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Parcoursup

Parcoursup : un outil pédagogique pour fluidifier l’abandon d’une partie de la jeunesse

Cette tribune est initialement parue dans Libération, sous le titre « Parcoursup au service du tri social ».

Une réforme totale de l’orientation en France, sans concertation globale ni mandat.

Depuis le début de la présidence de M. Macron, le code de l’éducation a été modifié 178 fois, soit plus d’une fois par semaine scolaire. Cet indicateur doit être considéré avec précaution, mais la liste des réformes est vertigineuse. De la maternelle au doctorat, sans oublier la formation professionnelle et l’apprentissage, tous les secteurs, toutes les voies et tous les niveaux d’éducation des français ont été modifiés, y compris le système d’orientation, l’organisation des rectorats et des inspections générales, ou encore la formation et la carrière des enseignants.

Parmi ces réformes, une des plus visibles pour les familles est l’introduction de Parcoursup comme plateforme d’affectation dans l’enseignement supérieur. Sur cette plateforme, les lycéens formulent leurs vœux de poursuite d’étude, puis acceptent ou refusent des propositions d’entrée dans l’enseignement supérieur. Elle est conçue de telle sorte qu’une majorité de candidats reçoit une majorité de refus et de mises en attente. Cela ne manque ni ne manquera jamais de générer colère et frustration dans les familles.

Nouveauté cette année, une nouvelle réforme a supprimé les trois filières du Lycée général pour les remplacer par un choix de spécialités et d’options, plus ou moins à la carte. Ces choix conditionnent lourdement les possibilités de poursuite d’étude, mais sans que les familles puissent évaluer dans quelle mesure. Des choix lourds de conséquences ont donc été faits en aveugle par les familles [1].

Ce n’est pas un échec, mais une politique : M. Blanquer et Mme Vidal, respectivement ministres de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur, ont « beaucoup travaillé »  à cette réforme [2], qui est en réalité bien plus large : à un bout est modifié Affelnet, qui gère l’orientation entre le Collège et le Lycée [3] ; tandis qu’à l’autre bout est renforcée la sélection en Master [4].

Nous venons donc d’assister à une réforme totale de l’orientation en France, sans concertation globale ni mandat. Mais dans quel but ?

Derrière le discours de liberté se cache en réalité une politique de contrainte 

Dans les discours qui ont porté ces réformes, une contradiction fondamentale frappe. D’un côté, les mots adressés aux familles sont centrés sur les élèves : leur « liberté », leurs « désirs », leur « mérite » et leurs « ambitions »… De l’autre, les mots adressés aux formations sont centrés sur les besoins du marché du travail : la « professionnalisation », les « compétences », la « certification »  et « l’insertion professionnelle ». 

A l’évidence, l’un des deux discours est trompeur, car les chiffres sont clairs : il n’y aura pas suffisamment d’emplois pour satisfaire l’ambition de tous les jeunes. La démographie étudiante est très dynamique (les effectifs étudiants ont gonflé de 234 700 en cinq ans [5]), mais les jeunes diplômés peinent à trouver un emploi, alors que les pénuries de travailleurs concernent essentiellement les emplois les moins qualifiés [6].

En réalité, derrière le discours officiel de liberté se cache une politique de contrainte : en guise de liberté, les lycéens ont surtout l’obligation d’abandonner des disciplines, donc des opportunités de poursuite d’étude ; ils auront ensuite la liberté de candidater dans toutes les formations, mais ne seront admis que là où il y a de la place. 

Peu importe que l’on enseigne efficacement, du moment qu’on stratifie la société

Ces places sont discrètement définies par les rectorats, donc l’Etat. L’État s’est également doté du pouvoir de définition des quotas, lui permettant de déterminer très finement le profil de celles et ceux qui auront chaque diplôme, à tous les niveaux et dans tous les domaines de la formation. Cet outil est redoutablement efficace. Ainsi, les quotas de boursiers permettent de déterminer la mobilité sociale, et les quotas de secteur la mobilité géographique. 

De plus en plus d’équipes pédagogiques perdent le contrôle de leur formation, généralement au détriment des familles. La réforme des IUTs en est un bon exemple. Le DUT a été supprimé sans qu’on sache par quels enseignements il allait être remplacé. Seule certitude depuis le début : le changement des quotas d’accueil. A trois mois de la rentrée, les programmes sont si improvisés qu’ils ont été rejetés par le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche… les quotas, eux, seront mis en œuvre, contre l’avis des IUTs [7]. 

Pour l’État, peu importe que l’on enseigne efficacement, du moment qu’on diplôme tant d’individus de telle catégorie à tel niveau de qualification… C’est-à-dire du moment qu’on stratifie la société selon les objectifs qu’il a lui-même fixés. Et pour atteindre ces objectifs, le gouvernement est tout à fait prêt à supprimer des formations plébiscitées par les familles, ou encore à empêcher les jeunes désireux d’y rentrer.

Entre le désir des jeunes et les besoins du marché de l’emploi, il faut choisir

Dans tous les pays occidentaux, l’ambition de la jeunesse et la dynamique éducative dépassent les besoins du marché du travail, et les gouvernements doivent choisir entre réformer profondément le travail pour l’adapter aux ambitions des jeunes, ou réformer profondément l’éducation pour adapter les jeunes au marché du travail.

Pour un gouvernement obsédé par les performances économiques, la question est beaucoup plus simple : pourquoi former tant de jeunes si notre appareil économique n’en a pas besoin ?

Mme Vidal prend donc la décision de financer deux fois moins de places qu’il n’y a de jeunes en plus à former [8]. Ainsi, le gouvernement Macron abandonne tout simplement la partie de la jeunesse qu’elle estime superflue [9].

Parcoursup est un outil pédagogique pour fluidifier l’abandon d’une partie de la jeunesse

En affichant une majorité de refus et de mises en attente, Parcoursup agit alors comme un outil pédagogique auprès des familles, pour leur faire comprendre : « Vous n’êtes pas des premiers de cordées. Notre économie n’a pas besoin de vous. Baissez vos ambitions. Contentez-vous de ce que vous aurez. ». Et pour que ce soit acceptable, le discours méritocratique ajoute : « Vous auriez dû mieux travailler, ou faire de meilleurs choix. C’est de votre faute si vous n’avez pas ce que vous désirez, et non celle d’un système qui ne vous fait pas de place. ».

Aux familles aujourd’hui de se demander si c’est cette idéologie qu’elles souhaitent pour leurs enfants.

 

[1] https://www.letudiant.fr/educpros/actualite/reforme-du-bac-vers-une-orientation-trop-precoce.html
[2] http://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20181022/cult.html#toc2
[3] https://www.liberation.fr/societe/education/carte-scolaire-parisienne-un-entre-soi-se-dessine-entre-les-colleges-et-les-lycees-favorises-du-centre-20210303_KYEWCJKOWRET5HTSXR5OC4H2S4/
[4] https://www.letudiant.fr/etudes/3es-cycles-et-masters/master-le-droit-a-la-poursuite-d-etudes-est-modifie-des-la-rentree-2021.html
[5] https://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/2020/46/9/NI_2020_20effectif_superieur_1364469.pdf
[6] https://statistiques.pole-emploi.org/bmo
[7] https://cpesr.fr/diplome-bachelor-universitaire-de-technologie-dut-but/
[8] https://twitter.com/SabineRubinFI93/status/1400845999921303556
[9] http://blog.educpros.fr/julien-gossa/2021/01/19/et-si-labandon-des-etudiants-etait-rationnel/

Photo de couverture par Riho Kroll sur Unsplash

GamingESR : Comprendre l’enjeu des places Parcoursup en jouant à Evil Genius 2

La phase d’admission Parcoursup vient d’ouvrir, et durera plus de 3 mois, pendant lesquels les candidats seront appelés à rejoindre l’enseignement supérieur. A l’issue de la procédure, certains n’y trouveront pas de place. Mais pourquoi ces places sont-elles en nombre limité ? Explorons ensemble cette question en jouant à Evil Genius 2.

Miniature de la vidéo

Regarder la vidéo (30 minutes) sur https://www.twitch.tv/videos/1036953207

Comprendre les places Parcoursup en regardant les places de Master

Dans le cadre de la publication du rapport sur l’évaluation de la loi n° 2016-1828 du 23 décembre 2016 portant adaptation du deuxième cycle de l’enseignement supérieur français au système Licence‑Master-Doctorat, la rapporteuse Sylvie Charrière et le rapporteur Philippe Berta, députés LREM et Modem de la Commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale discutent des limites de places en Master :

https://twitter.com/SylvieCharriere/status/1395025645529337859

Sylvie Charrière : « La question du partenariat avec le mode économique dans la définition des diplômes aussi est essentielle et je pense qu’un travail a commencé à être entamé au niveau du ministère pour voilà rendre au diplôme peut-être une coloration et une possibilité d’insertion plus favorable. Dans certains cursus les jeunes ne pouvant poursuivre en master doivent redoubler en Licence Professionnelle pour pouvoir espérer s’insérer dans le monde du travail. »

Philippe Berta : « Force est de constater que, en tout cas pour celles que je connais, les Licences Professionnelles -qui est finalement un outil assez récent ça date de mémoire du tout début des années des années 2000- rencontrent un vrai succès en terme d’insertion. Ça prouve que finalement il y a une appétence pour le Bac+3 sur le marché du travail. Donc il faudrait effectivement -moi j’appelle ça une espèce de version parachute des L3 Générales- donner un minimum de professionnalisation en L3 Générale qui permet effectivement si besoin est pour des raisons personnelles, des raisons matérielles, des choix culture que le futur licence générale, qui a obtenu sa Licence Générale, puisse s’insérer sur le marché de l’emploi.  »

Commentaire : Face à la pénurie de places en Master, les députés ne cherchent pas augmenter les places en Master, mais à les substituer par d’autres places, en Licence Pro (LP), donc d’un niveau de qualification moindre. Ils cherchent donc explicitement un moyen de limiter le niveau de qualification de la tranche d’âge. On peut y voir une volonté de restratification sociale. Cette volonté n’est pas discutée ouvertement, mais s’appuie sur un raisonnement contestable : les diplômés de LP ayant une bonne insertion professionnelle, augmenter les effectifs LP augmentera l’insertion professionnelle.

Ce raisonnement ne tient que si les LP actuelles ne jouent pas pleinement leur rôle, en clair s’il reste des emplois non pourvus sur le secteur de formation des LP. Or, rien n’indique que ce soit le cas. D’abord, les taux d’insertion pro des LP sont hauts, mais sans indiquer un plein emploi stable ou dans les catégories d’emplois adaptées.

 

Ensuite, selon Pôle emploi, les LP et Masters ne sont pas sur les secteurs présentant des difficultés de recrutement :

 

Tout indique donc qu’augmenter les effectifs en LP ne fera que diminuer l’insertion professionnelle de cette formation. Cette stratégie fait donc sens seulement dans une situation où il faudrait choisir entre la baisse de l’insertion pro des Masters et la baisse de l’insertion pro des LP. Mis au pied du mur, face à une pénurie croissante d’emplois (notamment dûe à la crise actuelle), on pourrait décider de préserver la valeur des Masters en terme d’insersion pro, éventuellement au détriment de la valeur des autres formations ayant actuellement de bonnes performances (LP et DUT/BUT).

Ce constat éclaire de façon différente le discours dominant sur l’orientation dans les flux Bac-3/Bac+3, qui se limite dans l’espace public aux « désirs et ambitions » des jeunes. On peut douter de la pertinence, sinon de la sincérité, de ce discours dès lors qu’on considère des choses aussi sérieuses que la qualification des générations entrants dans l’appareil économique national.

Pour aller plus loin…

Parcoursup : Ce que le Bac Blanquer change pour le tri des candidatures

Cette année sera la première campagne d’admission Parcoursup des élèves issus du nouveau Bac Blanquer : « Il n’y a plus de série en voie générale mais des parcours choisis par chaque lycéen en fonction de ses goûts et de ses ambitions ». L’idée de réduire le tronc commun pour « donner plus de choix aux élèves » bouleverse totalement la construction des cursus et l’oganisation des études. Elle transforme aussi sérieusement la façon dont les formations supérieures peuvent trier les candidatures… En mieux ?

La base de la plupart des classements des candidatures dans Parcoursup est le calcul d’une « note finale », moyenne plus ou moins bonifiée des résultats scolaires du candidat, qui permet de calculer son rang dans la liste d’appel. Pour que ce calcul de moyenne soit pertinent, il faut que les notes soient comparables (même si cela doit être relativisé). C’est pourquoi trier les candidatures revient généralement à commencer par les catégoriser en plusieurs groupes ayant des cursus similaires. L’exemple le plus simple est la catégorisation des candidats en fonction de leur Bac, qui permet ensuite d’avoir un calcul de moyenne adapté au Bac pro, un autre adapté au Bac techno, et un troisième adapté au Bac généraux.

Reste ensuite à interclasser les candidatures des différentes catégories pour obtenir le classement final, ce qu’on va faire par différentes techniques comme l’harmonisation des moyennes, les quotas ou encore un interclassement manuel.

Dans ce billet, nous allons nous intéresser à ce que change la réforme pour la catégorisation, puis le calcul de moyenne, pour les bacheliers généraux dans Parcoursup.

