Premier bilan

imagesVoici arrivée la fin de l’année universitaire et ce qui sera, avec retard, mon dernier billet avant les vacances. Les fortes chaleurs n’aident pas à l’écriture !

J’ai commencé en septembre dernier et ce billet sera le trentième. Comme tout débutant je me suis précipité et j’ai écrit à la cadence d’une fois par semaine. C’est un rythme très difficile à tenir. Je me souviens encore du billet que j’ai rédigé, fin octobre, plein de rage, depuis ma chambre à Boston, après avoir passé la journée au MIT. J’y exprimais ma frustration de voir nos politiques obnubilés par les réussites éclatantes de cette institution, hors de notre portée évidemment, alors qu’ils ne jetaient pas le moindre coup d’œil sur leurs initiatives les plus simples, et donc à notre portée, comme de multiplier les spots WiFi dans tous les endroits possibles du campus et d’y installer canapés, tables et tout mobilier, prétexte à se poser et à échanger en petits groupes.

Ce blog m’a beaucoup apporté, d’abord au travers des commentaires, mais aussi de façon plus indirecte, à l’occasion de rencontres où des personnes me signalaient, au passage, qu’ils avaient lu tel ou tel billet. Ils n’étaient pas forcément d’accord avec moi mais ces articles étaient toujours prétexte à engager la discussion.

Depuis j’ai ralenti mon rythme, surtout au mois de juin où j’ai beaucoup voyagé. Juin est un mois de congrès ! Je retiens beaucoup de choses de ces déplacements mais j’ai surtout constaté, une fois encore, la valeur des échanges en face à face. Alors que nous sommes tous connectés, que nous pouvons nous voir en visioconférence même depuis nos téléphones, le contact humain reste fondamental. Que ce soit un inconnu ou une connaissance de longue date, je ne connais personne qui dénie l’intérêt d’échanger de vive voix. Ecouter, parler, discuter les points de vue est évidemment la première forme de ces contacts mais les pauses café, les dîners ensemble sont également une forme précieuse d’interaction. Les technologies ont permis d’amplifier l’intensité de ces contacts parce qu’il est possible aujourd’hui de préparer ce moment et de rendre plus fructueux les échanges en sachant aller à l’essentiel.

J’ai rencontré, ces quatre dernières semaines des personnes que je connaissais déjà, j’ai échangé avec des inconnus qui deviendront pour certains de vraies relations, qui seront peut-être demain des collègues avec lesquels je travaillerai. Par le passé j’ai même construit des projets ambitieux avec mes voisins de bureau, autour d’un verre ou d’un plat, lors d’une pause café pendant un congrès. On ne mettra assez en avant l’importance et la richesse des relations individuelles sur les lieux de travail comme ailleurs.

Mais revenons aux thématiques les plus importantes qui sont à l’origine de ce blog : l’enseignement numérique sous toutes ses formes et à distance en particulier. Quid des MOOC ?

Dans l’étude menée par J-C Pomerol, à la demande de la ville de Paris, et à laquelle j’ai eu l’honneur d’être associée, étude qui a conduit d’ailleurs à la publication d’un livre, nous étions parvenu à la conclusion que l’initiative la meilleure que pouvait entreprendre la ville, était d’ouvrir des maisons du numérique où les MOOCeurs pourraient se retrouver. Cette recommandation n’était rien d’autre que la reconnaissance de l’immense valeur du face à face, du fait de l’importance de la communication non verbale au travers des gestes et du comportement. Cette dimension est évidemment difficile à retrouver dans un MOOC ou dans un enseignement à distance. Les constructeurs de MOOC les plus dynamiques le savent bien, qui tentent d’établir ce contact au travers de visioconférences sous toutes sortes de formes (hangouts, skype…). Demain, ils seront les premiers à s’appuyer sur les villes qui mettent en place ces maisons du numérique. Les universités pourraient y prendre leur place en ouvrant leurs locaux aux MOOCeurs, du moins à ceux qui suivent les MOOC de leurs collègues des autres universités.

Et finalement, si l’on veut marier le meilleur du numérique et du face à face, le regard se tourne tout de suite vers les SPOC. Un rappel d’abord : le P de SPOC signifie d’abord que les participants sont sélectionnés afin de garantir qu’ils possèdent les prérequis pour suivre ce cours. Un SPOC s’accompagne de séances en face à face avec des enseignants. Les étudiants, moins nombreux que pour un MOOC, peuvent établir des liens personnels avec les autres étudiants et les enseignants, en face à face ou à distance. En pédagogie inversée, avec leur tablette ou un ordinateur, seuls ou en groupes avec leurs camarades uniquement, dans des locaux du campus repensés à cette fin, les étudiants peuvent étudier les notions fondamentales les plus abstraites. En face à face en groupes mais avec leurs enseignants pour les applications et la pratique, en réunions plus individuelles en cas de difficulté, ils peuvent retrouver la richesse des interactions humaines. L’efficacité de l’approche SPOC est déjà prouvée.

Les SPOC sont l’avenir de l’enseignement parce que, grâce au numérique, ils permettent d’intensifier les échanges en face à face en libérant les enseignants de la simple transmission du savoir et en amplifiant les échanges entre étudiants.

Et pour les pays moins développés, en Afrique comme en Asie, seul le numérique et les MOOC peuvent apporter une réponse à l’incommensurable soif d’apprendre. Même si, par nécessité la relation est moins humanisée, l’acquisition de la connaissance, l’apprentissage sont un pas essentiel dans la construction de l’individu.

Tout cela pour dire, une fois encore, que le numérique n’est pas l’ennemi de l’humain. Tout au contraire il peut permettre d’amplifier sa richesse. La meilleure preuve en est que, grâce à lui, aujourd’hui, grâce à l’influence des réseaux sociaux nous commençons aujourd’hui à réfléchir à la place des étudiants et du personnel dans le système d’information des universités. De grands chamboulements sont à l’horizon dans les scolarités, les plateformes d’enseignement et tout le dispositif. Reste à savoir si les organisations seront capables d’accompagner cette transformation ou y résisteront.

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Apprenez l’anglais !

indexUn long silence parce que le mois de juin est la période des congrès. Beaucoup de déplacements, des contacts nombreux, beaucoup d’échanges, des interventions à préparer aussi. Il est temps d’en faire le bilan.

D’abord un regret, toujours le même : les français sont fort peu nombreux dans les congrès Européens où la langue de communication est l’anglais. Pourtant il y a beaucoup à apprendre et à échanger avec nos voisins. Les responsables des services support de nos universités, leur administration et même le Ministère regardent peu au-delà des frontières de l’hexagone. Au mieux vont-ils vers les pays francophones et l’Amérique se limite souvent au Québec. Mais ils sont peu présents dans les réunions Européennes.

Nous allons éventuellement regarder de l’autre coté de l’Atlantique, moi le premier, chez les Américains. Il y a beaucoup à apprendre au MIT ou à Harvard, certes, mais il est bien difficile de mettre en œuvre leurs idées compte-tenu de la différence des moyens, véritable gouffre infranchissable.

Je me souviens de la première réunion des JRES, à Montpellier, il y a longtemps déjà. Un représentant de TERENA (Trans European Research and Education Networking Association) exposait les buts de cette association des réseaux informatiques à l’échelle Européenne. Il montrait une carte des membres : au milieu un grand hexagone blanc. La France n’en était pas encore membre alors que la plupart de nos voisins y étaient déjà actifs. Comme je m’en étonnais, scandalisé, auprès de Dany Vandromme, le patron de RENATER, celui-ci me rétorqua que ce n’était pas le coût d’adhésion qui était le problème mais le fait de ne trouver aucun volontaire pour participer aux réunions. Depuis cela s’est arrangé. Néanmoins, il y a deux ans encore, alors que je représentais EUNIS (une autre organisation Européenne) au congrès annuel de TERENA (pour parler de MOOC, bien sûr), je fus ébloui de voir les progrès dans la gestion des réseaux. J’avais abandonné toute responsabilité dans ce domaine depuis dix et je découvrais les progrès réalisés dans leur virtualisation et la richesse des possibilités d’organisation envisageables aujourd’hui.  La présence des français se limitait à RENATER, notre représentant au sein de TERENA, et à un ou deux ingénieurs venus d’ailleurs, alors que toute université un peu importante, possédant des réseaux d’une certaine sophistication aurait du être représentée.

Cette année, alors qu’on évoque depuis quelques années déjà de grands projets universitaires dans le cloud, j’aurais invité les personnes concernées à écouter les vainceurs du Elite Award d’EUNIS, lors du congrès EUNIS 2015, à Dundee en Ecosse. Les représentants des universités de Rhénanie du Nord – Westphalie, exposaient la réalisation d’un système de stockage et de partage sécurisé, , analogue à Dropbox, ouvert à tous les personnels et étudiants de leurs institutions, réalisé avec des logiciels Open Source. Un magnifique exemple d’une réalisation menée avec des moyens à notre portée, tant en personnel qu’en moyens financiers.

