Les écoles internes aux universités existent !

Publie par laurent-carraro le juillet 4th, 2011 dans la categorie Non classé Tags: , , ,  •  2 Commentaires

Le débat continue de rouler sur le rapprochement entre les grandes écoles et les universités. Le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (MESR) feint d’oublier les écoles internes aux universités lorsque cette question est abordée alors que selon les chiffres de 2009/10, celles-ci sont une cinquantaine et regroupent environ 15% du total des étudiants inscrits en formation d’ingénieur.

Ces chiffres ne sont pas du tout anecdotiques et montrent qu’il y a là un terrain qu’il serait bon d’exploiter car ces écoles peuvent être considérées comme étant des précurseurs, dans la mesure où l’Université future et moderne, devrait recevoir en son sein l’ensemble des structures d’enseignement supérieur, et donc les écoles d’ingénieurs.

Mais dans notre pays toujours aussi difficile à réformer, on s’évertue à créer de nouvelles structures, voire les empiler dans un désordre qui frise le chaos au niveau de l’enseignement supérieur et de la recherche. Et les leçons des expériences réalisées ne sont jamais vraiment tirées. Pourtant, si l’on considère uniquement les formations d’ingénieurs, notre territoire – de taille modeste sur la scène mondiale -, montre une étonnante diversité : écoles indépendantes relevant du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (MESR), universités de technologies, instituts nationaux polytechniques (les INP), écoles internes aux universités et aux INP, écoles dépendant des ministères techniques (défense, industrie, équipement, agriculture…), écoles consulaires, écoles privées. A cette courte liste s’ajoutent les écoles à statut particulier comme l’Ecole Centrale de Paris, Supélec, l’Institut d’Optique…

Tout cela pour dire qu’il y a de quoi tirer un bilan des diverses formes d’organisation choisies pour les écoles d’ingénieurs, de leurs avantages et inconvénients, des modifications qui pourraient être apportées à tel ou tel type d’organisation de manière à en accroître les services rendus. Mon propos ne consiste pas du tout à dire que cette grande variété est une tare dont il faut s’affranchir, car la biodiversité prépare l’avenir, mais que des leçons doivent être tirées.

Justement, au vu de de l’insistance du MESR à rapprocher les « petites » écoles externes aux universités existantes, il serait bon d’analyser en détail la performance du système « écoles internes » et de voir ce que sont les conditions du succès. Mais plutôt que d’aller en ce sens, on se met à créer des masters d’ingénierie (voire le réseau Figure) dont je ne conteste pas forcément la pertinence. Mais créer de telles formations en ignorant la présence des écoles internes dans ces mêmes universités ne manque pas de m’interroger. On crée là toutes les conditions d’un rapport de forces et d’un affrontement dont le résultat global pour la société en général et les étudiants en particulier ne sera évidemment pas positif.

En résumé, et sans vouloir tirer la couverture à moi (je rappelle que l’école que je dirige est une école interne), je ne comprends toujours pas pourquoi ces écoles ne sont pas au centre des préoccupations des décideurs politiques, si ce n’est des médias, car elles offrent un terrain d’observation idéal pour construire une future université moderne et flexible.

Gageons que le nouveau Ministre se saisisse enfin de cette question…

Recrutements et élections dans les universités : les logiques de défiance

Publie par laurent-carraro le juin 21st, 2011 dans la categorie Non classé Tags: , , , ,  •  Pas de commentaires

J’ai abordé dans le post précédent la question du recrutement des enseignants-chercheurs au moyen des comités de sélection. J’ai assez peu insisté – si ce n’est à travers un exemple tragi-comique – sur un principe qui peut surprendre, à savoir la nécessité qu’au moins la moitié des membres du jurys soient extérieurs à l’établissement. Dans le cadre de la gestion des ressources humaines d’un établissement d’enseignement supérieur, il semblerait que cette phase de recrutement doive être totalement maîtrisée en interne, quitte à s’adjoindre quelques compétences – typiquement RH – pour bien vérifier que le candidat va correspondre aux attentes de l’établissement d’accueil. La raison essentielle d’un choix aussi étonnant tient en peu de mots. Les universités étant considérées comme immatures, on leur impose de faire intervenir des gens externes pour redonner un peu de neutralité dans leurs choix. On continue là d’infantiliser les universités en leur imposant des règles complexes ayant pour objectif essentiel de contrecarrer des comportements endogènes, mais qui génèrent pour autant de nombreux effets pervers… et ne contrecarrent pas grand chose, les échanges de bon procédés entre collègues d’établissements différents étant monnaie courante.

