en clair s’il reste des emplois non pourvus sur le secteur de formation des LP. Or, rien n’indique que ce soit le cas. D’abord, les taux d’insertion pro des LP sont hauts, mais sans indiquer un plein emploi stable ou dans les catégories d’emplois adaptées.

 

Ensuite, selon Pôle emploi, les LP et Masters ne sont pas sur les secteurs présentant des difficultés de recrutement :

 

Tout indique donc qu’augmenter les effectifs en LP ne fera que diminuer l’insertion professionnelle de cette formation. Cette stratégie fait donc sens seulement dans une situation où il faudrait choisir entre la baisse de l’insertion pro des Masters et la baisse de l’insertion pro des LP. Mis au pied du mur, face à une pénurie croissante d’emplois (notamment dûe à la crise actuelle), on pourrait décider de préserver la valeur des Masters en terme d’insersion pro, éventuellement au détriment de la valeur des autres formations ayant actuellement de bonnes performances (LP et DUT/BUT).

Ce constat éclaire de façon différente le discours dominant sur l’orientation dans les flux Bac-3/Bac+3, qui se limite dans l’espace public aux « désirs et ambitions » des jeunes. On peut douter de la pertinence, sinon de la sincérité, de ce discours dès lors qu’on considère des choses aussi sérieuses que la qualification des générations entrants dans l’appareil économique national.

Pour aller plus loin…

Parcoursup : Ce que le Bac Blanquer change pour le tri des candidatures

Cette année sera la première campagne d’admission Parcoursup des élèves issus du nouveau Bac Blanquer : « Il n’y a plus de série en voie générale mais des parcours choisis par chaque lycéen en fonction de ses goûts et de ses ambitions ». L’idée de réduire le tronc commun pour « donner plus de choix aux élèves » bouleverse totalement la construction des cursus et l’oganisation des études. Elle transforme aussi sérieusement la façon dont les formations supérieures peuvent trier les candidatures… En mieux ?

La base de la plupart des classements des candidatures dans Parcoursup est le calcul d’une « note finale », moyenne plus ou moins bonifiée des résultats scolaires du candidat, qui permet de calculer son rang dans la liste d’appel. Pour que ce calcul de moyenne soit pertinent, il faut que les notes soient comparables (même si cela doit être relativisé). C’est pourquoi trier les candidatures revient généralement à commencer par les catégoriser en plusieurs groupes ayant des cursus similaires. L’exemple le plus simple est la catégorisation des candidats en fonction de leur Bac, qui permet ensuite d’avoir un calcul de moyenne adapté au Bac pro, un autre adapté au Bac techno, et un troisième adapté au Bac généraux.

Reste ensuite à interclasser les candidatures des différentes catégories pour obtenir le classement final, ce qu’on va faire par différentes techniques comme l’harmonisation des moyennes, les quotas ou encore un interclassement manuel.

Dans ce billet, nous allons nous intéresser à ce que change la réforme pour la catégorisation, puis le calcul de moyenne, pour les bacheliers généraux dans Parcoursup.

Méthodologie : Ce billet se base sur les candidatures faites dans ma formation (DUT/BUT informatique), avant et après la réforme, en se limitant aux candidats préparant leur Bac dans l’année de candidature. Certains aspects ne sont pas représentatifs de toutes les formations (le profil des candidatures et les matières importantes pour la sélection, notamment), mais sans en faire une exception. Les exemples de notes sont purement fictionnels, mais se retrouvent aisément dans la réalité. Bien que les donnés doivent être prises à titre seulement illustratif, les conclusion revêtent un caractère général.

La catégorisation des candidatures

La catégorisation des candidatures consiste à classer les candidatures dans différents groupes, au sein desquels on va utiliser un calcul de moyenne uniforme. On considère donc qu’au sein d’une catégorie, les candidats ont suivi un cursus suffisamment similaire pour que la comparaison de leurs notes soient pertinentes.

La raison est tout simplement que « 14 en Mathématiques » n’a pas la même signification, en terme de poursuite d’étude, en Bac Pro qu’en Maths expertes au Bac Général. Comparer directement les deux conduirait à une injustice. La question qui se pose alors est de définir les critères qui forment une catégorie pertinente, y compris au sein de chaque Bac.

Ancien Bac Général : Séries

L’ancien Bac Général était construit autour de 3 séries : Scientifique (S), Economique et Social (ES) et Littéraire (L), choisies par les lycées dès la première. Le profil de nos candidatures était alors le suivant :

Exemple de lecture : Avec une catégorisation par série, les candidats se séparent en trois catégories : plus de 700 S, de 80 ES et 5 L.

