Les MOOC qui venaient du froid

Je vous écris aujourd’hui de Moscou, où je répands la bonne parole auprès d’un public d’enseignants de Français Langue Étrangère venus de toute la Russie. Ces Assises Universitaires du Français sont organisées par l’Ambassade de France et réunissent pas moins de 170 enseignants issus de 110 universités, elles-mêmes réparties dans près de 60 villes. Elles avaient cette année pour thématique le numérique pédagogique. Aussi voici mes impressions à chaud de cette ville splendide (accompagnées de quelques commentaires sur la situation des MOOC en Russie)

Ah, la Russie. C’est à 11 ans que j’avais commencé à apprendre la langue (avant de l’oublier aussi vite), et ce n’est que maintenant que je découvre le pays. Moscou est un véritable coup de coeur. Tout d’abord, le Métro, qui pour tout parisien qui se respecte est l’élément le plus important d’une ville. Certes, les moscovites n’y sont pas tout sourire, (mais bon, venant de Paris…) mais quelles stations ! Ce n’est pas des stations d’ailleurs, ce sont des cathédrales; le plafond est à 8 mètres, les murs sont en marbre, des sculptures en bronze ornent chaque station, les escalators de près de 100 mètres de long. Monumental. J’ai même découvert un métier, surveillant d’escalator, dont l’objet est de vérifier que tout le monde tient bien sa droite (et on se fait vilipender dans les hauts-parleurs si par malheur on déroge à la règle). Et question température, le changement climatique fait ses bons offices. J’étais venu avec grands manteaux, pulls, et me voyais déjà en chapka. Tu parles Charles, il faisait 29°C. C’est des tongs que j’aurais dû apporter.

J’ai été un peu déçu côté clichés. Bon, j’admets que mes deux voisins éclusant joyeusement la réserve de bouteilles en plastique de 25 cL de vin rouge à l’aller (quitte à en renverser un peu dans l’allée centrale), c’était tout de même une petite entrée en matière. Mais une fois sur place, je suis tombé sous le charme. Contrairement au cliché régulièrement véhiculé, on ne risque pas sa vie à chaque fois qu’on traverse la rue. Après avoir vécu en Inde, Moscou me paraissait être la Suisse Allemande. C’est propre, les gens sont (relativement) disciplinés, et les passants attendent sagement que le petit bonhomme passe au vert pour traverser. Mis à part quelques nids-de-poule et de temps à autre des voitures de sport qui slaloment à cent quarante (tiens, c’est sans doute pour ça qu’ils attendent sagement pour traverser), rien de très choquant. Passons juste sur les policiers qui verbalisent au beau milieu des six voies (et qui semblent prendre un bakchich au vu et su de tous).

Bon, allez, quelques mots sur les Assises et sur la situation MOOC en Russie; ce n’est un pas un blog de voyage non plus. Nous étions quatre intervenants français spécialisés dans le numérique (André Tricot, Nicolas Guichon, Geneviève Lameul et moi-même). J’entendais parler de mes collègues français depuis longtemps mais c’est la première fois que je les rencontrais en personne. C’est d’ailleurs amusant qu’il faille aller aussi loin pour rencontrer des collègues français. On a parlé utilisation du numérique en classe pour l’enseignement des langues, et j’ai fait mon petit laïus sur le rôle que pourrait jouer l’institution pour mettre un peu d’ordre dans le chaos que représente le marché des langues en ligne.

Sachez par ailleurs que les Russes ont lancé plusieurs plates-formes ces derniers temps. Une demi-douzaine d’établissements prestigieux étaient sur Coursera depuis longtemps, mais des plates-formes nationales ont commencé à faire leur apparition. J’avais repéré Universarium, mais c’est le lancement de Openedu.ru qui a fait l’actualité ces dernières semaines avec, de ce que j’ai compris, des articulations entre MOOC et cursus universitaires. Sans surprise, c’est la technologie Open edX du consortium edX qui a été utilisée (un peu sur le modèle de France Université numérique). Amusant comme on retombe sur les mêmes schémas à travers le monde.

Je suis frappé par cette perpétuelle Sainte-Trinité « plate-forme américaine (pour le top 10 des plus connus) / plate-forme nationale / plate-forme locale de l’université ». Et la façon dont la plate-forme “nationale” se développe reflète toujours assez bien le fonctionnement d’un pays. En Espagne, Miriadax est financé par des entreprises comme Telefonica et des banques comme Santander, au Royaume-Uni, c’est la start-up Futurelearn issue de l’Open University qui mène le bal, aux Etats-Unis, ce sont des startups boostées au capital-risque qui dominent. Bref, le reflet d’une société.

Je m’arrête là pour aujourd’hui, et j’en profite pour remercier toute l’équipe de l’Ambassade pour l’organisation de l’événement et pour l’énorme travail que cela représente; nous avons été traités comme des rois, il n’y a rien à redire. Pour le prochain billet, je vous écrirai depuis New York, où je pars jeudi en compagnie de mon collègue doctorant Jean condé présenter une partie de mes travaux à Colombia. Et avant qu’on ne le demande, oui la rédaction de ma thèse avance 🙂

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