Étudiants étrangers : et si on partageait l’addition ?

Dans une récente tribune parue sur LeMonde.fr, je m’interrogeai sur la question des droits de scolarité des étudiants étrangers dans les établissements d’enseignement supérieur français. A l’heure où l’autonomie des universités appelle le besoin de financements complémentaires, on peut se poser la question de l’intérêt de maintenir pour ces étudiants des droits de scolarité équivalents à ceux des étudiants français et européens : de 130 à 550 euros alors que le coût réel des études universitaires est de l’ordre de 8000 euros par an.

On comprend bien l’objectif de maintenir des droits réduits pour les étudiants issus de la francophonie ou dans le cadre de l’aide au développement. En revanche, quel est l’intérêt de faire financer par le contribuable français les études supérieures de jeunes issus des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) dans une compétition économique que l’on sait aujourd’hui mondialisée, où la France n’est pas nécessairement en position de force ?

D’autres pays ont depuis longtemps compris que l’enseignement supérieur était devenu un enjeu majeur dans un environnement concurrentiel mondialisé. Le coût d’un Master dans une université britannique peut varier du simple au double selon l’origine de l’étudiant.

Une telle approche apporterait une manne financière non négligeable aux établissements d’enseignement supérieur français. Elle permettrait également de démontrer la capacité d’attractivité internationale de nos formations d’excellence confrontées à la concurrence internationale sans bénéficier de l’avantage prix que représente le niveau actuel des droits de scolarité.

Pour en savoir plus : « Il faut différencier les droits de scolarité pour les étudiants étrangers », tribune publiée le 20 janvier 2011 sur LeMonde.fr.

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Article du on jeudi, janvier 27th, 2011 at 17:43 dans la rubrique Enseignement Supérieur. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

9 commentaires “Étudiants étrangers : et si on partageait l’addition ?”

  1. un prof d'université dit:

    On commence les travaux pratiques :

    http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article4419

  2. Denos dit:

    Formidable idée …Comme en Russie ou ailleurs , inventons le double ticket , un prix pour locaux , un prix pour étranger ! Excellent . Qu’y gagnerons nous ? Et quelle belle annonce pour faire venir des gens d’ailleurs…Vraiment génial.

  3. un prof d'université dit:

    On peut s’interroger sur l’emploi de l’expression « train de vie de l’Etat », qui suggère que l’Etat est un personnage bouffi, qui se déplace lentement et mange grassement. On pourrait aussi envisager que l’Etat soit l’expression de la volonté de la nation, une structure de mutualisation. Votre texte ne dit pas le contraire, puisqu’il traite explicitement du cercle des « non nationaux » (même non européens) . Mais « le train de vie » ne saurait être une expression innocente.

    Quel serait l’impact pour les écoles de commerce d’un tel changement ?

  4. Vincent dit:

    Votre proposition n’est pas très innovante, mais elle marche : les universités anglaises ont mis en place un système comparable depuis plusieurs années (pour les étudiants hors UE).

  5. Dubois dit:

    Gloup ! Vous faites fort pour une première chronique ! Mais c’est bien : bienvenue sur les blogs d’EducPros où nous avons la chance de pouvoir ne pas utiliser la langue de bois.

    Vous vous lancez dans une question difficile et qui agite les chaumières depuis que la loi a accordé une première autonomie aux universités, i.e. en 1968. Vous avez la chance de n’être pas encore né à cette date ! Depuis lors, toutes les réformes (y compris la LRU) n’ont pas accordé aux universités la possibilité de fixer par elles-mêmes les droits d’inscription. Et cela n’est pas prêt de changer, même si je suis profondément d’accord avec vous : les droits d’inscription fixés par le décret annuel du début juillet de chaque année sont trop bas. Les étudiants doivent payer plus parce que les études représentent non seulement un investissement collectif pour la Nation (d’où l’indispensable financement par l’Etat), mais aussi un investissement individuel rentable (tout au moins jusqu’à présent).

    Votre proposition est évidemment à étudier (il faut en mesurer l’impact sur l’attractivité de l’enseignement supérieur français), mais surtout n’en faites pas une solution « miracle ». Déjà vous affaiblissez votre proposition en inventant des niches d’exonération.

