RIPEC : la grande différenciation a-t-elle eu lieu ?
Les première données sont disponibles à propos de la mise en œuvre du nouveau régime indemnitaire des enseignants-chercheurs et chercheurs, dit RIPEC (annexes de la note DGRH). Ce régime a fait table rase du système de primes, en donnant aux directions des établissements plus de contrôle sur la rémunération de ces personnels. Ce faisant, les établissements se différencient aussi en fonction de leur propre politique indemnitaire. Quelles sont les ampleurs de ces différences ? Quelles disciplines sont les plus généreuses ? Les établissements d’excellence sont-ils plus favorables aux primes à la performance ? Les universités les plus « riches » sont-elles les plus généreuses ? Et finalement, les modalités d’attribution des primes ne dépassent-elles pas les cadres définis officiellement ? Quelques débuts de réponse…
Le RIPEC est le régime indemnitaire des enseignants-chercheurs et des chercheurs (EC-C) (et non pas requiescat in pace, enseignement et recherche, comme le prétendent les farceurs). C’est la déclinaison du RIFSEEP (régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l’expertise et de l’engagement professionnel, 2014) dont les enseignants et/ou chercheurs avaient étaient exclus, le temps que ce nouveau régime soit introduit par la Loi de programmation de la recherche (LPPR/LPR, 2020, Vidal) – sans doute comme moyen d’acheter le consentement des universitaires. Les enseignants de statut second degré (ESAS) en sont toujours exclus, ce qui génère des problèmes (Campus Matin). Globalement, le RIPEC n’a pas été très bien reçu par la communauté (Academia), et a été jugé très sévèrement par la CP-CNU, qui l’estime « Chronophage, complexe et générant de grandes inégalités ».
La LPPR/LPR a « réaffirmé et renforcé la responsabilité des établissements et des organismes en matière de politique indemnitaire », faisant du président ou chef d’établissement le « responsable de l’attribution des primes aux personnels qui sont affectés dans l’établissement… selon les principes de répartition définis par le conseil d’administration ». Il s’agit, dans l’esprit de la Loi de transformation de la fonction publique (Darmanin, 2019), de « conforter et responsabiliser les managers publics en développant les leviers qui leur permettront d’être de vrais chefs d’équipe », ce qui se traduit ici par un meilleur contrôle des rémunérations des enseignants-chercheurs par la direction de leur établissement.
Le RIPEC est un outil de différenciation des carrières, avec trois composantes.
La modulation des rémunérations permise par le RIPEC est un outil de différenciation des carrières, qui n’est pas seulement à la hausse : dans un contexte d’inflation et de gel du point d’indice, l’absence de primes se traduit mécaniquement par une baisse du pouvoir d’achat. Le RIPEC permet donc de récompenser, mais aussi de punir certains comportements, par le porte-monnaie.
Le portail de la fonction publique explique que le RIPEC comprend trois composantes :
- [C1] une indemnité statutaire : liée au grade, elle est versée en application d’un barème annuel ;
- [C2] une indemnité fonctionnelle : liée à l’exercice de certaines fonctions ou responsabilités particulières, elle est plafonnée par groupes de fonctions ou de niveau de responsabilités ;
- [C3] une prime individuelle : liée à la qualité des activités et à l’engagement professionnel des agents en regard de l’ensemble de leurs missions. Elle est fixée en fonction d’un montant annuel plancher et d’un montant annuel plafond. Elle nécessite d’en faire la demande.
La C1 est nationale et permet au gouvernement de piloter globalement les revenus des EC-C sans toucher à l’indiciaire. La C2 et la C3 sont locales et répondent à des objectifs différents.