A contrario, penchons-nous sur l’élection des présidents d”université. Les missions d’une université, établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel, en font un objet social, politique, voire économique de premier ordre – ce dont les collectivités locales en particulier sont pleinement conscientes -. Il semble donc normal que l’élection du président doive être réalisée par l’ensemble des membres du conseil d’administration, personnels et usagers élus d’une part, membres extérieurs d’autre part. Comme chacun le sait il n’en est rien, et je ne reviendrai pas sur les nombreuses conséquences funestes de ce dispositif. Mon propos est seulement ce chercher à identifier quelques raisons d’un tel choix. Car la défiance est encore au rendez-vous, mais il s’agit là de la défiance de la communauté académique vis-à-vis du monde extérieur, suspect de la mener vers des objectifs de court terme, à rentabilité politique ou économique immédiate. De tels débats – entre construction de la connaissance et impacts économiques – doivent avoir lieu au sein des conseils d’administration ; ces lieux sont même conçus à cet effet. Mais ils ne peuvent typiquement pas avoir lieu lors de l’élection du président, qui constitue un moment essentiel dans l’évolution stratégique des établissements.

En résumé, ces logiques de défiance mènent à des choix organisationnels à la fois incompréhensibles et profondément contre productifs, les membres extérieurs étant vus comme vertueux quand il s’agit de gestion interne de l’université et par contre dangereux lorsque l’on doit évoquer les aspects stratégiques.

Sur ces questions comme sur d’autres nos modes d’organisation mériteraient vraiment d’être revisités.

Comités de sélection : lourds ou légers ?

Publie par laurent-carraro le mai 24th, 2011 dans la categorie Non classé Tags: , , ,  •  5 Commentaires

Je suis resté quelque peu éloigné de ce blog du fait d’une activité passablement intense au cours des derniers mois. Parmi mes occupations de directeur s’est placée en bonne position la question des recrutements des enseignants-chercheurs. Et je partage ici mes pensées quant à la lourdeur et la légèreté de l’exercice.

Lourdeur tout d’abord car il faut rappeler que pour chaque poste mis au concours, un comité de sélection ad hoc doit être mis sur pied. Ce comité doit comprendre des enseignants-chercheurs de l’établissement et au moins autant d’enseignants-chercheurs extérieurs. Le CA restreint de l’université tient une place prépondérante puisqu’il intervient successivement pour la validation de la structure de chaque comité, puis le nom des personnes choisies pour le comité, puis au retour des résultats du comité pour examiner voire modifier les propositions de nomination du comité. Le lecteur comprendra facilement que dans une une université de taille moyenne, les compétences effectives du CA restreint pour juger de la pertinence de la présence d’un enseignant-chercheur dans un comité, ou de l’adéquation d’un candidat sélectionné par le comité de sélection, est faible voire très faible. Ceci pour la simple raison qu’il existe au mieux un membre scientifiquement compétent du domaine concerné dans le CA restreint.

Lourdeur encore quand un directeur d’école interne doit quémander auprès de l’administration la liste des candidats sur un poste ou les CV des candidats classés par un comité de sélection.

Lourdeur toujours dans le fonctionnement même des comités, qui s’approche quelquefois dangereusement du comique. Pensez à la solitude du président de comité de sélection lorsqu’un membre extérieur le prévient à la dernière minute de son incapacité à participer. Il doit trouver, avant même que le comité ne se réunisse, une bonne âme parmi les enseignants-chercheurs internes à l’établissement, qui accepte de ne pas venir de manière à conserver un comité équilibré. Malheur à lui s’il découvre en séance qu’un extérieur manque à l’appel car il doit alors annuler la réunion pour la convoquer ultérieurement !

Lourdeur enfin, notamment en termes de coût, quand on observe le déplacement incessant des enseignants-chercheurs qui rendent service en participant à des comités de sélection sur tout le territoire français en tant que membre extérieur. Tout cela génère un trafic significatif pendant les mois d’avril-mai et perturbe significativement la vie de nos établissements.

On peut s’interroger avec quelque raison sur les motivations d’un tel processus. Il s’agit on le sait avant tout de combattre les recrutements locaux et de recruter le « meilleur » candidat. Et comme la confiance dans les capacités des universités à recruter leurs collaborateurs n’est pas au rendez-vous, on multiplie les règles – chacune ayant une justification raisonnable – pour être certain que le processus de recrutement n’est pas biaisé. Mes observations, sur un échantillon certes non représentatif, me laissent à penser que les recrutements plus ou moins bidonnés restent une pratique courante.

