L’éducation a un coût !

imagesL’enseignement a un coût qui est complètement masqué dans le système universitaire français. Seules les écoles privées et, dans une certaine mesure, les écoles d’ingénieur le font apparaître. Mais ce n’est pas parce qu’il n’est pas affiché qu’il n’existe pas et les universités sont durement touchées, elles qui doivent accueillir tous les étudiants, avec un budget contraint qui rend difficile toute innovation. Ce n’est pas nouveau : au début des années 2000, lorsque je négociais des licences pour des outils numériques (vidéo, plateforme d’enseignement, …) avec des compagnies américaines nous avions le plus grand mal à nous entendre car mes interlocuteurs raisonnaient en coût par étudiant à temps plein, c’est à dire en fonction de droits d’inscription qui couvrent le coût réel des études, selon la matière et la durée du module. Leurs représentants croyaient que nous pouvions décider du niveau des droits en fonction des services offerts pour pouvoir offrir des services innovants. Effectivement 2$ par étudiant, pour une plateforme d’enseignement, n’était pas délirant mais certainement pas dans mon budget. Je devais leur expliquer qu’en France les moyens disponibles variaient peu en fonction du nombre d’étudiants et ne se modulaient pas !

C’est ainsi que les droits d’inscription ont augmenté de façon vertigineuse aux Etats-Unis, chaque université, et particulièrement les plus connues, voulant offrir le meilleur à ses étudiants. Coincées dans cette logique elles recherchent aujourd’hui des solutions pour maitriser leurs coûts et l’enseignement à distance, dont les MOOC, sont un élément de la solution puisque cela permet, dans certains cas et notamment pour la première année de collège, de réduire non seulement les coûts d’enseignement mais également ceux d’infrastructure puisque de nouvelles catégories d’étudiants ne sont plus sur le campus. Deux exemples significatifs sont ceux de la première année de collège de ASU (Arizona State University, le consortium des universités publiques de cet Etat) et du iMBA d’Urbana Champaign University qui se déroulent entièrement à distance avec des MOOC conçus par eux et distribués par Coursera.

L’innovation n’est pas, selon moi, dans le principe d’un cours à distance, mais dans l’emploi d’un MOOC gratuit ouvert à tous. Les étudiants doivent obtenir leur certification pour un ensemble précis de cours selon les règles payantes définies par Coursera (verified certificate, specializations…). L’innovation est qu’ils peuvent alors transformer leurs acquis en un vrai diplôme universitaire en soumettant leurs résultats à ces universités et en leur payant une inscription à prix réduit, moins de 6000 $ pour une première année à ASU, 20 000 $ pour Urbana. Ces sommes peuvent sembler astronomiques à des Français mais on est loin de celles déboursées aujourd’hui dans une bonne université américaine, 10 000 $ à 20 000 $ pour le collège, 60 000 $ pour un MBA, sans compter les frais pour vivre sur le campus qui n’existent pas lorsqu’on travaille à distance.

Ces universités ont établi le niveau de leurs droits d’inscription en estimant le nombre de nouveaux étudiants nécessaire pour couvrir le coût de développement de leurs cours. Elles visent, bien évidemment le monde entier, l’Afrique et l’Asie en particulier. La grande astuce est que les étudiants ne courent aucun risque financier puisqu’ils ne paient qu’en cas de succès.

Il n’est pas certain cependant que ce modèle suffise à régler les difficultés de l’Enseignement Supérieur américain. Rappelons qu’Hillary Clinton, candidate à la Présidence, annonce un programme de 350 Milliards de $ pour rendre accessible le collège à tous !

OpenClassrooms, en France, a imaginé un modèle un peu similaire : pour le coût modique d’une inscription Premium, il est possible de s’inscrire à un diplôme reconnu par l’Etat. Si on ne va pas au bout, la perte financière est faible car il est toujours possible d’annuler son inscription.

Oublions le cas des Etats-Unis et retenons seulement la possibilité de payer une inscription à un coût raisonnable (selon le pays) uniquement si l’on va jusqu’au bout de ses études. C’est là une réponse intelligente au reproche fait aux MOOC du faible taux de réussite, entre 6% et 15% dans la majorité d’entre eux. Très bientôt un certain nombre d’acteurs vont être capables d’offrir de vrais diplômes à des coûts intéressants, sans risque financier pour ceux qui les suivront.

Ces nouvelles possibilités d’étudier ne devraient pas venir en concurrence avec les enseignements sur les campus pour les primo-apprenants. Je reste convaincu que la possibilité de rencontrer ses pairs et les professeurs en face à face restera privilégiée chaque fois que cela sera possible à un coût raisonnable. Certaines écoles payantes ont cependant du souci à se faire : les étudiants et leurs familles vont peser le rapport coût-enseignement en fonction de la réputation de l’institution. Que vaudra un eMBA d’une bonne université américaine, entrepris depuis la France, avec l’ajoût éventuel de petits cours locaux payants, comme cela se fait pour la PACES (première année de médecine) ?

La formation continue sera plus sûrement bouleversée par ce modèle : « Obtenez un vrai diplôme reconnu par l’Etat et ne payez que si vous réussissez ! » est certain un slogan très attractif.

Nos universités pourraient être tentées d’y trouver une solution pour accueillir leurs étudiants lorsque leurs effectifs dépassent leurs capacités mais pour cela il serait nécessaire qu’elles soient capables de se fédérer pour assumer les coûts de développement des cours. Je les mets cependant en garde car, en France, l’enseignement supérieur est un droit et le coût réel des études ignoré. Il est intéressant, à ce propos, de voir les critiques et la déception des étudiants au Sénégal, admis à l’université, mais qui ne disposent en réalité que d’un accès à distance. Certes leurs conditions de travail sont bien moins bonnes que celles dont disposeraient des étudiants en France, du fait du faible niveau des infrastructures, mais je retiens leur reproche d’un enseignement anonyme dépersonnalisé.

Si nous voulons garder le principe d’un enseignement supérieur de qualité gratuit, élément essentiel de notre conception républicaine, les universités n’ont pas d’autre choix que d’adapter leurs enseignements à leurs capacités. Cela signifie que l’Etat devra fortement augmenter leur dotation, ce qui me semble irréaliste, soit il faudra leur permettre de ne retenir que les étudiants motivés qui ont les prérequis pour suivre leur cursus. Imaginer augmenter les capacités d’accueil n’est qu’une illusion dans notre modèle. Cela peut fonctionner, peut-être, dans le modèle de la société américaine où l’université est une entreprise, mais pas dans le notre. Copier ce modèle ne serait que mettre une emplâtre sur nos difficultés.

 

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