De même les enseignants de l’Ecole d’Informatique de Varsovie, gagnants du Doerup award pour l’usage des technologies dans l’enseignement, exposaient comment ils avaient aidé plus de 500 lycées à former les lycéens au codage, au travers des cours qu’ils avaient réalisé et mis en ligne[1].

Au congrès Future EdTech, la semaine précédente, les danois de l’université Syddanske exposaient leur système d’examens sur ordinateur, des processus de suivi jusqu’à l’organisation des locaux et les gains pour l’institution comme pour les étudiants qui appréciaient grandement ce nouveau mode de contrôle.

Le JISC (Joint Information Systems Committee), une formidable organisation, en Grande Bretagne, qui couvre tous les domaines des systèmes d’information universitaires, bien au-delà de RENATER, de l’AMUE et de tous nos organismes en charge de ce domaine, exposait le projet en cours, avec Apereo, pour construire un véritable système d ‘analyse de ces mêmes données et leurs indicateurs. Pourquoi ne pas nous joindre à de telles initiatives ?

Nous organisons en France dans tous les domaines d’excellents conférences, les débats y sont animés et les participants nombreux et compétents. On ne peut pas participer à toutes et il faut faire des choix. Mais dans un monde ouvert, dans une Europe qui tente d’exister malgré ses nombreux défauts et difficultés, pourquoi nous enfermer dans nos frontières ?

On connaît le peu de gout des français pour les langues mais, là, cela devient une infirmité. Ajoutez à cela qu’il n’est pas dans les habitudes des services support et de l’administration d’envoyer leur personnel en mission à l’étranger, à la différence des laboratoires de recherche, et vous trouverez l’origine des prétextes qui sont toujours mis en avant pour ne pas se déplacer en dehors de nos frontières : surcharge de travail, missions prioritaires, manque de moyens… Tout cela est certainement vrai mais ces missions devraient être une part importante de la formation de nos cadres. Lorsque j’étais en responsabilité, j’ai toujours pris soin à encourager ces déplacements que je considérais comme essentiels pour la dynamique du service et l’innovation.

Pour innover, apprenez rapidement des éléments d’anglais, déplacez vous dans les conférences Européennes et osez communiquer en anglais. On ne vous demandera pas de parler l’anglais d’Oxford et vos collègues allemands, italiens, espagnols, portugais ou polonais sont dans la même situation que vous. Il y a tellement à profiter à échanger avec nos partenaires !

[1] Ces documents seront disponibles, avant la fin de l’année dans EUNIS Journal of Higher Education IT, http://www.eunis.org/erai/

 

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MOOC, FUN : les raisons d’un succès

imagesJ’ai eu le plaisir d’être invité à la cérémonie d’ouverture, à la Sorbonne, du hackaton FUN où des développeurs se sont retrouvés le week-end dernier, dans différentes villes, pour travailler ensemble sur le futur de la plateforme. Le hasard a fait que cette cérémonie se déroulait pratiquement deux ans après la première réunion qui devait aboutir à la création de FUN. J’ai eu la chance de faire partie de ceux qui ont lancé ce projet un peu fou et je voudrais évoquer ici le chemin que nous avons parcouru et pour quoi cela, de mon point de vue, a réussi.

Lorsque nous nous sommes retrouvés, début juin2013, sous les toits du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, la situation était un peu étrange. La Ministre avait décidé d’une politique volontariste et ambitieuse pour le numérique et nommé rapidement une responsable, Catherine Mongenet. Aucune structure n’était définie, le mouvement se lançait d’en haut par la volonté ministérielle et, pour moi, qui ait hanté le Ministère depuis de nombreuses années, j’étais stupéfait de voir un projet ambitieux démarrer sans qu’on comprenne bien quelle partie de l’administration allait en prendre la responsabilité, les moyens qui allaient être mis à disposition… On travaillait en relation directe avec le cabinet dont certains membres participaient à nos réunions.

Du point de vue technique la situation n’était pas moins singulière. EdX venait de libérer son code mais nous n’avions absolument pas le temps de l’analyser ni de le tester en vraie grandeur avec des cours. La ministre avait fixé la barre très haute : octobre pour l’annonce de l’ouverture des cours. Nous avions quatre mois devant nous, période de vacances incluses. Le choix de Open EdX s’est beaucoup fait par intuition. Nous avions seulement la preuve que cette plateforme d’enseignement était capable de tenir la charge de nombreux étudiants, ce qui n’est pas le cas des plateformes que nous connaissions, Moodle, Saka ou Claroline. Nous voulions l’Open Source car c’est la seule garantie de pouvoir participer à l’évolution du produit et Open EdX avait le support de Harvard et du MIT. Ceci nous permettait d’espérer que nous faisions le choix d’une solution dont la pérennité était assurée le temps de stabiliser le projet. Il restait beaucoup à faire dont la francisation. Cela est beaucoup moins simple qu’on ne le pense en général car le code, comme c’est souvent le cas, n’avait pas été pensé pour l’internationalisation et il ne suffisait pas de partir à la recherche de séquences de mots en américain dans toutes les sources et de les remplacer par leur traduction.

Aux alentours du 10 juin, la décision était prise, les premières équipes mises en place. L’INRIA a fourni le gros des développeurs, le CINES s’est chargé de la mise en place et du fonctionnement des serveurs, RENATER du réseau et le Ministère avait débloqué à une vitesse hallucinante les fonds nécessaires pour faire intervenir des sociétés de service. Leurs ingénieurs se sont lancés dans ce travail avec un enthousiasme que je n’avais jamais rencontré les nombreuses fois où, dans mes responsabilités, j’ai du travailler avec ces sociétés. Des volontaires (ils sont trop nombreux pour que je les cite. J’aurais peur d’en oublier) se sont mis au travail pour préparer tout l’environnement et les documents nécessaires. Des réunions en face à face et par visioconférence les ont réunis tout l’été. Parallèlement les enseignants et les ingénieurs des universités, volontaires pour les premiers MOOC, ont commencé à travailler …   sans plateforme puisqu’elle n’était pas encore installée !

En octobre la première version de OpenEdX français commençait à fonctionner et les universités commençaient à y installer leurs documents alors que le logiciel n’était pas encore stabilisé et que les versions se succédaient à grand rythme. Imaginez l’inconfort que les uns et les autres pouvaient vivre : les développeurs craignaient de perturber les enseignants et ces derniers subissaient un fonctionnement parfois hiératique.

Et décembre arriva, tout se mit en place et les cours purent ouvrir début janvier.

J’ai eu depuis le plaisir de voir Catherine Mongenet présenter FUN dans différents congrès Européens. J’ai ressentis avec fierté leur admiration et leur respect pour la vitesse à laquelle ce projet était devenu une réalité. FUN existe aujourd’hui. Il reste à finaliser sa structure de fonctionnement, à assurer sa pérennité avec un financement correct mais nous pouvons tous être fiers du travail accompli, les développeurs, les équipes universitaires et tous les étudiants qui ont fait confiance à cette initiative.

Les raisons de cette réussite sont multiples. D’abord une décision au plus haut niveau pilotée en dehors des circuits traditionnels de l’administration. Je suis intimement persuadé que FUN n’aurait pas vu le jour aujourd’hui où il n’existe plus de ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. La seconde raison, liée à la première, est la mise en place d’une équipe compétente et relativement autonome par rapport aux circuits administratifs et de la lenteur que leur impose les règles et coutumes. La troisième raison est que les responsables ont su s’entourer de volontaires venus du terrain et leur donner leur part d’initiatives.

Aujourd’hui FUN est une plateforme reconnue dans le monde entier, plus de 100 cours et 140 MOOC, 850 000 inscrits avec des apprenants dans tous les champs des disciplines universitaires, ce qui n’est pas mal par rapport aux plateformes de langue anglaise puisqu’il semble qu’il faille compter un rapport 10 entre le nombre d’apprenants anglophones et francophones. Si on ajoute les initiatives privées la France n’est pas en retard.

Open EdX est maintenant officiellement employé dans 120 sites différents, dans 12 langues différentes, en Chine, en Russie, en Jordanie pour le monde arabe, ce qui conforte les choix techniques initiaux. Tous travaillent en partenariat avec le grand frère EdX qui a la même vision que nous de l’éducation et ne vise pas à un monopole mondial tout comme FUN ne vise pas le monopole en France mais a vocation à servir les universités. Des opérateurs privés ont rejoint le mouvement, ce qui est important car ils y apportent des talents que le monde universitaire ne possède pas.

Je pense qu’il était nécessaire de célébrer cette réussite et d’en remercier les nombreux participants.