Nous pouvions donc faire 3 catégories, au sein desquelles il est possible de classer les candidatures par moyenne puisque les matières et cursus sont identiques. On va donc considérer qu’une candidature ayant 13 de moyenne dans une catégorie doit être classée devant une candidature ayant 12 dans la même catégorie. Le problème consistait (et consiste toujours) à interclasser les candidatures entre catégorie. Concrètement, il faut décider d’un ordre pour des candidatures du type :

  • Série S avec 12 de moyenne ;
  • Série ES avec 13 de moyenne ;
  • Série L avec 14 de moyenne.

La nature de la formation supérieure va alors jouer un rôle important : on peut raisonnablement estimer que la Série S est la plus adaptée pour poursuivre en informatique. Trois approches sont alors disponibles :

  • Bonifier les séries : on va par exemple ajouter 3 points aux moyennes de S et 1 point aux moyennes de ES ;
  • Interclasser à la main : on va ignorer les moyennes d’une catégorie et décider arbitrairement du rang des candidatures, par exemple en plaçant un candidat de L en position d’être admis car on estime que son dossier apporte les garanties nécessaires ;
  • Utiliser des quotas : on va conserver des listes d’appels séparées pour contrôler le nombre d’admis dans chaque catégorie (dans les faits, seul le rectorat contrôle cette méthode).

Pour prendre cette décision, la taille des catégories est un critère important : la Série S concentrait plus de 700 candidatures, ce qui imposait un traitement automatisé ; la Série L était anecdotique, ce qui permettait un traitement manuel. De plus, un catégorie dominante facilite l’interclassement : on va réussir à interclasser les L dans les S, alors que le contraire serait très difficile.

A partir de là, on comprend que la façon de construire les catégories de candidatures va fortement impacter la méthode et la pertinence des classements.

Ancien Bac Général : Séries + spécialités

Avec l’ancien Bac, la seule différence de matières au sein d’un série concernait la note dite de « spécialité », plus proche d’options en réalité. Il était donc possible de raffiner les catégories :

Exemple de lecture : En considérant les séries et spécialités de l’ancien Bac, on obtient 12 catégories dont la plus grande concentre 300 candidatures.

En considérant ces spécialités, nous avions 12 catégories différentes, dont le plus imposante concentrait un tiers des candidatures. La question qui se posait alors était de classer des candidatures du type :

  • Série S spécialité Informatique avec 13 de moyenne et 15 en Informatique ;
  • Série S spécialité Mathématiques avec 14 de moyenne et 11 en Mathématiques ;
  • Série ES spécialité Mathématiques avec 15 de moyenne et 16 en Mathématiques.

On peut déjà raisonnablement se demander s’il existe une solution objective et juste à ce problème. On constate aussi que l’interclassement est rendu plus difficile par la multiplication des catégories et la diminution de la taille de la catégorie dominante.

Voyons maintenant ce que la suppression des séries implique en terme de catégorisation des candidatures.

Bac Blanquer : Spécialités

Désormais, les lycéens ne choisissent plus une série, mais deux spécialités en Terminale. Contrairement à l’ancien Bac, ces spécialités ne sont pas de simples colorations, mais forment le cœur de la formation. Les Mathématiques sont notamment absentes du tronc commun, compromettant son adéquation avec des poursuites d’études scientifiques. En conséquence,  considérer les spécialités est désormais indispensable, ce qui conduit à la catégorisation des candidatures suivante :

Exemple de lecture : Les spécialités du nouveau Bac conduisent à 38 catégories dont deux dépassent 200 candidatures.

Nous avons donc désormais 38 catégories, dont deux dominent à plus de 200 candidatures (Mathématiques et Numérique et Sciences Informatiques (NSI) ; Maths et Physique Chimie). Il convient maintenant de classer des candidatures du type :

  • Maths et NSI avec 12 de moyenne, 10 en Maths et 16 en NSI ;
  • Maths et Physique-Chimie avec 13 de moyenne, 14 en Maths et 12 en PC ;
  • NSI et Langues et cultures étrangères avec 15 de moyenne, 15 en NSI et 18 en langues…

Cela permet déjà de constater une lourde aggravation du problème de l’interclassement. Mais ces deux spécialités ne sont pas les seules catégorisations.

Bac Blanquer : Spécialités + options

En plus des deux spécialités de terminales, les lycéens peuvent choisir jusqu’à deux options. Ces options ne sont pas anecdotiques, puisque certaines concernent justement les Mathématiques indispensables à la poursuite d’études scientifiques.

Lorsqu’on ajoute les options, la catégorisation des candidatures devient la suivante :

Exemple de lecture : En considérant les spécialités de terminales et les options du nouveau bac, il y a tellement de catégories que leur visualisation devient difficile.