J’en viens à la légèreté. Car il faut ajouter un détail concernant les comités de sélection : les candidats ont en général 20 minutes pour exposer leurs travaux et leurs perspectives avant d’entamer une discussion avec les membres du comité. Restons optimistes et considérons que l’on passe une heure pour dialoguer avec le candidat. Il est tout à fait incroyable que l’on se permette de recruter un futur collaborateur – pour 30 voire 40 ans car on parle de postes de fonctionnaires, sur la base d’un dossier, d’un exposé et d’une discussion bâclés en moins d’une heure. Il est d’autre lieux où dans une situation analogue on demande au candidat de préparer un cours en temps limité avant de l’exposer, de vivre à l’intérieur du laboratoire pendant plusieurs jours, etc. De ce point de vue, ce processus de recrutement est d’une légèreté insoutenable et les collègues connaissent tous les nombreuses erreurs de recrutement dont il faut ensuite faire son affaire pendant des décennies.

J’ose à peine dire en conclusion qu’il n’est fait appel à aucune compétence en ressources humaines, ou d’industriels lorsqu’il s’agit de futurs enseignants dans une école d’ingénieurs. Car là, je sens que mes collègues universitaires ne manqueront pas de me clouer au pilori…

En tout cas, pour reprendre un ancien post, l’autonomie des universités dans la définition de leurs processus de recrutement reste très encadrée pour un résultat qui demeure plus que médiocre.

Les universités autonomes… ou pas ?

Publie par laurent-carraro le février 15th, 2011 dans la categorie Non classé Tags: , , ,  •  7 Commentaires

Deux sujets, relatifs à des faits récents concernant mon école, expriment une certaine impatience de ma part à voir les choses évoluer.

Le premier a trait aux modes de recrutement et d’avancement des enseignants-chercheurs. Le décret fixant le statut des enseignants-chercheurs indique notamment qu’une personne souhaitant candidater à un poste de Maître de Conférences ou de Professeur doit auparavant avoir un diplôme ad hoc, ce que l’on comprend, mais doit également être qualifié par une instance nationale qui s’appelle le Conseil National des Universités (le CNU). Cette qualification est obtenue après examen par la section compétente du CNU. Ces sections, qui représentent grosso modo une discipline, fonctionnent dans les faits de manière très différente, certaines ne considérant que les activités de recherche – pardon de publications – d’autres considérant également la qualité pédagogique et l’implication administrative. J’ajoute que les collègues qui naviguent aux interfaces – lieux de progrès et d’innovation reconnu par tous – sont très mal considérés par chaque section, chacune pouvant renvoyer la balle aux autres en disant que l’activité de M. X est très intéressante mais hors du spectre de la section.

Tout cela pour dire que la présence de ces sections concoure à l’uniformité des profils et la banalisation des parcours. L’autonomie de recrutement des universités reste donc très encadrée, sans oublier que l’évolution de carrière de la moitié des enseignants-chercheurs est également décidée par le CNU. Quand aurons-nous le courage politique de rendre nos universités vraiment autonomes ? Car quel chef d’entreprise voudrait diriger une structure dans laquelle ses marges de manœuvre en termes de ressources humaines restent marginales ?

Autre sujet, moins essentiel, mais tout autant absurde de mon point de vue. Il s’agit de ce que les spécialistes appellent la compétence négative, principe apparemment explicité dans le code de l’éducation dans son article L952-1, qui indique :

Sous réserve des dispositions de l’article L. 951-2, le personnel enseignant comprend des enseignants-chercheurs appartenant à l’enseignement supérieur, d’autres enseignants ayant également la qualité de fonctionnaires, des enseignants associés ou invités et des chargés d’enseignement.

Ce texte d’apparence anodine empêche les établissements relevant du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche de sous-traiter des parties de formation à des entreprises puisqu’elles ne sont pas mentionnées explicitement dans le passage qui précède. En conséquence, il est possible d’embaucher un vacataire de l’entreprise X pour réaliser un certain enseignement. Par contre, il n’est pas possible d’effectuer une commande auprès de cette même entreprise, dans le cadre d’un partenariat par exemple. Le lecteur même peu au fait de ces questions comprendra aisément que ce mode de fonctionnement rend certaines opérations impossibles.

Pourtant dans le cadre des formations d’ingénieurs que je connais bien, il est souvent extrêmement formateur, et d’ailleurs demandé explicitement par la Commission des Titres d’Ingénieur, de faire intervenir des professionnels. Ce n’est donc possible que sur le principe des vacations. J’ajoute que nombre de consultants ne peuvent pas intervenir en tant que vacataires car ne respectant pas les conditions d’emploi des-dits vacataires…

Je ne sais pas si la route vers l’autonomie est droite, mais la pente est forte, à l’évidence !