Le billet de cette semaine est un peu court : plusieurs congrès à venir sur des thèmes différents, parmi ceux que j’évoque dans ce blog, ont pris la plus grande partie de mon temps. Je ne suis pas sûr non plus de tenir la cadence pendant le mois de juin du fait de ma participation à ces manifestations en Europe et en France. A bientôt.

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Au loin montent les nuages

indexDepuis quelques mois les modèles économiques des MOOC se précisent, des annonces sont faites tant par les agences que par certaines universités américaines. Qu’est-ce que cela signifie pour nos universités ? Je vous laisse en juger.

Je vous ai déjà parlé de la politique du MIT qui modifie l’organisation de ses enseignements pour pouvoir introduire un enseignement mixte, avec des SPOC, partout où cela pourrait être intéressant. L’année ne sera plus découpée en semestres mais en modules de six semaines ou moins. De cette façon il sera facile de basculer d’un enseignement traditionnel à un enseignement numérique, ou l’inverse. Ce schéma, d’une grande souplesse est-il la voie pour transformer nos enseignements ? Un MOOC ou un SPOC coutent chers. Avec des budgets contraints, que ce soit en finances aussi bien qu’en personnel, où faut-il d’abord porter nos efforts ?

Parce que on m’a demandé, pour une conférence au mois de juin, de parler des modèles économiques pour les MOOC, je me suis penché à nouveau sur le coût de cette forme d’enseignement.

La construction d’un MOOC de six semaines peut être estimée entre 30 000 € pour les plus simples à réaliser, lorsqu’il est facile de transformer un enseignement classique en une forme adaptée, et culminer au-delà de 100 000 € pour les plus complexes. Pour aboutir à ce chiffrage je considère que le MOOC est réemployé, avec quelques modifications, pendant trois fois ou trois ans. Il ne s’agit là que de la part des salaires, consolidés mais pas environnés, en imaginant qu’on dispose du personnel compétant, enseignants comme support technique. La plupart des études arrivent à des chiffrages du même ordre de grandeur.

Etudions maintenant le coût de l’enseignement en fonction du nombre d’étudiants qui le suivent pour un MOOC, un enseignement hybride sous forme de SPOC avec une part de face à face, comme le pratique l’EPFL, ou un enseignement traditionnel avec amphithéâtre et travaux dirigés (voir le graphique ci-dessous).

Pour un MOOC il faut ajouter le salaire des animateurs dont le nombre augmente avec le nombre d’étudiants mais cela le coût varie peu car ils sont peu nombreux et, de fait, noyé dans le coût total surtout lorsqu’on tient de la variabilité de celui-ci.

Par contre lorsqu’on l’utilise ce même MOOC en enseignement hybride (SPOC) il faut ajouter les salaires des enseignants employés pour le face à face, et le coût des locaux employés. J’ai compté un enseignant pour 50 étudiants et une réunion toutes les deux semaines, ce qui n’est pas excessif. Pour les locaux je disposais de peu d’information et je me suis basé sur des prix de location, en les minorant ; ils intègrent donc l’amortissement. Le coût augmente rapidement avec le nombre d’étudiants. En enseignement à distance classique l’environnement des étudiants, en nombre d’heures d’enseignants, est sensiblement le même. Seul le coût des locaux fait la différence. Compte-tenu des variabilités de mes évaluations, je ne ne les ai donc pas différentiés.

Enfin j’ai voulu comparer ce chiffrage à celui d’un enseignement classique. J’ai employé pour cela les normes en vigueur en France : une heure de cours est équivalente à 1h30 de TD et ces séances sont organisées par groupes de 50 étudiants, ce qui est assez conservatif, du moins dans le domaine scientifique. Il faut également y ajouter le coût des locaux. J’ai mouliné tout cela, je me suis amusé à faire varier le coût de réalisation du SPOC et du MOOC pour tenir de la variabilité de mon estimation et, dans tous les cas, j’ai obtenu des courbes comme celles ci-dessous.

 couts

En-dessous de 200-300 étudiants la forme d’enseignement la plus économique est l’approche classique avec l’amphithéâtre. Un enseignement hybride, avec un SPOC, ne devient rentable qu’au-delà de 500 étudiants.

Ne prenez pas ces valeurs à la lettre. Ces limites se déplacent lorsqu’on fait varier les éléments de coût mais restent du même ordre de grandeur. La conclusion s’impose : dans un budget contraint il n’y a guère que pour les premières années qu’on peut faire justifier un enseignement hybride. Au-delà les cohortes sont trop petites.

Il n’y a guère alors que deux solutions : augmenter le nombre d’étudiants ou se regrouper, entre universités, pour partager les coûts de réalisation. C’est ce que viennent de faire quelques universités aux Etats-Unis.

Arizona State University est en réalité le consortium de toutes les universités publiques de cet état. Elles vont ouvrir une première année sous forme d’enseignement purement à distance, avec l’aide de edX qui leur apporte gratuitement son aide, et ils affirment pouvoir délivrer le diplôme de première année pour moins de 6000 $. Cela fera bondir de nombreux lecteurs mais c’est bien moins cher que le prix d’une inscription dans une université publique aujourd’hui aux Etats-Unis. Cela n’est possible que grâce au facteur d’échelle qu’apporte la mutualisation : plus d’étudiants et coûts de développement supportés par le consortium. Mieux encore, les étudiants ne paieront qu’au moment de l’examen. Autrement dit ils ne s’engageront que si ils pensent qu’ils ont une bonne chance de réussir. Même s’ils multiplient le nombre d’enseignants qui dialoguent à distance avec les étudiants, leur courbe de coût est plus proche de celle d’un MOOC que de toute autre.

Autre exemple, celui d’Urbana Champaign university, qui va ouvrir un MBA pour 20 000 $ seulement. Cela peut sembler délirant pour un français mais il faut savoir que l’inscription à ce diplôme peut dépasser 60 000 $ par an ! Urbana travaille avec Coursera, selon un modèle à peu près équivalent. Les étudiants doivent payer Coursera pour obtenir des « verified certificates » puis, déjà avancés, peuvent demander à faire reconnaître leurs acquis pour ce eMBA. Ils paieront alors le supplément pour obtenir un vrai diplôme. La clé de ce modèle tient au fait qu’Urbana espère attirer un nombre supplémentaire d’étudiants sans engager de personnel supplémentaire ni devoir construire de nouveaux locaux sur son campus.

Et derrière ces deux universités, qui trouve-t-on : les deux grandes agences Coursera et edX, seules capables d’offrir un catalogue large. C’est là que mon modèle cloche : je n’ai pas pris en compte le coût du support que ces agences apportent.

Daphne Koller déclare que d’ici deux ans elle offrira le curriculum complet d’une université. Alors Coursera pourra présenter son catalogue aux universités qui voudront construire leurs cursus. Cela n’affectera pas les plus connues mais les plus petites, les plus modestes comme les community colleges, qui deviendront de simples intermédiaires qui assembleront une panoplie de MOOC, y ajouteront un accompagnement et délivreront leurs diplômes. Ces universités ne seront plus que des assembleurs de cours produits par ailleurs et les contrôleurs de connaissances acquises.

Le modèle d’entreprise de Coursera n’a pas changé : ils comptent bien rentrer dans leurs frais au travers de la vente de certifications et de cours produits par d’autres. eEdX est plus discret sur son modèle, à l’abri derrière ses riches donateurs.

Qu’en sera-t-il en France et, plus généralement en Europe, sauf en Angleterre, où le coût de l’éducation est essentiellement payé par l’état ? Il est encore difficile de le savoir. Le numérique prendra sa part et plusieurs entreprises se placent déjà dans la production et la diffusion de cours. L’enseignement privé, en premier, parce qu’il possède une plus grande maîtrise de ses coûts, , se pose déjà la question. Nous ne sommes pas à l’abri de grands bouleversements même dans l’enseignement public. La force des universités et des grandes écoles est leur monopole sur la délivrance des diplômes mais celui-ci pourrait se voir remis en question soit par une modification des règles institutionnelles, soit tout simplement parce que les employeurs considéreraient cette nouvelle forme de diplomation comme tout à fait valable.

Dans l’immédiat ce sont les organismes de formation permanente     qui seront touchés en premier car ils n’ont pas la protection de la diplomation. Mais ce sera le sujet d’une autre chronique.

Dans tous les cas, toutes les institutions d’enseignement supérieur, publiques ou privées, feraient bien de réfléchir rapidement à leur devenir au vu de ces formes émergentes de modèles économiques.

Les MOOC, insidieusement, continuent à transformer le paysage. Nous n’en sommes qu’au début.