    Je vous invite à lire la chronique de Méla sur son blog : « Universités, qui doit payer ? » http://jfmela.free.fr/jfmblog/?p=204

    Vous êtes directeur de l’ESC DIjon. Alors soyez transparent : publiez les droits d’inscription de votre école. Cordialement. Pierre Dubois

  6. Stephan Bourcieu dit:

    La question n’est évidemment pas simple, mais je crois qu’elle mérite d’être posée au moment où l’autonomie des institutions (mouvement qui touche les universités mais également les écoles dans un autre contexte) implique de donner à ces institutions les marges de manoeuvre (et en particulier financières) correspondantes.
    Dans un autre cadre, elle se pose d’ailleurs pour d’autres établissements d’enseignement en l’occurence les lycées français à l’étranger : un rapport parlementaire de juin dernier préconise la fin de la gratuité dans ces lycées français à l’étranger.

    Tous les droits d’inscriptions sont en ligne sur le site de l’ESC Dijon (entre 5500 et 17000 euros par an selon les programmes, du Bachelor au MBA). Pour l’heure nous ne pratiquons pas de droits différenciés UE / hors UE mais c’est une vraie question, d’autant plus intéressante que nous développons des programmes communs avec une Université publique anglaise (Oxford Brookes University).
    Cordialement. Stéphan Bourcieu

  7. Martin dit:

    En même temps, est-ce un investissement perdu? D’un côté, cela facilite le rapprochement des peuples. On peut rapprocher cela au coût de l’Europe: dépenser 140 milliards par an pour quelque chose qui certes est un agreement economique à la base, mais qui permet l’échange de culture et éviter d’avoir la guerre durant 60 ans, ca me semble incroyablement bon marché.

    En outre, les gens étudiant en France depuis l’étranger sont des gens motivés qui se créent un réseau de contacts en France et créeront peut-être du business en France… Et ce genre de politique permet également de promouvoir l’image de la France à l’étranger. Or, n’oublions pas que la première industrie française, de très très loin, c’est le tourisme. Et la france est une terre d’accueil des ide à l’étranger.

    Pour en revenir a nos moutons, je pense que le vrai problème, c’est la non sélection et la non publication de résultats à la fac. Ce sont pas quelques étrangers sérieux qui posent problème, mais plutot tous ces étudiants touristes qui étudient sans but…

  8. Stephan Bourcieu dit:

    Est-ce un investissement perdu ? La question est effectivement intéressante, mais elle appelle alors à se poser la question des objectifs que sous-tend cette pratique.
    * Pour reprendre votre exemple, autant l’objectif d’investir dans l’UE est clair : créer une zone de stabilité économique et politique afin d’éviter les conflits.
    * Autant je ne suis pas certain qu’il y ait des objectifs clairement définis quant à l’intérêt de former des élèves internationaux financés par l’Etat français. J’en veux pour preuve l’absence d’évaluation formelle de cet investissement ou encore les difficultés administratives qui peuvent être faites à des jeunes diplômés internationaux pour travailler en France une fois leur diplôme en main, y compris dans des secteurs où la France a des pénuries de main d’oeuvre.
    Cordialement. Stéphan Bourcieu

  9. Martin dit:

    Je suis d’accord avec vous sur ce point la que peut-être que l’argent part en pure perte. Mais cela montre que le problème vient aussi du système d’enseignement supérieur, ou la tracabilité est faible. Je suis étudiant dans votre école de commerce, Monsieur Bourcieu, et à l’entrée, une plaquette indique concrètement:

    – Le salaire moyen à la sortie
    – Les débouchés
    – Le temps de recherche d’un emploi
    – La géographie des emplois (IDF, province, étranger)

    Or, je n’ai jamais rien vu de tout cela lorsque, à la sortie de mon bac, je suis allé aux portes ouvertes des fac… Alors que cela montrerait clairement aux étudiants les filières attractives et celles bouchées… Comme vous l’évoquez, les problèmes sont liés, si les étrangers ne peuvent pas travailler en france, effectivement, la formation est financée par le contribuable… Mais ne vaudrait-il pas mieux réformer et simplifier l’administration française?

    PS: Le sujet m’intéresse d’autant plus qu’en bénéficie, étant parti en échange aux USA alors que les frais de scolarité sont bien plus élevés que ce que je paie réellement. Je me demandais si c’était les USA, l’école ou le simple système d’échange qui permettait ça…

    Mais il est vrai que le problème est tout autre, car même si c’est mon université aux USA qui finance mes études, ils savent aussi qu’une grande partie des étudiants étrangers restent aux USA par la suite…

    Je reconnais que tout n’est pas simple et me dépasse souvent… Je suis en tout cas ravi d’avoir pu échanger mon point de vue avec vous.

    Cordialement

    Martin KURT

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