Les trois piliers de l’université numérique

Les trois piliers de l’université numérique

pillarsA l’université, comme ailleurs, on parle de système d’information. Celui-ci se décline en plusieurs gros blocs comme, par exemple, les finances, la gestion du personnel, le système d’information étudiant plus prosaïquement réduit à un système de gestion de la scolarité (ce qui n’est pas la même chose), un système de gestion de la recherche, assez peu développé en France et bien d’autres…

Et si on se plaçait du coté des usagers ? Comment verrions nous les choses ? Rêvons un peu.

Commençons par les étudiants, les enseignants/chercheurs, les chercheurs des grandes institutions, comme le CNRS et l’INSERM, qui travaillent sur les campus (et sont donc des usagers à part entière) et le personnel d’appui. Toutes ces personnes jouent des rôles différentiés dans l’institution et ont des besoins différents en fonction de leur profil professionnel. Il ne faudra pas oublier les futurs étudiants, les entreprises en relation avec la recherche et l’enseignement et même le grand public puisque la diffusion de la connaissance fait partie des missions de l’université.

Le premier pilier soutient tous les membres de la communauté. C’est un portail qui offre à chacun des services, des informations et des alertes personnalisées en fonction de son profil et de ses activités. C’est ce que nous nommons, dans notre jargon, un ENT (Environnement Numérique de Travail). Parmi les nombreux services, citons en quelques uns pour expliciter cette personnalisation.

Un étudiant y trouvera des informations personnalisées relatives à son cursus, à son inscription, ses réussites ou échecs aux examens et aussi toutes les informations pédagogiques, si précieuses pour poursuivre ses études : groupes de TDs avec leurs horaires et leurs lieux, alertes les plus diverses comme l’annonce qu’un livre qu’il a demandé l’attend à la bibliothèque ou le déplacement d’un cours… On y ajoutera tout ce qui peut participer de la vie sur le campus.

A un enseignant ce portail présentera son dossier personnel, lui permettra d’accéder aux informations nécessaires pour bien suivre ses étudiants, lui offrira l’accès aux outils relatifs à sa recherche et aux contrats qui y sont attachés, lui rappellera que justement il doit rendre un rapport à ce sujet à une date précise… et plus encore.

L’imagination est ouverte quand aux nombreux services et alertes très finement profilées que l’on pourrait y trouver. Chacun doit pouvoir configurer cet environnement à sa convenance avec obligation de retenir certains services et possibilités d’en ajouter ou en retrancher d’autres, optionnels. Ce qu’il importe de retenir est que l’individu fait ses choix dans le cadre de son profil, c’est à dire du rôle qu’il/elle joue dans l’institution. Celle-ci organise le contenu et les offres (ce qui ne signifie pas que l’ENT est construit sans la participation des acteurs, bien au contraire !). L’ENT est conçu pour des communautés prédéfinies.

Le second pilier est l’environnement numérique de la classe, un lieu où se retrouve un enseignant et ses élèves. C’est la plateforme d’enseignement. Ce pilier est construit sur le même principe que l’ENT : en y entrant chacun y découvre des services organisés mais ici suivant le rôle qu’il joue dans la classe, élève ou professeur. Alors que l’institution est le grand maitre de l’ENT, le professeur organise la plateforme selon ses idées et attribue des droits et services aux étudiants dans le contexte qu’il définit. A lui la décision. Les étudiants n’ont d’autonomie que dans le cadre fixé par leurs professeurs dans chaque cours.

Et l’autonomie de chacun ? Son droit légitime de s’organiser à sa guise ? J’y viens !

C’est le troisième pilier. Il se traduit par une plateforme collaborative où chacun pourrait construire ses communautés et gérer ses appartenances, un mélange de Facebook, Dropbox et de bien d’autres choses. Des étudiants s’y regrouperaient pour travailler sur un projet commun, discuter, échanger et construire leurs documents. Ils pourraient simultanément créer ou rejoindre les communautés de leur choix, pour travailler comme pour échanger sur le rugby ou organiser une sortie de voile. Les associations y trouveraient leur place comme des chercheurs qui collaboreraient sur un sujet ou un projet de recherche. Ce troisième pilier n’existe pas vraiment encore. La fondation Open Source Apereo vient d’en produire un, OAE (Open Academic Environnement), mais il démarre à peine en France. Quelques universités on adopté des outils qui s’en rapprochent.

trois_piliersCertains services sont communs aux trois environnements. Par exemple le courrier mais employé dans des contextes différents, suivant qu’on s’adresse à un individu ou à sa tribu par exemple. De même le stockage et l’archivage de documents sont nécessaires partout mais avec des visions différentes selon qu’on l’emploie dans la classe, à titre personnel, dans un groupe ou lorsque cela concerne les documents officiels de l’université.

J’ai résumé cette approche dans le dessin joint, sous la forme de trois pétales qui se recoupent. Ces services communs, avec une approche adaptée à leur contexte, se placent dans la surface commune aux trois pétales.

Cette présentation de l’université numérique ne s’oppose pas à la vision classique des DSI et des grands outils que je mentionnais au début. Ceux-ci sont indispensables pour faire fonctionner ces trois piliers. Malheureusement les insuffisances de ces grands services limitent la mise en place de cet environnement. Par exemple, l’absence d’un certain nombre d’informations pédagogiques dans nos systèmes de scolarité empêche de construire le profil fin nécessaire à la plateforme d’enseignement et à l’environnement collaboratif. L’insuffisance de la connaissance du métier de chacun dans le système de ressources humaines empêche de profiler l’ENT pour les personnels.

Les DSI sont beaucoup trop tournées et accaparées par les besoins (légitimes) de l’administration centrale pour comprendre cette vision des usagers. Les informaticiens protesteront qu’ils font ce qu’ils peuvent et qu’ils n’ont pas les moyens de cette ambition. Ils auront raison et c’est le rôle des vice-présidents « numériques » que de modifier la stratégie numérique des établissements. Tant que les universités ne posséderont pas de CIO (Chief Information Officer), membre à part entière du bureau exécutif et que les DSI ne seront pas hiérarchiquement sous leur responsabilité, il est peu probable que se produisent de grands changements.

Une véritable révolution dans les structures reste à faire pour inverser les approches afin que chacun puisse s’approprier l’université numérique.

 

 

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1 Comment

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One Response to Les trois piliers de l’université numérique

  1. Thierse

    TOUT A FAIT ! Et DSI (au sens Système d’Information) et CRI (au sens IT – Logiciels, Infrastructure) sont deux unités distinctes et complémentaires.
    Et les trois piliers doivent permettre d’héberger le coeur de métier de l’enseignant, tel que partagé entre enseignants et DSI.
    Nous aurons alors des outils bien « agencés », communicants entre eux et à l’ergonomie unique (pas une plateforme wiki, une plateforme ENT, une plateforme type eclipse, une plateforme type Moodle, …) avec des fenêtres trop grandes ou trop petites, et des ascenseurs imbriqués …
    Que ce sera beau !

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