La véritable histoire de la genèse de l’accréditation Equis

Sensibilisé aux questions de qualité par une expérience industrielle de près de 10 ans, à mon arrivée début 1982 à ce qui est alors le Groupe ESC Lyon, en charge du programme Grande Ecole, je participe à la mise en place de démarche d’évaluation, d’enseignements et d’enseignants.

A cette époque les Grandes Ecoles de Commerce, on ne parle pas encore d’écoles de Management, sont encore sur un format traditionnel, la majorité des étudiants étant d’origine française et issus des classes préparatoires. Les échanges avec les universités étrangères sont peu nombreux et les activités de recherche modestes. Le rapport Howell-Gordon sur les Business Schools Américaines (1959 Fondation Ford) n’est pas connu en France, et les efforts de la FNEGE ne produisent pas encore tous leurs effets.

Ces échanges nous font apparaître une réalité internationale éducative différente du système grande école à la française, et des systèmes d’accréditation, comme l’AACSB, (American Association of Collegiate School of Business). Dans leur grande majorité les institutions internationales font partie intégrante d’une grande université et leur curriculum se dessine sur 3 ou 4 ans post bac, pour le Bachelor (undergraduate) et 2 ans pour le diplôme gradué de Master. Ce découpage ne facilite par les échanges avec les étudiants français, d’autant que les étudiants de programmes gradués nord-américains (MBA) sont souvent plus âgés et bénéficie d’un début d’expérience professionnelle.

Il faudra attendre les accords LMD de Bologne pour que ces échanges s’harmonisent en Europe,  rapprochent les systèmes internationaux et facilitent les échanges.

Entre-temps chaque accord est une transaction particulière où l’on essaye de trouver les commonalités et différences d’approches pédagogiques et de contenus.

La fréquentation des associations internationales (AACSB, EFMD) a permis de poursuivre ce premier mouvement de rapprochement. Pratiquant ces instances dès les années 80, j’ai découvert les pratiques d’accréditation américaines, et en ait compris l’utilité, ou plutôt les multiples bienfaits tant sur le plan interne qu’externe. En 1987 je deviens Directeur Général du Groupe ESC Lyon. La même année, sur ma proposition, le Chapitre des Ecoles de Management crée un groupe de travail permettant de mettre au point un protocole pour qualifier les écoles de management à la conférence des Grandes Ecoles. La commission du titre n’existant pas pour les écoles de management, contrairement aux Grandes Ecoles d’Ingénieur, l’accès à la Conférence des Ecoles de Commerce n’est pas formalisé.

Pour écrire ce premier protocole, je me suis inspiré du modèle nord-américain, et pour le tester concrètement j’ai demandé à l’AACSB de mandater 2 Doyens américains et le responsables des accréditations de l’AACSB pour une visite de test en France.

En quelques jours nous avons rendu visite à 5 institutions : l’ESCP, HEC, EM Lyon (à l’époque Groupe ESC Lyon), l’IAE d’Aix et l’ESC Marseille.

Cette démarche a produit, comme résultat, un avis favorable de nos amis d’outre atlantique, et nous a confortés dans notre démarche pour le Chapitre, démarche qui fut mise en œuvre à partir d’un pilote réalisé à l’EM Lyon. Très concrètement j’ai pu me rendre compte de l’intérêt pour une institution d’une telle démarche structurante. Mais parallèlement ce test a donné des idées à l’AACSB qui a identifié les besoins d’accréditation en Europe.

En 1989, Christian Vuillez, alors Directeurs des Enseignements à la CCIP, me cède sa place au Conseil d’administration de l’EFMD. Peu de temps après je suis élu au Board de l’AACSB et voit ainsi les mouvements dans les deux associations cousines. Dès 1990 je perçois que l’AACSB souhaite étendre sa pratique accréditive à l’international. Ceci me pousse à proposer à l’EFMD d’y réfléchir. Le Conseil de l’EFMD me fait comprendre à plusieurs reprises qu’il est opposé à une telle démarche avec cette réponse : « we are a membership organisation, not an accreditive one ». Je maintiens mon idée et ayant participé à un vote décisif au Board de l’AACSB  sur le déploiement de l’accréditation AACSB au plan international,  j’obtiens de faire inviter nos amis américains au Deans and Directors meeting de l’EFMD en Janvier 1996 en Hollande. Le fait que l’ESSEC a décidé d’être la première institution à y participer à l’accréditation américaine crédibilise ma démarche.

A ce meeting, l’EFMD, et les doyens présents, découvrent, un peu surpris, le plan américain. La décision est alors prise sur le champ de lancer un groupe de travail pour élaborer un projet européen, car le protocole américain, fondé sur modèle standard, ne convient pas à la diversité des modèles européens.

Un groupe se forme dont la cheville ouvrière, Gordon Shenton, alors Directeur du programme grande Ecole à Lyon devient à la fois le fer de lance et la clef de voute.

Bien que quittant l’EM Lyon en 96, je poursuis mon engagement dans le dossier accréditation avec l’aide de la Directrice Générale de l’EFMD, Bernadette Conraths. L’EFMD me demande d’élaborer une version initiale d’un protocole pendant l’été 96. Des réunions de travail inter associations nationales d’écoles sont mises en œuvre, notamment à Prague en Octobre 96 à laquelle je participe. Une « association d’associations » est créée, (Equal) et progressivement de réunions en réunion le projet se construit grâce au travail de tous, et à l’engagement remarquable de G.Shenton.  En janvier 1997 le projet est présenté à la réunion des Directeurs et Doyens de l’EFMD, en Allemagne, j’y participe et le présente, et il est accepté à l’unanimité et une dizaine d’institutions européennes le soutiennent financièrement. Equis est né. La première école européenne à rentrer dans le dispositif est l’ESADE de Barcelone, à l’initiative de son Doyen Luis Pugès.

Son succès dépassera les espoirs les plus ambitieux. Et Equis développera une gamme de produits et services associés, Epas pour accréditer un programme, Clip (pour les Universités d’entreprise), Equip (accompagnement) CEL (pour le e-learning) etc..Le solfège est écrit, mais c’est à chacun de faire sa musique. Par la suite, G.Shenton intègre l’EFMD . Et, avec  l’équipe Equis de l’EFMD, déploiera  le dispositif au plan international sans ménager ses efforts.  Les institutions universitaires publiques  y verront aussi un intérêt. Je participerai personnellement à une vingtaine de visites d’accréditation à l’étranger et avec G.Shenton nous créeront ensuite  la procédure CLIP, pour les Université d’Entreprise.

Ces pratiques auront quelques années plus tard leur traduction et adaptation française : AERES, la commission du Grade Master. L’importance des accréditations dans les classements sont déterminante. La perte, ou la non-obtention, d’une accréditation devient un enjeu stratégique capital.

L’accréditation est une modalité puissante de communication sur la qualité, comme tout système de normes industrielles. Promouvoir cette modalité de convention de qualité et de convention d’effort génère une puissante action marketing, facilitant la communication de toute une profession. Equis, par sa rigueur est un outil de qualification pour chaque institution individuellement, permettant également de créer une convention d’effort interne, mais aussi un effort de qualification de toute une profession. Les résultats récurrents dans les palmarès et classements internationaux des institutions françaises témoignent sans aucune ambiguïté de l’impact d’Equis.

Il y a 40 ans seules deux ou trois écoles françaises étaient reconnues au plan international, aujourd’hui c’est plus d’une quinzaine qui figurent en bonne place.

Leave a Comment

Filed under Non classé

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.