Plateformes de MOOC, hybridation et conflits divers

Dans ce billet, nous allons parler analyse de plateformes de MOOC et de leur caractérisation. J’y reviens sur des trouvailles plutôt anciennes, mais ne manque pas d’aborder des questions contemporaines. Je parle notamment des partenariats globaux entre plateformes de MOOC et universités, qui sont absolument toujours d’actualité, surtout avec des acteurs comme Coursera, encore centraux dans l’écosystème de l’apprentissage en ligne, et qui ont su diversifier leurs sources de revenus.

Pour comprendre la concurrence entre plateformes, je vous recommande d’aller voir dans la vidéo associée au billet quelques graphiques que j’ai produits en thèse (huit ans, c’est daté, mais la logique reste la même). C’est une analyse à grande échelle sur laquelle on avait regardé, entre autres, la nationalité des établissements partenaires des différentes plateformes de MOOC. Cela allait de Coursera à France Université Numérique, edX, FutureLearn. On voyait par exemple sur France Université Numérique que quasiment 99% des partenaires, à l’époque en tout cas, étaient des établissements français. A l’inverse, vous allez sur Coursera ou edX, vous trouverez surtout des établissements états-uniens, même s’il y avait une plus grande ouverture sur l’international. Il existe malgré tout une forme de logique de plateforme nationale (privée ou publique), et a minima une question de soft power, à travers la visibilité de telle ou telle plateforme dans le paysage de l’apprentissage en ligne.

Puis, de la même manière que FutureLearn, la plateforme britannique, les établissements du Royaume-Uni sont à l’honneur. En termes de caractérisation, il y a aussi la question de la spécialisation disciplinaire.  Des plateformes comme Coursera, edX ou France Université Numérique sont assez généralistes. En fait, on va aussi bien aller enseigner les sciences humaines  que des disciplines dures comme la physique nucléaire. La plateforme Edraak est quant à elle centrée sur le Business. Quand l’on veut intégrer une plateforme spécialisée dans le cursus d’un établissement ?

A Cergy, j’ai intégré et je continue à intégrer les cours d’une plateforme comme DataCamp, qui ne fait que des « MOOC » en Data Science.  Et ça peut être parfois plus facile à gérer que sur des plateformes riches en contenu.  Si l’on ne veut pas être simplement dans l’hybridation d’un cursus mais d’un établissement dans son ensemble, là, il faut raisonner à des échelles de plateformes entières,  comme Coursera, assez généralistes. Evidemment. Mais pour le moment, c’est très rare que ça se fasse. Rares sont les établissements qui se lancent là dedans, même si en parlant avec les commerciaux de Coursera France, j’ai cru comprendre que des choses allaient dans cette direction vers Grenoble. Si je vous montre les prix,  vous allez comprendre assez vite,  Coursera à l’époque où j’ai pris cette capture d’écran,  on était presque à 400 € par étudiant par an. Surtout si on n’est pas sûr que les étudiants suivent les cours, cela peut vite revenir assez cher. Il faut sortir la calculette avant de se lancer.

Maintenant, imaginons qu’on ait négocié une solution assez bon marché, et que l’approche d’hybridation soit, entre guillemets, rentable, et bien l’on peut passer à la vitesse supérieure. Regardez ce qu’avait fait  l’Arizona State University avec les MOOC en partenariat avec edX,  il avait lancé la Global Freshman Academy où l’on pouvait (et l’on peut toujours) suivre quasiment  l’équivalent d’une licence entière sur la base de MOOC.  Donc, à condition d’avoir la volonté politique,  les moyens de ses ambitions, on peut aller dans cette direction.  Le problème, néanmoins, c’est l’accréditation.

Je pense à cette histoire entre Harvard  et la San José State University.  Harvard avait produit un cours intitulé Justice X. Beaucoup d’établissements étaient dans la logique suivante à l’époque : l’on va remplacer les cours magistraux que l’on fait localement par des cours de Harvard, sur certains points particuliers.  Et les enseignants qui traditionnellement faisaient les conférences, l’on va, entre guillemets, les rétrograder à simplement de l’organisation de travaux pratiques. D’où un conflit célèbre qui prit ses racines à la San José State University : « Keep your MOOC off our campus » – j’avais fait un billet sur la question à l’époque.  Vous vous doutez bien qu’il va y avoir des petits conflits si vous allez sur une approche frontale de remplacement  dans cette course à l’hybridation.

Voici donc quelques choses à penser en amont de tout projet d’hybridation avec une plateforme de MOOC : puisque si vous vous lancez tête baissée dans un projet d’hybridation fondé sur des MOOC en minimisant les questions politiques afférentes, vous risquez d’avoir des retours de bâton et de vacciner pour longtemps les enseignants vis à vis des questions de numérique. En somme, cela peut se révéler plus contre-productif qu’autre chose, prudence.

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