Méthodologie : Ce billet se base sur les candidatures faites dans ma formation (DUT/BUT informatique), avant et après la réforme, en se limitant aux candidats préparant leur Bac dans l’année de candidature. Certains aspects ne sont pas représentatifs de toutes les formations (le profil des candidatures et les matières importantes pour la sélection, notamment), mais sans en faire une exception. Les exemples de notes sont purement fictionnels, mais se retrouvent aisément dans la réalité. Bien que les donnés doivent être prises à titre seulement illustratif, les conclusion revêtent un caractère général.

La catégorisation des candidatures

La catégorisation des candidatures consiste à classer les candidatures dans différents groupes, au sein desquels on va utiliser un calcul de moyenne uniforme. On considère donc qu’au sein d’une catégorie, les candidats ont suivi un cursus suffisamment similaire pour que la comparaison de leurs notes soient pertinentes.

La raison est tout simplement que « 14 en Mathématiques » n’a pas la même signification, en terme de poursuite d’étude, en Bac Pro qu’en Maths expertes au Bac Général. Comparer directement les deux conduirait à une injustice. La question qui se pose alors est de définir les critères qui forment une catégorie pertinente, y compris au sein de chaque Bac.

Ancien Bac Général : Séries

L’ancien Bac Général était construit autour de 3 séries : Scientifique (S), Economique et Social (ES) et Littéraire (L), choisies par les lycées dès la première. Le profil de nos candidatures était alors le suivant :

Exemple de lecture : Avec une catégorisation par série, les candidats se séparent en trois catégories : plus de 700 S, de 80 ES et 5 L.

Nous pouvions donc faire 3 catégories, au sein desquelles il est possible de classer les candidatures par moyenne puisque les matières et cursus sont identiques. On va donc considérer qu’une candidature ayant 13 de moyenne dans une catégorie doit être classée devant une candidature ayant 12 dans la même catégorie. Le problème consistait (et consiste toujours) à interclasser les candidatures entre catégorie. Concrètement, il faut décider d’un ordre pour des candidatures du type :

  • Série S avec 12 de moyenne ;
  • Série ES avec 13 de moyenne ;
  • Série L avec 14 de moyenne.

La nature de la formation supérieure va alors jouer un rôle important : on peut raisonnablement estimer que la Série S est la plus adaptée pour poursuivre en informatique. Trois approches sont alors disponibles :

  • Bonifier les séries : on va par exemple ajouter 3 points aux moyennes de S et 1 point aux moyennes de ES ;
  • Interclasser à la main : on va ignorer les moyennes d’une catégorie et décider arbitrairement du rang des candidatures, par exemple en plaçant un candidat de L en position d’être admis car on estime que son dossier apporte les garanties nécessaires ;
  • Utiliser des quotas : on va conserver des listes d’appels séparées pour contrôler le nombre d’admis dans chaque catégorie (dans les faits, seul le rectorat contrôle cette méthode).

Pour prendre cette décision, la taille des catégories est un critère important : la Série S concentrait plus de 700 candidatures, ce qui imposait un traitement automatisé ; la Série L était anecdotique, ce qui permettait un traitement manuel. De plus, un catégorie dominante facilite l’interclassement : on va réussir à interclasser les L dans les S, alors que le contraire serait très difficile.

A partir de là, on comprend que la façon de construire les catégories de candidatures va fortement impacter la méthode et la pertinence des classements.

Ancien Bac Général : Séries + spécialités

Avec l’ancien Bac, la seule différence de matières au sein d’un série concernait la note dite de « spécialité », plus proche d’options en réalité. Il était donc possible de raffiner les catégories :

Exemple de lecture : En considérant les séries et spécialités de l’ancien Bac, on obtient 12 catégories dont la plus grande concentre 300 candidatures.

En considérant ces spécialités, nous avions 12 catégories différentes, dont le plus imposante concentrait un tiers des candidatures. La question qui se posait alors était de classer des candidatures du type :

  • Série S spécialité Informatique avec 13 de moyenne et 15 en Informatique ;
  • Série S spécialité Mathématiques avec 14 de moyenne et 11 en Mathématiques ;
  • Série ES spécialité Mathématiques avec 15 de moyenne et 16 en Mathématiques.

On peut déjà raisonnablement se demander s’il existe une solution objective et juste à ce problème. On constate aussi que l’interclassement est rendu plus difficile par la multiplication des catégories et la diminution de la taille de la catégorie dominante.

Voyons maintenant ce que la suppression des séries implique en terme de catégorisation des candidatures.

Bac Blanquer : Spécialités

Désormais, les lycéens ne choisissent plus une série, mais deux spécialités en Terminale. Contrairement à l’ancien Bac, ces spécialités ne sont pas de simples colorations, mais forment le cœur de la formation. Les Mathématiques sont notamment absentes du tronc commun, compromettant son adéquation avec des poursuites d’études scientifiques. En conséquence,  considérer les spécialités est désormais indispensable, ce qui conduit à la catégorisation des candidatures suivante :

Exemple de lecture : Les spécialités du nouveau Bac conduisent à 38 catégories dont deux dépassent 200 candidatures.

Nous avons donc désormais 38 catégories, dont deux dominent à plus de 200 candidatures (Mathématiques et Numérique et Sciences Informatiques (NSI) ; Maths et Physique Chimie). Il convient maintenant de classer des candidatures du type :

  • Maths et NSI avec 12 de moyenne, 10 en Maths et 16 en NSI ;
  • Maths et Physique-Chimie avec 13 de moyenne, 14 en Maths et 12 en PC ;
  • NSI et Langues et cultures étrangères avec 15 de moyenne, 15 en NSI et 18 en langues…

Cela permet déjà de constater une lourde aggravation du problème de l’interclassement. Mais ces deux spécialités ne sont pas les seules catégorisations.

Bac Blanquer : Spécialités + options

En plus des deux spécialités de terminales, les lycéens peuvent choisir jusqu’à deux options. Ces options ne sont pas anecdotiques, puisque certaines concernent justement les Mathématiques indispensables à la poursuite d’études scientifiques.

Lorsqu’on ajoute les options, la catégorisation des candidatures devient la suivante :

Exemple de lecture : En considérant les spécialités de terminales et les options du nouveau bac, il y a tellement de catégories que leur visualisation devient difficile.

Nous avons donc désormais 105 catégories, dont la plus imposante fait 130 candidats. Il convient maintenant de classer des candidats qui ont, par exemple :

  • Maths et NSI + Maths expertes avec 12 de moyenne, 10 en Maths, 16 en NSI et 12 en Maths expertes ,
  • Maths et Physique-Chimie + Arts plastiques avec 13 de moyenne, 14 en Maths, 12 en PC et 17 en Arts ;
  • NSI et Langues et cultures étrangères + Maths complémentaires avec 15 de moyenne, 15 en NSI,18 en langues et 17 en Maths complémentaires…

Ca se passe de commentaire…

Bac Blanquer : Spécialités de Première et Terminale + options

Mais attention ! S’il n’y a que deux spécialités, c’est qu’une a été abandonnée au passage de la Première à la Terminale. Or, cette information peut être utile pour percevoir le profil du candidat, ou pour savoir par exemple si une base minimale en mathématiques existe même si ça ne se voit pas en Terminale. Voilà la catégorisation en ajoutant la spécialité abandonnée :

Exemple de lecture : En considérant les spécialités de Première et Terminale et les options, il faut scroller longtemps pour lire la suite du texte.

Nous avons maintenant 194 catégories différentes, ne dépassant pas 80 candidatures. Beaucoup de catégories n’ont qu’une seule candidature. Il est même inutile de produire des exemples concrets de candidatures à interclasser

On peut en venir à considérer qu’il n’existe plus vraiment de catégorie de référence, mais désormais seulement des exceptions. Le problème de l’interclassement peut apparaitre comme désormais insoluble. 

Résumé des catégorisations

Pour résumer, il est possible de visualiser les catégorisations ainsi, avec une ligne par critères de catégorisation, et un bloc de couleur par catégorie :

Exemple de lecture : Avec l’ancien Bac, les candidatures sont classées en 3 ou 12 catégories ; avec le nouveau Bac, elles sont classées en 38, 105 ou 194 catégories différentes.

On constate bien sur ce graphique l’éclatement des candidatures entre des catégories beaucoup plus nombreuses du fait du nouveau Bac Blanquer : même en ne considérant que deux des spécialités, l’éclatement, et donc la difficulté de classement, est supérieur à celui de l’ancien Bac en considérant les options.

Le Bac Blanquer neutralise toute possibilité d’un traitement automatique équitable, puisque la personnalisation des parcours conduit à ce que les cursus ne soient même plus comparables au niveau des matières. Pire, cela menace sérieusement la possibilité d’un traitement manuel. En effet, avec l’ancien Bac, le traitement manuel se faisait par l’interclassement de candidatures particulières dans un classement préalable d’une grosse majorité de candidatures représentant une catégorie de référence. En privant de référence, le Bac Blanquer prive d’un classement de référence très utile, sinon indispensable, au classement manuel.

La comparaison des notes

Pour éviter un trop gros éclatement des catégories, on peut être tenté de se limiter à un calcul unique de moyenne. Des spécialités de nature différentes sont alors considérées de façon identique. Quelles sont les conséquences d’une telle approche ?

Pour répondre à cette question, on peut visualiser la dispersion des moyennes trimestrielles des candidats par matière :

Exemple de lecture : les moyennes trimestrielle des candidats dans la spécialité NSI ont pour médiane 15, avec un premier quartile allant de 7 à 13, un deuxième quartile de 13 à 15, un troisième quartile de 15 à 17 et un dernier quartile de 17 à 20.

On constate que les distributions des moyennes sont très différentes d’une matière à l’autre, que ce soit dans le tronc commun, les spécialités ou les options. Ces différences peuvent en partie s’expliquer par le biais de candidature : par exemple, les étudiants qui candidatent en informatique ont naturellement une plus grande appétence pour les matières scientifiques que les matières littéraires. Ce biais peut partiellement être corrigé en s’intéressant non pas aux moyennes des candidats, mais aux moyennes de leur classe :

Exemple de lecture : les moyennes trimestrielle des classes des candidats dans la spécialité NSI ont pour médiane 14, avec un premier quartile allant de 11 à 13, un deuxième quartile de 13 à 14, un troisième quartile de 14 à 15 et un dernier quartile de 15 à 18.

Cette deuxième visualisation confirme des différences substantielles. D’un côté, les différences entre matières s’expliquent caricaturalement par des niveaux d’exigence différents. D’un autre, les différences au sein d’une matière s’expliquent grossièrement par des performances différentes des classes et des élèves. Ces deux phénomènes ne sont pas indépendants : les élèves les moins performantes peuvent stratégiquement choisir d’éviter les matières les plus exigeantes, par exemple.

Pour bien saisir ce que cela implique concrètement, faisons un focus sur les spécialités Mathématiques et NSI :

Exemple de lecture : les moyennes trimestrielle des candidats dans la spécialité NSI ont pour médiane 15, avec un premier quartile allant de 7 à 13, un deuxième quartile de 13 à 15, un troisième quartile de 15 à 17 et un dernier quartile de 17 à 20.

En regardant ces deux matières (les plus importantes pour notre formation), on constate bien que, statiquement, les candidats ayant choisi NSI auront une meilleure moyenne que ceux ayant choisi Math, sans que cela reflète forcement de meilleures chances de réussite post-bac. Une moyenne unique octroie donc un avantage injuste à une catégorie de candidats, qui aura simplement choisi un matière moins exigeante en terme de notation.

On peut être tentés de corriger ce biais en ajoutant une bonification à la matière qui parait la plus exigeante.

Mais regardons de plus près. On peut constater que les quartiles inférieurs de NSI se confondent avec les quartiles supérieurs de Mathématiques. Concrètement, cela signifie que tout un ensemble de note est à la fois au dessus de la médiane en Mathématiques et en dessous de la médiane en NSI. En d’autres termes, les candidats les moins performants dans une matière se confondent, au niveau des notes, avec les plus performants de l’autre.

Mais cela n’est que statistique. La réalité de chaque candidat peut être tout autre. En réalité, si nous prenons la note 13, nous pouvons avoir :

  • un candidat moins performant dans une matière moins exigeante : par exemple, 13 en NSI avec une moyenne de classe à 15 ;
  • un candidat plus performant dans une matière plus exigeante : par exemple, 13 en Math avec une moyenne de classe à 11 ;
  • un candidat plus performant dans une matière moins exigeante : par exemple, 13 en NSI avec une moyenne de classe à 12 ;
  • un candidat moins performant dans une matière plus exigeante : par exemple, 13 en Math avec une moyenne de classe à 14…

Ainsi, la signification d’un 13 est extrêmement difficile à interpréter dans ce classement, et il est à craindre que ce problème ne soit pas surmontable : harmoniser les moyennes par rapport à la moyenne de la classe va notamment désavantager les élèves qui sont dans des classes très performantes. Le problème est que, dans notre formation, c’est autour de 13 que l’on va admettre ou pas des candidats. Chaque décision de pondération va donc avoir un impact important sur le recrutement, sans qu’on puisse maîtriser les conséquences.

