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Pierre Dubois

J-M Monteil, vous méritez mieux !

Jean-Marc Monteil, chargé de mission auprès du Premier ministre, quittera ses fonctions le 15 novembre. Pour aller où ? Au Conservatoire National des Arts et Métiers. Sans que les médias n’y prêtent attention, il a en effet été “nommé et titularisé en qualité de professeur, à compter de la date de son installation, sur la chaire “Sciences du comportement et applications” (site Acteurs Publics). A quelle date cette nomination ? Il y a quelques mois, comme le révèle le blog Actualité Politique

Qui a arrangé cette nomination et la création d’une chaire ad hoc ? Fort vraisemblablement, Christian Forestier, administrateur du CNAM, né en décembre 1944 (CV sur EducPros). Qui a en effet fait appel à Christian Forestier pour prendre, en 2008, la tête du CNAM ? Jean-Marc Monteil, chargé de mission de François Fillon, selon le blog de veille du jour, dans une chronique datée du 10 octobre 2010 intitulée : “le CNAM se réorganise”. La nomination de JMM sur une chaire du CNAM ressemble donc fort à un renvoi d’ascenseur, à la création d’une chaire ad hominem. Dans les universités, des présidents auraient usé de leur pouvoir de veto pour empêcher une telle nomination, même proposée à l’unanimité par un comité de sélection. Questions. La chaire, comme il se doit, a-t-elle fait l’objet d’un appel à candidatures ? Combien de candidats s’y sont présentés ? Combien ont été auditionnés ? Quel a été le résultat du vote ? 

Mais que va donc faire Jean-Marc Monteil au CNAM ? A part une conférence inaugurale le 12 janvier 2011 sur les Sciences du Comportement (cliquer ici). Surprise à peine croyable et délicieuse : la chaire Sciences du comportement est “logée” dans l’Ecole de Management et Société. Jean-Marc Monteil est-il un gestionnaire, expert des sciences du comportement dans les organisations ? Certes, il a une très grande expérience de la gestion des universités, mais ses travaux de recherche, sa thèse et son doctorat d’Etat, ses nombreuses publications ne se situent pas dans les sciences de gestion, comme l’indique fort bien son CV sur EducPros : “ancien directeur d’un laboratoire de recherche mixte (UMR avec le CNRS), ses domaines de recherche sont la mémoire et les contextes dans les régulations des comportements et des performances cognitives“. La manoeuvre est superbe : certainement au nom de la pluridisciplinarité, un spécialiste des sciences psychologiques et sociales expérimentales est nommé sur une chaire dans un centre de recherche en management. Chapeau !

Jean-Marc Monteil est-il encore un spécialiste du champ de recherche qui l’ont conduit à devenir, fort légitimement, professeur des universités à Clermont-Ferrand à la fin des années 70 ou au début des années 80. J’espère que non car il a eu, entre temps et depuis presque 20 ans, d’autres “chats à fouetter”. La preuve. Une carrière longue et continue dans des responsabilités importantes : président de l’université de Clermont-Ferrand de 1992 à 1997 (il est premier vice-président de la CPU pour un mandat de deux ans en 1996 et 1997), recteur sous la Gauche, d’abord à Bordeaux (1997-2000) puis à Aix-en-Provence (2000-2002). Sa carrière de pilote de l’enseignement supérieur se poursuit sous la Droite : il est nommé au poste-clé de Directeur général des enseignements supérieurs et y demeure 5 ans ; il y fait un “boulot” globalement apprécié par tous. En 2007, il est nommé Président de l’AERES avant de rejoindre, presque aussitôt, le cabinet de François Fillon. 

Jean-Marc Monteil est né 18 juin 1947. Il a donc 63 ans et demi. A cet âge, les gens de sa génération ont suffisamment d’années de cotisations pour prendre fort agréablement leur retraite ; j’en suis témoin. Le professeur, titulaire désormais de la chaire du CNAM, a fait un autre choix tout à fait légitime et légal : les professeurs des universités de son grade peuvent travailler jusqu’à 68 ans… Alors pourquoi le CNAM ? Pour gagner quelques trimestres avec “bonus” (loi Fillon 2003 sur les retraites) ? Pour grapiller un échelon de plus, la retraite des fonctionnaires étant calculée sur le dernier salaire, pourvu que la dernière promotion date d’au moins 6 mois ?

Personne n’est dupe. Jean-Marc Monteil n’assumera pas les charges d’enseignement d’un titulaire de chaire recruté dans des conditions “normales”. Il faut donc arrêter cette farce grotesque, celle d’un recrutement sur une chaire ad hoc. Il ne peut apparaître que comme un arrangement entre “petits copains”. Il tue la crédibilité de tous les recrutements dans l’enseignement supérieur. Sus au copinage, au clientélisme voire au népotisme ! Egalité de traitement ! 

Quand on a assumé pendant près de 20 ans des responsabilités comme celles de Jean-Marc Monteil, on mérite mieux, on mérite de ne pas faire l’objet de ce genre de chronique. Pourquoi ne pas créer, comme pour les préfets, une position de professeur des universités hors-cadre, en remerciement de bons et loyaux services pour l’Etat ? Aux fins de permettre au bénéficaire du hors-cadre de faire profiter les personnels des universités, les étudiants, les françaises et les français de son expérience unique. Jean-Marc Monteil, au lieu de devoir faire semblant de faire le professeur du CNAM, osez écrire et publier rapidement vos mémoires d’un grand commis de l’Etat. Chacune et chacun les attend !

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