MOOC et enseignement numérique : quoi de neuf ?

La fureur des MOOCs est en train de retomber aux Etats-Unis, cette seconde vague n’a pas encore atteint notre continent mais cela n’empêche pas de se poser la question : qu’est-ce que la révolution des MOOCs ?

Pour avoir été un des acteurs de l’emploi des nouvelles technologies dans l’Enseignement Supérieur depuis le début du siècle, parce que je connais assez bien ce qui se passe aux Etats-Unis où j’ai passé pas mal de temps, où je retourne régulièrement et où j’ai de nombreux amis parmi ceux qui créent la politique numérique dans les universités, je ne peux m’empêcher de me poser la question : quoi de neuf avec les MOOCs ?

Vous pensez peut-être : encore un contempteur de l’enseignement numérique, encore un vieux prof qui ne peut rien imaginer en dehors de son amphi ! Pas du tout ! J’ai été parmi les premiers à me précipiter vers ce mouvement, j’en suis un acteur convaincu et je milite à fond pour leur développement. Mais cela ne m’empêche pas de jeter un regard lucide sur ce mouvement.

Attachons nous d’abord aux aspects techniques.

Une plate-forme pour les MOOCs n’est qu’une plateforme (un LMS ou Learning Management System en anglais) d’enseignement médiocre. Les plateformes existantes intégraient la plupart des fonctionnalités de Coursera ou EdX, déjà vers 2005 et même avant. Des plateformes libres comme Moodle ou Sakai sont infiniment plus riches en possibilités de communication et de pédagogie. La seule nouveauté, peut-être, fut la possibilité de correction par les pairs mais les plateformes classiques l’ont bien vite intégrée. L’aspect social, les échanges entre apprenants au travers de forums existait déjà. Un outil de chat permettait des échanges instantanés et Dokeos proposait un service payant de visioconférence individuel.

Donc, à priori, tout ce qu’on fait aujourd’hui sur Coursera, EdX ou FUN était possible hier ? Oui et non. Oui théoriquement, non techniquement car aucun des LMS de première génération n’est capable de supporter le nombre d’usagers concurrents dans un MOOC. Par contre pour un cours réservé à un nombre réduit d’apprenants, comme les cours privés d’université (SPOC ou Small Online Private Course) pas de difficulté. Je recommanderais même l’emploi d’une plateforme classique.

Et du point de vue pédagogique ? C’est là la nouveauté des MOOCs : l’idée d’ouvrir des enseignements au plus grand nombre, de faire participer des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers de personnes.

Cette idée généreuse, l’ouverture de l’éducation à tous, a entrainé automatiquement une révolution. L’explosion du nombre d’apprenants et la médiatisation qui s’en est suivie, l’impossibilité d’enseigner en face à face, d’échanger de visu avec tous ces participants a eu de multiples effets bénéfiques.

Il faut reconnaître que fort peu nombreux étaient les enseignants qui avaient, jusque là, tiré réellement partie de leur LMS. Leur usage se réduisait le plus souvent à la mise à disposition de documents et à une communication unilatérale des enseignants vers les étudiants. Les forums, en particulier, remportaient peu de succès. L’usage plein et entier des plateformes n’avait pas dépassé une petite tribu d’enseignants enthousiastes et était resté un enseignement de niche qui ne réussissait pas ni à convaincre la majorité des profs ni les étudiants ni à s’intégrer dans l’organisation universitaire. Il était difficile de convaincre la majorité des enseignants dont la méthode de transmission du savoir était bouleversée par un outil. Persuader les étudiants qui sont, on ne le dira jamais assez, aussi conservateurs dans l’usage de l’Internet à l’université qu’ils sont novateurs dans son emploi pour leur vie personnelle, de l’intérêt d’une pédagogie qui signifie travail en autonomie, régulièrement tout au long de l’année et non au travers d’un coup de collier à la veille des examens, était un challenge. Obtenir de l’institution une organisation différente du temps universitaire et des emplois du temps parce que cette nouvelle méthode de travail, inhérente à l’emploi plein d’un LMS, appelée maintenant pédagogie inversée, remet en cause le découpage des emplois du temps, l’organisation des examens et tout le cadre de l’année universitaire, se heurtait à un mur.

Alors quoi de nouveau avec les MOOCs ?

C’est ce que nous discuterons dans un prochain message.

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