Nous avons donc désormais 105 catégories, dont la plus imposante fait 130 candidats. Il convient maintenant de classer des candidats qui ont, par exemple :

  • Maths et NSI + Maths expertes avec 12 de moyenne, 10 en Maths, 16 en NSI et 12 en Maths expertes ,
  • Maths et Physique-Chimie + Arts plastiques avec 13 de moyenne, 14 en Maths, 12 en PC et 17 en Arts ;
  • NSI et Langues et cultures étrangères + Maths complémentaires avec 15 de moyenne, 15 en NSI,18 en langues et 17 en Maths complémentaires…

Ca se passe de commentaire…

Bac Blanquer : Spécialités de Première et Terminale + options

Mais attention ! S’il n’y a que deux spécialités, c’est qu’une a été abandonnée au passage de la Première à la Terminale. Or, cette information peut être utile pour percevoir le profil du candidat, ou pour savoir par exemple si une base minimale en mathématiques existe même si ça ne se voit pas en Terminale. Voilà la catégorisation en ajoutant la spécialité abandonnée :

Exemple de lecture : En considérant les spécialités de Première et Terminale et les options, il faut scroller longtemps pour lire la suite du texte.

Nous avons maintenant 194 catégories différentes, ne dépassant pas 80 candidatures. Beaucoup de catégories n’ont qu’une seule candidature. Il est même inutile de produire des exemples concrets de candidatures à interclasser

On peut en venir à considérer qu’il n’existe plus vraiment de catégorie de référence, mais désormais seulement des exceptions. Le problème de l’interclassement peut apparaitre comme désormais insoluble. 

Résumé des catégorisations

Pour résumer, il est possible de visualiser les catégorisations ainsi, avec une ligne par critères de catégorisation, et un bloc de couleur par catégorie :

Exemple de lecture : Avec l’ancien Bac, les candidatures sont classées en 3 ou 12 catégories ; avec le nouveau Bac, elles sont classées en 38, 105 ou 194 catégories différentes.

On constate bien sur ce graphique l’éclatement des candidatures entre des catégories beaucoup plus nombreuses du fait du nouveau Bac Blanquer : même en ne considérant que deux des spécialités, l’éclatement, et donc la difficulté de classement, est supérieur à celui de l’ancien Bac en considérant les options.

Le Bac Blanquer neutralise toute possibilité d’un traitement automatique équitable, puisque la personnalisation des parcours conduit à ce que les cursus ne soient même plus comparables au niveau des matières. Pire, cela menace sérieusement la possibilité d’un traitement manuel. En effet, avec l’ancien Bac, le traitement manuel se faisait par l’interclassement de candidatures particulières dans un classement préalable d’une grosse majorité de candidatures représentant une catégorie de référence. En privant de référence, le Bac Blanquer prive d’un classement de référence très utile, sinon indispensable, au classement manuel.

La comparaison des notes

Pour éviter un trop gros éclatement des catégories, on peut être tenté de se limiter à un calcul unique de moyenne. Des spécialités de nature différentes sont alors considérées de façon identique. Quelles sont les conséquences d’une telle approche ?

Pour répondre à cette question, on peut visualiser la dispersion des moyennes trimestrielles des candidats par matière :

Exemple de lecture : les moyennes trimestrielle des candidats dans la spécialité NSI ont pour médiane 15, avec un premier quartile allant de 7 à 13, un deuxième quartile de 13 à 15, un troisième quartile de 15 à 17 et un dernier quartile de 17 à 20.

On constate que les distributions des moyennes sont très différentes d’une matière à l’autre, que ce soit dans le tronc commun, les spécialités ou les options. Ces différences peuvent en partie s’expliquer par le biais de candidature : par exemple, les étudiants qui candidatent en informatique ont naturellement une plus grande appétence pour les matières scientifiques que les matières littéraires. Ce biais peut partiellement être corrigé en s’intéressant non pas aux moyennes des candidats, mais aux moyennes de leur classe :

Exemple de lecture : les moyennes trimestrielle des classes des candidats dans la spécialité NSI ont pour médiane 14, avec un premier quartile allant de 11 à 13, un deuxième quartile de 13 à 14, un troisième quartile de 14 à 15 et un dernier quartile de 15 à 18.

Cette deuxième visualisation confirme des différences substantielles. D’un côté, les différences entre matières s’expliquent caricaturalement par des niveaux d’exigence différents. D’un autre, les différences au sein d’une matière s’expliquent grossièrement par des performances différentes des classes et des élèves. Ces deux phénomènes ne sont pas indépendants : les élèves les moins performantes peuvent stratégiquement choisir d’éviter les matières les plus exigeantes, par exemple.