Coup de coeur et billet d’humeur

Publie par laurent-carraro le janvier 13th, 2011 dans la categorie Non classé Tags: , , , ,  •  4 Commentaires

Coup de coeur pour le blog Gaïa Universitas. Je recommande chaleureusement la lecture de ce blog, au ton léger, qui pourtant s’attaque de front – loin des postures et des discours clés en main – à l’avenir de l’université et de l’enseignement supérieur français. Le tout est argumenté à partir de réactions d’acteurs de terrain, confrontés aux difficultés quotidiennes que rencontrent les collègues.

Billet d’humeur concernant Le Monde. Le supplément éducation de mercredi titre sur l’Université, en annonçant que le master est devenu le diplôme phare de l’enseignement supérieur.
Visiblement les journalistes semblent assez mal informés puisqu’ils confondent allègrement masters et mastères spécialisés, interrogeant au passage la Conférence des Grandes Ecoles sur leurs conditions d’accréditation, ladite conférence n’ayant évidemment rien à dire concernant les masters ! Ils semblent croire en outre que les écoles délivrent des diplômes d’établissement, contrairement au master diplôme national, pensant en fait que les écoles de management représentent la totalité des grandes écoles. Doit-on rappeler que le titre d’ingénieur, protégé par la loi, donne automatiquement le grade de master ?

Je ne manque enfin pas de sursauter en lisant que

dans de nombreuses universités, les professeurs ont réclamé et obtenus « leur master »

J’ai au cours des dernières années participé au sein du ministère à l’habilitation de nombreux masters. Et de telles situations ne manquaient pas d’éveiller notre méfiance, presque toujours avec raison. Car la question n’est pas de savoir si tel professeur a eu son master, mais plutôt  de voir si la formation mise sur pied est cohérente, bien construite, avec des débouchés clairs, pour le plus grand bien des étudiants. Car un master n’est pas là pour fournir de la chair à canon qui alimente les activités de recherche, forcément excellentes, de son responsable.

2011 : l’université sort de l’adolescence ?

Publie par laurent-carraro le janvier 9th, 2011 dans la categorie Non classé Tags: , , ,  •  2 Commentaires

L’enseignement supérieur en général, et l’université en particulier, fait l’objet d’une attention suivie de la part du gouvernement et du monde politique. Le vote de la LRU a ainsi entamé une période de profonde refonte de notre système d’enseignement supérieur et de recherche.

Conformément à la culture administrative de notre pays, les problèmes sont essentiellement abordés via une approche institutionnelle et structurelle. C’est ainsi que l’on parle en permanence de gouvernance, de grand établissement, de la forme juridique des PRES, de fusions… Pourtant, il me semble que le problème essentiel est ailleurs. Comme indiqué dans le titre de ce post de façon un peu provocatrice, l’université sort d’une période au cours de laquelle les décisions de gestion importantes étaient prises au niveau central : carrière des enseignants-chercheurs, création ou suppression de postes, budgets affectés aux laboratoires, voire maquettes pédagogiques. Et j’ai été témoin entre 2006 et 2008 des arbitrages relatifs aux dotations de l’ensemble des laboratoires français, toutes disciplines confondues. Bien sûr, nombreuses étaient les personnes du ministère à participer à cet exercice, mais la décision finale était prise par un seul. Ce qui ne manque pas de laisser rêveur…

De ce point de vue, l’université française – en dépit de ses origines multiséculaires – peut vraiment être considérée comme sortant tout juste de l’enfance, et se trouve de fait en pleine crise d’adolescence. En effet, les réactions sur le terrain alternent entre déclarations enflammées d’autonomie, voire indépendance, et gestion marquée par une prudence exacerbée, pour ne pas parler de peur. Je rappelle en outre que le CA d’une université est largement une instance de gestion et non de pilotage ou de stratégie, comme doit l’être tout Conseil d’Administration.

La question posée est celle de la transformation de la culture d’entreprise universitaire, qui est indéniablement en cours, mais semble n’intéresser personne au niveau de l’Etat. Car pour devenir responsable et autonome, il ne suffit pas que quelqu’un vous dise que vous l’êtes ; il faut le comprendre profondément, le partager et apprendre à en assumer les conséquences.

De mon point de vue, de nombreuses difficultés entre écoles et universités trouvent leurs sources là. Car les écoles dans leur immense majorité se frottent à ces questions de pilotage, responsabilité, autonomie, alliances… Ce que les universités commencent juste à traiter en profondeur. Et leur tendance à répéter le modèle centralisé qu’elles ont subi pendant tant d’années n’est pas là pour rassurer les écoles. Je reviendrai sur cette question bientôt.
Gageons que cette année 2011 permette aux universités de changer d’état quantique, de manière à ce que ces notions essentielles que sont responsabilité et autonomie leur deviennent une seconde nature.