Libre accès aux ressources pédagogiques des cours universitaires : un chantier encore trop négligé

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler d’un sujet qui revient régulièrement dans les discussions entre enseignants, dans les établissements d’enseignement supérieur: l’accessibilité et la visibilité des cours (et pas seulement des cours en ligne), à l’échelle de l’institution. C’est à mon sens un élément crucial dans toute stratégie de digitalisation et d’hybridation de l’offre de formation d’une institution, mais pas uniquement.

À partir du moment où l’on propose un cours dans une université, celui-ci apparaît en principe dans le système d’information de son établissement (Apogée ou autre). Ce travail administratif permet au passage de produire des analyses de l’évolution de l’offre de formation, ce que l’on fait rarement.  Mais bien qu’en théories tous les cours soient déclarés, cela ne signifie pas que les syllabus en soient inaccessibles. Bien souvent, les cours n’existent que dans le système d’information de l’établissement, et dans l’ordinateur du concepteur.

La première étape d’une stratégie de digitalisation d’un établissement, à mon sens, avant de se lancer dans la création de cours en ligne à tout va, consiste à s’assurer que l’ensemble des cours (en présentiel donc) comportent une page de présentation avec un syllabus, disponible (idéalement) à tout internaute. La quantité de travail est relativement réduite. A CY Cergy Paris Université, nous devons de toute façon presque donner le syllabus pour entrer la formation dans le système d’information, mais en revanche rien ne nous oblige à rendre ce travail accessible, et c’est quelque peu dommage. Pour illustrer mon propos, voici le site « UE libres » de l’établissement de Cergy, organisé par discipline avec son florilège de syllabus, certes succinct, une démarche qu’il me semble pertinent de mettre en place dans tout établissement qui se respecte.

Evidemment, la seconde étape consiste à mettre à disposition de tous le contenu de ce cours dans une logique « d’Open Courseware », comme disent les anglo-saxons. Tout ce que l’on peut partager sans grand danger, sans problème de propriété intellectuelle, devrait l’être.

Il faudrait faire ce que les Américains, par exemple, font depuis 20 ans sur des sites comme le MIT Open Courseware. Les enseignants voient le travail de tous leurs collègues (qui font la démarche). Seul problème : l’exception pédagogique ne couvre pas vraiment ce cas d’usage si l’accès au site est ouvert à tous. Pour mémoire, avec l’exception pédagogique, même si vous mobilisé quelque chose couvert par la propriété intellectuelle, comme des figures  sur lesquelles vous n’avez pas les droits, à partir du moment où ce n’est accessible qu’aux simples étudiants de l’établissement (et pas à tous les internautes), vous avez le droit de les mettre en ligne grâce à l’exception pédagogique.

Souvent, on le donne en accès à ses propres étudiants, et parfois à tous les autres étudiants de l’établissement  qui pourraient être intéressés, que ce soit pour s’orienter,  pour réviser, pour voir ce que font d’autres disciplines,  ne peuvent pas y avoir accès. Une telle logique de partage pourrait bien évidemment bénéficier, en premier lieu, à la communication entre collègues. En ce qui me concerne, personne ne sait vraiment dans le détail ce que j’enseigne dans mon établissement, et réciproquement.

Si une telle logique d’ouverture est mise en place à l’échelle institutionnelle, le bon sens consiste à mettre en place des indicateurs, comme le nombre (ou le pourcentage) d’unités d’enseignement dont la description et/ou le syllabus détaillé sont accessibles. Voire, soyons fous, dont le contenu est librement accessible, aux étudiants de l’établissement et/ou aux internautes. Cette réflexion, qui émerge régulièrement dans les institutions, reste à mon sens trop souvent embryonnaire. On se contente, et c’est dommageable, d’une simple logique administrative de déclaration des cours.

Que les cours aient une vitrine, et que le contenu soit autant que faire se peut accessible aux étudiant.e.s concerné.e.s, c’est une idée qui se défend facilement. Que l’on aille au-delà, pourquoi faire, me direz-vous ? Pourquoi déploierait-on des efforts pour que étudiants puissent accéder, au sein de leur établissement, au contenu de cours qui n’appartiennent pas à leur propre cursus, ou du moins à leur formation proprement dite ? Un.e étudiant.e peut en explorant les ressources se faire une meilleure idée de ce qui l’attend dans les années à venir, se former par simple curiosité, comme on le ferait sur une plateforme de MOOC. On pourra également intéresser des étudiants prospectifs inscrits dans d’autres établissements. Et puis, j’aimerais presque retourner la question. Pourquoi ne pas le faire ? Une fois le contenu mis en ligne pour ses propres étudiants, l’ouverture est facile à mettre en œuvre, il ne s’agit que d’une gestion de droits.

En échangeant avec les collègues, j’ai néanmoins compris que leur perfectionnisme constituait un frein de taille : en particulier, rendre leur travail visible aux autres enseignants et enseignants-chercheurs n’est pas chose aisée. Il y a un côté artisanal, tambouille, dans la conception de ressources; on laisse parfois des choses imparfaites, et il est normal de ne pas vouloir prêter le flanc à la critique. Mais ne serait-il pas pertinent de dépasser ces blocages pour faire évoluer les choses ?

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