Pour bien saisir ce que cela implique concrètement, faisons un focus sur les spécialités Mathématiques et NSI :

Exemple de lecture : les moyennes trimestrielle des candidats dans la spécialité NSI ont pour médiane 15, avec un premier quartile allant de 7 à 13, un deuxième quartile de 13 à 15, un troisième quartile de 15 à 17 et un dernier quartile de 17 à 20.

En regardant ces deux matières (les plus importantes pour notre formation), on constate bien que, statiquement, les candidats ayant choisi NSI auront une meilleure moyenne que ceux ayant choisi Math, sans que cela reflète forcement de meilleures chances de réussite post-bac. Une moyenne unique octroie donc un avantage injuste à une catégorie de candidats, qui aura simplement choisi un matière moins exigeante en terme de notation.

On peut être tentés de corriger ce biais en ajoutant une bonification à la matière qui parait la plus exigeante.

Mais regardons de plus près. On peut constater que les quartiles inférieurs de NSI se confondent avec les quartiles supérieurs de Mathématiques. Concrètement, cela signifie que tout un ensemble de note est à la fois au dessus de la médiane en Mathématiques et en dessous de la médiane en NSI. En d’autres termes, les candidats les moins performants dans une matière se confondent, au niveau des notes, avec les plus performants de l’autre.

Mais cela n’est que statistique. La réalité de chaque candidat peut être tout autre. En réalité, si nous prenons la note 13, nous pouvons avoir :

  • un candidat moins performant dans une matière moins exigeante : par exemple, 13 en NSI avec une moyenne de classe à 15 ;
  • un candidat plus performant dans une matière plus exigeante : par exemple, 13 en Math avec une moyenne de classe à 11 ;
  • un candidat plus performant dans une matière moins exigeante : par exemple, 13 en NSI avec une moyenne de classe à 12 ;
  • un candidat moins performant dans une matière plus exigeante : par exemple, 13 en Math avec une moyenne de classe à 14…

Ainsi, la signification d’un 13 est extrêmement difficile à interpréter dans ce classement, et il est à craindre que ce problème ne soit pas surmontable : harmoniser les moyennes par rapport à la moyenne de la classe va notamment désavantager les élèves qui sont dans des classes très performantes. Le problème est que, dans notre formation, c’est autour de 13 que l’on va admettre ou pas des candidats. Chaque décision de pondération va donc avoir un impact important sur le recrutement, sans qu’on puisse maîtriser les conséquences.

Conclusions

En conclusion, le nouveau Bac Blanquer, en supprimant les séries au profit d’un choix « à la carte » de spécialités et d’options, peut potentiellement faire exploser la catégorisation des candidats Parcoursup. Or, cette catégorisation sert de colonne vertébrale à un tri relativement objectif des candidatures, qui parait donc de plus en plus illusoire. De plus, les résultats présentés ici sont purement ceux de ma formation (un BUT Informatique), et peuvent être très différents pour une formation différentes.

Notamment, les filières très sélectives pourraient décider de limiter leur catégorisation à une spécialité, et ne trier que par elle. Par exemple, une CPGE scientifique pourrait ne trier que par Mathématiques, voire Mathématiques + Maths expertes. Ce n’est alors pas tant les notes qui feraient la sélection, mais le choix des spécialités.

Ce travail d’analyse et de choix devrait donc être conduit dans chaque commission d’examen des vœux. On peut douter qu’elles en aient le temps. 

En conséquence, il est fortement possible que la généralisation du tirage au sort se poursuive à cause du Bac Blanquer, générant ensuite encore plus de flou pour les lycéens devant choisir leurs spécialités et options. 

Parcoursup : Tirage au sort, fin ou généralisation ?

Pour aller plus loin…

Tous les traitements sont disponibles sur github, mais pas les données (pour des raison évidentes de confidentialités).

Parcoursup et Lycée d’origine : Une difficulté (technique) de moins pour une difficulté (philosophique) de plus

Parcoursup : petit manuel de tri des candidatures à l’usage des enseignants du supérieur

Lycée : Petit manuel de choix des spécialités à l’usage des futurs candidats à l’enseignement supérieur

 

 

 

EndOfDUT : Les quotas, la « main invisible » sur les formations

Avec Parcoursup et la loi ORE, le Ministère a mis en œuvre le déploiement d’une politique de quotas. Dernier épisode de cette politique, un bras de fer s’est engagé entre les IUT et le ministère concernant les quotas de bacheliers technologiques pour le BUT, la formation qui remplace le DUT. En première approche, on peut avoir l’impression que ces quotas sont à l’avantage des étudiants, permettant de corriger des biais de recrutement. Cependant, la mise en contexte de cette politique montre qu’ils vont en réalité à l’encontre des intérêts des étudiants comme de leurs recruteurs. Au final, seul le ministère en tire un avantage.