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Haut les cœurs ! It is a very slow tsunami

katsushika_hokusai_-_thirty-six_views_of_mount_fuji-_the_great_wave_off_the_coast_of_kanagawa_-_google_art_projectJ’ai emprunté la deuxième moitié du titre de cet article à Jonathan Tapson qui, dans son blog de Pandodaily du 13 septembre 2013, expliquait que les MOOC ne disparaissaient pas mais avançaient très lentement sur la courbe bien connue du cycle du Gartner et étaient encore loin d’atteindre son sommet. J’ai déjà expliqué en quoi je pensais que les MOOC n’obéissaient pas à cette courbe parce qu’ils étaient avant tout de la pédagogie employant des technologies éprouvées mais je voudrais répondre aux impatients et déçus qui n’ont pas vu venir le grand jour.

En bref la vague n’est pas arrivée mais je suis convaincu qu’elle grossit : elle avance très lentement. Ce pourrait être ma réponse à mon camarade, Mathieu Cisel, qui, le 22 avril dernier, dans son blog de ce même Educpros, semblait bien désillusionné. La réalité me semble plus complexe.

La pédagogie, la façon d’enseigner et d’apprendre sont le reflet de comportements fondamentaux de l’homme qui est un animal social. Sommes nous vraiment si loin de Platon et du lycée athénien d’il y a 25 siècles ? La vraie nouveauté, mise en avant par les MOOC, est d’apprendre et d’enseigner à distance, certes avec une certaine interactivité mais sans se trouver en présence, sans se voir ni échanger par le regard. Vous me répondrez que cela est déjà le cas dans l’amphithéâtre. Je m’inscris en faux : certes on ne voit pas tout le monde mais j’ai toujours fait mes cours en suivant du regard un certain nombre d’étudiants en face de moi, en lisant dans leurs yeux et leur expression leur approbation, leur compréhension et éventuellement leur ennui et je cadençais mon cours au travers de ses échanges. La meilleure preuve en est que lorsque, à l’occasion d’une mission, je me faisais remplacer par une vidéo, j’enregistrais en une heure l’équivalent d’une heure ½ de cours : l’échange avait disparu et le rythme de mon discours s’en trouvait bouleversé.

L’enseignement, l’apprentissage à distance sont donc une révolution et les MOOC lui ont donné une impulsion forte. Plus personne n’ose douter de la nécessité de cette nouvelle forme pour apprendre et j’ai vu un revirement total de ses opposants les plus acharnés. Ils n’en sont pas aux MOOC mais sont déjà arrivés aux SPOC. La vague avance.

Les façons d’enseigner et d’apprendre ne sont pas non plus indépendantes de l’état de la société. D’une certaine manière, en bien comme en mal elles en sont le reflet. La notion de contrat d’apprentissage qu’évoque Mathieu n’était pas nécessaire lorsque l’enseignement universitaire était réservé à une élite sociale. Le contrat allait de soi. D’ailleurs cela est encore le cas pour les grandes écoles : le contrat est implicite : tu vas en baver pendant deux ou trois ans mais, à l’issue, si tu as respecté ce contrat, tu accéderas au paradis. Ta voie sera toute tracée en une carrière honorable, honorée dans la crème de la nation. Et je n’évoque même pas l’élite de l’élite, Polytechnique, Normale ou l’ENA !

L’enseignement est devenu un enseignement de masse qui prétend s’adresser à toutes les classes de la société. Et là le contrat n’est plus évident : en France, on a dévalorisé l’université en en faisant, pour la plupart des étudiants, le choix par défaut, celui de jeunes qui rêvaient d’autre chose même si cela n’était pas dans leurs capacités. Nous avons introduit à l’UPMC un suivi individualisé et j’ai ainsi, pendant plusieurs années, échangé avec de petits groupes d’étudiants, jamais plus de 16, soit individuellement soit collectivement. Et cela me faisait mal de voir, dans leurs propos hésitants, leur désillusion alors qu’ils avaient à peine vingt ans. Que voulaient-ils faire ? Quels étaient les domaines qui les intéressaient et quel était le métier de leur choix ? Les réponses étaient souvent balbutiantes, irréalistes compte-tenu de leurs acquis : l’un rêvait d’astronomie mais avait horreur des maths et s’était lancé dans ces études malgré des avis contraires, tel autre considérait son arrivée en faculté des sciences comme un purgatoire, après deux ans en faculté de médecine, et l’intention très ferme d’y retourner l’année suivante en dépit de deux échecs extrêmement cuisants. Je n’ai pas dit que j’approuvais les formes de sélection en PACES mais cette réponse était complètement irréaliste dans le contexte d’aujourd’hui. C’est pourquoi je pense que la notion de contrat doit être aujourd’hui très encadrée pour cette masse d’étudiants qui sont, dès leur arrivée dans l’enseignement supérieur, très indéterminés et ne peuvent pas construire seuls leur chemin. C’est aussi une raison essentielle pour que la notion de diplôme reste fondamentale, par rapport à celle de certification apparue avec les MOOC. J’ai déjà dit, et j’insiste sur e point, qu’une accumulation de connaissances disparates ne constitue pas le socle sur lequel construire sa vie professionnelle.

Alors quelle réponse aux problèmes apparus avec l’enseignement de masse. Je n’ai ni la compétence ni la place pour développer tout ce qu’il serait urgent de faire mais les SPOC en sont un élément intéressant : bien encadrés lors des sessions en face à face en petits groupes, responsables de l’acquisition de leurs connaissances puisque le contrat (tiens donc) est qu’il faut avoir travaillé auparavant, alors il a quelques chances de faire avancer certains étudiants. Ce n’est pas la panacée : je rappelle que les premiers résultats de l’enseignement mixte montrent que les étudiants qui réussissent réussissent mieux mais que le taux d’échec change peu.

Alors, puisqu’on parle de contrat et de responsabilité, évoquons le suivi des étudiants et l’analyse des données d’enseignement, les learning analytics. Le numérique permet aujourd’hui de suivre l’activité d’un étudiant en temps réel : se rend-il à la bibliothèque ? Quelle est son assiduité ? Consulte-t-il les documents en ligne … ? Cela va bien au-delà des statistiques d’une plateforme d’enseignement. Dans le suivi d’étudiants que j’évoquais plus haut, j’étais très handicapé : j’avais ou je n’avais pas leurs notes de devoirs mais au-delà rien ! Avec ces nouveaux éléments, je suis convaincu que j’aurais pu engager le dialogue de façon différente et que j’aurais pu aider certains à se relever. Si de plus, certains cours se déroulaient en enseignement mixte, alors ma panoplie d’indicateurs aurait été encore plus riche.

Cette idée, dont je crois qu’elle est un outil fondamental pour accompagner et orienter les étudiants, nous la devons au numérique.

Et les MOOC dans tout cela ? J’ai essentiellement évoqué les SPOC et l’enseignement mixte. Et bien employons les pour ce qui manifestement marche bien : solution pour un enseignement de masse dans les pays qui n’ont pas la chance de disposer, comme nous, de tout un réseau d’établissements d’enseignement supérieur, formation tout au long de la vie puisque la majorité des participants semble avoir ce profil, diffusion des connaissances à tous les citoyens intéressés, de la philosophie qui fût un grand succès de FUN à la pèche à la ligne ou le bricolage, qui restent encore à faire. Il y a place pour des MOOC dans tous les domaines d’activité.

J’ai déjà dit ma conviction que l’introduction massive d’un enseignement mixte ne pourrait se faire qu’avec une mutualisation des cours en ligne. Que fait d’autre une plateforme de MOOC  puisque le même cours peut être joué des deux façons, SPOC ou MOOC. Si les universités ne parviennent pas à le faire à travers une plateforme publique comme FUN , alors d’autres le feront. Un signal vient d’être donné en France avec OpenClassrooms, dont je salue les créateurs, pour la formation des demandeurs d’emploi. Aux Etats-Unis Arizona State University, l’un des plus grands ensembles d’enseignement supérieur de ce pays, vient de passer un accord avec edX, des plus intéressants : les étudiants qui suivent un choix précis de MOOC peuvent obtenir des crédits, recouvrant la première année d’université, dans des conditions financières très intéressantes. Là n’est pas la nouveauté mais dans le fait qu’ils n’ont à prendre la décision, donc à payer, qu’au terme de leur parcours lorsqu’ils ont réussi. Ce n’est pas la solution à nos problèmes en France mais si cela n’est pas un contrat, cela y ressemble fort.

Alors, pas de révolution avec les MOOC ? Le grand jour n’est effectivement pas arrivé et cela n’est même probablement pas souhaitable. Je préfère une transformation lente mais continue plutôt qu’un déferlement qui pourrait tout emporter, le meilleur comme le pire. Mais la vague est là, qui monte, qui monte.

Alors Mathieu, courage. Le combat n’est pas vain, les pionniers seront oubliés mais cela en vaut la peine. Les MOOC sont en marche.