La C2 indemnise « les fonctions ou responsabilités concernées […] exercées en sus [des] obligations de service », sans possibilité de cumul avec une décharge, mais avec la possibilité d’être transformée en décharge. La C2 est donc conçue comme une compensation – éventuellement partielle – d’heures de travail complémentaires, et non une augmentation à temps de travail égal. Elle est plafonnée annuellement selon le niveau de responsabilité à 18 000 € (direction d’unité ou de composante), 12 000 € (responsabilités supérieures) ou 6 000 € (autres), et est distribuée selon un cadrage local.
La C3 est la « prime au mérite » qui récompense la « performance » individuelle. Même si elle est censée récompenser l’ensemble des missions, la moitié est donnée seulement pour la mission de recherche (AEF). C’est celle qui permet le mieux de différencier les carrières, et de mettre en œuvre des « politiques d’attractivité ». La cible pour le taux de bénéficiaires est de 45%, mais « ce n’est toutefois pas une norme uniforme et les établissements peuvent avoir des situations, des contextes ou des stratégies spécifiques ». Elle est comprise entre 3 500 € et 12 000 € annuels, et le montant global doit être au moins égal à 30% du montant global de la C1, ce qui permet de s’assurer que tous les établissements procèdent bien à une différenciation des EC-C.
Le RIPEC est outil peu transparent, local et potentiellement injuste.
La C1 étant nationale, elle est tout à fait transparente, et allouée de façon quasi-mécanique. Les critères d’attribution et montants des C2 et C3 sont décidés localement, sans réelle obligation de transparence. Si l’allocation de la C2 est quasi-mécanique, la C3 nécessite une demande de l’intéressé, qui sera évaluée au local, mais aussi au national par les sections CNU, avec trois avis possible A, B ou C.
Une note DGRH étudie l’allocation de la C3 et permet de formuler quelques constats. D’abord, 662 candidats ayant eu le meilleur avis (A au local et A au national) n’ont pas obtenu la prime, et pourraient s’estimer lésés face aux 1 190 lauréats ayant un avis moins bon ou moins complet. Ensuite, 41 % des candidats ayant obtenu une meilleure note au local qu’au national sont lauréats, mais seulement 1 % des candidats ayant obtenus une meilleure note au national qu’au local.
Cela démontre que le dispositif peut être injuste, et que l’avis local domine très largement dans les décisions d’attribution. Le RIPEC porte donc le risque d’un affaiblissement des libertés académiques, par un système de récompenses/punitions potentiellement sensible aux vassalisations locales.
Mais le RIPEC est aussi un outil de différenciation des établissements.
En modulant les rémunérations, le RIPEC impacte les conditions de vie des E-EC, et peut donc à terme impacter l’attractivité des établissements : savoir que tel établissement compense mieux les tâches collectives, quand tel autre récompense mieux la performance individuelle peut peser dans les décisions des candidats durant les concours. Et si on considère les primes nécessaires pour encourager certains comportements, il faut accepter que ces comportements soient différents selon le système de prime, et que mêmes les comportements voulus soient découragés par un système de primes inadapté. Lorsque les directions d’établissement différencient la carrière des EC-C, elle différencient donc du même coup leur établissement.
Les universités dites d’Excellence concentrent la C2 et saupoudrent la C3.
L’étendue de cette différenciation se constate par exemple sur le graphique qui compare les montants moyens et les taux de bénéficiaires (calculés en part des EC recevant la prime) selon les établissements : universités NINI (Ni IDEx, Ni ISITE), université IDEx, universités ISITE, et autres établissements (écoles et grands établissements).
Le montant moyen de la C2 varie de 522 € à 14 305 €, avec une médiane à 3 619 € et une grande hétérogénéité selon le type d’établissement : les IDEx en particulier présente une médiane à 4 502 €. Le taux de bénéficiaires varie également beaucoup, de 0 % à 86 %, avec une médiane à 16 % pour l’ensemble, mais de 9,5 % pour les ISITE et 9 % pour les IDEx.
On constate ainsi que les universités avec un « label d’excellence » (IDEx/ISITE) ont tendance à compenser les tâches collectives avec une C2 plus concentrée : des montants plus élevés, mais répartis entre une part moins importante de personnels.
