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Christine Vaufrey

L’âge de pierre

Il m’arrive de réaliser des interventions dans les universités publiques françaises (ailleurs aussi, mais c’est de celles-ci dont il est question dans ce billet). Interventions courtes, de quelques heures tout au plus, pour apporter un témoignage sur la veille numérique, l’évolution du e-learning, la cohérence pédagogique des dispositifs hybrides de formation, des choses comme ça.

Chaque intervention génère un dossier administratif. C’est comme ça, il n’y a pas de service centralisé qui permettrait aux intervenants de fournir une bonne fois pour toutes les renseignements exigés, et aux services administratifs des universités de disposer de ces renseignements au moment voulu, sans passer par des échanges de mails plus ou moins fluides.

Certaines universités envoient encore des dossiers papier à remplir. C’est comme ça, peut-être les agents vont-ils ensuite scanner ces dossiers, ou saisir à la main dans une base de données informatique les informations qui y sont consignées.

Quelques-unes, parmi les universités appartenant à la catégorie mentionnée ci-dessus, demandent un très grand nombre de renseignements et de pièces justificatives, sans aucune mesure avec la taille de l’intervention réalisée. L’une d’entre elle m’a réclamé mes trois derniers avis d’imposition… pour une intervention de trois heures. Ceci, afin de vérifier que je disposais bien des revenus nécessaires à ma survie, que je ne dépendrai pas des somptueux émoluments quelle compte me verser. J’imagine. Alors, si je réalisais 10 heures d’intervention, on me demanderait mes 10 derniers avis d’imposition ?

Et là, fini les “c’est comme ça”. Il faut que les universités modernisent leur administration. J’ironise souvent sur la piètre utilisation des technologies numériques dans les salles de classe et les amphis. Mais à côté des bureaux de certaines universités, c’est carrément la Silicon Valley ! Le must de la vie numérique et de la fluidité !

On comprend alors que la mise en place des ENT (environnements numériques de travail) pose problème. Si le fichier pdf en guise de support de cours proposé aux étudiants apparaît désormais comme un objet archaïque, il est infiniment moderne par rapport aux dossiers papiers et à la multitude de pièces administratives qu’il faut remplir lorsqu’on est étudiant ou intervenant.

Les universités n’ont pas encore effectué leur révolution numérique. Leur administration encore moins que leur pédagogie.

Le fier gaillard qui illustre cet article a été photographié au Musée de l’homme de San Diego par Mary Harrsh, qui a placé sa photo sous licence Creative Commons.