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Le cerveau, la machine et l’amphithéâtre

indexDans un éditorial du 8 avril du supplément Sciences et Médecine du Monde, Laurent Alexandre, président de DNAvision, réclame qu’un spécialiste des neurosciences devienne ministre de l’Education Nationale au nom des percées de l’Intelligence Artificielle. Outre le fait que je doute que François Taddei se retrouve dans ce rôle, lui qui investit fortement dans le travail de recherche en groupes des écoliers dès le plus jeune âge, il me semble très réducteur de vouloir réduire l’être humain a ce que l’on peut comprendre des phénomènes physiologiques du cerveau. Par delà les limites des connaissances actuelles, par analogie avec l’observation des phénomènes quantiques, je me demande si l’observant peut aussi être l’observé et s’il ne faut pas rester modeste sur nos capacités à déduire de nos observations des comportements humains qui comprennent une grande part d’intuition, d’irrationnel et d’émotion qui échappent à une approche purement logique. Nous sommes aussi un corps comme l’expliquait Antonio R. Damasio dans « L’erreur de Descartes » (Odile Jacob) et un cerveau sans corps deviendrait fou. C’est aussi à travers nos sens et notre corps que nous aimons ou haïssons, que nous éprouvons de l’empathie ou tout autre sentiment, que nous apprenons et que nous enseignons.

Un mouvement se développe qui prévoit que les développements de l’intelligence artificielle détruiront un grand nombre de métiers à l’horizon 2040 ou 2050. Même s’il ne faut pas oublier que cette idée est née aux Etats-Unis ou la croyance en la possibilité de résoudre les problèmes de la société au moyen des technologies, est un élément fondamental de la culture du pays, il faut se demander si les MOOC, SPOC et autres COOC, qui sont une première forme d’intrusion de l’ordinateur dans le champ de l’éducation, ne signent pas la fin du professeur et son remplacement inéluctable par une machine intelligente ?

Le passionnant ouvrage sur Turing dans la collection «Grandes Idées de la Science » du Monde discute du test de Turing sur l’intelligence des ordinateurs tout en mettant en garde sur le fait que la machine « soit dotée d’une conscience ou ait des intentions caractéristiques qui restent exclusivement humaines ». Ce même ouvrage insiste également sur l’impossibilité de définir ce qu’est l’intuition alors que son apport est essentiel à tout raisonnement logique et à la pédagogie.

En bref, et pour ce qui nous préoccupe dans ce blog, cela pose encore la question lancinante de l’apport de l’humain dans l’apprentissage et la transmission des connaissances et de savoir si la machine peut remplacer le professeur. En réalité le problème n’est pas la machine mais, qu’en moins de 60 ans, nous soyons passés d’un enseignement supérieur réservé à une élite privilégiée à un enseignement de masse et qu’il faut bien adapter la pédagogie à cette nouvelle donne. C’est encore plus le challenge des pays moins développés qui devraient ouvrir une université par jour pour répondre à leurs besoins de formation ! Notons au passage que ce problème n’est pas nouveau : il s’était déjà posé à la jeune troisième République de Jules Ferry lorsque l’école pour tous fût mise en place. Ce fût l’invention de la classe collective.

Avec la nécessité de réinventer l’enseignement de masse, peut-on encore imaginer des échanges entre participants, sachants et apprenants ? Est-ce une illusion dont il faudra nous départir ou réserver cela à une minorité sur le modèle d’Oxford ou de Cambridge ou chaque étudiant rencontre son mentor chaque semaine et construit son cursus avec lui. Si la réponse est oui, il sera extrêmement difficile, voire impossible de définir des critères de sélection où l’argent n’intervient pas. Il suffit de regarder le coût des études dans le projet Minerva, aux US, qui le réserve, qu’on en pense du bien ou du mal, à une minorité extrêmement riche. Ni vous ni moi, ne serions capables de le payer à nos enfants. Si la réponse est non, si les interactions entre professeurs et élèves, positives tout comme négatives, doivent être conservées à tout prix, si les étudiants ont encore besoin du collectif, alors oui, la machine pourrait être une partie de la solution, bien employée à coté de l’être humain.

Etienne Klein, dans une interview publiée le 13 avril dans Educpros, y répond pour sa part : «Pour qu’il y ait transmission, il faut d’abord qu’il y ait rencontre, une rencontre patiente », autrement dit rien ne remplacera le face à face sachant- apprenant. Et il est évident pour lui que même dans l’amphithéâtre cette rencontre peut se produire. En réalité, même dans un enseignement de masse la dimension sociale de la rencontre continue à exister. C’est pourquoi il faut développer et encourager toutes les formes d’interactions et de collaborations, simultanément avec les nouvelles formes d’apprentissage avec les TICE.

Ceci est si vrai que Richard Katz, ancien VP recherche d’Educause, dans une vidéo edu@2025 que j’ai déjà mentionnée, imagine pour très bientôt des cours en ligne peuplés d’avatars qui donnent le sentiment à l’apprenant de se retrouver au milieu d’une classe normale.

Tous nos ordres d’enseignement craquent, pour de multiples raisons, sociétales comme financières, même les plus privilégiés qui réunissent des étudiants sélectionnés, en petits groupes, avec un fort taux d’encadrement. Et je prétends que le numérique et des cours bien choisis sont une façon de répondre à une partie de ce formidable challenge.

Mais il ne faut pas jouer l’ordinateur contre l’humain, la machine aussi intelligente soit-elle, contre la communauté humaine. J’ai déjà dit, et je le répète, que le numérique peut libérer du temps d’échange afin de l’employer là où il est le plus utile, pour les projets collectifs tout comme pour des temps de réflexions plus individuels.

Comme toute technologie le numérique n’est pas neutre. L’intelligence artificielle peut créer demain les robots de guerre les plus effroyables ; de la même façon cela peut conduire à des universités déshumanisées qui rencontreront un succès par défaut car elles seront capables de délivrer des connaissances et des diplômes, à un moindre coût, pour former des travailleurs immédiatement employables mais jetables demain. Les auteurs de science-fiction nous ont décrit ce cauchemar à loisir.

Nous, les maîtres, sommes là pour apprendre à nos étudiants à apprendre. Ils oublieront demain la plupart de ce que nous leur apprenons, soit parce qu’ils n’en ont pas besoin dans leur métier soit parce que cela est obsolète ou encore parce qu’ils ont changé de voie. Mais si nous leur apprenons à réfléchir par eux-mêmes, à découvrir et analyser alors nous aurons rempli notre mission. Et cela, je reste persuadé qu’aucune machine ni technologie ne peut le faire. Alors employons la pour ce qu’elle permet de bien faire, dispenser des connaissances et les vérifier, rendre les étudiants actifs dans cette phase indispensable de l’apprentissage et mobilisons nous forces pour réfléchir et échanger entre enseignants et enseignés.

Les MOOC, SPOC et autres COOC sont nos meilleurs alliés dans ce projet.

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Les MOOC : des couleurs, des formes, des parfums et des hommes

imagesOn a beaucoup parlé des MOOC en terme de technologie. On les place même sur le cycle du Gartner et l’on s’étonne de les voir en disparaître aussi vite. Ce n’est pas étonnant. Les MOOC, comme j’ai eu l’occasion de le dire déjà dans ce blog, ne sont pas une technologie mais un moyen d’apprendre et d’acquérir des connaissances au moyen de technologies déjà matures. Il n’y a donc aucune raison qu’ils suivent ce cycle. Et s’ils le font ce sera au rythme de la pédagogie, c’est à dire au rythme lent, comparé aux technologies, auquel vont toutes les transformations des sociétés humaines. Le tsunami est donc encore à venir.

Alors, qu’est ce que les MOOC ont déjà apporté, en terme de technologie ?

J’ai employé, depuis le début des années 2000 quatre plateformes d’enseignement différentes et je peux affirmer qu’il y a peu de nouveautés dans celles d’aujourd’hui. La correction par les pairs en est une. L’introduction de cet outil a été motivée parce qu’il n’était pas envisageable de corriger des milliers de copies. Les plateformes classiques ont réagi et intégré ce dispositif rapidement et les enseignants ont commencé à imaginer comment l’ employer dans le cadre de leur classe, non pour faire faire leur travail par les étudiants mais pour introduire une nouvelle forme de participation et de collaboration entre eux. Plus généralement l’apparition des MOOC a eu pour effet d’amplifier l’ usage collaboratif et social des plateformes classiques.

