Mon campus du XXIème siècle

citeIl y a deux semaines j’imaginais une université numérique conçue pour ses usagers. Continuons aujourd’hui à rêver sur le campus qui l’héberge.

Et d’abord faut-il encore parler des campus ? Ont-ils un avenir ?

Certains, depuis l’apparition des MOOC, nombreux sont ceux qui nous prédisent la fin des universités dans un avenir proche ; d’autres, surtout les penseurs libéraux, prédisent une diminution forte de leur nombre, de façon à réduire leur masse salariale, la plupart devenant des points de rencontre où des étudiants qui travailleraient à distance, rencontreraient de temps à autre des tuteurs aux exigences moins élevées, doctorants, étudiants en fin de cycle… Il est important de se positionner par rapport à ces visions car à quoi cela servirait-il d’imaginer des lieux s’ils sont condamnés à disparaitre ? Du moins il faudrait les adapter à leur usage. L’ignorance des usages n’est pas nouvelle et on aurait du se la poser depuis longtemps à propos des campus français. Il suffit de constater l’inconfort, la tristesse de nombreux bâtiments. Nous y reviendrons.

Je crois à la pérennité de l’institution universitaire et à ses campus. La massification de l’Enseignement Supérieur a fait perdre une grande partie de son sens à la notion de communauté des maitres et des élèves que recouvrait ce nom encore dans la première moitié du XXème siècle. C’était inévitable et cette communauté fermée, la fameuse tour d’ivoire, devait éclater. Mais soyons réalistes : la plupart de nos étudiants, ou très souvent leur famille, viennent chercher une formation qui assure une employabilité donc un diplôme qu’ils puissent valoriser. Coursera et d’autres l’ont bien compris et tentent aujourd’hui de construire des équivalents comme Coursera Specialization, séquences de MOOC cohérents entre eux, à des fins de formation identiques à celles des diplômes conventionnels. « Specializations were introduced [] as a solution to rethink how individuals seek timely, relevant education to further their lives and career in an evolving market environment. » peut on lire sur leur blog. Les universités (et Ecoles) qui sauront prendre en main ce challenge ne seront pas en danger. Et la plupart y travaillent. Il existe, dans la réalité,  une hiérarchie des diplômes tout comme elle existe pour les grandes écoles. Les familles et les étudiants y seront toujours attachés et cela devrait déjà suffire à garantir la pérennité de nombreux campus.

Il existe un second argument en faveur des campus : leur importance sociale. Il n’y a pas de doute que l’enseignement se transforme ; le travail à distance au travers de MOOC, SPOC et toute autre méthode numérique à venir va se développer mais j’imagine difficilement des jeunes rester isolés, chacun chez soi, tout au long de leurs études. Si pour les plus âgés, déjà engagés dans leur vie professionnelle et familiale, la signification de ce lieu est moindre, et cela reste à prouver, ce n’est pas vrai pour les plus jeunes. Les sociétés humaines ont besoin de lieux de socialisation et le campus en est un. Bref, le campus existe depuis des millénaires et continuera encore longtemps à exister. Puisqu’il est là il doit donc être pensé pour ceux qui le fréquentent.

En ce qui concerne les enseignants, n’oublions pas que dans leur immense majorité ils sont également des chercheurs. Le campus doit être leur lieu de travail. Si ceci se vérifie assez bien en sciences dures (du moins dans les universités mais pas forcément dans les Ecoles) ceci n’est pas vrai dans les autres domaines. En Sciences Humaines les enseignants travaillent le plus souvent ailleurs, souvent à leur domicile. J’y ai même vu organiser des séminaires ! De nombreux enseignants ne possèdent pas un vrai bureau personnel pour poursuivre leur recherche sur le campus et c’est bien dommage. Ils croiseraient plus souvent leurs étudiants et seraient certainement plus disponibles pour des échanges. La tant vantée disponibilité des enseignants américains n’a pas d’autre source.

Je l’ai bien vécu moi-même, à l’époque où, professeur tout neuf, on m’avait envoyé enseigner en proche banlieue dans une annexe de mon université. Mon cours terminé, après quelques échanges avec mes étudiants, je repartais à Paris jusqu’au prochain cours, à la fin de la semaine ou au début de la suivante.

Je n’affirmerais pas qu’offrir un bureau individuel à tous les enseignants suffirait à amplifier leurs échanges avec les apprenants mais ce serait un début. Si le lieu est suffisamment confortable pour que les professionnels de la discipline s’y retrouvent ensemble avec leurs outils de travail, leurs ouvrages de référence (le papier n’est pas complètement mort) et des salles de travail commun, cela changerait certainement leur comportement.

N’oublions pas également que le campus du XXIème siècle est un campus où ses usagers, étudiants comme enseignants, ont plaisir à travailler, à collaborer mais aussi à se relaxer en discutant entre eux de choses et d’autres. Ces échanges nécessitent donc, en plus des éléments nécessaires au travail, une dimension sociale avec des lieux agréables pour faire du sport, se nourrir, se divertir, faire ses courses éventuellement et même y vivre. Bref ce que l’on retrouve dans la cité, au sens philosophique de ce très beau mot.

Voilà, j’ai décrit ma vision du campus tel que je le désirerais. Il me faut maintenant imaginer ma cité du XXIème siècle.

Ce sera pour la semaine prochaine, après avoir écouté la conférence de Educspros sur le campus du XXIème siècle !

 

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