Conclusions

En conclusion, le nouveau Bac Blanquer, en supprimant les séries au profit d’un choix « à la carte » de spécialités et d’options, peut potentiellement faire exploser la catégorisation des candidats Parcoursup. Or, cette catégorisation sert de colonne vertébrale à un tri relativement objectif des candidatures, qui parait donc de plus en plus illusoire. De plus, les résultats présentés ici sont purement ceux de ma formation (un BUT Informatique), et peuvent être très différents pour une formation différentes.

Notamment, les filières très sélectives pourraient décider de limiter leur catégorisation à une spécialité, et ne trier que par elle. Par exemple, une CPGE scientifique pourrait ne trier que par Mathématiques, voire Mathématiques + Maths expertes. Ce n’est alors pas tant les notes qui feraient la sélection, mais le choix des spécialités.

Ce travail d’analyse et de choix devrait donc être conduit dans chaque commission d’examen des vœux. On peut douter qu’elles en aient le temps. 

En conséquence, il est fortement possible que la généralisation du tirage au sort se poursuive à cause du Bac Blanquer, générant ensuite encore plus de flou pour les lycéens devant choisir leurs spécialités et options. 

Parcoursup : Tirage au sort, fin ou généralisation ?

Pour aller plus loin…

Tous les traitements sont disponibles sur github, mais pas les données (pour des raison évidentes de confidentialités).

Parcoursup et Lycée d’origine : Une difficulté (technique) de moins pour une difficulté (philosophique) de plus

Parcoursup : petit manuel de tri des candidatures à l’usage des enseignants du supérieur

Lycée : Petit manuel de choix des spécialités à l’usage des futurs candidats à l’enseignement supérieur

 

 

 

EndOfDUT : Les quotas, la « main invisible » sur les formations

Avec Parcoursup et la loi ORE, le Ministère a mis en œuvre le déploiement d’une politique de quotas. Dernier épisode de cette politique, un bras de fer s’est engagé entre les IUT et le ministère concernant les quotas de bacheliers technologiques pour le BUT, la formation qui remplace le DUT. En première approche, on peut avoir l’impression que ces quotas sont à l’avantage des étudiants, permettant de corriger des biais de recrutement. Cependant, la mise en contexte de cette politique montre qu’ils vont en réalité à l’encontre des intérêts des étudiants comme de leurs recruteurs. Au final, seul le ministère en tire un avantage.

C’est par un courrier au ministère que l’Assemblée des directeurs d’IUT (ADIUT), pourtant favorable à un plus large accueil des bacheliers technologiques, dénonce « une politique quantitative de gestion des flux, dès la rentrée 2021, sous la forme de taux imposés de bacheliers technologiques ». Ces taux imposés, appelés quotas, ont été progressivement introduits depuis la loi Fioraso de 2013, puis renforcés par la loi ORE de 2018. Ils concernent maintenant toutes les formations et de nombreuses populations étudiants (filières du bac, boursiers, hors secteur). Ils sont aujourd’hui devenus un outil central pour le Ministère, qui les utilise pour restructurer les flux d’étudiants, et donc l’enseignement supérieur. Cela est très bien expliqué dans le premier rapport du Comité éthique et scientifique de Parcoursup :

Jusqu’à présent, la définition des quotas de bacheliers technologiques en DUT était issue d’une négociation (parfois ferme) entre les IUT et les rectorats, puis avec un acteur plus éloigné, les rectorats de grande région. Cette année, les négociations pour le BUT n’ont pas réellement pesé sur les décisions. Plus étonnant, les rectorats ont parfois annoncé plusieurs augmentations successives aux mêmes formations, ne faisant pas toujours sens pour les équipes pédagogiques. Cela a laissé une impression d’autoritarisme et d’improvisation, qui explique en partie la réaction de l’ADIUT.

Cas d’usages

Pour bien comprendre les enjeux qui entourent cette question des quotas, il convient de regarder concrètement leur fonctionnement.

Cas d’usage : les admissions sans quota

Pour illustrer le fonctionnement des quotas, plaçons-nous dans la logique de Parcoursup qui suppose qu’on sait prédire la réussite des étudiants, et prenons le cas artificiel d’une formation recrutant 10 étudiants parmi 20 candidats issus de deux filières différentes :

  • la filière 1 (carrés) est réputée pour bien préparer à la formation : sur 10 candidats, 5 ont une réussite presque certaine (en vert) ; 3 incertaine (en orange) ; et 2 ont un échec presque certain (en rouge) ;
  • la filière 2 (cercles) est réputée pour ne pas bien préparer à la formation : sur 10 candidats, 1 a une réussite presque certaine ; 3 incertaine ; et 6 ont un échec presque certain.

NB : ce déséquilibre dépend énormément des disciplines, et l’expérience des enseignants peut être très différente selon leur département.

Si on vise à la réussite des étudiants, on pourra classer toutes les 20 candidatures par chance de réussite, dans un classement globalement indépendant des filières : d’abord toutes les vertes, puis les oranges, et enfin les rouges. Ce recrutement aboutira à ainsi admettre tous les candidats ayant une réussite presque certaine, puis à admettre les candidats incertains tant qu’il reste des places, et à ne pas appeler les candidats dont on est sûr qu’ils ne pourront pas réussit.

Naturellement, la filière qui préparer le moins bien à la formation verra le moins de candidats admis. Sur cet exemple, on a donc 70% d’admission pour la filière 1 et 30% pour la filière 2.

Voyons maintenant ce qu’il se passe lorsqu’on active un quota.

Cas d’usage : les admissions avec quota

Les quotas servent à contourner ce classement global, pour s’assurer de l’admission d’une catégorie de candidats. L’illustration ci-après montre ce qu’il se passe avec un quota de 50% pour la filière 2 : quel que soit les chances de réussite des candidats qui en sont issus, on va leur réserver la moitié des places.

Les différences sont marquées par des formes géométriques pleines :

On constate ainsi que pour passer de 30% à 50% d’admission pour la filière 2, il a fallu remplacer deux candidats incertains de la filière 1 par des candidats de la filière 2. Pour ce faire, on va « chercher plus loin dans le classement » des candidats de la filière 2, jusqu’à prendre un candidat dont l’échec est certain.

Le classement des candidatures (représenté ici par les couleurs) devient alors secondaire face à la filière d’origine (représentée ici par la forme géométrique).

Ainsi, on a bien augmenté le nombre d’admissions de candidats issus de la filière 2, mais à deux prix : l’éviction de candidats de la filière 1 ; et l’admission d’un candidat dont l’échec est certain. Ceci montre que, mal employés, les quotas ne sont pas à l’avantage des étudiants puisqu’ils en desservent plus qu’ils n’en servent.

Un cas réel : application des quotas géographiques et de boursiers pour une admission en Licence

Ce graphique m’a été confié par Anne Viallefont, Maître de conférences en Statistique à l’UCA et Responsable Pédagogique de 1ère année de Licence d’Economie. Il montre la différence entre les rangs attribués par la commission d’examen des vœux (axe horizontal – premier cas d’usage de ce billet) et l’ordre effectif d’appel des candidats après application des quotas par le rectorat (axe vertical – deuxième cas d’usage de ce billet). Au dessous de la diagonale se trouvent les étudiants favorisés par cette politique -qui gagnent des rangs-, et en dessus ceux qui sont défavorisés -qui perdent des rangs-.

Ce graphique permet de constater deux deux choses. D’abord les quotas permettent des modifications substantielles de classement : des candidats classés initialement entre 800 et 1000 ont finalement des rangs d’appel entre 400 et 600 (pour les boursiers de l’académie), ou entre 1200 et 1400 (boursiers ou non, hors académie). Des candidats hors académie au départ bien classés (autour de la 300ème place) dégringolent de plus de 900 places dans l’ordre d’appel « rectifié » par le rectorat pour se retrouver au-delà du 1100ème appelé…

Ensuite, et cela ne doit pas être négligé, des quotas différents (filière d’origine, géographique, boursiers…) peuvent être cumulés pour arriver à un contrôle très précis des recrutements, et donc des profils des formations. Même une filière élitiste et attractive pourra être rendue locale et sociale selon la bonne volonté du rectorat, et quelle que soit la volonté des étudiants et de la formation.

Il s’agit d’une véritable prise de contrôle de la carte de formation par les rectorats, et donc le ministère, qui se dote ainsi d’une « main invisible » sur les formations.

Autres cas d’usage : quotas combinés avec d’autres mesures

Bien sûr, tout n’est pas à jeter dans les quotas, et ils ne sont pas le seul outil pour améliorer les admissions d’une population. Il est tout à fait possible de les combiner avec d’autres mesures pour les rendre efficaces tout en limitant leurs effets pervers. Voici quelques exemples :

  • Augmentation du nombre de places : même sans quota, cela permet naturellement d’augmenter les admissions depuis les deux filières, tout en évitant de recruter des candidats dont l’échec est certain ;
  • Augmentation du nombre de place + quotas : ajouter un quota peut permettre d’assurer que les nouvelles places sont réservées à la filière 2, au risque de recruter des candidats à l’échec certain ; au moins, aucun candidat de la filière 1 n’est lésé par la transformation ;
  • Renforcement de la filière 2 : plutôt que de jouer seulement sur les admissions, il est possible de modifier la formation de la filière 2 pour mieux préparer à la poursuite d’étude, augmentant le nombre de candidats aptes à réussir ; un quota temporaire peut alors être utile pour accélérer l’amélioration de la réputation de cette filière ;
  • Tout combiner : et évidement, il est possible de combiner l’augmentation des places et le renforcement de filière pour cumuler les avantages et rendre les quotas pleinement efficaces.

Le point commun de toutes ces propositions est qu’elles nécessitent des moyens, soit pour créer des places, soit pour renforcer une filière. Or, la réforme des IUT se fait à moyens absolument constants. En conséquence, le passage de deux à trois ans va engendrer une baisse des moyens par an-étudiant. La volonté politique d’arriver à ce résultat est confirmée par l’obstination du Ministère à supprimer des Programmes Nationaux (PN) du BUT les garanties de moyens qui existaient dans les Programmes pédagogiques nationaux (PPN) du DUT.

Il faut donc réfléchir à moyens constants, sinon en baisse.

Conséquences des quotas sans moyens

Nous l’avons vu, sans moyens, l’imposition de quotas conduit à abaisser le niveau de recrutement, éventuellement jusqu’à recruter des candidats dont l’échec est certain. Quelles sont alors les possibles réactions des formations ?

  1. Ne rien changer : dans ce cas, la formation verra son taux de réussite baisser, ce qui conduira normalement à une baisse de réputation, donc à une nouvelle baisse du niveau de recrutement, accompagnée éventuellement d’une baisse des moyens alloués à la performance.
  2. Augmenter l’effort pédagogique sur les étudiants les moins préparés : si cela permet de ne pas réduire le taux de réussite, cela implique (à moyens constants) de réduire l’effort pédagogique sur les mieux préparés, donc une baisse de qualité de la formation et du diplôme.
  3. Abaisser les exigences pédagogiques : à défaut de pouvoir continuer à délivrer la formation à tous les étudiants, les enseignants vont progressivement abaisser leurs exigences. Cela conduira naturellement à une baisse de la qualité de la formation et du diplôme. C’est la perspective la plus probable, et celle qui est promu par le Ministère, notamment dans ses annonces préliminaires.
  4. « Personnaliser » les parcours : dans ce cas, on va créer, en interne, des groupes de niveau, qui obtiendront le même diplôme mais avec des exigences pédagogiques différenciées. On peut par exemple identifier cette différence par des parcours au nom explicite (du type « poursuite d’études » et « insertion professionnelle »). Il sera par exemple possible d’avoir un parcours en 2 ans et un autre en 4, donc avec des couts an-étudiants différenciés. On a commencé à le faire en Licence avec les « oui si ». Il sera même possible de mettre le parcours d’insertion en apprentissage, pour assumer les moyens du parcours « d’excellence ».

On le voit donc, hormis la « personnalisation » des parcours qui ne sera défavorable que pour les étudiants les plus fragiles, ces perspectives sont in fine défavorables à tous les étudiants puisqu’elles font entrer la formation dans un cercle vicieux : baisse de la qualité de la formation, donc de la valeur du diplôme, donc de la réputation, donc du recrutement et de la formation. Ce cercle vicieux n’est pas seulement défavorable aux étudiants, mais aussi à tous ceux qui les recrutent, employeurs et formations supérieures, ainsi qu’à l’institution IUT dans son ensemble.

Seul le Ministère sort « gagnant » de cette situation, en se dotant d’une « main invisible » sur la carte des formations. Cette prise de contrôle lui permettra notamment d’organiser une amélioration artificielle des indicateurs d’admission dans le supérieur, à budget absolu constant, et donc à budget par an-étudiant en baisse. 

Pour aller plus loin…

Au delà des purs aspects de réduction de la dépense publique, qui peuvent expliquer cette réforme, on pourra trouver d’autres sources de compréhension dans une volonté politique de restratification sociale, dont on trouve des témoins dans la gestion de la crise sanitaire :

Et si l’abandon des étudiants était rationnel ?

Les autres billets au sujet du remplacement du DUT par le BUT :

Du DUT au BUT : 50% de bacs technos, et après ?

