MOOC prioritaires versus MOOC périphériques

Vous vous étonnez que les taux de certification de votre MOOC soient si bas. Rassurez-vous, peut-être cela signifie-t-il simplement que pour nombre de participants, votre cours n’est pas prioritaire par rapport à d’autres MOOC qu’ils suivent (mais est-ce bien rassurant ?). On oublie trop souvent que les utilisateurs de MOOC sont inscrits à de nombreux autres cours. Des analyses d’entretiens que j’ai réalisées suggèrent l’existence d’un certain éclectisme dans les motivations des participants s’inscrivant à plusieurs cours. Tel cours d’entrepreneuriat correspond à une logique de développement professionnel – et le participant cherche à en obtenir le certificat coûte que coûte – tandis que tel cours sur le Jazz est suivi par simple curiosité, sans qu’il n’y ait de véritable enjeu. A la moindre contrainte personnelle, c’est ce dernier cours qui sera laissé de côté.

 A l’inverse, d’autres utilisateurs découvrent les MOOC par l’intermédiaire d’un projet professionnel, mais l’activité devient rapidement un hobby et la motivation intrinsèque prend le dessus. Le participant peut alors suivre de nombreux MOOC sans avoir de projet d’application en tête, et les cours en lien avec l’activité professionnelle deviennent moins prioritaires. La non-certification au sein d’un MOOC peut être la condition sine qua none de l’obtention du certificat dans un autre cours.

Il serait intéressant de chercher à estimer dans quelle mesure une inscription s’inscrit dans un projet d’apprentissage ou au contraire constitue un écart à un projet d’apprentissage prioritaire. On pourrait ainsi distinguer les MOOC prioritaires de MOOC périphériques.

Cette notion de cours périphérique est issue d’un entretien avec un cadre expatrié suivant les MOOC avant tout dans une optique professionnelle, et faisant parfois des « écarts » à un projet d’apprentissage plus globale : « Il y en avait un que j’avais commencé mais que j’ai dû arrêter par manque de temps parce qu’il est. C’était un MOOC détente, qui me passionne, qui était le MOOC Jazz. Alors je l’avais fait parce que, parce que le Jazz m’intéresse et parce que c’était l’unique opportunité d’apprendre avec de bons professionnels. Donc c’est un MOOC super, mais j’avoue que j’ai pas eu le temps, donc j’ai dû abandonner en route, c’est l’un des rares que j’abandonnais, mais je vais sans doute le refaire, il est toujours sur ma liste, parce qu’il est topissime, mais euh, voilà, c’était un MOOC loisir, mais pour le moment, comme je vous dis, je suis en phase de réflexion professionnelle, bon, on a ses priorités. »

La non-certification au sein d’un cours périphérique n’aurait pas la même signification que la non-certification au sein d’un cours prioritaire. Pouvoir attribuer un « degré de priorité » moyen à un MOOC permettrait d’interpréter avec plus de précision une éventuelle non-certification. Une enquête pourrait être diffusée aux utilisateurs inscrits à de multiples cours afin qu’ils hiérarchisent les cours qu’ils suivent selon leur importance. Cette suggestion conclut notre réflexion sur les approfondissements potentiels des travaux que nous avons initiés, et nous aimerions terminer ce manuscrit en proposant une piste de recherche qu’il nous semble indispensable de mener si l’on souhaite appréhender les faibles taux de certification observés dans les MOOC : l’analyse du point de vue de leurs concepteurs, ainsi que le lien entre les caractéristiques du dispositif et le taux de certification.

Voilà, c’était un petit concept pas trop compliqué pour commencer la journée, et qui me semble utile pour comprendre pas mal de phénomènes que je constate au quotidien au sein des MOOC.

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