C’est par un courrier au ministère que l’Assemblée des directeurs d’IUT (ADIUT), pourtant favorable à un plus large accueil des bacheliers technologiques, dénonce « une politique quantitative de gestion des flux, dès la rentrée 2021, sous la forme de taux imposés de bacheliers technologiques ». Ces taux imposés, appelés quotas, ont été progressivement introduits depuis la loi Fioraso de 2013, puis renforcés par la loi ORE de 2018. Ils concernent maintenant toutes les formations et de nombreuses populations étudiants (filières du bac, boursiers, hors secteur). Ils sont aujourd’hui devenus un outil central pour le Ministère, qui les utilise pour restructurer les flux d’étudiants, et donc l’enseignement supérieur. Cela est très bien expliqué dans le premier rapport du Comité éthique et scientifique de Parcoursup :

Jusqu’à présent, la définition des quotas de bacheliers technologiques en DUT était issue d’une négociation (parfois ferme) entre les IUT et les rectorats, puis avec un acteur plus éloigné, les rectorats de grande région. Cette année, les négociations pour le BUT n’ont pas réellement pesé sur les décisions. Plus étonnant, les rectorats ont parfois annoncé plusieurs augmentations successives aux mêmes formations, ne faisant pas toujours sens pour les équipes pédagogiques. Cela a laissé une impression d’autoritarisme et d’improvisation, qui explique en partie la réaction de l’ADIUT.

Cas d’usages

Pour bien comprendre les enjeux qui entourent cette question des quotas, il convient de regarder concrètement leur fonctionnement.

Cas d’usage : les admissions sans quota

Pour illustrer le fonctionnement des quotas, plaçons-nous dans la logique de Parcoursup qui suppose qu’on sait prédire la réussite des étudiants, et prenons le cas artificiel d’une formation recrutant 10 étudiants parmi 20 candidats issus de deux filières différentes :

  • la filière 1 (carrés) est réputée pour bien préparer à la formation : sur 10 candidats, 5 ont une réussite presque certaine (en vert) ; 3 incertaine (en orange) ; et 2 ont un échec presque certain (en rouge) ;
  • la filière 2 (cercles) est réputée pour ne pas bien préparer à la formation : sur 10 candidats, 1 a une réussite presque certaine ; 3 incertaine ; et 6 ont un échec presque certain.

NB : ce déséquilibre dépend énormément des disciplines, et l’expérience des enseignants peut être très différente selon leur département.

Si on vise à la réussite des étudiants, on pourra classer toutes les 20 candidatures par chance de réussite, dans un classement globalement indépendant des filières : d’abord toutes les vertes, puis les oranges, et enfin les rouges. Ce recrutement aboutira à ainsi admettre tous les candidats ayant une réussite presque certaine, puis à admettre les candidats incertains tant qu’il reste des places, et à ne pas appeler les candidats dont on est sûr qu’ils ne pourront pas réussit.

Naturellement, la filière qui préparer le moins bien à la formation verra le moins de candidats admis. Sur cet exemple, on a donc 70% d’admission pour la filière 1 et 30% pour la filière 2.

Voyons maintenant ce qu’il se passe lorsqu’on active un quota.

Cas d’usage : les admissions avec quota

Les quotas servent à contourner ce classement global, pour s’assurer de l’admission d’une catégorie de candidats. L’illustration ci-après montre ce qu’il se passe avec un quota de 50% pour la filière 2 : quel que soit les chances de réussite des candidats qui en sont issus, on va leur réserver la moitié des places.

Les différences sont marquées par des formes géométriques pleines :

On constate ainsi que pour passer de 30% à 50% d’admission pour la filière 2, il a fallu remplacer deux candidats incertains de la filière 1 par des candidats de la filière 2. Pour ce faire, on va « chercher plus loin dans le classement » des candidats de la filière 2, jusqu’à prendre un candidat dont l’échec est certain.

Le classement des candidatures (représenté ici par les couleurs) devient alors secondaire face à la filière d’origine (représentée ici par la forme géométrique).

Ainsi, on a bien augmenté le nombre d’admissions de candidats issus de la filière 2, mais à deux prix : l’éviction de candidats de la filière 1 ; et l’admission d’un candidat dont l’échec est certain. Ceci montre que, mal employés, les quotas ne sont pas à l’avantage des étudiants puisqu’ils en desservent plus qu’ils n’en servent.