Du DUT au BUT : les portes-au-nez

Le DUT, droit au BUT.

Projets d’arrêtés : il est venu le temps des Bachelors

Parcoursup : le bidonnage continue

La promotion de Parcoursup s’est appuyée sur une double promesse : d’une part faire face au déficit de places, et d’autre part améliorer la réussite en Licence, les deux grâce à une meilleure affectation dans le supérieur. Cette promesse s’est accompagnée d’un engagement fort à plus de transparence. Malheureusement, depuis 2018, les chiffres sont systématiquement manipulés :  d’abord avec deux modifications des tableaux de bord, puis la recatégorisation des candidats et enfin cette année l’archivage des vœux. Chronologie.

Mai 2018

Au départ, les tableaux de bord étaient parfaitement sincères : organisées en deux barres, on y trouvait toutes les informations permettant le suivi de l’affectation, allant des candidats en attente d’une première proposition jusqu’aux candidats ayant définitivement accepté leur affectation, en passant par ceux ayant quitté la plateforme.

Premier tableau de bord Parcoursup, 23 mai 2018

Juillet 2018 : modification des données du tableau de bord

Au milieu de cette premiere procédure, les tableaux de bord sont modifiés sans explication. On y perd les deux barres bien lisibles, et on y voit apparaître la catégorie de « candidats inactifs ». On remarquera la discrétion de la catégorie « candidats ayant quitté la procédure », privée d’une boite.

Tableau de bord Parcoursup à partir du 23/07/2018

 

Cette nouvelle catégorisation conduit à des titres de presse moins catastrophiques que « 142 000 candidats quittent la plateforme » ou « 80 000 candidats toujours sans affectation ».

Le Point, 30/07/2018

Mai 2019 : deuxième modification des tableaux de bord, et recatégorisation des candidats

La deuxième session Parcoursup, en 2019, a été marquée par 110 000 candidats inattendus, sans doute séduits par les discours triomphaux officiels : « Les adultes en reconversion, public surprise de Parcoursup » (Le Monde Campus, 18/07/2019).

Cela a donné lieu à une recatégorisation des candidats : d’un côté les lycéens, de l’autre les candidats « en réorientation ou scolarisés à l’étranger », et non pas simplement « autres »… Puisque cela masque la disparition pure et simple des candidats en reprise d’étude : de 898 054 candidats officiels le 17 mai, on passe à 788 845 le 21 mai.

Au passage, les tableaux de bord sont à la fois réduits et complexifiés :

  • Les trois données les plus importantes disparaissent (les candidats affectés, ceux encore en attente, et ceux ayant quitté la plateforme) : la notion d’affectation, la seule qui compte en réalité, est proprement invisibilisée, jusque dans les discours.
  • A la place, on trouve des données difficiles à utiliser, comme « les candidats ayant quitté la plateforme avant de recevoir une proposition d’admission », moins parlantes que « les candidats ayant quitté la plateforme » et inutile sans « les candidats ayant quitté la plateforme après avoir reçu une proposition d’admission ».

Premier tableau de bord Parcoursup 2019, 18/05/2019

 

Malgré la disparition des candidats en reprise d’étude, le nombre de candidats non affecté augmente et cela se voit dans la presse :

Le Figaro étudiant, 15/07/2019

Juillet 2020 : « l’archivage » des candidatures

La troisième session de Parcoursup est marquée par un nouveau coup dur : l’augmentation du nombre de bacheliers en raison à la fois de la crise sanitaire et de la transformation du Bac général.

Parcoursup 2020 : Une rentrée sous haute tension ?

En l’absence de création substantielle de nouvelles places, il fallait donc s’attendre à une nouvelle augmentation du nombre de candidats non affectés par la plateforme. Pourtant, les titres de presse montrent une réduction significative des candidats toujours en attente : à peine 9500.

L’Obs, 17/07/2020

 

Pourtant, du côté des tableaux de bord, on observe plutôt une dégradation, avec 20% de candidats sans proposition de plus par rapport à l’an dernier. Le chiffre repris partout dans la presse semble être celui des « candidats ayant saisi la CAES », et donc pas stricto sensu celui des candidats encore en attente.

Tableau de bord Parcoursup, 16/07/2020

 

Il apparaît en réalité que cette nouvelle confusion vient d’une innovation de cette année : « l’archivage des vœux ». Cette opération semble consister simplement à sortir tous les candidats encore en attente des chiffres des candidats encore en attente. Ces derniers peuvent en réalité encore recevoir des propositions et même émettre de nouveaux vœux, comme s’ils étaient en attente, et le terme « exceptionnel » est employé sans qu’on sache pourquoi : il n’y a pas de raison qu’un déblocage de place soit plus exceptionnel le 14 que le 18 juillet.

Site Parcoursup.com, 17/07/2020

Ce serait en réalité le retour de la catégorie mystérieuse des « candidats inactifs », mais invisibilisée : en vidant artificiellement tous les candidats des listes d’attente et en comptant ensuite ceux qui se manifestent, on peut annoncer que seulement ces derniers sont encore en attente. Et tant pis si cela stresse encore un peu plus des candidats déjà en grande difficulté.

On ne va simplement pas jusqu’au bout de la démarche, en conservant en réalité ces candidats dans des listes d’attentes dites « archivées », afin de combler les trous qui continuent de se créer après les désistements, puisque la phase complémentaire continue jusqu’à mi-septembre.

Septembre 2020

Après avoir repoussé la fin de la procédure à fin septembre, Mme Frédérique Vidal a produit un communiqué dépourvu des chiffres principaux permettant de mesurer la qualité de l’affectation : le nombre de candidats affectés, et leur taux de satisfaction.

Ces informations étaient pourtant précisées lors de la précédente mandature. De plus, cette année le ministère à financé une enquête Ipsos : parmi les dizaines de questions, aucune ne s’intéresse au taux de satisfaction de la place obtenue.

Comparaison des communiqué APB 2016 et Parcoursup 2020

Conclusion

En trois éditions, Parcoursup a été l’objet de quatre modifications substantielles des chiffres d’affectation : d’abord deux modifications des tableaux de bord, invisibilisant les données les plus utiles ; ensuite la recatégorisation des candidats, invisibilisant purement et simplement une de ces catégories ; et enfin cette année l’archivage des vœux, permettant de réduire les candidats en attente aux seuls ayant saisi une CAES (en leur faisant peur, mais sans pour autant les exclure vraiment encore). 

Cette dernière manipulation a été très efficace puisque les titres de presse se sont essentiellement concentrés sur ce chiffres de 9500, contrairement aux années précédentes.

Au final, cela fait 3 ans que nous avons perdu le suivi de la satisfaction des bacheliers vis-à-vis de leur affectation dans l’enseignement supérieur. Cet aveuglement est dangereux pour la bonne gestion de notre système d’enseignement national. 

Pour aller plus loin

Concernant le second volet de la promesse Parcoursup, la réussite en Licence, le SIES a produit une note formidable que j’invite chacun à aller voir :

https://twitter.com/JulienGossa/status/1282694286044266497

Parcoursup 2020 : Une rentrée sous haute tension ?

Utilisant un ton menaçant, le ministère a décidé de s’opposer aux équipes pédagogiques qui valident automatiquement des examens universitaires. Cette décision pourrait bien être motivée par la perspective d’une rentrée 2020 sous très haute tension, due notamment à une augmentation sans précédent du nombre d’étudiants. Cette augmentation pourrait menacer le fonctionnement de Parcoursup, mais aussi augmenter le nombre de formations universitaires en très grande difficulté. 

Affrontement sur la note plancher

Face aux difficultés dues au confinement,les équipes pédagogiques et CFVU ont commencé s’organiser notamment pour procéder aux évaluations. Certaines ont adopté des dispositifs de validation automatique, dont le principe de note plancher réclamé notamment par le CNESER qui l’estime être le seul moyen face à la fracture numérique.

Cependant, le 15 mars 2020, la DGESIP mettait à jour son Plan de continuité pédagogique pour y intégrer que « la neutralisation pure et simple d’un semestre (entendue comme sa validation automatique) n’est pas admissible ». Un mois après le début du confinement, le ministère entend donc interdire un dispositif qui a été approuvé et déjà déployé. Frédérique Vial précise même : « Et si d’aventure, certains étaient tentés de le faire, le ministère jouerait son rôle de régulateur et ne validerait pas les épreuves évaluées de cette manière ». Cette menace adressée aux universités est d’une rare violence.

Selon Frédérique Vidal, « c’est la qualité du diplôme national qui est ici en jeu ». Cette justification est des plus étranges, compte tenu des efforts déployés par ce ministère pour réduire les cadrages nationaux (Arrêté Licence de 2018, Cahier des charges Bachelor, Parcoursup, Bac 2021, etc.). Il convient donc de chercher une explication plus raisonnable.

Hypothèse : une hausse insoutenable des effectifs étudiants

Dans ses différentes interventions, le ministère ne s’intéresse jamais à l’enseignement, seulement aux évaluations ( « « évaluer autrement » ne signifie pas « moins bien évaluer »).  Ainsi, il faut comprendre « garantir la qualité du diplôme » non comme « garantir une bonne transmission des connaissances », mais seulement comme « limiter le nombre d’étudiants validant leur année ». Effectivement, les validations automatiques augmentent mécaniquement le nombre de passages, donc les effectifs étudiants.

Or, la note du SIES Projections des effectifs dans l’enseignement supérieur pour les rentrées de 2019 à 2028 (Avril 2020) indique « une augmentation de presque 60000 étudiants en deux ans », soit l’équivalent d’une très grosse université alors qu’aucune n’a été construite. Le nombre de candidats lycéens sur Parcoursup continue de progresser, avec une augmentation de presque 3% cette année encore : 658 039 contre 639 905 l’an dernier (+18134).

Habituellement, environ 10% de ces lycéens échouent aux épreuves du baccalauréat et sont donc automatiquement retirés des candidats. Les conditions particulières cette année, alliées aux difficultés de redoublement dues à la transformation du Bac général, pourrait bien conduire à une augmentation du taux de réussite au Baccalauréat, et donc du nombre de candidats admissibles dans le supérieur.

Cette hausse du nombre de néo-bacheliers, si elle s’ajoute à une hausse interne des effectifs due à une validation automatique du semestre, pourrait augmenter le nombre de formations dans des situations insoutenables, notamment en Licences, alors que beaucoup sont déjà arrivée à capacité maximale.

Ajoutons également tous les diplômés de cette année qui ne trouveront pas d’emploi en raison de la crise, et qui souhaiteront donc naturellement prolonger leurs études, et nous pourrons être face à une mise en tension des formations « par les deux bouts » : à l’entrée, mais aussi à la sortie.

A cette augmentation du nombre d’étudiants, il faudra ajouter la surcharge de travail due à la reprise, et notamment les rattrapages des enseignements qui n’ont pas pu avoir lieu. La rentrée universitaire 2020 risque donc de se faire sous haute tension, et pour ne pas avoir à augmenter les moyens, le ministère chercherait donc simplement à maintenir l’éviction habituelle des étudiants due aux échecs aux examens.


Ajouts au 15/07/2020

https://twitter.com/CPUniversite/status/1282594473470566403


Pour aller plus loin… La sélection en question

En 2018, la loi ORE et Parcoursup répondaient au problème croissant de tension des filières universitaires en instaurant la sélection à l’Université. Depuis, le nombre de Licences procédant à une sélection des bacheliers est en nette augmentation.  Leur appellation officielle « filières non sélectives » est d’ailleurs ouvertement critiquée par la Cour des comptes. La situation actuelle pourrait conduire à une accélération du nombre de Licence devenant sélectives.

Mais contrairement aux idées reçues, la sélection n’est pas qu’une opportunité pour les formations de choisir ses étudiants, elle est aussi une contrainte en terme de réussite. On ne tolérerait pas d’un IUT qu’il ait moins de 70% de réussite, comme une CPGE serait désertée si seulement 30% de ses étudiants obtenaient une poursuite d’étude.

L’augmentation de la sélection en Licence pourrait donc avoir deux effets. Le premier, évident, est de faire déborder les CAES, déjà en très grande tension chaque année. Le second pourrait être une acceleration de la politique de baisse des exigences pédagogiques en Licence. Cette politique est déjà portée par la DGESIP, mais ce type de transformation ne peut se faire que progressivement, pour éviter les prises de conscience et oppositions.

Image

https://www.aefinfo.fr/acces-depeche/616359

 

Photo de couverture par Evgeni Tcherkasski sur Unsplash.

Parcoursup : le rapport « Fin du game » de la Cour des comptes

La Cour des comptes vient de publier « Un premier bilan de l’accès à l’enseignement supérieur dans la cadre de la loi Orientation et réussite des étudiants » (Février 2020) à destination comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques de l’Assemblée nationale. Parcoursup et la loi ORE ayant fait l’objet de lourds désaccords dans la communauté, ce rapport sonne comme un arbitrage « Fin du game » de presque deux ans de débats. 

Attention : ce billet ne vise pas à rendre intégralement compte des informations du rapport de la Cour, mais seule à mettre en perspective les promesses et éléments de langage du ministère avec la réalité constatée par la Cour. Ainsi, la plupart des critiques rapportées ici s’accompagnent de modérations et de propositions d’améliorations dans le rapport. De plus, certaines critiques, parfois très dures, notamment sur le système d’information, ne sont pas rapportées ici.

