MOOC : critiques et attentes irréalistes de certains participants

Head in HandsLe MOOC « Monter un MOOC de A à Z » s’est terminé il y a maintenant quelques semaines, avec plus de 4000 inscriptions pour cette seconde session. Encore de nombreuses imperfections, mais on progresse. Si le cours  est améliorable (comme toujours), je me suis rendu compte que de nombreux participants avaient une conception erronée de ce qu’étaient les MOOC, et tenaient des propos qui n’étaient pas toujours très agréables à lire pour l’équipe pédagogique. Aussi j’aimerais répondre à quelques-unes de ces critiques…

L’animation d’un MOOC est une étape importante (on en a d’ailleurs déjà parlé), et l’on ne peut laisser les participants livrés à eux-mêmes sur les forums. Cependant, j’ai une thèse à terminer, et si j’ai poursuivi personnellement l’animation des réseaux sociaux, je me suis désengagé des forums cette fois-ci. Quand, à la faveur d’une accalmie dans mon travail de recherche, je me suis mis à parcourir les forums, j’ai découvert un certain nombre de critiques pas toujours très justifiées à mes yeux, auxquelles je souhaiterais répondre.

Tout d’abord, sur le contenu du cours. Quelques participants se sont plaint du fait que le cours ne répondait pas exactement à un besoin précis auquel ils faisaient face. C’est un phénomène inévitable. Si vous connaissez une manière de répondre exactement à toutes les attentes de tous les participants en termes de contenus, expliquez-la moi. Par exemple je n’ai pas fait de cours sur la manière d’installer une plate-forme de MOOC, à partir d’une technologie Open source comme Open edX ou Moodle (celle qui sous-tend FUN). L’installation de plates-formes de MOOC, c’est quelque chose qui ne concerne qu’une poignée de personnes – FUN, Unow, Neodemia, Learn MOOCit.

Outre le fait que cela ne concerne presque personne et que ce n’est heureusement pas requis pour monter un MOOC, nous n’avons pas à former à absolument tout. Si on va par là on peut aussi mettre un cours sur comment on crée son profil Facebook, comment monter une vidéo, etc. Il y a un moment où il faut savoir délimiter le contenu du cours et se cantonner à ce qui est spécifique aux MOOC. Au pire, si vous jugez un contenu essentiel, apportez-le et contribuez au cours, on ne demande que ça.

Autre critique que j’ai subie, selon un participant insatisfait, le cours serait du Canada dry (il reprenait une expression employée par Pascal Engel dans l’un de ses articles), un succédané de formation, et pas une vraie formation. C’est marrant ça. Je propose 5 parcours qui nécessitent si on veut les suivre tous simultanément pas moins de 40 heures par semaine sur cinq semaines, et il y en a encore pour dire que c’est du Canada dry. Eh ben mes aïeuls, si ça ça ne vous suffit pas je sais pas ce qu’il vous faut.

Par ailleurs, certains nous a reproché de pas avoir mis en place un tutorat individualisé pour tout le monde. Mais c’est que je suis pas Bill Gates moi, et je fais pas bosser des étudiants gratos. On va pas nous plus apporter les croissants au lit parce qu’il y en a qui trouveraient ça plutôt sympa. Le principe du MOOC, c’est justement l’autonomie, c’est pour ça que c’est « pas cher ». Ou alors à la limite on met du tutorat par les pairs. Ça je veux bien, même si je vois mal comment le mettre en pratique.

Quoi d’autre ? Ah, oui, les vidéos n’étaient pas de la qualité de celle d’un Youtubeur professionnel comme Véritasium (assez bonne vidéo soit dit en passant, sur pourquoi la technologie ne révolutionne pas l’éducation).

Certes, il n’y a pas besoin de beaucoup d’argent pour faire ça, mais savez-vous combien de temps il faut pour réaliser une telle vidéo (et le temps c’est de l’argent) ? Pour le teaser du MOOCAZ, qui n’est pas non plus incroyablement bien fait, c’est plus de 60 heures de travail. Pour une vidéo comme celle de Véritasium, entre la scénarisation, le tournage et le montage, c’est au bas mot 5 jours de travail. C’étaient mes premières vidéos, je les montais moi-même sur mon temps de recherche, et c’est juste pas possible dans ces conditions de consacrer plus d’une journée de travail par vidéo de 5 minutes, même si je suis d’accord que ce serait souhaitable. Mon objectif n’est pas nécessairement de concurrencer TF1 en faisant des vidéos super attractives, mais de répondre sobrement à un besoin de formation. Je vous souhaite d’ailleurs bien du courage pour faire une vidéo virale qui concurrence le 20h avec un cours sur les learning analytics de MOOC. Si vraiment vous en avez besoin de cette vidéo, alors tant pis si c’est pas ultra sexy, tant que c’est potable j’ai envie de dire.

Par ailleurs, j’ai continué à travailler sur le MOOCAZ en réalisant des entretiens, pour comprendre ce qui avait été apprécié ou non sur le plan des activités, pour aller plus loin que les questionnaires aux retours parfois laconiques.  J’aimerais proposer une version finale, stable, qui convienne au maximum de monde (la troisième édition vient d’ouvrir, c’est à cette adresse !). Mais en échangeant avec les uns et les autres, je me rends compte petit à petit qu’il est impossible de satisfaire tout le monde. Même en laissant beaucoup de liberté, pour satisfaire aux différentes attentes, beaucoup sont désorientés par le manque de directivité (ce que je peux comprendre pour avoir ce sentiment dans certains MOOC).

Bref, il faut tempérer ses attentes; une équipe peut faire son maximum, mais elle ne pourra pas satisfaire toutes les attentes d’un public aussi hétérogène, en termes de contenus, de pédagogie, d’activités, d’animation et d’accompagnement, ou de qualité des vidéos. Aux participants de MOOC, de manière générale, je demande donc un peu d’indulgence, d’autant que la formation est gratuite. On fait déjà notre maximum. Aux futurs concepteurs je dis, préparez-vous à recevoir des critiques à certains égards injustifiées, même si vous vous démenez gratuitement pour vos « étudiants »; c’est quasiment inévitable.

Parfois y a même pire. On tombe de temps en temps sur des gens qui vont jusqu’à vous menacer et tout le tintouin parce qu’ils ne sont pas contents de leur note, ou parce qu’ils sont insatisfaits de la manière dont vous gérez le cours (c’est rare, mais j’ai déjà vu), ou des gens qui tentent de s’introduire dans votre vie privée et vous spamment sur votre messagerie et sur les réseaux sociaux persos. Bref, le revers du succès en quelque sorte. Au moins vous êtes prévenus maintenant ; même si la plupart des gens vont vous faire des retours positifs (en général), il arrive que ça ne soit pas toujours aussi rose ! Estimez-vous heureux si vous n’avez « que » quelques critiques passablement injustifiées …

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