Ceci est d’autant plus amusant qu’on a mis en avant la dimension sociale dans les plateformes de MOOC en faisant croire à une avancée par rapport à la génération précédente de plateformes mais dans la réalité elles n’ont fait que reprendre les bons vieux forums qui existaient déjà dans Moodle, Claroline, Sakai, WebCT (je cite les plateformes que je connais) et bien d’autres… en oubliant tous les autres comme les chat, par exemple. Dans le passé les forums-ci avaient peu de succès. Vers 2005, je me souviens d’une conférence des utilisateurs de WebCT, à Barcelone, où beaucoup d’entre nous se plaignaient du vide de nos forums. Seuls les responsables de l’enseignement à distance pouvaient se targuer de réels échanges. Ce qui a fait le succès des forums, de nos jours dans les MOOC, est la distance entre les participants et le désir de partager dans une communauté. Je doute qu’ils fonctionnement beaucoup mieux dans les SPOC (c’est à dire en enseignement mixte) aujourd’hui parce que les étudiants ont d’autres occasions d’échanger sur le campus. Je serais preneur d’informations à ce sujet. Rappelons que beaucoup de concepteurs de MOOC complètent leur usage des plateformes avec des groupes Facebook, Google+ sans oublier les hangouts et autres systèmes de diffusion de vidéos en direct. Il y a donc un manque évident dans ces plateformes aujourd’hui. Ceci n’est pas une critique. La mise au point d’une plateforme dans sa richesse et ses nuances (pédagogiques) est beaucoup plus compliquée que les développeurs le pensent : il faut donc du temps.

De fait, la seule nouveauté des plateformes modernes est leur capacité à tenir la charge avec un grand nombre d’étudiants simultanément. Ce qui est une bonne raison pour continuer à employer la bonne vieille plateforme d’enseignement, qui existe maintenant dans la plupart des universités et écoles, lorsqu’on veut créer un SPOC pour un enseignement mixte.

Les plates-formes de MOOC sont encore à leurs balbutiements.

Une plateforme d’enseignement est un ensemble de moyens numériques utilisé … pour l’apprentissage et l’enseignement, ce qui implique que ces moyens sont au service d’une pédagogie sous-jacente, même lorsque le professeur ne le formalise pas. Or la pédagogie ne se réduit pas à une approche singulière. Il n’existe pas de méthode unique pour l’enseignement ou l’apprentissage ; les pédagogies sont diverses. Les LMS essaient de répondre, aussi bien que possible, à cette attente. Les concepteurs de plateformes traduisent donc leur vision dans la réalisation de leur outil. Par exemple, Moodle est organisé autour d’une vision pédagogique assez constructiviste et impose une approche pédagogique assez bien définie. Sakai est beaucoup plus libéral et insiste plutôt sur les aspects collaboratifs. Moodle possède plusieurs outils pour construire des questionnaires, chacun pensé avec une vision précise sur la façon d’interroger, Sakai possède un outil unique qui permet de mélanger toutes les approches. A l’utilisateur de faire ses choix ! En pratique, il est toujours possible de sortir de la vision des concepteurs, mais cela peut être difficile. L’avantage, lorsqu’on se laisse guider est que l’apprentissage de la plateforme est plus simple. Il suffit de se laisser guider plutôt que d’explorer un grand nombre de possibilités. Du point de vue pédagogique il n’existe donc pas de plate-forme idéale. Les LMS offrent chacun une vision. Cela m’irrite toujours un peu, lorsque je lis un rapport, qui veut comparer des plateformes, de constater que cela consiste essentiellement en un catalogue de services existants ou pas mais que peu est dit sur la souplesse d’emploi, sur les possibilités laissées aux enseignants de sortir d’un schéma et que rien n’est dit sur l’approche pédagogique sous-jacente. C’est le plus difficile car le bon test serait d’imaginer plusieurs cours, conçus par des enseignants différents, que l’on utiliserait, avec des étudiants, dans les différentes plateformes. Je réfute donc ces rapports qui consistent essentiellement en des tableaux où l’on coche l’existence ou non d’un outil, à la manière des informaticiens lorsqu’ils comparent des logiciels.

De fait la bonne plateforme d’enseignement serait comme un bouquet de fleurs : le professeur assemblerait des services comme l’on choisit les couleurs, les formes et les parfums. Il ne serait plus contraint aux services existant dans la plateforme installée dans son université et pourrait réaliser l’assemblage de son choix : un mélange de Moodle, Sakai, Claroline Connect, EdX et de bien d’autres. Ceci n’existe pas aujourd’hui mais peut devenir une réalité si les développeurs le veulent bien. Des standards, comme LTI, se mettent en place pour définir des interfaces qui permettront à des outils divers de communiquer entre eux et le concept de machines virtuelles dans le Cloud fait que la plateforme de demain sera constituée d’un ensemble de serveurs virtuels, chacun alloué à une fonction unique, dialoguant entre eux, et non d’un outil unique comme aujourd’hui. Construire sa plateforme reviendra à relier entre eux les serveurs de son choix.

Il faut préter attention et encourager des consortiums Open Source comme Apereo qui tente de regrouper sous un même toit des initiatives diverses, prônant la complémentarité plutôt que la concurrence. La plateforme de demain, c’est à dire celle qui permettra de construire une vraie plateforme d’enseignement ouverte, sans devoir se restreindre à un nom unique, sortira certainement d’un tel regroupement.

L’expert composera son bouquet; le non-expert fera son choix parmi des bouquets déjà préparés par les spécialistes. Il faudra, dans les universités, recruter ou former de nouveaux professionnels, à la fois ingénieur pédagogique, informaticien et enseignant, qui auront la charge de construire des bouquets à la demande en fonction des visions des professeurs et des attentes des étudiants. Cela permettra l’ouverture à toutes les formes de pédagogie, tous les mélanges de c-MOOC et de x-MOOC.

En résumé, que faut-il retenir de l’impact des MOOC sur la technologie des plateformes d’enseignement ? Ce n’est pas leur capacité à tenir la charge de milliers d’apprenants. C’est la possibilité, très bientôt, de personnaliser celles-ci en fonction des désidérata des usagers finaux, c’est à dire des enseignants et des étudiants. Mais comme cette personnalisation sera trop complexe pour que la plupart des enseignants puissent se débrouiller seuls, il leur faudra travailler avec d’autres personnes, spécialistes des technologies des plateformes et de la pédagogie.

Enseigner sera de moins en moins l’acte isolé d’un professeur seul en face des ses étudiants et seul maitre des lieux. Cela devient le projet de toute une équipe, comme c’est déjà le cas aujourd’hui avec les MOOC. C’est cela aussi la révolution des MOOC, un profond changement auquel il faut nous préparer.

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Le maillon faible

indexUne université, c’est comme une chaine haute fidélité : elle vaut ce que vaut son maillon le plus faible. En d’autres mots toute évolution, toute transformation de ses missions et de ses activités ne peut réussir que si tous les acteurs y concourent. Que l’un faillisse et c’est toute l’action qui en souffre. Comment transformer la pédagogie, faire évoluer les missions et basculer vers un enseignement novateur, avec le numérique, lorsque certains maillons sont défaillants ?

Les étudiants ont pour mission d’acquérir des connaissances et des compétences et de réussir leurs examens afin d’obtenir leurs diplômes. Ils ont un engagement moral de réussite parce que la nation fait de gros efforts pour subventionner leurs études et former les citoyens et les cadres de demain. Lorsqu’on compare le coût des études à celui des Etats-Unis la différence est vertigineuse : qui se pose la question, en France et plus généralement en Europe, de la rentabilité de son investissement financier en comparaison des gains dans sa vie professionnelle comme le font beaucoup de leurs camarades outre-Atlantique ?

Le second maillon est celui de ceux qui produisent : les enseignants-chercheurs, les chercheurs et le personnel d’appui qui les accompagne,  ingénieurs, secrétaires, techniciens… Je me refuse à séparer ces personnes car elles sont toutes indispensables aux missions fondamentales de l’université que sont l’enseignement, la recherche et la diffusion des connaissances. Les chercheurs enseignent peu ; normalement ils n’interviennent qu’aux derniers niveaux, master 2 et doctorat. Cependant sans ces chercheurs à temps plein les enseignants chercheurs ne pourraient pas trouver la dynamique pour avancer à grand pas. Ils ne pourraient pas faire passer à leurs étudiants l’esprit de la connaissance et les concepts les plus innovants. Réciproquement le recrutement des jeunes doctorants, source d’inspiration pour la recherche et les chercheurs serait tari. Enfin, sans les personnels d’appui, souvent trop dans l’ombre, les deux catégories précédentes ne pourraient tout simplement pas exister. De plus il n’y a souvent pas grande différence entre un chercheur et un ingénieur de recherche de haut niveau, sinon que ce dernier est responsable de tâches quotidiennes. Lorsque je voyage dans d’autres universités en Europe, je constate souvent qu’on me présente avec le titre de professeur (ce titre est beaucoup plus employé à l’étranger qu’en France) des personnes qui ne le seraient pas en France alors qu’elles assument beaucoup de responsabilités dans la conduite de la recherche et de l’enseignement.

Le troisième maillon est celui des services centraux et de l’administration. Ils sont souvent ressentis comme un frein, un boulet, par les deux premiers et ils ont une mission difficile et délicate à remplir, dans un contexte politique et administratif extrêmement pesant, qu’ils subissent également : faire tourner la baraque !