L’affaire n’est pas mince, il s’agit de la réforme du « -3/+3 », c’est-à-dire des études de 80% des françaises et français ayant entre 15 et 21 ans. La loi ORE/Parcoursup et la réforme du Lycée/Bac2021 (E3C) sont une seule et même réforme, comme l’indiquait Mme Vidal, Ministre de l’enseignement supérieur en audition au Sénat :

Jean-Michel Blanquer et moi avons bien évidemment débattu de l’articulation de Parcoursup avec la réforme du baccalauréat. La décision a été prise de commencer par l’accès à l’enseignement supérieur, notamment parce qu’on ne pouvait pas continuer à tirer au sort pendant trois ans, mais, in fine, l’articulation devra être complète. Si l’on réussit le pari de la construction d’un lycée adossé à cette orientation vers le supérieur, on ne posera même plus la question de la hiérarchisation des vœux.

La réussite de Parcousup est donc critique pour la réussite de toute la réforme du système d’éducation national. Le principe de la loi ORE est présenté ainsi par la Cour, rapportant la position du ministère :

La loi ORE établit ainsi une perspective cohérente et unifiée dans le continuum « -3/+3 », c’est-à-dire de la classe de seconde à la 3ème année de licence, en posant le principe qu’une meilleure orientation suivie d’une affectation prenant davantage en compte le profil de l’élève permettra d’améliorer sa réussite dans l’enseignement supérieur.

Dans la suite, toutes les citations sont extraites du rapport de la Cour des comptes, sauf une qui est explicitement indiquée.

Aide à l’orientation

« Il n’y a pas de décision éclairée sans une pleine information, c’est le sens des attendus »

Seule une moitié des élèves et une minorité des professeurs principaux sont satisfaits des attendus dans leur forme actuelle.

Il apparaît cependant que la bonne information des candidats sur les critères de classement des formations auxquels ils prétendent n’est pas complète. Les attendus publiés, dont les énoncés mériteraient une nouvelle revue, ne correspondent pas toujours aux paramétrages retenus in fine par les commissions d’examen des vœux.

Voir aussi : Parcoursup : Petit manuel de formulation des vœux à l’usage des candidats à l’enseignement supérieur

« Il y aura un dédoublement des professeurs principaux dans toutes les classes de terminale pour un meilleur accompagnement, une meilleure orientation des lycéens »

En effet, la mise en place d’un second professeur principal s’est parfois heurtée dans certains lycées à la difficulté de recruter des volontaires, faute d’un vivier suffisant. Si, dans la moitié des classes, la nomination des professeurs a suivi une logique de complémentarité de disciplines afin d’apporter aux élèves une information plus large sur les débouchés, elle a été faite sans logique apparente dans l’autre moitié des cas.

En la matière, les élèves ne sont pas en situation d’égalité.

« Nous allons ancrer l’orientation dans le temps scolaire avec la mise en place de deux semaines d’orientation »

Pour conclure, une partie significative des élèves n’a pas bénéficié des avantages attendus des semaines de l’orientation. Dans ce domaine également, la politique d’orientation est encore disparate et inégalitaire.

Discriminations

« Les dossiers des candidats seront anonymisés, le lycée d’origine restera »

La prise en compte de l’identité des candidats par certaines CEV [Commission d’examen des vœux] correspond au lycée d’origine, y compris dans les licences non-sélectives en tension où ce critère joue à plus de 1 % pour environ 20 % de ces licences. Certains cas, rares, de discrimination positive portant sur le sexe ont été observés.

[Recommendation] 10. Anonymiser le lycée d’origine et lui substituer une mesure de l’écart entre les résultats au
baccalauréat et la notation au contrôle continu (MESRI).

Voir aussi : Parcoursup : Quelle place pour le lycée d’origine dans le tri des dossiers ? et Parcoursup et Lycée d’origine : Une difficulté (technique) de moins pour une difficulté (philosophique) de plus

Quotas de boursiers : « c’est la fin du fatalisme face aux inégalités d’accès à l’enseignement supérieur »

Les études statistiques menées par la Cour montrent que ces quotas de boursiers, qui ont été davantage respectés en 2019 en comparaison de 2018, ont eu un impact faible sur l’accès aux filières en tension, qu’elles soient sélectives ou non.

Ainsi, à la rentrée 2019, la part de boursiers admis est inférieure à la part de boursiers candidats dans 13 des 40 CPGE les plus demandées et qui se voyaient appliquer un quota.

Les quotas n’ont pas, par ailleurs, entraîné une plus grande diversité sociale dans les formations de l’enseignement supérieur où les boursiers étaient peu représentés

« Nous poursuivons nos efforts pour accompagner la mobilité géographique & sociale »

L’analyse statistique de la Cour montre que les quotas géographiques, à la différence des quotas de boursiers, ont eu des effets significatifs (cf. graphique et développement dans l’Annexe n° 12). Cela signifie qu’en l’absence de quotas, un certain nombre de candidats non-résidents auraient pris la place de candidats résidents.

Voir aussi : Rapport au parlement du Comité Ethique et Scientifique de Parcoursup

Tri des candidatures

« Tout a été pensé dans Parcoursup pour remettre de l’humain dans la procédure »

 

Sur la base d’un ensemble d’indicateurs, la Cour a pu mettre en évidence une automatisation croissante du système en 2019. Ainsi, le nombre de candidats bénéficiant de bonifications automatiques est passé de 148 477 en 2017 à 462 015 en 2019.

Pour l’ensemble des filières, les critères relatifs aux résultats ont eu une importance déterminante sur les pré-classements opérés par les CEV [Commission d’examen des vœux]. À l’opposé, la motivation des élèves n’est presque jamais prise en compte. À titre d’exemple, parmi les 191 licences non-sélectives analysées, seule une formation de sociologie a tenu compte de ce critère de façon importante (poids de 20 % environ).

Voir aussi : IA for Parcoursup : l’orientation des bacheliers enfin révolutionnée !

« L’idée de la lettre de motivation sur Parcoursup est de penser des parcours de formation qui permettent aux étudiants de garder confiance en eux et de réussir. »

Par ailleurs, le projet de formation motivé, communément appelé « lettre de motivation », semble n’être presque jamais pris en compte .

CEV « chaque établissement réunit […] une commission d’examen des vœux »

Finalement, leur travail s’apparente plus à celui d’une commission administrative chargée de trier, de classer et le cas échéant de compléter des dossiers, afin d’établir des listes provisoires. Il y a certes délibération des membres de la commission lors de la prise en main de l’outil, au moment de la fixation des éléments de pondération, mais toute forme de discussion peut ensuite disparaître, ou n’intervenir que de manière anecdotique pour le réexamen de quelques dossiers spécifiques (notes manquantes ou dossier incomplet, par exemple).

« Secret des délibérations » des CEV

Le cinquième alinéa de l’article L. 612-3 1 du code de l’éducation intègre les mêmes dispositions protectrices à propos des CEV [Commission d’examen des vœux], qui se trouvent de facto assimilées à des jurys de concours, même si elles ne sont pas qualifiées ainsi dans le texte. Cette assimilation pose toutefois question, car les travaux réalisés par ces deux instances ne sont pas réellement comparables.

Dans ce contexte, dans la perspective d’une plus grande transparence, rien ne devrait s’opposer à ce que tous les éléments de paramétrages de l’outil que les CEV utilisent soient rendus publics.

Voir aussi : Parcoursup : Les obligations légales des universités dans le traitement des dossiers de candidatures

« Quand Mme Vidal nous expliquait que les « algorithmes locaux » n’existaient pas »

La publication des éléments de paramétrages utilisés par les commissions d’examen des vœux répond d’abord à un objectif pédagogique évident. Les « algorithmes locaux » peuvent servir de base informative intéressante pour les usagers utilisant Parcoursup et leur permettre de comprendre la manière dont les différentes disciplines de leur année de terminale, voire de première, les fiches Avenir, le projet de formation motivé, la filière d’origine etc. sont, ou non,
pris en compte dans le classement de leurs candidatures

La publication des « algorithmes locaux » répond ensuite à un impératif de transparence, dont le Conseil constitutionnel a pu rappeler qu’il constitue, en toutes circonstances, un objectif d’intérêt général

L’utilisation « d’algorithmes locaux » pour opérer des classements ne saurait être remise en cause, au regard du volume des candidatures, mais le fait de ne pas les publier et d’en refuser la communication crée un risque de défiance.

Voir aussi : Parcoursup : petit manuel de tri des candidatures à l’usage des enseignants du supérieur

« Nous avons fait le choix de la transparence »

En dépit des actions de mise en transparence du ministère, le code source de Parcoursup reste à 99 % fermé. La partie publiée demeure d’un intérêt limité pour comprendre, expertiser, et évaluer le processus d’affectation des candidats dans les formations.

Il apparaît toutefois que, bien que censées opérer de façon ouverte et transparente, les commissions d’examen des vœux obéissent en réalité à un mode de fonctionnement souvent hétérogène et peu transparent

[Recommendation] 11. Rendre publics les « algorithmes locaux » utilisés par les commissions d’examen des vœux pour l’ensemble des formations proposées (MENJ et MESRI).

Voir aussi : Parcoursup : Transparence des algorithmes locaux vs. Secret des délibérations

Affectation des candidats

« Réaffirmer le droit de tout bachelier d’accéder à l’enseignement supérieur, de choisir sa filière et son établissement »

Au total, la réforme pâtit d’un manque d’ambition qui l’empêche d’atteindre son objectif principal : faire davantage dépendre les choix d’orientation du résultat d’un projet individuel librement mûri par chaque élève.

Voir aussi : Parcoursup : Petit manuel de réponse aux propositions à l’usage des candidats à l’enseignement supérieur

« Il n’y a pas de sélection à l’entrée des filières universitaires » (le dernier mot au bachelier)

Les formations non sélectives sont principalement les licences universitaires. Cette définition purement organique atteint toutefois ses limites car, en réalité, une formation devient sélective lorsque la demande des candidats est plus forte que la capacité d’accueil de la filière concernée. Cela a été le cas en 2019, pour près de 20 % des formations non sélectives en tension, représentant près de 30 % des candidats admis.

Voir aussi : Parcoursup : l’épreuve de vérité

« La dynamique fonctionne et Parcoursup fait toutes ses preuves »

La performance est mesurée par la capacité du système d’accès au supérieur à proposer une formation qui convienne au candidat dans le sens où il choisit de la rejoindre, y réussisse et y reste après une année de formation. La Cour a choisi d’aborder la performance de manière complète : elle intègre l’ensemble des candidats et couvre la totalité du processus couvert par la loi ORE.
Le MESRI quant à lui mesure la performance d’affectation d’APB et de Parcoursup uniquement sur la part de propositions acceptées par les néo-bacheliers en classe de terminale.

En outre, la performance d’affectation des candidats a été surestimée de 16 % dans Parcoursup par rapport à APB en raison de défaillances du système de suivi des évolutions du SI commun à APB et Parcoursup.

Les résultats de performance de Parcoursup sont pour l’heure identiques à ceux d’APB, hormis à l’université où de premiers signaux positifs, mais encore modestes, sont observés.

Voir aussi : Parcoursup est-il « grippé » ?

La phase complémentaire : « mobilisés aux côtés des candidats pour replacer l’humain au cœur de la procédure »

La réponse peut être expéditive, de nombreuses formations interrogées reconnaissent avoir recours à un traitement automatique des dossiers faute de responsables qualifiés pour les traiter durent cette période. La plupart des candidats obtiennent donc de façon mécanique, dans l’ordre d’arrivée, les places restantes afin de « remplir » les formations, quel
soit le dossier et le niveau scolaire, en application du principe « premier arrivé, premier servi ».

« Avec les équipes de la Commission d’accès à l’enseignement supérieur la mobilisation est totale pour accompagner les candidats sans proposition »

Les commissions travaillant dans l’urgence, leurs réunions ne font généralement pas l’objet de compte-rendu, les propositions d’admission se faisant directement en séance sur la plateforme Parcoursup. Il n’est donc pas possible de disposer d’éléments pouvant expliquer le choix des propositions faites, et de mener une analyse fine pour comprendre le sens des propositions adressées aux candidats. Les académies tirent toutefois, dans l’ensemble, un bilan plutôt positif

Réussite après l’affectation

« Nous sommes persuadés qu’il faut aller vers plus d’orientation et arrêter la sélection par l’échec, c’est tout l’objet des « oui si » »

Pour que l’efficacité des dispositifs « oui si » déployés puisse être mesurée, les universités doivent identifier leurs étudiants « oui si » en fonction du type de dispositif suivi et de leur profil. Mais cet objectif apparaît difficile à atteindre en raison d’outils de mesure de la réussite, telle que définie actuellement, inefficaces dans la plupart des universités car inadaptés ou non utilisés.

Les universités ont transmis aux rectorats l’estimation de leurs besoins financiers pour mettre en place des dispositifs d’aide à la réussite. Or, certaines d’entre elles ont uniquement reconduit des dispositifs de remédiation qui existaient déjà car créés dans le cadre de plans ministériels précédents, et qui étaient donc préalablement financés.

