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Pierre Dubois

Publier ? Procrastiner plutôt

L’enseignant-chercheur qui n’a pas encore lu “L’universitaire dans tous ses états“ doit courir l’acheter chez son libraire ou le commander immédiatement en ligne. Cette “dissection“ par André Cabanis et de Michel-Louis Martin, parue chez Hourvari et vendue 17 euros, fait sourire, rire, éclater de rire tant elle fait mouche. 4ème de couverture : “Dans un essai que ne renierait pas David Lodge, l’universitaire est saisi dans tous ses états”. Je ne peux dire quel chapitre j’ai le plus savouré : Quel beau métier !, Une autre “forêt de symboles”, A la chaire, devant son auditoire, Thèses et doctorants encadreras, Publier ? Procrastiner plutôt, Voyages, voyages, Ni enseigner, ni encadrer, ni chercher, alors administrer, expertiser, Acta est fabula.

André Cabanis et Michel Louis-Martin nous amusent. Ils sont pourtant gens très sérieux. Professeurs des universités à l’université Toulouse 1 Capitole, ils semblent n’être plus très éloignés de la retraite. “Et inexorable, il vient le temps où l’on est prié, par une séche petite injonction administrative, de faire valoir ses droits à la retraite” (page 159). André Cabanis est professeur d’Histoire du droit ; il a dirigé l’IEP de Toulouse entre 1980 et 1995 (son CV). Michel-Louis Martin est professeur de Sciences politiques, directeur du Groupe de recherche sur la sécurité et la gouvernance (ici) et du centre Morris Janowitz rattaché à l’IEP Toulouse. Gens sérieux : ils ont publié ensemble en 2010 “Le constitutionnalisme de la troisième vague en Afrique francophone” (cliquer ici).

Ce n’est pas ce dernier ouvrage mais bien “L’universitaire dans tous ses états” qui est mobilisé dans cette série de chroniques sur les publications et le plagiat (cliquer sur le TAG), et plus précisément le chapitre intitulé “Publier ? Procrastiner plutôt” (pages 85 à 109). Les deux compères n’évoquent pas la question du plagiat, mais celle des publications. Bonnes feuilles : “Autrefois, quelques lectures ou quelques recherches en bibliothèque faisaient l’affaire et celui qui écrivait s’en tenait à peaufiner un polycopié pour la clientèle captive de son cours, à la rigueur à un manuel à destination d’un public plus large. Une telle retenue n’est plus de mise aujourd’hui et le non publiant est plutôt stigmatisé. Le haut du pavé universitaire est tenu par les chercheurs référencés”… “Mais voilà, l’acte d’écrire est contre-nature et seul un petit nombre y excelle”… “Cette évocation [de la procrastination] a aussi une fonction thérapeutique. Elle est susceptible de fournir les moyens d’aider notre communauté à préserver une quiétude menacée par ces injonctions à écrire“. Non-publiants qui essayez, durant ce long week-end avec Pont, d’avancer une publication, fermez votre ordinateur et courez plutôt acheter “L’universitaire dans tous ses états”. Sa lecture vous sortira des affres de la non-production.

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