Un professeur vaut 1,68 MCF

Suite du Journal des élections universitaires 2012. Le président de l’université est élu par les membres élus du conseil d’administration. La LRU a fixé la composition du CA : 20 à 30 membres dont 7 à 8 personnalités extérieures qui ne participent pas à l’élection du président. Nombre minimum de membres élus : 13 (8 enseignants, 3 étudiants, 2 BIATOSS). Nombre maximal : 22 (14 enseignants, 5 étudiants, 3 BIATOSS).

Les personnels enseignants sont répartis en deux collèges : celui des professeurs (PR) et assimilés, celui des maîtres de conférences (MCF) et assimilés. Le nombre de sièges à pourvoir est le même dans les deux collèges : 4 dans le cas d’un CA de 20 membres, 7 dans le cas d’un CA de 30 membres. On pourrait penser que l’égalité du nombre de sièges signifie une égale « valeur » des deux corps enseignants. Mais… Il se fait qu’il y a plus de maîtres de conférences et assimilés que de professeurs et assimilés. L’indicateur 9.15 des RERS 2011 le prouve : 30.186 maîtres de conférences (non comptés les assimilés) et 18.002 professeurs (non comptés les assimilés), soit un rapport de 1,68 MCF pour un PR.

Débattre. Qu’est-ce qui fonde cette inégalité de traitement entre les deux corps ? Les professeurs ont-ils plus de valeur parce qu’ils sont plus gradés et plus anciens dans la fonction ? Pourquoi pas un collège électoral unique ?

Revenons sur le mode de scrutin pour ces deux colléges tel qu’il est fixé par l’article 7 du décret électoral du 30 octobre 2007. « Pour l’élection des représentants des enseignants-chercheurs et des personnels assimilés au conseil d’administration de l’université, dans chacun des collèges, il est attribué à la liste qui obtient le plus de voix un nombre de sièges égal à la moitié des sièges à pourvoir ou, dans le cas où le nombre de sièges à pourvoir est impair, le nombre entier immédiatement supérieur à la moitié des sièges à pourvoir. Les autres sièges sont répartis entre toutes les listes à la réprésentation proportionnelle au plus fort reste ».

Autrement dit, quand il y a 5 ou 7 sièges à pourvoir et deux listes en concurrence, la liste arrivée en tête, même avec un faible écart de voix, se voit attribuer 4 des 5 sièges ou 6 des 7 sièges. La démonstration de cet écart important de sièges est faite par Pascal Level (« Elections : prime à la liste gagnante« ). Débattre : un tel écart de sièges est-il admissible ?

Imaginons le cas de figure du CA comportant 7 sièges dans chacun des collèges enseignants. La liste A l’a emporté dans le collège des professeurs et la liste B l’a emporté dans le collège des maîtres de conférences. Résultat : chaque liste obtient 7 sièges (6 dans un collège +1 dans l’autre collège). Egalité parfaite. Ce cas est-il possible ? Oui, et il vient d’arriver à l’université d’Angers, comme en témoigne l’arrêté relatif aux candidats élus. La liste de Jean-Paul Saint-André l’a emporté dans le collège des professeurs et la liste d’Eric Delebaere dans le collège des maîtres de conférences. Les professions de foi des deux candidats dans la chronique : « Le président et la profession de foi« .

L’arrêté signé par le président de l’université encore en fonction ne mentionne malheureusement pas le nombre et le pourcentage de voix obtenues par chacune des listes dans les deux collèges enseignants. Quelle liste a obtenu le plus de voix dans les deux collèges réunis, sachant que la participation a été plus faible dans le collège des MCF ?

Les 3 élus BIATOSS (ils appartiennent à 3 listes différentes dont l’une appuyant Jean-Paul Saint-André) et les 5 élus étudiants (ils appartiennent à 4 listes différentes selon maville.com) sont en position d’arbitrage (chronique : « les étudiants font le président« ). Les discussions vont s’engager pour l’élection du président.

Il faut souhaiter qu’elles se déroulent en toute transparence et que leurs résultats soient diffusés publiquement. Pour que cette transparence soit totale, je souhaiterais pour ma part que l’élection du président ne se fasse pas à bulletins secrets (la réglementation ne le permet pas).

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Article du on Samedi, janvier 21st, 2012 at 18:45 dans la rubrique A. Débattre, C. Pays de Loire. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

4 commentaires “Un professeur vaut 1,68 MCF”

  1. Gizmo dit:

    Petite rectification : les EC se répartissent entre un collège des professeurs d’université et assimilés, et un collège des autres enseignants-chercheurs et personnels assimilés, enseignants et chercheurs. Ce qui veut dire que dans le « collège B », vous pouvez avoir non seulement des maîtres de conférences, mais aussi des PRAG, des PRCE, des chercheurs des organismes (à la limite, vous pourriez n’avoir aucun maître de conférences, bien que ce soit le corps enseignants quantitativement le plus représenté dans une université).

  2. Thierry Blasco dit:

    Bonjour,

    Ramenons votre calcul à un établissement, pour bien apprécier la représentativité catégorielle des personnels.
    J’en connais un où on comptait, en 2009, 380 E/C dans le collège A (7 sièges), un peu moins de 1000 dans le collège B (7 sièges), et 1800 BIATS pour le collège T (3 sièges). En terme de rêprésentativité, dans cette université, un prof d’université valait 11.5 BIATS…
    Ces chiffres n’ont guère évolué depuis.

    TB

  3. LG dit:
  4. Irnerius dit:

    @ Gizmo. Bien entendu d’accord avzec vosu, pour ces précisions

    @ Thierry Blasco. Je m’attendais qu’il y ait un commentaire sur le rapport EC / BIATOSS. Vous avez raison. Je ne suis pas d’accord avec le fait que les étudiants aient plus de sièges au CA que les personnels BIATOSS. Le CA élit le président ! Le CA est l’instance législative de l’université : les étudiants n’ont pas à cogérer l’université. Je propose la création d’un large Conseil étudiant, composé seulement d’étudiants, présidé par un étudiant http://blog.educpros.fr/pierredubois/2012/01/19/les-etudiants-font-le-president-2/

    @ LG. Grand merci pour ces différents liens. Ce qui me permet de préciser qu’à Angers, la liste Jean-Paul Saint-André a obtenu, pour les deux collèges enseignants réunis, un peu plus de voix que la liste Eric Delebaere. Il demeure que les écarts de sièges (6 à 1, 1 à 6) ne correspondent que fort peu aux écarts de voix dans le collège A et dans le collège B. La prime de sièges à la liste arrivée en tête doit être remise en question.

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