Un MOOC, de la taille d’une petite université, ou de celle d’un billet de blog ?

Une meilleure compréhension de l’utilisation des MOOC sur la base des comportements observables s’avère indispensable si l’on veut interpréter correctement les statistiques que produisent les MOOC. Celles-ci conduisent parfois certains concepteurs à déclarer « 10.000 participants, c’est plus d’étudiants que je n’en ai vu et que je n’en verrai dans toute ma vie d’enseignant ». Dès lors que l’on fait l’amalgame entre MOOC et cours universitaire, il suffit de remplacer le terme inscrit par le terme étudiant pour qu’un MOOC à succès ait en apparence l’audience d’une petite université. En extrapolant ce raisonnement, l’audience d’une plate-forme comme Coursera correspondrait approximativement à la population estudiantine de l’Europe de l’Ouest. Si à l’inverse on considère qu’une inscription correspond peu ou prou à l’équivalent d’une métrique comme la « vue d’une page d’un site web », un simple billet de blog peut rivaliser avec un MOOC en termes d’audience (et coûter trois cents fois moins cher). Deux trois mots sur une question d’autant plus importante que les médias se laissent vraiment facilement abuser par ces statistiques.

Première approche pour déterminer à laquelle de ces deux situations l’inscription à un MOOC s’apparente davantage : une analyse basée sur le temps investi par les participants. Ce paramètre, par son caractère objectivable, peut servir de dénominateur commun pour comparer des formes d’enseignement et des modes d’apprentissage très divers. Le temps consacré à une année universitaire correspond au temps nécessaire au suivi de plusieurs dizaines de MOOC. Il faut une soixantaine de MOOC d’une vingtaine d’heures chacun pour atteindre mille deux-cent heures, soit l’investissement temporel approximatif d’une année universitaire. Cent mille certificats délivrés, c’est l’ordre de grandeur pour une plate-forme européenne, cela correspond approximativement à l’investissement temporel de mille étudiants sur une année universitaire. Il est possible qu’il faille majorer ce chiffre de 10 à 50% pour prendre en compte la prévalence des formes alternatives de complétion (regarder les vidéos sans faire les devoirs), mais guère plus. La plate-forme edX déclare sur son site avoir délivré environ dix fois ce nombre de certificats depuis sa création, ce qui correspond à l’équivalent en investissement temporel de dix mille étudiants réalisant une année universitaire, voire deux ou trois fois plus si l’on prend en compte que les MOOC qui y sont organisés sont plus longs.

Au vu de ces chiffres, les plates-formes de MOOC sont-elles comparables avec les Méga-Universités comme l’Open University britannique, ou l’UNED espagnole, formant à distance chaque année des centaines de milliers d’étudiants. Il est difficile de répondre à cette question sans une analyse précise de l’investissement temporel qu’impliquent annuellement ces formations. Malgré tous les obstacles méthodologiques que représente la comparaison de modes d’enseignement aussi distincts que la formation en présentiel, l’enseignement à distance traditionnel et les MOOC, il serait intéressant d’étendre ce type de raisonnement, ne serait-ce que pour déterminer si les MOOC bénéficient ou non de « l’effet de levier » dont on les a souvent crédités du fait de leur caractère massif. Si l’on en prend en compte le coût que constitue la conception d’un MOOC (Hollands & Thirtalli, 2014a), il est probable que les MOOC se révèlent bien moins efficients qu’il n’y paraît à premier abord. Il y a là un terrain de réflexion de choix pour les économistes de l’éducation.

Si vous voulez mon avis il n’y a pas tant de sujets où un MOOC peut se révéler plus « efficient » (je ne parle même pas de rentable) qu’une formation en présentiel (c’est à dire que le ratio apprentissage / investissement financier est plus élevé qu’une formation en présentiel). Je dirais même, au vu du nombre de MOOC qui ont été organisés qu’une seule fois, avec peu de certifiés au bout du compte, que l’efficience des MOOC est plutôt basse dans son ensemble. Il y a bien quelques exceptions, mais ce sont bel et bien des exceptions. Vous excuserez mon petit côté « Cour des Comptes », mais je ne vois pas l’intérêt d’investir des sommes considérables dans la conception de MOOC s’ils ne sont pas utilisés derrière. Enfin bon, à mes yeux c’est du bon sens, mais ça va pas toujours de soi. D’où l’importance ou de choisir de les utiliser derrière en cursus, ou de choisir des sujets qui ont un certain succès auprès des internautes ….

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