Le blog de Claude Lelievre

Non, Debré, la première  »ENA » n’a pas été supprimée par un Empereur!

Jean-Louis Debré vient de prétendre que l’Ecole d’administration créée en mars 1848 dans l’élan de l’institution de la Seconde République a été supprimée par un Empereur, Napoléon III. Par Napoléon-le-petit (à l’instar d’Emmanuel Macron)?

En réalité, sa suppression a été décidée par un vote de l’Assemblée nationale (républicaine) en août 1849, le comte Albert de Falloux (le ministre de l’Instruction publique auteur de la réactionnaire  »loi Falloux », vilipendée dès cette époque par Victor Hugo lui-même) étant à la manoeuvre . Cette Assemblée et les ministres n’étaient nullement alors à la botte de Louis-Napoléon Bonaparte. Et c’est même pourquoi il a fait un coup d’Etat le 2 décembre 1851 afin d’instaurer l’Empire et son pouvoir personnel. Falloux est arrêté le lendemain du coup d’Etat à cause de son opposition ouverte à Bonaparte. Libéré peu après, il quitte la politique.

Les raisons données par le comte de Falloux lors de la déposition de son projet en faveur de la suppression de la première Ecole d’administration résonnent d’une façon toute particulière dans le contexte actuel:

«  Le but avoué du premier projet était d’assimiler les étudiants en droit administratif aux étudiants en sciences exactes et de leur appliquer le régime de l’internat tel qu’il existe déjà pour l’Ecole polytechnique et l’Ecole militaire […] L’Ecole d’administration telle qu’elle avait été comprise par le Gouvernement provisoire avait pour inévitable résultat d’arracher aux départements des jeunes gens destinés à y rentrer et de commencer leur noviciat par l’isolement des intérêts locaux et des moeurs avec lesquels ils auront plus tard à compter. Le projet de loi actuel maintient à portée des Conseils généraux et des Conseils d’arrondissement l’étudiant destiné plus tard à concerter son action avec le leur  »

Exit la première Ecole d’administration centralisée. Le Comte de Falloux propose – et il est suivi par la majorité conservatrice de l’Assemblée nationale – de créer dans des facultés des chaires de droit public et de droit administratif.

Par l’arrêté du 8 mars 1848, le gouvernement provisoire avait décidé la création d’une « École d’administration, destinée au recrutement des diverses branches d’administration dépourvues jusqu’à présent d’écoles préparatoires […] établie sur des bases analogues à celles de l’École polytechnique ». Hippolyte Carnot, ministre de l’Instruction publique (et l’auteur d’un projet de loi sur l’enseignement primaire proche de ce qui sera voté plus de trente ans plus tard sous Jules Ferry) avait été chargé de procéder à son installation. Les emplois auxquels les élèves fonctionnaires étaient destinés « ressortissent aux ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères, à celles, plus importantes et plus nombreuses peut-être dans l’avenir qu’aujourd’hui, qui dépendent des ministères de l’Agriculture et des Travaux publics, enfin à toutes celles qui se rapportent aux administrations centrales ».

La rentrée de la première promotion de l’École d’administration eut lieu le 8 juillet 1848. Seulement 152 ( et non pas 200 comme il avait prévu) sur les 865 candidats effectivement présents au concours avaient été finalement choisis.

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