Hybrider des cours de Coursera ou de FUN : quelques questions pratiques

Dans le billet d’aujourd’hui, j’aimerais vous parler de Coursera  et de France Université Numérique comme sources de ressources pédagogiques que vous pourriez intégrer dans un curriculum. Pourquoi ces deux cas d’étude ? Parce que ce sont des plateformes de MOOC aux contenus assez homogènes, sur le plan de la forme (format vidéos / quiz / ressources complémentaires assez constant).  Or il est intéressant de comparer les potentialités respectives, d’une part d’une plateforme française comme France Université Numérique, et d’autre part d’une plateforme américaine comme Coursera, avec essentiellement des contenus en anglais.

Rappelons-le pour la énième fois, l’intérêt des MOOC, c’est avant tout d’avoir des formations complètes, autosuffisantes. On n’est pas comme sur des ressources éducatives libres, isolées, où, en tant qu’enseignant, on aurait à refaire nous-même toute la scénarisation. Là, on est sur du clé en main, en quelque sorte, avec évidemment des petites adaptations à faire au besoin, du type création d’examen sur mesure, mais rien de bien méchant. Pourquoi contraster Coursera et France Université Numérique ?  Pour la langue d’enseignement, cela va de soi.  Coursera est une des principales plateformes de MOOC à l’échelle mondiale, et France Université Numérique compte dans le monde francophone.

Ce qui fait la particularité de France Université Numérique, c’est qu’il y a quelque part entre 50 et 150 (selon la période) cours ouverts en même temps (par contraste avec Coursera où ils se comptent par milliers). En revanche, si vous allez dans les archives, on voit plus de 500 cours, ce qui est considérable pour une offre francophone. Quand ils sont archivés, néanmoins, si vous ne vous êtes pas inscrit.e au cours au moment de son ouverture, vous ne pourrez pas avoir accès au contenu. Alors certes, il y a un système qui s’appelle FUN Campus (une grosse centaine de cours), et un autre qui s’appelle FUN Ressources. Une partie du contenu y est accessible sous conditions, mais le gros de la production française existe sous la forme d’archives non accessibles, ou si peu. Quand c’est accessible, c’est sur des périodes limitées. Dès lors, vous ne pouvez pas directement intégrer le MOOC dans une formation comme vous le souhaiteriez. Ce n’est pas vraiment pensé pour l’hybridation, donc, alors que le potentiel est là. En termes de quantité de cours disponibles pour de l’hybridation, la masse critique n’est pas atteinte du fait de l’organisation de la plateforme.

Pour Coursera en revanche, vous pouvez toujours (ou presque) avoir accès gratuitement à l’ensemble des vidéos du cours, y compris dans les cours « archivés ». Vous n’avez pas en théorie le droit d’utiliser en tant qu’établissement d’enseignement supérieur ces vidéos sans autorisation. C’est gratuit pour un usage individuel, pour un usage institutionnel, il y a un modèle économique. Mais en pratique, qui contrôle ? Sur Coursera, sans payer, on est auditeur libre. Ça veut dire que simplement on peut avoir accès aux vidéos. Si vous voulez être carrés et payer, notamment pour avoir accès aux certificats, Coursera Plus c’est à peu près 370 € par an par étudiant. Faites le calcul, cela peut revenir très cher si vous prenez un abonnement à l’échelle de l’établissement ou d’une formation, sans réellement avoir la certitude que des étudiants derrière vont se connecter. A titre personnel, je l’ai utilisé dans mon établissement mais c’est parce qu’il y avait une offre liée à la pandémie, cela ne nous a rien coûté à CY Cergy Paris Université. Du coup, on peut dire aux étudiants, dans le cadre d’une UE libre par exemple : allez chercher dans le catalogue un cours qui vous convient, et apportez-moi la preuve que vous avez bien appris. Sur Coursera, on peut choisir quelques MOOC en français (de l’EM Lyon, de l’ESSEC, de l’ENS, etc.) pour les intégrer dans les cursus.  A la fin les étudiants peuvent arriver avec un certificat qu’on leur demande de ramener comme preuve de suivi. C’est une grosse différence quand on fait de l’hybridation de formation complète par rapport à des ressources libres.

En tant qu’administrateur Coursera de mon établissement, je sais qui est inscrit et quand les étudiants se sont inscrits. Je sais plus ou moins ce qu’ils ont fait et donc je peux suivre comme ça, à l’échelle d’un programme entier, comment mon établissement utilise la plateforme. Grâce aux learning analytics, je peux même savoir le nombre d’heures d’apprentissage, le nombre de leçons suivies au fil du temps.  Du coup, ce qui est intéressant, c’est qu’avec ce type d’approche,  finalement, quand tout est clé en main, non seulement vous avez accès à des formations autosuffisantes, avec preuve d’apprentissage, mais en plus vous avez des outils de suivi qui, en tant qu’administrateur ou en tant qu’enseignant, vous permettent de savoir ce qu’il advient de ces ressources et ce que vos étudiants vont en faire. Clairement, une situation royale quand l’on veut faire de l’hybridation. Coursera a un vrai potentiel de transformation de l’enseignement supérieur anglophone à l’échelle mondiale. Que les MOOC n’aient pas fait trop bouger les choses en France, c’est un fait. Dans le monde anglophone, en revanche, la situation est toute autre du fait de choix stratégiques effectués par la plateforme américaine, au catalogue impressionnant tant sur le plan quantitatif que qualitatif.

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