Un cas réel : application des quotas géographiques et de boursiers pour une admission en Licence

Ce graphique m’a été confié par Anne Viallefont, Maître de conférences en Statistique à l’UCA et Responsable Pédagogique de 1ère année de Licence d’Economie. Il montre la différence entre les rangs attribués par la commission d’examen des vœux (axe horizontal – premier cas d’usage de ce billet) et l’ordre effectif d’appel des candidats après application des quotas par le rectorat (axe vertical – deuxième cas d’usage de ce billet). Au dessous de la diagonale se trouvent les étudiants favorisés par cette politique -qui gagnent des rangs-, et en dessus ceux qui sont défavorisés -qui perdent des rangs-.

Ce graphique permet de constater deux deux choses. D’abord les quotas permettent des modifications substantielles de classement : des candidats classés initialement entre 800 et 1000 ont finalement des rangs d’appel entre 400 et 600 (pour les boursiers de l’académie), ou entre 1200 et 1400 (boursiers ou non, hors académie). Des candidats hors académie au départ bien classés (autour de la 300ème place) dégringolent de plus de 900 places dans l’ordre d’appel « rectifié » par le rectorat pour se retrouver au-delà du 1100ème appelé…

Ensuite, et cela ne doit pas être négligé, des quotas différents (filière d’origine, géographique, boursiers…) peuvent être cumulés pour arriver à un contrôle très précis des recrutements, et donc des profils des formations. Même une filière élitiste et attractive pourra être rendue locale et sociale selon la bonne volonté du rectorat, et quelle que soit la volonté des étudiants et de la formation.

Il s’agit d’une véritable prise de contrôle de la carte de formation par les rectorats, et donc le ministère, qui se dote ainsi d’une « main invisible » sur les formations.

Autres cas d’usage : quotas combinés avec d’autres mesures

Bien sûr, tout n’est pas à jeter dans les quotas, et ils ne sont pas le seul outil pour améliorer les admissions d’une population. Il est tout à fait possible de les combiner avec d’autres mesures pour les rendre efficaces tout en limitant leurs effets pervers. Voici quelques exemples :

  • Augmentation du nombre de places : même sans quota, cela permet naturellement d’augmenter les admissions depuis les deux filières, tout en évitant de recruter des candidats dont l’échec est certain ;
  • Augmentation du nombre de place + quotas : ajouter un quota peut permettre d’assurer que les nouvelles places sont réservées à la filière 2, au risque de recruter des candidats à l’échec certain ; au moins, aucun candidat de la filière 1 n’est lésé par la transformation ;
  • Renforcement de la filière 2 : plutôt que de jouer seulement sur les admissions, il est possible de modifier la formation de la filière 2 pour mieux préparer à la poursuite d’étude, augmentant le nombre de candidats aptes à réussir ; un quota temporaire peut alors être utile pour accélérer l’amélioration de la réputation de cette filière ;
  • Tout combiner : et évidement, il est possible de combiner l’augmentation des places et le renforcement de filière pour cumuler les avantages et rendre les quotas pleinement efficaces.

Le point commun de toutes ces propositions est qu’elles nécessitent des moyens, soit pour créer des places, soit pour renforcer une filière. Or, la réforme des IUT se fait à moyens absolument constants. En conséquence, le passage de deux à trois ans va engendrer une baisse des moyens par an-étudiant. La volonté politique d’arriver à ce résultat est confirmée par l’obstination du Ministère à supprimer des Programmes Nationaux (PN) du BUT les garanties de moyens qui existaient dans les Programmes pédagogiques nationaux (PPN) du DUT.

Il faut donc réfléchir à moyens constants, sinon en baisse.

Conséquences des quotas sans moyens

Nous l’avons vu, sans moyens, l’imposition de quotas conduit à abaisser le niveau de recrutement, éventuellement jusqu’à recruter des candidats dont l’échec est certain. Quelles sont alors les possibles réactions des formations ?