La Cour s’interroge sur l’absence de réduction voire de suppression de ces crédits, l’objectif de la loi n’étant pas de
financer les universités mais d’aider les étudiants à mieux réussir.

Voir aussi : La loi ORE : un formidable terrain d’étude pédagogique. J’y écrivais, en septembre 2018 :

« Il existe donc un initiative qui ne coûte rien, qui est facile à mettre en œuvre et est indispensable pour progresser… Pourtant il est possible qu’elle ne soit pas concrétisée. Deux risques se font face : D’un côté, il existe le risque de se diriger vers une réforme bancale, impossible à faire aboutir, faute de disposer des outils permettant de l’améliorer et d’en tirer le meilleur. D’un autre côté, il existe un risque de découvrir que les bénéfices de la réformes sont faibles en regard de ses défauts, qu’elle est un échec, et non pas en raison d’un défaut de mise en oeuvre, mais d’un défaut structurel. »

« A tous ceux qui refuseront de répondre « oui si », ils regarderont leurs étudiants en face… »

En 2019-2020, 807 formations, soit 33 % des formations en licence sur Parcoursup, ont proposé à 172 260 candidats une proposition d’admission à condition de suivre un dispositif « oui si »241. Seuls 22 205 ont accepté cette proposition dans 771 formations. Ce taux de 13 % d’acceptation pourrait indiquer que l’étudiant préfère toujours rejoindre une formation pour laquelle il reçoit une proposition d’admission sans « oui si ».

Parmi les étudiants ayant accepté en 2018 un parcours « oui si », seuls 85 % se sont présentés à l’université à la rentrée.

En outre, la plupart des étudiants s’étant inscrits dans ces parcours se sont montrés peu assidus

Finalement, l’université d’Évry a décidé en cours d’année universitaire d’ouvrir le dispositif à l’ensemble des étudiants de L1 sur volontariat, quel que soit leur niveau. Si cette orientation a permis d’améliorer les taux de présence, elle ne répond pas aux objectifs de la loi ORE

« Un dispositif qui a fait ses preuves et qui satisfait les étudiants qui en ont bénéficié cette année. »

 

Ces chiffres semblent confirmer que les parcours aménagés favorisent la réussite pour les étudiants présents aux examens du premier semestre, sans toutefois permettre d’atteindre les taux de réussite des étudiants hors remédiation. Par ailleurs, ces chiffres masquent des écarts importants de réussite entre les universités.

En droit, trois universités (Dijon, Montpellier et Strasbourg) ont enregistré un taux de réussite de 0 % pour leurs étudiants en parcours aménagé,ce qui peut révéler également un déploiement trop restreint du dispositif.

Si on ne peut tirer de conclusion sur l’amélioration à long terme du taux de réussite des étudiants en licence, il apparaît toutefois que le taux de présence aux examens du premier semestre est inférieur d’au moins 20 % pour les étudiants inscrits en parcours aménagé.

« Avec la loi Orientation et réussite des étudiants ORE, la démocratisation de notre enseignement supérieur est revenue au centre du débat »

L’analyse globale de la performance menée par la Cour suggère que, pour l’instant, les augmentations de réussite dans certaines formations en tension sont compensées par des diminutions équivalentes dans d’autres formations.

Voir aussi : Bilan 2018-2019 (I) : Parcoursup, année 2

L’ouvertures de nouvelles places

« Nous travaillons avec les établissements à l’ouverture de 22 000 places supplémentaires dans les filières en tension »

Outre un coût de la place très variable, le nombre de places nouvelles à financer a été déterminé par les rectorats à partir des engagements pris par les universités. Or, il s’avère que les augmentations de capacités déclarées a priori n’ont globalement pas été respectées par celles-ci. Ainsi, en 2018, sur 21 239 places financées, 8 107 sont restées vacantes dans Parcoursup.

Ainsi, malgré un nombre significatif de nouvelles places créées, le taux de pression des filières sélectives et non sélectives a augmenté entre 2018 et 2019, comme l’indique le graphique qui figure en Annexe n° 15. Cela signifie que les places supplémentaires n’ont pas été créées dans les filières qui avaient le plus de demandes de la part des candidats.

Voir aussi : Parcoursup : le compte n’y est pas…

« C’est pour accompagner les bacheliers technologiques et professionnels que nous ouvrons des places en BTS et IUT »

Toutefois, ces mesures apparaissent insuffisantes au regard des 5 000 bacheliers professionnels qui, à la rentrée 2018, étaient encore orientés par défaut à l’université

Les quotas n’ont pas pour l’instant l’effet escompté. La part des bacheliers professionnels en STS est resté stable entre 2017 et 2018222 alors que l’objectif des quotas est d’élever leur proportion parmi les élèves de ces formations. La situation s’est détériorée en 2019.

Au final, l’accueil des bacheliers technologiques et professionnels dans l’enseignement supérieur est en voie d’amélioration grâce à une gestion des capacités d’accueil des différentes filières qui prend davantage en compte leurs spécificités.

« Pour les bacheliers pro pas prêts à s’engager dans des études nous avons imaginé avec JM Blanquer les classes passerelles »

Par ailleurs, le dispositif de classes passerelles créé en 2018 pour accueillir les bacheliers professionnels apparaît peu attractif aux yeux de ces lycéens compte tenu du faible taux de remplissage de ces classes. Il est également particulièrement coûteux pour les finances publiques (3 000 € par étudiant)

La transformation globale de notre système -3/+3

« Il ne contient aucune disposition permettant que soit conduite une politique malthusienne de réduction des capacités d’accueil »

Dans une logique d’attractivité, certaines formations pourraient utiliser la variable de la capacité d’accueil afin d’augmenter leur sélectivité et accroître ainsi leur taux de réussite, en attirant les meilleurs candidats.

Il n’est donc pas exclu, à terme, que Parcoursup exacerbe des situations d’émulation entre établissements, déjà à  l’œuvre en matière de recherche, et qui pourraient se généraliser désormais au niveau des formations de premier cycle.

L’académie de Paris, qui concentre la majorité des filières en tension, illustre ce phénomène. La part d’admis ayant eu une mention très bien au baccalauréat dans les filières non sélectives y est passée de 29 % en 2017-2018, dernière année d’APB, à 40 % en 2018-2019, première année de Parcoursup.

Cet accroissement de la concurrence entre les établissements, s’il venait à se confirmer, nécessiterait de réinterroger les équilibres, sauf à laisser s’ériger, dès les formations de premier cycle, un système universitaire à deux vitesses, au détriment des étudiants inscrits dans des universités moins prestigieuses, ou bénéficiant de moins de visibilité.

Voir aussi :

Parcoursup : les universités font leur marché

Parcoursup : Petit manuel de formulation des vœux à l’usage des candidats à l’enseignement supérieur

Vous êtes en Terminale cette année, et vous allez devoir bientôt formuler vos vœux d’admission dans l’enseignement supérieur sur la plateforme Parcoursup. Ce petit manuel a pour vocation de vous donner quelques indications relatives à la bonne utilisation des informations que vous trouverez sur cette plateforme, de vous proposer une méthode de définition et de hiérarchisation des vœux, et de dissiper les principales incertitudes qui entourent généralement ces vœux et leur traitement. 

Comment trouver les formations qui vous intéressent ?

Le site parcoursup.fr est un moteur de recherche des formations du supérieur qui vous permettra de faire une première sélection en fonction de vos préférences. 

Par défaut, les formation sont triées par « Taux d’accès » : à 100%, tous les candidats sont admins ; à 50%, seul la moitié des candidats sont admis. Attention cependant, ce chiffre peut parfois être trompeur (nous y reviendrons).

Chaque formation dispose d’une fiche, et nous allons voir quelles informations vous seront utiles ou non.

Que considérer dans l’entête ?

  • Intitulé de la formation : en plus de la discipline, vous y trouverez les mentions spéciales (à distance, aménagements particuliers). Par exemple, si vous ne faites sport ni musique de haut niveau, cette formation n’est pas pour vous.
  • Pastille « formation sélective » : attention, cette indication peut être trompeuse. Des formation dites « sélective » admettent tous les candidats, alors que des formation dites « non-sélectives » en refusent. Il est conseillé de ne pas regarder cette information.
  • Epreuves/Entretiens : cette information peut-être est cruciale. Si vous savez déjà que vous ne vous déplacerez pas pour ces épreuves dans une formation éloignée, il est inutile de candidater.
    De telles épreuves peuvent aussi être de simples tests de motivation (pour voir qui va faire le déplacement) ou relever d’une pratique commerciale (pour faire croire que vous êtes parfaitement adapté au cursus). Vous n’aurez aucun moyen de le savoir par avance, sinon le bouche-à-oreille.
  • Chiffres clés : nous y reviendrons.
  • Certification : les formations contrôlées par l’Etat apportent une garantie de moyens et de qualité, mais il vous sera difficile de savoir dans quelle mesure. Il est conseillé de rester prudent.

En outre, cette rubrique vous indiquera si une épreuve supplémentaire est prévue. 

Que considérer dans la rubrique « Formation »

La première rubrique, « formation », présente des informations générales, avec souvent des liens plus utiles que le texte présenté sur la plateforme : n’hésitez pas à les suivre.

Certaines formation indiquent aussi les frais, dont certains peuvent être particulier, dans le privé comme dans le public. Les études peuvent coûter cher et représenter un investissement. Cependant, le marché des formations est très particulier : le coût n’y fait pas la valeur. En clair, ce n’est pas parce qu’une formation est plus chère qu’une autre qu’elle sera mieux pour autant. Les frais ne doivent donc pas être un critère d’adoption, mais un critère d’élimination si vos moyens ne suivent pas. Ne postulez pas à des formations dont vous ne souhaitez pas payer les frais demandés. 

De plus, certaines formations demandent des frais de dossier pour pouvoir postuler. Il est recommandé d’avoir la plus grande prudence : cette pratique n’est globalement pas normale en France.

Faut-il considérer la rubrique « Connaissances et compétences attendues » ?

Les « attendus » sont des indications des prérequis nécessaires à la réussite dans une formation. Ils peuvent être intéressants pour voir s’ils vous parlent. Malheureusement, leur rédaction est parfois ambiguë, vous empêchant de savoir s’ils vous correspondent vraiment. Ils couvrent aussi souvent tous les champs possibles de façon générique, pouvant laisser l’impression que seuls les étudiants parfaits peuvent réussir : il faut être travailleur, curieux, autonome, structuré, réfléchi, mature, régulier, moteur en groupe, etc… Sauf que personne n’a toutes ces caractéristiques. Il est donc normal que vous non plus.

En clair, les « attendus » doivent être considérés comme une description de la formation, et non comme une façon de savoir si vous allez y réussir. Prenez-le avec recul.

Faut-il considérer la rubrique « Critère généraux d’examen des vœux » ?

La rubrique « Critère généraux d’examen des vœux » donne des indications vagues sur la façon dont les candidatures seront triées. De plus, les formations n’ont aucune obligation de déclarer la totalité des critères utilisés (elles peuvent par exemple utiliser le Lycée d’origine sans avoir à le dire).

La méthode exacte étant tenue secrète, et ne connaissant pas les dossiers des autres candidatures, ces informations vous seront de peu d’intérêt. Encore une fois, vous devez les considérez comme une description de la formation et non pour une évaluation de vos chances d’admission ou de réussite.

Faut-il considérer la rubrique « Informations complémentaires sur le processus d’examen des vœux » ?

Cette rubrique vous donne deux information : le taux minimum de boursier et le taux maximum de candidats résidant en dehors du secteur géographique. Cependant, si vous êtes boursier par exemple, vous pouvez parfaitement avoir plus de chance d’admission dans une formation ayant un taux de boursier de 5% que dans une formation ayant un taux de 20% : cela dépend seulement des autres candidatures. Ces informations vous sont donc parfaitement inutiles, et il est recommandé de les ignorer.

Faut-il considérer la rubrique « Débouchés »

Cette rubrique présente les possibilités de poursuite d’études et/ou débouchés professionnels de la formation. C’est à la fois une indication forte si vous avez déjà une profession en vue, et assez inutile si vous n’en avez pas encore une bonne idée.

En revanche, il est fortement déconseillé de considérer la partie « données nationales », dont les chiffres ne vous donneront aucune indication fiable : un taux de passage/réussite bas peut tout aussi bien indiquer des études difficiles qu’ennuyeuses ou encore l’absence de sélection à l’entrée ; un taux haut peut tout aussi bien indiquer un accompagnement pédagogique efficace que l’absence d’exigence pédagogique ou encore une sélection dure à l’entrée.

En outre, lorsque les données sont nationales, elles peuvent très fortement varier d’un établissement à l’autre. Les données sont donc non seulement inexploitables mais en plus parfois non fiables.

Que considérer dans la rubrique « Contact, coordonnées et chiffres clés » ?

La rubrique « Contact et coordonnées » pourra vous être utile si vous avez un profil très particulier, par exemple une reprise d’étude, ou une formation secondaire éloignée ou à l’étranger. Dans ces cas là, se présenter à la formation pour indiquer que votre candidature est réfléchie et solide peut être une bonne idée. Cependant, ne contactez pas abusivement la formation, cela pourrait être mal reçu et même diminuer vos chances d’admission.

