Les MOOC : des couleurs, des formes, des parfums et des hommes

imagesOn a beaucoup parlé des MOOC en terme de technologie. On les place même sur le cycle du Gartner et l’on s’étonne de les voir en disparaître aussi vite. Ce n’est pas étonnant. Les MOOC, comme j’ai eu l’occasion de le dire déjà dans ce blog, ne sont pas une technologie mais un moyen d’apprendre et d’acquérir des connaissances au moyen de technologies déjà matures. Il n’y a donc aucune raison qu’ils suivent ce cycle. Et s’ils le font ce sera au rythme de la pédagogie, c’est à dire au rythme lent, comparé aux technologies, auquel vont toutes les transformations des sociétés humaines. Le tsunami est donc encore à venir.

Alors, qu’est ce que les MOOC ont déjà apporté, en terme de technologie ?

J’ai employé, depuis le début des années 2000 quatre plateformes d’enseignement différentes et je peux affirmer qu’il y a peu de nouveautés dans celles d’aujourd’hui. La correction par les pairs en est une. L’introduction de cet outil a été motivée parce qu’il n’était pas envisageable de corriger des milliers de copies. Les plateformes classiques ont réagi et intégré ce dispositif rapidement et les enseignants ont commencé à imaginer comment l’ employer dans le cadre de leur classe, non pour faire faire leur travail par les étudiants mais pour introduire une nouvelle forme de participation et de collaboration entre eux. Plus généralement l’apparition des MOOC a eu pour effet d’amplifier l’ usage collaboratif et social des plateformes classiques.

Ceci est d’autant plus amusant qu’on a mis en avant la dimension sociale dans les plateformes de MOOC en faisant croire à une avancée par rapport à la génération précédente de plateformes mais dans la réalité elles n’ont fait que reprendre les bons vieux forums qui existaient déjà dans Moodle, Claroline, Sakai, WebCT (je cite les plateformes que je connais) et bien d’autres… en oubliant tous les autres comme les chat, par exemple. Dans le passé les forums-ci avaient peu de succès. Vers 2005, je me souviens d’une conférence des utilisateurs de WebCT, à Barcelone, où beaucoup d’entre nous se plaignaient du vide de nos forums. Seuls les responsables de l’enseignement à distance pouvaient se targuer de réels échanges. Ce qui a fait le succès des forums, de nos jours dans les MOOC, est la distance entre les participants et le désir de partager dans une communauté. Je doute qu’ils fonctionnement beaucoup mieux dans les SPOC (c’est à dire en enseignement mixte) aujourd’hui parce que les étudiants ont d’autres occasions d’échanger sur le campus. Je serais preneur d’informations à ce sujet. Rappelons que beaucoup de concepteurs de MOOC complètent leur usage des plateformes avec des groupes Facebook, Google+ sans oublier les hangouts et autres systèmes de diffusion de vidéos en direct. Il y a donc un manque évident dans ces plateformes aujourd’hui. Ceci n’est pas une critique. La mise au point d’une plateforme dans sa richesse et ses nuances (pédagogiques) est beaucoup plus compliquée que les développeurs le pensent : il faut donc du temps.

De fait, la seule nouveauté des plateformes modernes est leur capacité à tenir la charge avec un grand nombre d’étudiants simultanément. Ce qui est une bonne raison pour continuer à employer la bonne vieille plateforme d’enseignement, qui existe maintenant dans la plupart des universités et écoles, lorsqu’on veut créer un SPOC pour un enseignement mixte.

Les plates-formes de MOOC sont encore à leurs balbutiements.