  1. Ne rien changer : dans ce cas, la formation verra son taux de réussite baisser, ce qui conduira normalement à une baisse de réputation, donc à une nouvelle baisse du niveau de recrutement, accompagnée éventuellement d’une baisse des moyens alloués à la performance.
  2. Augmenter l’effort pédagogique sur les étudiants les moins préparés : si cela permet de ne pas réduire le taux de réussite, cela implique (à moyens constants) de réduire l’effort pédagogique sur les mieux préparés, donc une baisse de qualité de la formation et du diplôme.
  3. Abaisser les exigences pédagogiques : à défaut de pouvoir continuer à délivrer la formation à tous les étudiants, les enseignants vont progressivement abaisser leurs exigences. Cela conduira naturellement à une baisse de la qualité de la formation et du diplôme. C’est la perspective la plus probable, et celle qui est promu par le Ministère, notamment dans ses annonces préliminaires.
  4. « Personnaliser » les parcours : dans ce cas, on va créer, en interne, des groupes de niveau, qui obtiendront le même diplôme mais avec des exigences pédagogiques différenciées. On peut par exemple identifier cette différence par des parcours au nom explicite (du type « poursuite d’études » et « insertion professionnelle »). Il sera par exemple possible d’avoir un parcours en 2 ans et un autre en 4, donc avec des couts an-étudiants différenciés. On a commencé à le faire en Licence avec les « oui si ». Il sera même possible de mettre le parcours d’insertion en apprentissage, pour assumer les moyens du parcours « d’excellence ».

On le voit donc, hormis la « personnalisation » des parcours qui ne sera défavorable que pour les étudiants les plus fragiles, ces perspectives sont in fine défavorables à tous les étudiants puisqu’elles font entrer la formation dans un cercle vicieux : baisse de la qualité de la formation, donc de la valeur du diplôme, donc de la réputation, donc du recrutement et de la formation. Ce cercle vicieux n’est pas seulement défavorable aux étudiants, mais aussi à tous ceux qui les recrutent, employeurs et formations supérieures, ainsi qu’à l’institution IUT dans son ensemble.

Seul le Ministère sort « gagnant » de cette situation, en se dotant d’une « main invisible » sur la carte des formations. Cette prise de contrôle lui permettra notamment d’organiser une amélioration artificielle des indicateurs d’admission dans le supérieur, à budget absolu constant, et donc à budget par an-étudiant en baisse. 

Pour aller plus loin…

Au delà des purs aspects de réduction de la dépense publique, qui peuvent expliquer cette réforme, on pourra trouver d’autres sources de compréhension dans une volonté politique de restratification sociale, dont on trouve des témoins dans la gestion de la crise sanitaire :

Et si l’abandon des étudiants était rationnel ?

Les autres billets au sujet du remplacement du DUT par le BUT :

Du DUT au BUT : 50% de bacs technos, et après ?

Du DUT au BUT : les portes-au-nez

Le DUT, droit au BUT.

Projets d’arrêtés : il est venu le temps des Bachelors

Parcoursup : le bidonnage continue

La promotion de Parcoursup s’est appuyée sur une double promesse : d’une part faire face au déficit de places, et d’autre part améliorer la réussite en Licence, les deux grâce à une meilleure affectation dans le supérieur. Cette promesse s’est accompagnée d’un engagement fort à plus de transparence. Malheureusement, depuis 2018, les chiffres sont systématiquement manipulés :  d’abord avec deux modifications des tableaux de bord, puis la recatégorisation des candidats et enfin cette année l’archivage des vœux. Chronologie.

Mai 2018

Au départ, les tableaux de bord étaient parfaitement sincères : organisées en deux barres, on y trouvait toutes les informations permettant le suivi de l’affectation, allant des candidats en attente d’une première proposition jusqu’aux candidats ayant définitivement accepté leur affectation, en passant par ceux ayant quitté la plateforme.

Premier tableau de bord Parcoursup, 23 mai 2018

Juillet 2018 : modification des données du tableau de bord

Au milieu de cette premiere procédure, les tableaux de bord sont modifiés sans explication. On y perd les deux barres bien lisibles, et on y voit apparaître la catégorie de « candidats inactifs ». On remarquera la discrétion de la catégorie « candidats ayant quitté la procédure », privée d’une boite.

Tableau de bord Parcoursup à partir du 23/07/2018

 

Cette nouvelle catégorisation conduit à des titres de presse moins catastrophiques que « 142 000 candidats quittent la plateforme » ou « 80 000 candidats toujours sans affectation ».

Le Point, 30/07/2018

Mai 2019 : deuxième modification des tableaux de bord, et recatégorisation des candidats

La deuxième session Parcoursup, en 2019, a été marquée par 110 000 candidats inattendus, sans doute séduits par les discours triomphaux officiels : « Les adultes en reconversion, public surprise de Parcoursup » (Le Monde Campus, 18/07/2019).

Cela a donné lieu à une recatégorisation des candidats : d’un côté les lycéens, de l’autre les candidats « en réorientation ou scolarisés à l’étranger », et non pas simplement « autres »… Puisque cela masque la disparition pure et simple des candidats en reprise d’étude : de 898 054 candidats officiels le 17 mai, on passe à 788 845 le 21 mai.

