La CPU innove. Dans sa Lettre de décembre 2100 (n°59, décembre 2010), on apprend que “le bureau a décidé d’ouvrir une rubrique de “success stories“. Je me demande pourquoi il a fallu deux ans pour prendre cette initiative a priori intéressante. Le bureau qui sera élu jeudi 16 décembre appréciera-t-il ce “cadeau” de bienvenue ? En fait, il y a le feu à la maison “Université” : “les IUT ont déclaré la guerre“. Il fallait donc trouver une success story d’IUT. Jacques Fontanille, président de l’université de Limoges et encore vice-président de la CPU pour quelques jours, s’est donc dévoué : “L’IUT d’Egletons, un site d’avenir !” Son message : “tout va bien dans mon IUT”. L’université de Limoges, pourtant en grande difficulté financière (chronique : “RCE et GCT : Limoges dans le mur“), a “travaillé en collaboration pour permettre, malgré les fortes restrictions de postes, de centrer les seuls efforts possibles pour l’université sur le site d’Egletons”.
Le problème, c’est qu’il n’y a pas d’IUT à Egletons, ville de Corrèze d’un peu plus de 4.000 habitants. A Egletons, il y a seulement, depuis 1969, un département en génie civil, rattaché à l’IUT du Limousin (cliquer ici). Il n’y a donc pas à Egletons de directeur d’IUT mais un chef de département. Est-ce encore Frédéric Dubois, professeur agrégé en génie civil, docteur, maître de conférences ? Cliquer ici et lire le CV : ce CV me semble obsolète mais il est en ligne. Ou bien le chef de département est-il Pierre Galiana (ici) ?
La configuration de l’enseignement supérieur dans cette petite ville n’est pas classique : existe en effet un centre universitaire de proximité ”qui représente un modèle d’avenir car il est centré autour d’une thématique unique [le génie civil] et propose tous les niveaux de formation du LMD”. Au DUT, s’ajoutent trois licences professionnelles (ici), une licence STPI (ici), un master Génie civil avec deux options : ouvrages d’art et bâtiment (ici), master organisé par la Faculté de Sciences et Techniques de Limoges. Bref, une filière allant du baccalauréat au master, un “vrai pôle universitaire”, comme dit Jacques Fontanille.
Combien d’étudiants à Egletons ? “Nous y accueillons des étudiants de toute la France et, s’il n’y avait pas de limitation, le nombre d’étudiants accueillis serait en constante augmentation”. J’ai cherché des chiffres plus précis sur le site de l’université, en vain. Les débouchés ? L’enquête en ligne est ancienne (ici). La composition de l’équipe pédagogique est ici mais quels sont les statuts ? Combien de professeurs ? de maîtres de conférences ? de professeurs agrégés et certifiés ? de professeurs associés ? Le nombre de professionnels est impressionnant (ici) mais combien d’heures assurent-ils ?
Il y a même, comme il se doit, un centre de recherche, mais pas de rubrique “recherche” sur le site. Jacques Fontanille : “Pour corriger l’éloignement géographique” [Via Michelin : Egletons-Limoges, 122 kilomètres, 1 heure 13, 14 euros 70], “l’équipe de recherche est intégrée à un laboratoire de Limoges et à un pôle d’excellence de l’université”.
Un projet d’avenir ? “Nous sommes en train de mettre en place une plateforme de formation et de R&D “construction bois et performance énergétique” afin de répondre aux nouveaux enjeux environnementaux” (cliquer ici). Ce projet a-t-il été soumis à l’appel de l’ANR Equipex ? Date de l’inauguration ? Quels financements de l’Etat, des collectivités territoriales, des entreprises, de l’université ?
Dommage que la première “success story”, racontée par le vice-président de la CPU, Jacques Fontanille, procède de l’hagiographie. Tout est merveilleux au Centre universitaire d’Egletons ! Pourquoi l’entretien ne signale-t-il aucune difficulté ? Bref, cette histoire est purement opportuniste dans le contexte des tensions entre la CPU et les IUT. J’ai fait un reportage de deux jours à Figeac et j’avais eu l’envie de l’intituler “Heurs et malheurs des personnels du supérieur à Figeac” ; j’ai fini par retenir le titre suivant : “PRAG, PRCE, MCF, ASU en tension” (cliquer ici). La réalité est toujours complexe. L’enjoliver à outrance est contre-productif.