Tensions autour de la marchandisation de l’open education

La création et la diffusion de ressources éducatives libres, cela coûte de l’argent et cela rapporte peu. On a beau dire que cela change le monde, que Coursera, en ouvrant gratuitement son contenu, modifie profondément les règles du jeu (ce qui est sans doute vrai), il faut bien gagner des sous à un moment pour aller plus vite. Au risque de trahir l’esprit initial du projet. Aujourd’hui, je voulais faire quelques remarques rapides sur la tension que traverse les acteurs publics face à ce problème.

Avec feu iTunes U, avec Youtube, et j’en passe, les acteurs privés ont joué un rôle central dans la diffusion des ressources éducatives libres (REL), ainsi que des technologies associées. Il est intéressant de noter à cet égard que le code informatique de la plateforme FUN MOOC correspond à open edX, possession de l’entreprise 2U Inc. Dans le public, en France, nous avons des plateformes comme FUN MOOC, les UNT, Canal-U. Bien que nécessaire, la marchandisation reste une voie peu explorée par ces acteurs publics (là ou Youtube vivra des REL via des revenus publicitaires), et ce bien qu’un acteur comme FUN reçoive des injonctions de la part des financeurs publics (Ministère de l’Enseignement Supérieur, etc.) pour tendre vers la viabilité économique (et qu’elle ait tâché d’y répondre, notamment par la formation d’adultes).

La dilemme entre missions de service public et marchandisation des savoirs, auquel font déjà face les universités françaises depuis plusieurs décennies (je pense au travail d’Harari-Kermadec, un ancien collègue de l’ENS Cachan), offre un cadre intéressant pour analyser les choix en matière de monétisation des REL par nos acteurs publics. L’on peut émettre l’hypothèse selon laquelle les tensions qui traversent les institutions françaises sur l’évolution de la marchandisation du savoir (on voit des Bachelors coûteux se multiplier, pour ne parler que de ça) dans les murs des établissements se prolongent virtuellement sur la Toile.

L’on peut se demander à quel point diffèrent sur ce point les universitaires français et états-uniens, pour ne citer qu’eux. Issus ou non d’institutions publiques, les enseignants constituent de facto, par leur rôle de créateurs de contenu, les chevilles ouvrières de plateformes privées comme Coursera. La marchandisation des ressources ainsi produites constitue dès lors l’un des moteurs de la montée en puissance de tels acteurs privés dans l’Internet anglophone, tant pour la diffusion de ressources que la constitution d’une offre de formation. Est-ce que les enseignants qui contribuent à ce phénomène sont en accord avec la monétisation de leur travail ? Je pense qu’aux USA, cela ne choque pas particulièrement. En France en revanche, ce n’est pas notre tasse de thé. D’où la prépondérance des initiatives publiques comme Canal-U, et la difficulté à mobiliser le corps enseignant pour générer des revenus pour des projets français de REL. Et donc notre difficulté à trouver en France un autre modèle que celui de la subvention étatique pour continuer à faire tourner la boutique.

Bref, je ne fais qu’effleurer ici certaines des questions consubstantielles du développement pérenne d’un modèle d’open éducation. A voir comment les choses évoluent à l’avenir.

 

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