Des MOOC aux logiques très variées : implications pour l’hybridation

Dans le billet d’aujourd’hui, qui s’inscrit dans la droite lignée de celui de la semaine dernière, j’aimerais vous parler de l’analyse de cours en ligne, sur une plateforme de cours en ligne, étape nécessaire avant d’envisager leur hybridation. Imaginons que l’on soit dans le scénario où l’on recherche des ressources externes, c’est-à-dire que l’on n’a pas conçues soi-même, pour pouvoir les intégrer dans un cours ou dans un curriculum.  Je vais vous parler d’exemples fondés sur les MOOC puisque c’est l’exemple que je connais le mieux, mais l’on pourrait penser au-delà de ce seul cas. L’objectif de ce billet est de pointer les limites d’un discours généraliste qui consisterait à dire, « hybrider un MOOC cela pose tel ou tel problème », en présentant la diversité des logiques qui sous-tendent leur conception. Au passage, je présente certaines de mes recherches.

Les MOOC diffèrent énormément les uns des autres en termes de durée et d’objectifs, entre autres. Or vous vous demandez peut-être si le MOOC que vous avez en tête (pour l’intégrer on s’entend) va être une sous-composante d’un cours, une ressource complémentaire, ou si c’est pour le mettre au centre de la formation. Vous ne répondrez pas à la question de la même manière selon que le cours se suit en 3 ou en 30 heures. Si le MOOC peut être terminé en 2 h, vous n’allez pas pouvoir remplacer une UE de 30 heures. Je m’étais amusé en thèse à analyser les pages de présentation des cours, recensant combien d’heures en moyenne étaient nécessaires pour terminer un cours (un papier publié dans RITPU, pour ceux que cela intéresse). Sur une plateforme comme Coursera, il faut d’après l’enseignant en moyenne une quarantaine d’heures pour terminer le cours. Sur France Université Numérique, c’était à peu près la moitié, soit à peu près une vingtaine d’heures. Et donc ça donne assez une petite idée de la différence de philosophie entre plateformes.

Sur les plateformes américaines, les cours sont davantage conçus comme une transposition de cours faits en présentiel. Par contraste, vous allez sur des plateformes comme France Université Numérique, on est sur des cours beaucoup plus légers, relevant davantage de la vulgarisation. Nous avions montré avec mon étudiante que sur FUN, la plupart des cours affirmaient qu’il n’y avait pas de pré requis pour suivre la formation, ou très peu de prérequis.  Gros contraste avec la politique de edX, où les MOOC peuvent être durs à terminer. Alors, bien sûr, il ne faut pas généraliser de manière abusive. Il y a des MOOC extrêmement faciles sur edX, comme des MOOC vraiment chronophages sur France Université Numérique.  Mais tendanciellement, en France nous étions plus dans une logique de communication, de vulgarisation.

Pour confirmer ces intuitions, j’étais allé interviewer des concepteurs de MOOC sur des sujets aussi variés que les mathématiques, la littérature ou la physique. J’avais constaté que pour certains, ils calquaient le MOOC sur des cours universitaires, avec le même niveau d’exigence, disant explicitement :  « Là, c’est le même exercice qu’on donne en TP aux nos étudiants  et dans le MOOC aux apprenants ». A l’inverse, d’autres (dont moi) le voyaient comme un outil de vulgarisation. Or, selon que l’on se situe dans une logique de cours universitaire ou selon une logique de vulgarisation, les conséquences ne seront pas les mêmes en termes d’hybridation. Prenez garde avant de discourir sur l’hybridation « des » MOOC. Il faut les penser dans toute leur diversité.

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