On les voit moins, bien qu’on les ressente lourdement, et les autres catégories de personnes les ignorent souvent n’imaginant pas les contraintes dans lesquelles ils se débattent. Répondre aux nombreuses lois, aux contraintes du Ministère, de Bercy et à la Cour des Comptes n’est certainement pas une sinécure et ne conduit pas automatiquement à la gestion la plus efficace de l’institution. Il est vrai également que les administratifs relèvent d’une autre culture qui ne leur apprend guère à communiquer. Ils ont la plus grande difficulté à rencontrer ceux qui appartiennent aux autres maillons et à imaginer leur façon de travailler. Ils sont la courroie de transmission d’obligations qui contribuent souvent fort mal au bon fonctionnement de l’université. Leur éducation, leur culture les obligent à y répondre le mieux qu’ils le peuvent alors que pour les deux autres catégories ces règlements sont souvent une contrainte insupportable pour mener à bien leur mission. Bref, ils ne se comprennent pas et réalisent souvent mal qu’ils sont embarqués sur le même radeau.

Comment combler ce fossé ? Déjà, vers la fin des années 80 la secrétaire générale de l’université Paris VII s’exprimait, lors du premier congrès international sur l’université numérique (on n’employait pas encore ce terme mais c’était bien cette signification), organisé par le CSIESR à Poitiers, et s’interrogeait sur la contradiction entre une administration des universités qui était très hiérarchique et une informatique décentralisée.

Mais revenons à l’université numérique.

L’emploi massif de cours en ligne devrait permettre d’envisager d’autres formes d’enseignement et pourrait bouleverser l’université. J’emploie le conditionnel car cette révolution nous est promise depuis le début du millénaire et peu de choses ont changé, du moins en apparence.

Lorsqu’on examine la situation, presque trente ans après le congrès de Poitiers, on ne peut qu’être perplexe. Les systèmes de scolarité ne sont pas des systèmes d’informations étudiants. L’administration a à cœur qu’ils remplissent les obligations légales, les enseignants s’en désintéressent car ils ne les aident guère dans leur mission et les étudiants n’y trouvent guère autre chose que des obligations. Ces derniers ne les emploient que pour remplir les formalités d’inscription, obtenir des attestations et constater leur réussite aux examens dont ils sont déjà au courant directement grâce aux secrétariats de leurs enseignements. Le plus souvent les secrétariats pédagogiques et les enseignants travaillent avec des feuilles de calcul Excel, voire avec les plateformes d’enseignement pour gérer localement tous les aspects de la vie étudiante. Les outils de communication les plus plébiscités sont les sites Web des composantes si ce n’est Facebook et autre plateforme extérieure. On va même jusqu’à afficher les résultats d’examen publiquement, ce qui est strictement interdit par la loi car il s’agit d’informations personnelles. Les plateformes d’enseignement sont appréciées pour la mise à disposition de documents, leurs outils de communication et d’annonce vers les étudiants plus que pour leurs possibilités pédagogiques et ont peu ou pas de liens avec le système de scolarité.

Bref nous disposons de systèmes incomplets qui n’ont pas été pensé, le plus souvent, pour les utilisateurs finaux. Alors on se débrouille comme on peut : on s’organise localement avec les moyens du bord, variable selon l’endroit, d’une discipline à l’autre et selon le degré de culture numérique de l’institution et l’on est dans l’impossibilité de construire en temps réel des indicateurs de suivi pédagogique.

C’est l’un des grands intérêts des MOOC : ils bousculent tout le monde. Les étudiants sont obligés de devenir les acteurs de leur formation, les enseignants doivent complètement repenser leurs cours et l’administration doit révolutionner sa fonction d’accompagnement. Encore faut-il pour cela que les acteurs se sentent concernés et que l’état réfléchisse sérieusement aux contraintes qu’il impose, à la définition des diplômes nationaux et jusqu’aux règles qu’il impose à l’administration.

 

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MOOC, SPOC et au-delà

imagesDans mon dernier billet j’imaginais comment les universités, et l’enseignement supérieur plus généralement, pouvaient bénéficier d’un enseignement mixte, partiellement sous forme de SPOC, c’est à dire de petits cours en ligne, et partiellement en face à face.

En dehors du bouleversement des méthodes d’apprentissage et d’enseignement que cela représente, j’expliquais que leur coût de construction obligerait nos institutions à coopérer pour construire et employer dans leurs cursus des cours communs. Ceci serait un changement important du paradigme actuel de l’enseignant, seul, face à ses étudiants dans l’amphithéâtre et des étudiants qui ne consultent que les notes de leurs professeurs.

Tout ceci représente déjà une transformation intéressante du mode de fonctionnement de nos vénérables institutions mais cela va beaucoup plus loin. La révolution des MOOC aura des effets secondaires non négligeables.

Un MOOC, un SPOC s’étale sur une durée limitée de six à huit semaines maximum. Un module d’enseignement classique s’étend sur un semestre, ce qui dans le système de mesure de l’université représente 16 vraies semaines. Il existe donc un hiatus entre les durées de ces deux types d’événements. Le MIT y a déjà réfléchi : il revoie l’organisation en modules de tous ses enseignements et les transforment en unités plus courtes, de durée moitié environ de façon à pouvoir les basculer éventuellement en ligne. Mes interlocuteurs du MIT insistent sur le fait que cela ne signifie pas que tous les modules d’enseignement vont basculer en SPOC mais ils souhaitent que le temps ne soit pas un obstacle à l’introduction éventuelle d’un enseignement mixte.

J’ai donc le sentiment que l’introduction massive de SPOC conduira rapidement nos universités et grandes écoles à la même conclusion et que nous verrons un nouveau découpage de l’offre de formation plus adapté, en modules de 8 semaines maximum. Réfléchissons ensemble à ce que cela signifie. Ceci est loin d’être neutre et représente beaucoup plus qu’une simple réorganisation administrative !

Avant toute chose cela permettrait une plus grande diversité des parcours : certaines universités ont déjà introduit un découpage en majeures et en mineures qui permet aux étudiants de choisir des parcours bi-disciplinaires. Un découpage en modules plus courts multipliera ces possibilités. La possibilité d’en suivre certains à distance renforcera ces possibilités.

Les universités sont le garant de la cohérence des formations car leur rôle est de former des diplômés et non des collecteurs de connaissances éparpillées. Elles se doivent d’imaginer des parcours qui mêlent à la fois les connaissances fondamentales qui permettent à chacun de progresser tout au long de la vie tant sur le plan personnel que professionnel et d’autres, exploitables dès la fin des études car elles conduisent à des métiers. Elles veilleront donc, par nature, à proposer aux étudiants des parcours cohérents leur assurant un grade qui a un sens. Les meilleures formations seront celles qui permettent simultanément un enrichissement personnel et une bonne préparation aux métiers d’aujourd’hui et de demain. Un étudiant en physique pourra s’intéresser à la philosophie et au management tout comme un autre, étudiant en droit, pourra aborder la sociologie et les mathématiques ! Les grandes universités seront celles qui pourront offrir les palettes d’apprentissage cohérentes les plus riches et les plus variées.

Les matières minoritaires, très spécialisées ou rares, seront mieux préservées qu’aujourd’hui puisqu’il sera possible de les enseigner à distance en regroupant le nombre nécessaire d’étudiants dans des SPOC. On m’objectera que ces enseignements seront de moindre qualité puisque les étudiants ne pourront pas tous rencontrer leurs professeurs car ils seront loin. Au moyen de la visioconférence, professeurs et étudiants pourront se parler les yeux dans les yeux. Nous l’avons employé à l’UPMC dans des formations à distance et cela a été très apprécié.

Puisque l’enseignement intégrera des cours en ligne, le souhait des concepteurs du processus de Bologne (qui a conduit au découpage du LMD que nous connaissons depuis 2002) de permettre aux étudiants de construire leurs diplômes en étudiant dans différentes universités en Europe, en sera facilité. Il sera plus facile de construire des formations européennes : les étudiants pourront se déplacer tout comme étudier de chez eux. L’université deviendra ainsi un lieu de formation mais aussi de rencontre et un hub pour poursuivre des études qui pourront s’internationaliser.

Dans ce rôle de hub les bibliothèques ont un rôle particulier à jouer. Toutes les expériences montrent qu’en enseignement mixte comme purement à distance, les participants éprouvent le besoin de se rencontrer. Coursera et EdX l’ont déjà compris et mettent en place de tels lieux. Quel meilleur endroit que les bibliothèques sur le campus ? A l’EPFL, qui a basculé en enseignement mixte pour sa première année, les étudiants viennent, même lorsqu’ils n’ont pas de cours, pour regarder les vidéos de leurs cours et travailler ensemble.

Les amphithéâtres se vident, les bibliothèques se remplissent. Il faut donc revoir rapidement l’architecture et la distribution des bâtiments de nos chères institutions.

