Vive la rentrée

imagesTrès bientôt de nombreuses universités vont reprendre leurs cours – la légende comme quoi l’année commence en novembre et se termine fin mai – n’est plus vraie que dans de très rares institutions et le personnel administratif, notamment, est déjà sur le pied de guerre à la mi-août. Les enseignants préparent les examens de septembre, examens dont on pourrait discuter de l’utilité lorsqu’on regarde le faible taux d’étudiants inscrits qui se présentent et la proportion quasi nulle de ceux qui les réussissent.

Bref, la machine redémarre et se mettra au régime maximum avec l’accueil, très bientôt, des nouveaux entrants. Bienvenue à l’université !

On met toujours en avant la légende des nouveaux entrants perdus et broyés dans une machine anonyme et le peu d’intérêt des universités à accueillir les nouveaux. Ceci est entièrement faux. Depuis de nombreuses années d’énormes efforts sont fait pour faire découvrir tous les recoins de l’université aux primo-entrants : semaine de célébration avec jeux et animations, stands des différents services où l’on peut interroger aussi bien les services d’aide que la lointaine administration centrale ou les chercheurs, étudiants pilotes pour guider et conseiller… L’imagination est riche et tous les acteurs de l’institution, associations étudiantes inclues, y mettent tout leur cœur et de gros moyens. Il est vraiment injuste d’accuser les universités de ne pas faire le maximum.

C’est loin d’être parfait, bien sûr, mais je mets au défit les donneurs de leçons, de savoir comment accueillir autant de monde avec les moyens financiers et humains mesurés (c’est le moins qu’on puisse dire) des universités. Imaginez un gros lycée qu’on remplirait d’un seul coup. Le challenge est tout autre pour une école avec quelques centaines de nouveaux chaque année.

Et pourtant le fait est là : il faut reconnaître qu’il n’existe pas vraiment, dans les universités, un sens de la communauté, du moins dans les premières années. Il y a deux ans encore, j’enseignais et je m’étais porté volontaire, avec un collègue, pour un AER, un atelier de recherche encadré. Le but de ces ateliers est d’apprendre l’autonomie et le travail en groupe à nos étudiants en leur proposant une thématique sur laquelle ils devaient travailler. Les étudiants s’inscrivaient dans le thème de leur choix, dans la limite des places disponibles. Après quelques séances de présentation nous devions leur proposer des sujets de recherche et le travail des enseignants se transformait alors en un tutorat : chaque semaine, en petits groupes nous échangions sur leur travail et leur progression. Certains ateliers ont fait un travail formidable, reposant sur une approche expérimentale, n’hésitant pas à aller explorer un étang pour en explorer la faune, par exemple. Notre atelier, à mon collègue et moi, était beaucoup plus modeste : difficile pour un physicien théoricien et un mathématicien d’emmener les étudiants dans la nature, encore que si nous avions renouvelé l’expérience, fort de notre acquis, nous aurions pu nous améliorer. Mais là n’est pas mon propos : si effectivement certains étudiants se trouvaient là par défaut, plusieurs étaient vraiment enthousiastes et s’investirent franchement dans leur étude.

Ce qui m’a frappé par contre a été l’étonnement, l’angoisse même devrais-je dire, de certains à l’idée de devenir actifs, de s’organiser pour travailler ensemble, maitres d’un projet qu’ils devraient mener (dans une certaine mesure) dans la direction de leur choix. Mais mon plus grand étonnement a été de voir que nombreux étaient ceux qui ne connaissaient pas leurs camarades d’études et paniquaient vraiment à l’idée de devoir trouver des partenaires pour se regrouper autour d’une thématique choisie par affinité.

Après six mois à l’université, alors qu’ils côtoyaient chaque jour les mêmes personnes, nombreux étaient ceux qui ne connaissaient pratiquement personne. Plusieurs groupes se sont formés par défaut regroupant de parfaits étrangers.

Comment ne peut-on connaître personne dans un groupe de TD de moins de 30 personnes que l’on retrouve plusieurs heures par semaine ? Comment venir quotidiennement sur le campus et ignorer ses partenaires ? Je n’ai pas vraiment d’explication mais le fait est là. Et cela m’interpelle en tant que partisan d’une université numérique centrée sur l ‘étudiant, s’organisant pour mettre à sa disposition la panoplie des outils sociaux d’aujourd’hui ? Comment pourront fonctionner ces outils dont je promeus l’usage si les étudiants n’éprouvent déjà pas la nécessité d’échanger avec ceux qu’ils rencontrent tous les jours.

Il y a certainement beaucoup d’explications à ce phénomène mais je suis convaincu que l’une des plus essentielles est que nos campus ont été construits pour enseigner, pas pour permettre aux étudiants de se retrouver. Nos bibliothèques, dans leur forme actuelle, ne ont pas adaptées avec leurs rangs de tables. Il nous faut repenser complètement l’espace comme un lieu de rencontre et d’échange. Certaines universités ont déjà commencé à mettre en place des espaces nouveaux, des learning centers, mais j’ai peur qu’ils soient essentiellement des bibliothèques repensées pour le numérique. Cela est bien mais il faut aller beaucoup plus loin. Les espaces d’aujourd’hui ne doivent plus appartenir à un service particulier, ne plus être sous la tutelle d’une direction des TICE, de la DSI, de l’enseignement ou des bibliothèques. Ces directions doivent y être présentes mais comme invités, en quelque sorte, et la participation des étudiants à leur organisation et leur gestion privilégiée.

Les learning centers en construction ou en projet ne joueront entièrement leur rôle d’échange et de rencontre, dans l’université de demain que si leur organisation et leur gestion sont communautaires.

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