Luc Chatel vient de déclarer au Salon de l’Education que « l’avenir de l’école ne s’écrira pas à la craie sur un tableau noir » et que « le numérique doit maintenant révolutionner l’école ». Acceptons–en l’augure, mais avec quelques interrogations en prise avec un passé pas si lointain.
Le ministre a annoncé la mise en place d’un « responsable du numérique » dans chaque collège et lycée, un « grand portail ministériel réunissant toutes les ressources pédagogiques disponibles » et un « plan de formation disciplinaire au niveau du numérique ». Puis il a précisé que « dans, un budget contraint, seront redéployés 60 millions d’euros sur trois ans pour la formation et les ressources ».
Ce n’est pas rien, mais on a connu encore mieux comme annonces dans le passé. On ne remontera pas au plan « informatique pour tous » présenté le 25 janvier 1985 par le premier ministre Laurent Fabius pour un coût prévu de 2 milliards de francs ( dont 1,7 milliards pour l’équipement ), dont le bilan est dans toutes les mémoires.
On se contentera de se focaliser sur le plan présenté près de 13 ans après, le 17 novembre 1997, par Claude Allègre et Ségolène Royal, un plan d’introduction des nouvelles technologies de l’information et de la communication « de la maternelle à l’université ». Les deux ministres soulignent alors qu’il ne faut pas répéter les erreurs du passé et que leur plan a l’ambition d’une politique globale prenant en compte à la fois l’équipement, la production de logiciels et la formation des enseignants. Ils annoncent que l’Etat va dépenser « un peu plus d’un milliard de francs », chaque année, pendant trois ans. Si l’on inclut la participation souhaitée des collectivités territoriales, la dépense prévue peut être estimée à 15 milliards de francs, ajoutent-ils.
Dès le lancement de ce plan d’introduction des nouvelles technologies de l’information et de la communication, ce même jour du 17 novembre 1997, Ségolène Royal souligne que « le projet pédagogique doit être le moteur de l’équipement technique et non l’inverse ». Et Claude Allègre ajoute avec sa modestie coutumière que « au delà des tuyaux et de la quincaillerie », il s’agit d’ « un changement profond de civilisation et de pédagogie ». Avant de reconnaître, dans un accent de lucidité ou de prudence élémentaire, que « le pari n’est pas automatiquement gagné : l’objectif sera atteint si les nouvelles technologies sont intégrées dans la pédagogie ; mais pour l’instant, aucun pays n’a réalisé cette intégration ».
Après une nouvelle période de treize ans, et une nouvelle fois à fin du mois de novembre, un nouveau « plan de développement des usages du numérique à l’école » est donc annoncé par le ministre Luc Chatel. Ce n’est plus « un changement profond de civilisation » qui est promis, mais « une révolution de l’école ». Décidément, le ‘’numérique’’ a au moins un effet : l’emphase dans les discours ministériels. Mais sait-on jamais ?