Allons encore plus loin dans cette restructuration. Si la poursuite des études se fait au travers d’un ensemble cohérent de modules courts de six à huit semaines, que devient la signification du semestre ? De plus, le plus souvent aujourd’hui, un étudiant qui a raté un module doit attendre l’année suivante pour le repasser. Un cours, distribué sous la forme d’un SPOC, peut être rejoué à bon compte, sous la forme d’un MOOC, au semestre suivant. Cela n’est pas aussi satisfaisant qu’un cours avec TD ou un SPOC mais c’est beaucoup mieux que perdre le reste de l’année. Tout cela fera que les cours en ligne commenceront à diverses périodes de l’année universitaire. Les SPOC rejoués en MOOC à l’attention des trop nombreux étudiants qui auraient raté leur examen (je pense surtout au L1) fleuriraient à partir de janvier jusqu’à l’été.

Quand aux examens dont le passage doit continuer à se faire sous surveillance, on peut encore faire appel aux bibliothèques pour les organiser, comme à Telford College à Edinbourg en Grande Bretagne ; les examens se passent en ligne pendant une période donnée. Les étudiants viennent dans une salle spécialisée sous surveillance, à l’heure de leur choix, déposent tous leurs moyens de communication à l’entrée dans un casier et composent à l’abri des regards des uns et des autres.

Résumons nous. Que resterait-il du fameux tempo universitaire ? Il perdrait pratiquement toute sa signification.

Les MOOC vont révolutionner l’université bien au-delà de la facilitation de nouvelles formes de pédagogie. Nos campus deviendront des lieux de rencontre et d’échange tout autant que des lieux d’apprentissage. Ceci bouleversera leur architecture et nos planificateurs feraient bien d’y penser dès à présent. Les temps universitaires seront transformés. Je n’imagine pas une université douze mois sur douze mais presque et ceci sans augmenter les charges des enseignants qui sont, je le rappelle, également des chercheurs mais au contraire en leur permettant une plus grande souplesse dans leurs deux activités.

Un bémol ? Oui. J’ai très peur que l’organisation des sacro-saintes inscriptions et l’administration n’introduisent un énorme frein dans ce beau rêve. Il est urgent de remplacer nos systèmes d’inscription et de gestion des examens obsolètes par de vrais systèmes d’information étudiants à leur service et non à celui d’une réglementation, elle aussi dépassée. Mais là, je suis plus pessimiste.

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MOOC et enseignement universitaire

amphiJe lisais, l’autre jour, l’interview de Michelle Weise dans Educpros qui digressait sur l’impact des MOOC sur le système universitaire aux Etats-Unis. Je m’interrogeais sur leur expérience et les différences qui existent entre leur système et le notre et, donc, sur les conclusions que nous pouvons en retirer.

J’ai longtemps vécu aux Etats-Unis, j’y ai travaillé et j’en suis revenu Européen et convaincu du fait qu’ils sont une autre culture et une civilisation différente. L’université, même publique, est conçue comme une entreprise. L’état contribue peu à son financement et sa participation a diminuée fortement ces vingt dernières années. Ce sont donc les clients, c’est à dire les étudiants (et j’emploie ce mot à dessein), qui ont vu les prix d’achat des produits (c’est à dire de l’enseignement) renchérir.

L’enseignement est donc un investissement et, comme tout bon investissement, doit être rentable. D’où la grande question : investir dans des études longues est-il rentable ?

Je doute qu’en France, et plus généralement en Europe, on se pose la question de l’intérêt de poursuivre des études supérieures de la même façon !   Certes, les droits d’inscription sont devenus assez élevés, voire très élevés dans certaines écoles d’ingénieurs et de commerce mais cela n’a rien à voir avec les Etats-Unis où ils dépassent 10 000$ par an dans les universités les plus modestes et où 30 000 $ par an n’est pas déraisonnable en première année des meilleures. D’ailleurs nombreux sont nos collègues de l’autre côté de l’Atlantique qui sont admiratifs de la façon dont nous en sortons avec aussi peu de ressources.

Laissons donc de coté les confortables campus que personne ne serait prêt à payer mais interrogeons nous néanmoins sur leur vision des MOOC pour diminuer le coût des études. Il ne faut pas se leurrer : ce que ne payent pas les étudiants, en France et en Europe, est payé par la nation. Outre les questions que l’on peut se poser sur les limites d’un système où la distribution de l’origine sociale des étudiants ne reflète que peu celle de ceux qui y contribuent, il est certain que l’Etat ne sera pas capable, dans les années à venir, de fournir tous les moyens dont les universités auraient besoin. Elles se doivent donc de rationaliser l’emploi de leur corps professoral. Ce n’est donc pas un gros mot que de se demander comment l’enseignement numérique pourrait permettre de faire mieux à moyens constants.

JC Pomerol, moi-même et Claire Thoury, dans le livre que nous avons écrit l’année dernière, avions estimé le coût moyen d’un MOOC de six semaines à 50 000 € pour la part du personnel. En appliquant un coefficient 2 pour tenir compte de tout le reste : hébergement, moyens de travail, etc, on arrive à 100 000 €. Pour une conférence récente, à Tunis, je me suis intéressé à comparer le coût de l’enseignement si on employait un MOOC ou un enseignement mixte (un SPOC) à la place d’un cours classique. Le diagramme (diapo 42) que j’ai pu établir montre qu’aux alentours de 400 étudiants un enseignement mixte, où l’on supprime le cours en amphithéâtre et où les étudiants rencontrent une semaine sur deux seulement leur enseignant, devient plus rentable. Il ne faut pas prendre cette valeur à la lettre parce que je ne sais pas évaluer le coût des infrastructures par étudiant : il faut évidemment moins de salles pour héberger les cours si on est moins souvent sur le campus. Le chiffre critique est donc un peu plus bas.

On peut néanmoins en déduire que, du point de vue économique, les universités pourraient faire mieux, à personnel et locaux constants, si elles disposaient des moyens pour investir dans les SPOC et plus généralement dans l’enseignement mixte, pour le premier cycle notamment. Cela est moins évident pour les masters où les effectifs ne sont pas suffisants.

Les irréductibles opposants à l’enseignement numérique argueront que je donne des arguments pour diminuer les personnels et réduire un recrutement déjà tarissant. Mais je veux voir la bouteille à moitié pleine et non à moitié vide : je prétends que, alors que l’université est submergée par des flots d’étudiants en licence, nous pourrions placer nos efforts autrement et déplacer des heures d’enseignement dans des échanges plus personnalisés qui nous permettraient de mieux les suivre. Mieux encore : il est prouvé aujourd’hui que les étudiants réussissent mieux avec un enseignement mixte. Tous les indicateurs semblent donc aller dans le même sens et un grand mouvement devrait donc s’engager.

Mais soyons réalistes : la première difficulté est que les universités, aujourd’hui, ont des capacités d’investissement ridicules et aucune n’est capable de fournir ni l’engagement financier ni les moyens humains pour répondre rapidement à un tel projet. En ce qui concerne les finances, seul l’Etat peut apporter les ressources nécessaires à cette transformation. En ce qui concerne les enseignants, seule une mutualisation peut permettre de créer les cours.

Cela est le plus facile ; la seconde difficulté est d’imaginer enseigner autrement en sachant, à la fois, conserver la diversité des approches dans les cours, et employer les mêmes MOOC (ou des SPOC, c’est la même chose du point de vue des contenus) dans toutes les universités. Les MOOC seront à l’enseignement de demain ce que sont les livres aujourd’hui et les cours s’y réfèreront de la même façon.

Le plus compliqué encore sera de convaincre la majorité des enseignants et les étudiants de la validité pédagogique de cette approche et de les persuader qu’il ne s’agit pas d’un enseignement au rabais : après tout la très riche EPFL y a recours abondamment. En ce qui concerne les enseignants, ils devront s’adapter à une approche très différente de la transmission du savoir, à trouver comment se placer par rapport à des séquences d’apprentissage hors de leur présence et à y retrouver leur individualité et la façon de transmettre leurs connaissances à des plus jeunes, valeurs fondamentales de tout enseignement qui n’ont pas de prix. En ce qui concerne les étudiants ils devront être convaincus eux aussi que cette approche est la meilleure pour eux ; il faudra améliorer les structures pour se socialiser et pouvoir travailler entre eux (bibliothèques, learning centers…). Ils devront également apprendre à devenir plus responsables de leurs études et travailler différemment, pas comme ils le font souvent (et nous l’avons fait avant eux) juste avant l’examen mais de façon continue et soutenue.

Quand aux responsables politiques, il faut qu’ils sachent que si, comme je l’ai écrit plus haut, l’enseignement mixte améliore les résultats des étudiants, il a jusqu’à présent montré que ceux qui réussissaient réussissaient mieux mais n’a pas fait varier sensiblement le taux de réussite. Pour ce dernier point la solution est dans une nouvelle approche de l’entrée à l’université et les technologies ne peuvent pas tout. Ce qu’elles apportent est déjà un énorme progrès.

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