La rubrique « Chiffres clés » vous indiquera le nombre de places et le nombre de candidats dans la formation l’an dernier. Ces informations peuvent varier d’une année à l’autre, notamment le nombre de candidats. Cependant, même sans variation, elle ne vous seront d’aucune utilité : vous n’avez aucune idée de comment vous serez classé, et selon votre dossier vos chances d’admission peuvent être 100% comme nulles, sans possibilité de prédiction.

Attention ! Les deux formulations « la formation a-t-elle accepté tous les candidats… » et « La formation a-t-elle fait une proposition d’admission à tous les candidats… » sont trompeuses : des formations sélectives indiquent « oui », malgré l’éviction de candidats. Il est recommandé de ne pas tenir compte de ces informations.

Concernant vos chances d’admission, mieux vaut se reporter à la page de recherche des formations. Cette dernière indique le Taux d’accès, qui lorsqu’il est à 100% indique que la formation n’est pas sélective, et que vous y serez probablement admis si vous candidatez. 

Attention cependant à ne pas confondre avec les trois chiffres « Général | Techno | Pro », qui ne sont pas des taux d’accès, mais les proportions parmis les admis de l’an dernier. Globalement, ces trois chiffres ne vous serviront à rien, et mieux vaut les ignorer.

Enfin, la dernière rubrique propose un « Rapport public Parcoursup session 2020 », qui contient en réalité les informations présentées précédemment. Le lire ne vous apportera probablement rien. 


Quelle stratégie de formulation des vœux ?

En premier lieu, il convient d’éliminer toute stratégie de choix des formations qui viserait à augmenter vos chances pour une candidature précise. Vos vœux ne seront pas connus des formations qui classeront vos candidatures. Vous pouvez donc les formuler de la façon la plus sincère possible sans désagrément.

Quels sont les catégories de vœux ?

On peut grossièrement classer les vœux en trois catégories :

  • Les vœux de cœur : ce sont les formations que vous rêvez de faire, indépendamment de votre niveau ou de vos chances d’admission. Pour les sélectionner, il convient donc de ne considérer que votre envie et les contraintes matérielles (coût, facilité de logement et éloignement géographique), à l’exclusion de tous les autres critères de choix. 
  • Les vœux de raison : ce sont les formations que vous estimez pouvoir réussir et qui vous intéressent sans nécessairement vous faire rêver. Pour les sélectionner, il convient de vous baser sur vos résultats scolaires : ce sont les disciplines où vous êtes bons sans trop fournir d’effort.
  • Les vœux de sécurité : ces sont les formations où vous êtes quasiment certains d’être pris, dans une discipline que vous exploreriez volontiers. Il s’agira généralement d’une Licence dans l’université la plus proche, sur un intitulé qui vous attire (ou ne vous rebute pas), après avoir vérifié qu’elle n’était pas « en tension » (généralement : STAPS et psycho, éventuellement Droit).

Veillez à avoir au moins un vœu dans chacune de ces catégories, quitte à piocher un peu au hasard si une catégorie ne vous inspire pas plus que ça. 

Comment hiérarchiser ses vœux ?

La hiérarchisation des vœux n’est plus obligatoire. Cependant, sans hiérarchisation, vous resterez en permanence dans le doute. Or, il est facile de hiérarchiser les vœux par catégorie : d’abord les vœux de cœur, ensuite les vœux de raison, enfin les vœux de sécurité. Inutile de hiérarchiser vos différents vœux dans chaque catégorie pour l’instant, vous pouvez attendre les réponses des formations.

Faut-il utiliser le « répondeur automatique » ?

Oui. Le répondeur automatique a le double avantage de vous décharger d’un stress durant toute la procédure, et de limiter drastiquement le risque d’erreurs, que l’on constate en grand nombre dans toutes les campagnes Parcoursup.

De façon contre-intuitive, moins vous êtes sûr de votre choix, plus vous avez intérêt à utiliser le répondeur automatique : si vous changez d’avis tous les deux jours, vous n’atteindrez probablement pas une certitude à 100% par vous-même avant la fin de la procédure. C’est tout simplement que, pour vous comme pour la majorité des candidats, il n’y a pas de « meilleur » choix, et c’est tout à fait normal. Configurer le répondeur vous évitera juste de stresser inutilement en vous reposant de nombreuse fois la même question, sans réelle chance d’obtenir une réponse certaine. 

Faut-il faire un surplus de vœux ?

A partir du moment où vous avez 1 ou 2 vœux de sécurité, il est inutile d’en faire plus. En conséquence, il est inutile de postuler à des formations dont vous savez pertinemment que vous ne voulez ou ne pouvez pas y aller. Cela concerne les « vœux multiples » pour les formations dites sélectives (prépa, DUT, BTS) : inutile de postuler dans toute la France si vous n’êtes pas réellement mobile géographiquement. Cela concerne aussi les vœux « au cas où », qu’on formule mais avec l’envie de les refuser.

Vous devez être conscient qu’à partir du moment où vous formulez un vœu, on pourra vous en imposer l’affectation sur le mode « à prendre ou à laisser (mais avec rien d’autre) » . En clair, vous risquez d’être considéré comme satisfait et sans possibilité de recours, mais avec une affectation trop loin de chez vous et sans possibilité de logement, ou dans une formation que vous n’avez vraiment pas envie de suivre, . 

Pour aller plus loin…

Comment évaluer vos chances de réussite dans une formation ?

Vous n’avez strictement aucun moyen d’évaluer avec certitude vos chances de réussite. Les formations sélectives exigeantes n’arrivent jamais à un taux de 100% de réussite, ce qui prouve bien qu’on ne sait pas prédire la réussite des étudiants. De nombreux événements vont impacter vos études, qui n’ont a priori rien à voir avec vos études, et vous ne pouvez pas les connaitre à l’avance. Utiliser les nombreux indicateurs disponibles sur la plateforme Parcoursup à cette fin serait une grave erreur.

Cependant, un critère va lourdement peser : celui de devoir travailler pour financer vos études. Il s’agit là du premier critère d’échec dans les études. Pesez scrupuleusement votre motivation avant d’accepter une affectation qui vous obligerait à cumuler un emploi avec vos études. 

Enfin, vous devez être conscient que par réussite/échec, on entend « obtenir/rater le diplôme ». Or, échouer à un diplôme peut vous apporter beaucoup (par exemple par la découverte d’une autre discipline), et l’obtenir peut vous faire perdre beaucoup (par exemple par vous retrouver dans une voie professionnelle qui vous ennuie).

Comment évaluer vos chances d’être admis à une formation ?

Hormis pour les formations qui indiquent que tous les candidats sont admis, vous n’avez strictement aucun moyen d’évaluer avec certitude vos chance d’admission. Une formation peut sembler bouchée et en réalité être très fluide (beaucoup de candidats qui renoncent) comme sembler ouverte mais être en réalité bouchée (très peu de candidats mais qui acceptent). 

De plus, les critères de tri des candidatures sont tenus secrets, et vous ne connaîtrez pas les dossiers des autres candidats. En conséquence, tout pronostic de votre part serait illusoire. Utiliser les nombreux indicateurs disponibles sur la plateforme Parcoursup à cette fin serait une grave erreur.

Cependant, les journées portes ouvertes sont de très bonnes occasions de discuter de votre profil avec les équipes pédagogiques qui classeront les candidatures. C’est donc un moment privilégier pour obtenir quelques indications. De plus, l’expérience de vos enseignants et PsyEN pourra vous être utile. Ne considérez pas ces avis comme des certitudes, mais ne vous en privez pas non plus.

Est-ce que l’admission dans les formations dites « non-sélectives » est garantie ?

Non. Les formations dites « non-sélectives » classent les candidatures et les admissions sont limitées au nombre de places disponibles, exactement comme les formations dites « sélectives ». 

Il y a néanmoins deux différences :

  • si vous n’êtes pas suffisamment bien classé pour être admis, les formations dites « sélectives » peuvent vous répondre « non » tout de suite pour vous éviter d’attendre pour rien ;
  • les formations dites « non-sélectives » peuvent vous imposer une mesure d’accompagnement « oui si », généralement selon votre filière d’origine. Cette mesure peut être une opportunité et/ou une contrainte, à vous d’en juger.

Est-ce que votre lycée d’origine va jouer dans vos chances d’admission ?

Vous n’avez aucune possibilité de le savoir : certaines formations « redressent » les notes en fonction du lycée d’origine, d’autres non, et elles n’ont aucune obligation de l’annoncer. En clair, votre lycée d’origine pourra jouer en votre faveur ou votre défaveur, mais vous ne pourrez jamais savoir dans quelles formations ni dans quelle mesure. 

Il convient donc d’ignorer cet aspect, et de rester conscient que si vous perdez d’un côté, vous gagnez forcément de l’autre. 

Faut-il utiliser la possibilité de discuter avec un « étudiant ambassadeur » ?

Des boites mails sont mises en place pour vous permettre de poser vos questions à des étudiants dans les formations que vous visez. Cependant, si certaines information obtenues ainsi seront très utiles, d’autres seront très trompeuses, ne serait-ce que par une forme inévitable d’incompréhension : vous ne connaissez pas votre interlocuteur, et il ne vous connait pas non plus. « J’ai des difficultés dans telle matière » n’aura pas du tout le même sens pour vous deux. Vous n’aurez donc aucun moyen d’évaluer la pertinence des informations ainsi obtenues.

Il convient donc, si vous utilisez cette possibilité, de prendre une distance critique avec les réponses qui vous seront apportées. 

Enfin… 

La plateforme Parcoursup est un formidable outil de recherche des formations du supérieur. Cependant, il ne remplacera jamais le bouche à oreille, les discussions avec le profs, CIO et les PsyEN et surtout les visites aux journées portes ouvertes. Les avis et conseils que vous recevrez de part et d’autres seront parfois contradictoires. C’est normal. Aucun n’a raison, aucun n’a tort : personne ne peut prédire votre avenir. A vous de vous débrouiller.

Lorsque c’est trop beau pour être vrai, c’est sans doute que ce n’est pas vrai. Les formations sont en concurrence pour recruter les meilleurs élèves ou pour remplir leurs places. Il peut donc arriver qu’elles embellissement la réalité. Une présentation sobre ne cherchant pas à vous séduire devrait retenir prioritairement votre attention.

Vos doutes ne se limiterons pas tous seuls (et ne seront jamais réduit à néant). Il est tout à fait normal de ne pas avoir de certitude sur son avenir, voire de n’avoir strictement aucune idée de ce que vous voulez faire. Plus vous vous intéresserez, moins vous resterez dans le doute, mais vous ne pourrez jamais rien prédire avec certitude pour autant.

Et le plus important : Vous n’êtes pas en train de jouer votre vie. Le système français est celui qui propose le plus de passerelles et de rebonds au monde. Engagez-vous dans une voie qui ne vous convient pas, et vous aurez de multiples occasions de vous réorienter.

C’est au cours de vos études que votre parcours se fera, pas sur quelques clics sur Parcoursup.

 

 

Archive : l’ancienne interface

Du DUT au BUT : les portes-au-nez

La porte-au-nez est une méthode de manipulation normalement utilisée par les ministères pour faciliter l’acceptation des réformes. Elle consiste à mélanger, aux mesures voulues dans le projet de réforme, des mesures inacceptables et parfois même fantaisistes. Dans un premier temps, ces mesures fantaisistes cristallisent les attentions et évitent les discussions de fond. Dans un second temps, les ministères les retirent, avec plusieurs effets positifs : faciliter les négociations, apparaître comme à l’écoute, donner l’occasion d’une victoire de façade aux opposants, rassurer les spectateurs, et au final favoriser l’impression d’une réforme globalement acceptable, indépendamment de la réforme en elle-même.

Un exemple récent et éclairant, parce que particulièrement grossier, est l’augmentation des frais d’inscriptions pour les doctorants étrangers (auxquels on aurait donc demandé de payer pour travailler). Cette mesure était parfaitement fantaisiste, mais elle a facilité l’acceptation finale d’une réforme objectivement contraire aux valeurs et intérêts des universités.

« La hausse ne s’appliquera toutefois pas aux doctorants étrangers, comme l’avait indiqué la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal fin février. La ministre avait en revanche refusé d’augmenter de 10 à 15% le nombre d’étudiants que les universités peuvent décider d’exonérer de frais, comme le permet un décret de 2013. »

Université: l’augmentation des frais d’inscription pour les étrangers a été inscrite au journal officiel,
Le Figaro, 23/04/2019

Mais quels sont les portes-aux-nez de la réforme du DUT ?

