L’essor des MOOC, un tournant dans l’Open Education ?

http://www.dreamstime.com/stock-photo-holder-master-s-degree-image11200570L’essor des MOOC a été caractérisé par un accroissement considérable de l’investissement des établissements d’enseignement supérieur dans la conception et la diffusion de ressources pédagogiques en général et de vidéos pédagogiques en particulier. L’évolution qualitative et quantitative de l’offre qu’a permise l’essor des MOOC marque-t-il pour autant un tournant dans l’histoire de l’Open Education ? Dans l’article d’aujourd’hui, j’aimerais revenir succinctement sur les tenants et les aboutissants de l’essor de l’offre au regard de l’hybridation des MOOC avec les systèmes de formation.

L’évolution est qualitative dans la mesure où les ressources produites dans le cadre de la conception de MOOC sont en général davantage pensées pour un usage en ligne que celles des Open Coursewares (OCW), crées le plus souvent pour un usage en présentiel. Elle est ensuite quantitative ; sur la seule plate-forme FUN, ce sont plusieurs milliers de vidéos qui ont été produites pour des MOOC sur la période 2014/2015. Cette croissance de l’offre intervient au moment même où les OCW semblent rencontrer des difficultés de financement. L’engouement suscité par les MOOC a probablement contribué à un renouveau de l’offre de ressources pédagogiques en ligne, mais il reste à déterminer si cette évolution constitue une rupture nette sur le plan quantitatif.

A ma connaissance, les seules comparaisons entre MOOC et OCW publiées à ce jour portent sur les différences de popularité dans les moteurs de recherche. Aucune analyse quantitative … Or, plusieurs sites ont réalisé le travail de recensement des OCW et des REL nécessaire à la réalisation d’une telle recherche, et une collaboration avec de tels acteurs pourrait servir de base à la construction d’une vision quantitative des évolutions de l’écosystème. Les études sur l’abondance de ressources restent le plus souvent cantonnées à un site ou à une institution, à l’image des travaux sur les MOOC, et les analyses transversales font largement défaut en la matière ; seule une collaboration avec des acteurs disposant de données à l’échelle de l’écosystème permettrait ainsi d’ouvrir la voie à une compréhension globale du phénomène. Peut-être pour ma prochaine thèse …

Mais il ne faut pas se cantonner à la question du nombre de ressources; il y a aussi celle de l’accessibilité. A l’exception des équipes pédagogiques qui relancent le projet de manière périodique ou qui adoptent le modèle asynchrone, les MOOC ne sont plus du tout accessibles passé un certain délai. Dans ce dernier cas et contrairement aux OCW qui n’ont en théorie pas de date de clôture, les ressources du cours finissent par ne plus être accessibles via la plate-forme une fois les inscriptions terminées. Il arrive également qu’elles ne soient plus accessibles qu’à ceux qui s’étaient inscrits en temps voulu. Et c’est bien dommage. On investit des fortunes pour créer des formations qui ne sont parfois utilisées qu’une seule fois. Qu’on ne les réplique pas, soit, mais que l’on rende au moins les ressources accessibles. Certes, il y a à boire et à manger dans le mouvement MOOC, mais il y a quand même pas mal de cours de qualité. Quel dommage qu’ils ne soient pas accessibles en permanence. Et je ne suis pas le seul à penser cela; j’en veux pour preuve les propos d’un enseignant d’un excellent MOOC avec lequel j’ai réalisé un entretien.

« C’est un peu un crève-cœur de se dire qu’à partir du 30 juin ce MOOC n’existera plus. Donc, on aimerait bien que le MOOC se transforme en base de données et ça serait une manière de continuer à décliner la modularité. Autant le MOOC a été conçu pour être utilisé dans un tout, dans un certain ordre mais il a aussi été conçu pour pouvoir être utilisé dans les ordres que chaque apprenant pourrait lui-même trouver. Le MOOC deviendra très bientôt une banque de ressources où les gens pourront aller piocher comme dans une bibliothèque, via Moodle. Une approche à laquelle l’établissement a été sensible. »

Enfin, bon encore faut-il que l’accroissement de l’accessibilité fasse l’unanimité. Certaines équipes préfèrent clore définitivement l’accès aux ressources du cours alors même que des alternatives sont possibles. Il serait d’ailleurs intéressant aussi de chercher à déterminer pourquoi elles choisissent des licences propriétaires en lieu et place de licences de libre diffusion. N’oublions pas en effet que c’est le type de licence choisie qui détermine les usages que l’on peut faire du cours au sein du système de formation, en particulier dans le cas de l’hybridation. Comment les manières de se représenter le MOOC influent-elles sur cette décision ? L’analyse de mes entretiens suggère notamment que les positions des enseignants sur ces questions dépendent en grande partie de leur discipline d’origine, les enseignants de droit ou d’économie ayant par exemple une position généralement différente de celles des enseignants de sciences naturelles. Peut-on détecter des différences culturelles selon les disciplines académiques quant à la politique de partage des ressources pédagogiques, et comment expliquer d’éventuelles différences ? Pour une troisième thèse peut-être …

Heureusement, une plate-forme peut également imposer sa politique. Les plates-formes comme Coursera, après avoir imposé à leurs partenaires de maintenir des archives ouvertes pendant une période de plusieurs mois après la fermeture du cours, poussent désormais à adopter le format asynchrone, sans date de commencement, et donc sans date de fin. Ce modèle, qui ne concerne pour le moment qu’une partie de l’offre, tend à s’étendre au sein de la plate-forme et plus largement dans l’écosystème. En novembre 2015, il concernait d’après les données de Class Central près de 20% des MOOC sur Coursera, et 15% des MOOC d’edX en novembre 2015. Et c’est une bonne nouvelle pour ceux (comme moi) qui veulent d’une véritable articulation entre MOOC et système de formation.

Avec le format synchrone, il était difficile d’imaginer construire des maquettes pédagogiques sur la base de MOOC sans une forme de convention avec l’établissement qui en était à l’origine ; l’hybridation ne pouvait être que ponctuelle si elle dépassait la simple utilisation des ressources pédagogiques. Le passage du modèle synchrone au modèle asynchrone pose un certain nombre de problèmes de scénarisation, dans la mesure où la disparition du caractère événementiel du MOOC est susceptible d’affecter sensiblement des éléments déterminant largement la motivation des participants : effet des contraintes temporelles, interactions entre participants, éventuelles évaluations par les pairs. Cette mutation impose par ailleurs de repenser la signification des taux de certification ; elle facilite en revanche probablement l’intégration des MOOC au sein des systèmes de formation. Mais il manque néanmoins un élément crucial pour que les choses puissent se faire : le contenu du MOOC doit être adapté à des étudiants. Et ça, ce n’est pas toujours gagné ! Nous reviendrons sur la question un de ces quatre ….

PS : la fin de la thèse approche, plus que quatre semaines pour rendre le manuscrit ! (et non je ne procrastine pas en faisant des billets de blog, je ne fais que recycler des conclusions alternatives 🙂 )

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