Une plateforme d’enseignement est un ensemble de moyens numériques utilisé … pour l’apprentissage et l’enseignement, ce qui implique que ces moyens sont au service d’une pédagogie sous-jacente, même lorsque le professeur ne le formalise pas. Or la pédagogie ne se réduit pas à une approche singulière. Il n’existe pas de méthode unique pour l’enseignement ou l’apprentissage ; les pédagogies sont diverses. Les LMS essaient de répondre, aussi bien que possible, à cette attente. Les concepteurs de plateformes traduisent donc leur vision dans la réalisation de leur outil. Par exemple, Moodle est organisé autour d’une vision pédagogique assez constructiviste et impose une approche pédagogique assez bien définie. Sakai est beaucoup plus libéral et insiste plutôt sur les aspects collaboratifs. Moodle possède plusieurs outils pour construire des questionnaires, chacun pensé avec une vision précise sur la façon d’interroger, Sakai possède un outil unique qui permet de mélanger toutes les approches. A l’utilisateur de faire ses choix ! En pratique, il est toujours possible de sortir de la vision des concepteurs, mais cela peut être difficile. L’avantage, lorsqu’on se laisse guider est que l’apprentissage de la plateforme est plus simple. Il suffit de se laisser guider plutôt que d’explorer un grand nombre de possibilités. Du point de vue pédagogique il n’existe donc pas de plate-forme idéale. Les LMS offrent chacun une vision. Cela m’irrite toujours un peu, lorsque je lis un rapport, qui veut comparer des plateformes, de constater que cela consiste essentiellement en un catalogue de services existants ou pas mais que peu est dit sur la souplesse d’emploi, sur les possibilités laissées aux enseignants de sortir d’un schéma et que rien n’est dit sur l’approche pédagogique sous-jacente. C’est le plus difficile car le bon test serait d’imaginer plusieurs cours, conçus par des enseignants différents, que l’on utiliserait, avec des étudiants, dans les différentes plateformes. Je réfute donc ces rapports qui consistent essentiellement en des tableaux où l’on coche l’existence ou non d’un outil, à la manière des informaticiens lorsqu’ils comparent des logiciels.

De fait la bonne plateforme d’enseignement serait comme un bouquet de fleurs : le professeur assemblerait des services comme l’on choisit les couleurs, les formes et les parfums. Il ne serait plus contraint aux services existant dans la plateforme installée dans son université et pourrait réaliser l’assemblage de son choix : un mélange de Moodle, Sakai, Claroline Connect, EdX et de bien d’autres. Ceci n’existe pas aujourd’hui mais peut devenir une réalité si les développeurs le veulent bien. Des standards, comme LTI, se mettent en place pour définir des interfaces qui permettront à des outils divers de communiquer entre eux et le concept de machines virtuelles dans le Cloud fait que la plateforme de demain sera constituée d’un ensemble de serveurs virtuels, chacun alloué à une fonction unique, dialoguant entre eux, et non d’un outil unique comme aujourd’hui. Construire sa plateforme reviendra à relier entre eux les serveurs de son choix.

Il faut préter attention et encourager des consortiums Open Source comme Apereo qui tente de regrouper sous un même toit des initiatives diverses, prônant la complémentarité plutôt que la concurrence. La plateforme de demain, c’est à dire celle qui permettra de construire une vraie plateforme d’enseignement ouverte, sans devoir se restreindre à un nom unique, sortira certainement d’un tel regroupement.

L’expert composera son bouquet; le non-expert fera son choix parmi des bouquets déjà préparés par les spécialistes. Il faudra, dans les universités, recruter ou former de nouveaux professionnels, à la fois ingénieur pédagogique, informaticien et enseignant, qui auront la charge de construire des bouquets à la demande en fonction des visions des professeurs et des attentes des étudiants. Cela permettra l’ouverture à toutes les formes de pédagogie, tous les mélanges de c-MOOC et de x-MOOC.

En résumé, que faut-il retenir de l’impact des MOOC sur la technologie des plateformes d’enseignement ? Ce n’est pas leur capacité à tenir la charge de milliers d’apprenants. C’est la possibilité, très bientôt, de personnaliser celles-ci en fonction des désidérata des usagers finaux, c’est à dire des enseignants et des étudiants. Mais comme cette personnalisation sera trop complexe pour que la plupart des enseignants puissent se débrouiller seuls, il leur faudra travailler avec d’autres personnes, spécialistes des technologies des plateformes et de la pédagogie.

Enseigner sera de moins en moins l’acte isolé d’un professeur seul en face des ses étudiants et seul maitre des lieux. Cela devient le projet de toute une équipe, comme c’est déjà le cas aujourd’hui avec les MOOC. C’est cela aussi la révolution des MOOC, un profond changement auquel il faut nous préparer.

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