Le projet de réforme du DUT sera bientôt finalisé pour une mise en œuvre à la rentrée 2021 (en même temps que le nouveau baccalauréat général). Il contient plusieurs mesures qui s’apparentent à des portes-aux-nez. Les principales sont, des plus évidentes aux plus pernicieuses :

  • « L’objectif d’insertion professionnelle des diplômés de licence professionnelle est être fixés au minimum à 50% » : fixer un objectif d’insertion professionnelle pour une formation n’est pas sérieux, car les formations ne peuvent agir directement dessus.
  • « au moins 75% de ces activités de formation seront dirigées et encadrées » : ce passage permet, selon l’interprétation, de réduire 25% l’encadrement des heures de cours, abaissant ainsi le nombre d’heure des trois ans de BUT à moins que les deux ans de DUT.
  • « Les parcours de formation sont structurés en blocs de compétences » : il s’agit ici d’un ingérence dans la pédagogie, qui doit relever exclusivement de l’équipe pédagogique.
  • « Ces programmes permettent l’accueil d’au moins 50% de bacheliers technologiques en première année d’un IUT et la réussite d’au moins 70% d’entre eux » : fixer un taux de réussite dans un Arrêté est fantaisiste… Mais on est là au cœur, et supprimer cette phrase vide presque intégralement la réforme de sa substance.

Les trois première mesures seront sans doute très largement remaniées, sinon supprimées, ce qui confirmera leur statut de porte-au-nez. La quatrième est plus intéressante car elle est parfaitement applicable même sans être inscrite dans l’Arrêté : les quotas sont contrôlés par le rectorat, et les personnels des IUTs sont conscients que l’objectif de 50% sera poursuivi, inscrit ou pas dans l’Arrêté. Cette préoccupation sera donc inévitablement au cœur des nouveaux programmes, même en étant retirée du texte.

Supprimer les quotas d’admission et de réussite des bacheliers technologiques seraient donc un sacré coup politique ! Les personnels des IUTs s’en trouveraient largement rassurés, alors que la réforme et sa mise en application resteraient strictement inchangées : gérer les flux de bacheliers en créant une filière adaptée aux moins bien préparés, donc par l’abaissement du nombre d’heures et des exigences pédagogiques, tout cela essentiellement dans le but de palier les échecs des réformes du secondaire.

Du DUT au BUT : 50% de bacs technos, et après ?

A propos de l’articulation avec les réformes du secondaire, je suis co-rédacteur d’une tribune, signée au moment de la rédaction de ce billet par plus de 1700 personnes, dont 1000 personnels d’IUT :

Ce commentaire, laissé par un des signataires, résume assez bien ce que cette tribune soutien :

« C’est la suite logique de la réforme du lycée ( création des bac STI 2D) avec tout ce qu’elle a engendré de négatif. L’objectif de cette réforme (malgré ce qu’on a voulu nous faire croire) était de supprimer 2/3 des postes d’enseignants en technologie au lycée. Ces suppressions ont naturellement entraîné une baisse du niveau des bacheliers technologiques qu’il faut bien insérer (de force si c’est nécessaire) dans le supérieur aujourd’hui. Bravo aux cosignataires extrêmement lucides de cette tribune. »

On ajoutera ce passage intéressant des emails fuités de la campagne de M. Macron :

Mises à jour

La version du 28 novembre 2019 de l’Arrêté issu des travaux du CNESER confirme les portes aux nez décrites ici.

Photo de couverture par Daniel von Appen on Unsplash

Du DUT au BUT : 50% de bacs technos, et après ?

Dans son projet, le BUT (bachelor universitaire de technologie) diffère du DUT (diplôme universitaire de technologie) actuel par : son nombre d’heures, son organisation pédagogique, son programme, son public, sa finalité, son accréditation, son évaluation, ses modalités d’évaluation des connaissances, son adaptation locale, sa nature et même son nom [projet d’Arrêté].

Il ne s’agit donc pas d’une évolution, mais de la refondation d’une toute nouvelle formation. Pour s’y préparer, il est nécessaire de faire des projections sur le futur recrutement des bacheliers en BUT, notamment face à l’objectif de 50% de bacheliers technologiques. Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, ces projections montrent un affaiblissement de la mixité des étudiants en IUT, s’accompagnant d’un clivage entre deux populations distinctes. Comment les formations vont-elles s’y adapter ?

Habituellement, l’objectif des réformes de formations est d’améliorer le taux de réussite, les taux de poursuite d’étude et d’insertion professionnelle, ou la visibilité. Cependant, ces objectifs ne sont pas avancés pour la réforme du DUT, sinon que très timidement et sans conviction. Le ministère n’a d’ailleurs pas communiqué du tout sur cette réforme.

On comprend pourquoi : tous ces indicateurs sont au beau fixe pour le DUT, et il n’existe en réalité par de marges d’amélioration à moyens constants. Il existe même un grave risque du côté de la visibilité, le DUT jouissant d’une très bonne réputation : sa réduction à un « diplôme intermédiaire » du BUT, délivré « sur demande de l’étudiant », sans Arrêté propre, ni visibilité sur Parcoursup, lui fait courir le risque d’être rapidement oublié. Il rejoindrait alors le DEUG, qui existe encore sous une forme équivalente.

Le besoin, parfois exprimé, de former plus de cadres intermédiaires est hautement dubitable : il est très difficile de trouver une quelconque étude montrant un tel besoin sur le marché du travail.

L’objectif de cette réforme est donc à chercher ailleurs.

L’hypothèse de la gestion des flux

L’hypothèse qui s’impose est celle de la gestion des flux. Parcoursup et la loi ORE étant des outils d’orientation des bacheliers par les formations, des évictions sont inévitables. On pense en premier lieu aux bacheliers professionnels, dont l’éviction a déjà commencé dans les filières en tension [Bilan 2018-2019 : Parcoursup, année 2]. Cette éviction risque de s’étendre aux futurs bacheliers généraux ayant choisi des ensembles de spécialités exotiques, ne correspondant à aucun attendu.

L’objectif de cette réforme serait donc de modifier les flux de néo-bacheliers dans le supérieur pour endiguer cette éviction, tout en travaillant à moyens constants, donc sans ajout de places. Pour ce faire, il est possible d’utiliser le levier des quotas. Nous allons voir comment.

Grâce à ce jeu de données récemment mis en ligne, on peut modéliser les flux de néo-bacheliers admis dans le supérieur en 2018. On y remarque que le flux de bacheliers professionnels allant en Licence est significatif, malgré leur faible taux de réussite.

Sur ces flux, il est possible d’appliquer les modifications suivantes :

  1. augmentation du flux de bacheliers technologiques en IUT par le détournement du flux allant en BTS (vert) ;
  2. grâce aux places laissée libre en BTS, récupération du flux de bacheliers professionnelles des Licences (bleu) ;
  3. pour faire des places en IUT, détournement du flux de bacheliers généraux vers les Licences/PACES/CPGE (rouge).

Cette opération permet d’obtenir les nouveaux flux suivants :

Ainsi, on jouant sur les flux, il est possible, à moyens constants :

  • d’abaisser la pression sur les Licences ;
  • d’enrayer la crise du recrutement en CPGE ;
  • d’augmenter les taux de réussite des bacs pros et des Licences.

Cette hypothèse de gestion des flux parait donc tout à fait convaincante. Sur le papier, elle pourrait même être efficace. Cependant, un vue plus fine donne un éclairage supplémentaire et plus inquiétant.

Le BUT : projection de l’effet 50% de bacheliers technologiques

Suivant la même modélisation, il est possible de faire un focus sur le flux de néo-bacheliers admis en DUT, afin d’établir une projection de l’effet du quota de 50% de bacheliers technologiques.

Pour avoir une vision plus fine, nous allons également modéliser les bacheliers ayant obtenu une mention au bac (M) et ceux sans mention (S). Cela permet d’observer la mixité des admissions en DUT :

  • 40% de bacheliers généraux avec mention ;
  • 25% de bacheliers généraux sans mention ;
  • 25% de bacheliers technologiques avec mention ;
  • 10% de bacheliers technologiques sans mention et de bacheliers professionnels.

Voyons maintenant les conséquences d’une augmentation à 50% des bacheliers technologiques :

  • cette augmentation devraient se faire essentiellement sur les bacheliers technologiques avec mention (TechnoM) auparavant en BTS ;
  • pour leur faire de la place, le classement Parcoursup conduira mécaniquement à l’éviction des bacheliers généraux sans mention (GénéralS) ;
  • ces évincés se répartiraient entre CPGE, PACES et surtout Licences.

dut.flux-1.png

Au final, on obtiendrait donc le recrutement suivant :

  • 40% (=) de bacheliers généraux avec mention ;
  • 10% (-15%) de bacheliers généraux sans mention ;
  • 40% (+15%) de bacheliers technologiques avec mention ;
  • 10% de bacheliers technologiques sans mention et de bacheliers professionnels.

Il s’agit en réalité d’un recrutement beaucoup moins mixte : au lieu d’avoir un continuum allant des bacheliers généraux avec mention jusqu’au bacheliers technologiques sans mention, on obtient deux groupes distincts. Ce changement majeur de public va entraîner des changements majeurs de formation.

Quelle adaptation des formations universitaires de technologie ?

Cette abaissement de la mixité pourrait représenter un défi pédagogique intéressant, si on était dans un contexte différent. Actuellement, il représente surtout un défi politique. Deux perspectives grossières sont identifiables : le commun ou l’adaptation personnalisée.

Le commun

Dans cette perspective, les cours restent en commun pour tous les publics. La loi indiquant un objectif de 70% de réussite pour les bacheliers technologiques, les exigences pédagogiques doivent être lourdement abaissées. Sans avoir à fournir d’efforts, les bacheliers généraux obtiennent donc des résultats excellents.

Rapidement, les filières d’insertion (employeurs, écoles, masters) réalisent que le niveau du BUT est sans rapport avec celui du DUT. La réputation du BUT ne rejoint pas celle du DUT, et impacte l’attractivité. Les meilleurs bacheliers généraux se détournent progressivement du BUT, laissant la place aux bacheliers généraux les moins bien préparés aux études supérieures en raison d’un choix exotique de spécialités.

Ainsi, une homogénéité du public des IUT se reforme, à la baisse.

L’adaptation personnalisée

Dans cette perspective, les étudiants suivent des cursus adaptés à leur profil : les étudiants de moins bon niveau suivent un cursus « normal », et les étudiants de meilleur niveau suivent un cursus dit « renforcé » ou « accéléré ». Le passage aux compétences supprimant la notion d’UE et de semestres, il est même possible d’organiser un BUT en 2 ans pour ce public. Ce cursus aurait environ le même nombre d’heures que le DUT actuel, et des cours pourront facilement être mutualisés.

Ainsi, les IUT deviendraient porteurs de deux filières distinctes : le BUT/prépa en 2 ans, formation exigeante et très sélective à visée de poursuite d’étude, et le BUT/pro en 3 ans, formation plus ouverte, destinée aux bacheliers les moins bien préparés. Cette perspective est parfaitement conforme à la politique ministérielle, qu’on retrouve avec les « oui si » en Licence notamment. Elle est aussi conforme à la politique des établissements qui développent des Licences « renforcées » adossées aux Licences « normales ».

En réalité, pour bien des départements, cela reviendrait à une continuité. La différence réside essentiellement dans la ségrégation interne des publics, privant une part des étudiants d’un haut niveau d’exigence et limitant le nombre de bonnes surprises. Cela pourrait même arranger les équipes pédagogiques, et on ne manquera pas de prévoir des « passerelles » légitimant cette ségrégation.

Conclusion

Sur le papier, le BUT est la refondation d’un nouveau diplôme, dont le sens peut se trouver dans la gestion des flux de bacheliers. Contrairement à ce que l’augmentation du quota de bacheliers technologiques peut laisser penser, la projection des flux d’admission en BUT montre un abaissement de la mixité du public admis en IUT : le classement Parcoursup conduira à l’éviction des bacheliers généraux les plus faibles, brisant le continuum actuel des promotions.

La suite sera définie par l’ADIUT (Assemblée des Directeurs d’IUT) et les ACD (Assemblées de Chefs de Département), notamment au moment de la construction des PN (Programmes Pédagogiques). Sans position commune, alors les équipes pédagogiques seront amenées à faire leurs propres choix, ce qui conduirait à un inévitable affaiblissement du réseau national des IUTs.

Pour aller plus loin

  • Les données pas-à-pas et le code source
  • Un exploitation plus générale de ces données
  • Certain département estiment qu’ils n’ont pas le bassin de recrutement nécessaire pour atteindre 50% de bacheliers technologiques.
    C’est peut-être vrai, mais les DUT ne représentent que 17% des listes de vœux des bacheliers technologiques, contre 50% pour les BTS [SIES-NF-2019-8]. Et c’est encore 17% des bacheliers technologiques qui acceptent une proposition en DUT, contre 42% en BTS [SIES-NF-2019-20].
    Ces chiffres indiquent que candidatures reçues en DUT peuvent être trompeuses sur la réalité du bassin de recrutement. Nonobstant les situations locales, la situation globale indique bien l’existence d’un réservoir de bacheliers technologiques qui pourraient candidater en BUT si on leur proposait des chances d’admission et de réussite décentes.

  • Il est souvent reproché aux IUT d’avoir progressivement modifié leur finalité en se détournant du recrutement des bacheliers technologiques.
    Cependant, il est difficile de trouver trace écrite de cette finalité originelle. Plus intéressant : le DUT a été imaginé dans les années 60, à une époque pré-massification. L’objectif à l’époque était d’augmenter toutes les poursuites d’étude dans le supérieur, et absolument pas de s’occuper de bacheliers sans perspective (population qui n’existait alors pas).