Au passage, les tableaux de bord sont à la fois réduits et complexifiés :

  • Les trois données les plus importantes disparaissent (les candidats affectés, ceux encore en attente, et ceux ayant quitté la plateforme) : la notion d’affectation, la seule qui compte en réalité, est proprement invisibilisée, jusque dans les discours.
  • A la place, on trouve des données difficiles à utiliser, comme « les candidats ayant quitté la plateforme avant de recevoir une proposition d’admission », moins parlantes que « les candidats ayant quitté la plateforme » et inutile sans « les candidats ayant quitté la plateforme après avoir reçu une proposition d’admission ».

Premier tableau de bord Parcoursup 2019, 18/05/2019

 

Malgré la disparition des candidats en reprise d’étude, le nombre de candidats non affecté augmente et cela se voit dans la presse :

Le Figaro étudiant, 15/07/2019

Juillet 2020 : « l’archivage » des candidatures

La troisième session de Parcoursup est marquée par un nouveau coup dur : l’augmentation du nombre de bacheliers en raison à la fois de la crise sanitaire et de la transformation du Bac général.

Parcoursup 2020 : Une rentrée sous haute tension ?

En l’absence de création substantielle de nouvelles places, il fallait donc s’attendre à une nouvelle augmentation du nombre de candidats non affectés par la plateforme. Pourtant, les titres de presse montrent une réduction significative des candidats toujours en attente : à peine 9500.

L’Obs, 17/07/2020

 

Pourtant, du côté des tableaux de bord, on observe plutôt une dégradation, avec 20% de candidats sans proposition de plus par rapport à l’an dernier. Le chiffre repris partout dans la presse semble être celui des « candidats ayant saisi la CAES », et donc pas stricto sensu celui des candidats encore en attente.

Tableau de bord Parcoursup, 16/07/2020

 

Il apparaît en réalité que cette nouvelle confusion vient d’une innovation de cette année : « l’archivage des vœux ». Cette opération semble consister simplement à sortir tous les candidats encore en attente des chiffres des candidats encore en attente. Ces derniers peuvent en réalité encore recevoir des propositions et même émettre de nouveaux vœux, comme s’ils étaient en attente, et le terme « exceptionnel » est employé sans qu’on sache pourquoi : il n’y a pas de raison qu’un déblocage de place soit plus exceptionnel le 14 que le 18 juillet.

Site Parcoursup.com, 17/07/2020

Ce serait en réalité le retour de la catégorie mystérieuse des « candidats inactifs », mais invisibilisée : en vidant artificiellement tous les candidats des listes d’attente et en comptant ensuite ceux qui se manifestent, on peut annoncer que seulement ces derniers sont encore en attente. Et tant pis si cela stresse encore un peu plus des candidats déjà en grande difficulté.

On ne va simplement pas jusqu’au bout de la démarche, en conservant en réalité ces candidats dans des listes d’attentes dites « archivées », afin de combler les trous qui continuent de se créer après les désistements, puisque la phase complémentaire continue jusqu’à mi-septembre.

Septembre 2020

Après avoir repoussé la fin de la procédure à fin septembre, Mme Frédérique Vidal a produit un communiqué dépourvu des chiffres principaux permettant de mesurer la qualité de l’affectation : le nombre de candidats affectés, et leur taux de satisfaction.

Ces informations étaient pourtant précisées lors de la précédente mandature. De plus, cette année le ministère à financé une enquête Ipsos : parmi les dizaines de questions, aucune ne s’intéresse au taux de satisfaction de la place obtenue.

Comparaison des communiqué APB 2016 et Parcoursup 2020

Conclusion

En trois éditions, Parcoursup a été l’objet de quatre modifications substantielles des chiffres d’affectation : d’abord deux modifications des tableaux de bord, invisibilisant les données les plus utiles ; ensuite la recatégorisation des candidats, invisibilisant purement et simplement une de ces catégories ; et enfin cette année l’archivage des vœux, permettant de réduire les candidats en attente aux seuls ayant saisi une CAES (en leur faisant peur, mais sans pour autant les exclure vraiment encore). 

Cette dernière manipulation a été très efficace puisque les titres de presse se sont essentiellement concentrés sur ce chiffres de 9500, contrairement aux années précédentes.

Au final, cela fait 3 ans que nous avons perdu le suivi de la satisfaction des bacheliers vis-à-vis de leur affectation dans l’enseignement supérieur. Cet aveuglement est dangereux pour la bonne gestion de notre système d’enseignement national. 

Pour aller plus loin

Concernant le second volet de la promesse Parcoursup, la réussite en Licence, le SIES a produit une note formidable que j’invite chacun à aller voir :

https://twitter.com/JulienGossa/status/1282694286044266497