Concernant la C3, le montant moyen varie de 3 500 € à 7 625 €, avec une médiane à 4 500 €, plus élevée pour les autres établissements à 4 942 €, et plus basse pour les IDEx à 4 200 €. Le taux de bénéficiaire va de 0 % à 88 %, avec une médiane à 40 %, plus faible pour les universités NINI à 35 % et plus élevée pour les IDEx et ISITE à 45 % et les autres établissements à 51 %.
A contrario de la C2, la prime individuelle C3 présent donc une plus faible concentration dans les universités avec un label d’excellence : des montants moins élevés, distribués à une plus grande part des personnels.
Il est important de noter que ces différences sont en médiane, mais qu’aucun groupe n’est complètement disjoint des autres : tous se recoupent sur une part significative des établissements. Néanmoins, on peut identifier une tendance intrigante : les universités avec un label d’excellence concentrent plus la C2 et « saupoudrent » plus la C3, donc compensent mieux en valeur mais moins en volume les investissements collectifs, tout en récompensant moins en valeur mais mieux en volume les performances individuelles.
Il est également important de noter que la différenciation ne s’arrête pas à la frontière des établissements, mais peut y infuser et s’y diffuser en interne, lorsque certaines composantes proposent de meilleures primes que d’autres, et décident de les axer plus sur l’investissement collectif ou sur la performance individuelle. Cela ne peut pas se voir sur ces données, et les établissements IDEx/ISITE (généralement fusionnés, donc gros) sont sans doute plus concernés que les autres par cette différenciation interne.
Les établissements DEG et Santé se distinguent par des politiques différentes.
En réalité, le critère IDEx/ISITE se confond avec le critère disciplinaire, qui lui aussi montre de grandes hétérogénéités. Aux deux extrêmes du spectre, on trouve : le secteur droit et économie (DEG – qui inclut souvent la gestion), avec des médianes à 2 451 € et 68 % pour la C2, et 4 950 € et 36 % pour la C3 ; et les universités scientifiques et/ou médicales, avec des médianes à 4 939 € et 8 % pour la C2, et 4 250 € et 49 % pour la C3.
Les universités des secteurs DEG et Santé se distinguent ainsi par des politiques différentes : très faible concentration de la C2 en DEG, mais forte concentration en Santé ; plus forte concentration de la C3 en DEG, mais plus faible en Santé. Il faut noter que rien ne permet de savoir si une même différenciation se retrouve entre disciplines au sein d’un même établissement, ce qu’on peut seulement soupçonner.
L’effort budgétaire pour le RIPEC est très différent d’un établissement à l’autre.
L’effort consenti par les établissements au RIPEC peut aussi se mesurer au budget total accordé aux C2 et C3 divisé par le nombre d’EC et divisé par le budget global de l’établissement. La dépense en C2 varie de moins de 1 € à 4340 € par EC, avec une médiane à 598 €, moins élevée dans les université IDEx et ISITE (421 € et 372 €) que les autres universités et établissements (573 € et 791 €). La dépense en C3 varie de 183 € à 4 634 €, avec une médiane à 1 846 €, plus élevée dans les autres établissements et universités IDEx et ISITE (2 452 €, 1 802 € et 1 947 €) que dans les autres universités (1 534€).
Sous cet angle, le constat se confirme : les universités avec label d’excellence consacrent relativement moins de budget pour la C2 et plus de budget pour la C3 que les autres universités. Il faut cependant noter que la variété de politique RIPEC dans les universités reste faible à côté de celle des autres établissements. En termes de choix de carrière, le RIPEC pose donc sans doute plus la question de choisir ou non l’Université que de quelle université choisir.
Ce constat est d’autant plus vrai lorsqu’on regarde les politiques sous l’angle des disciplines, qui ne sont à priori pas choisies en fonction du RIPEC, mais peuvent cantonner à des établissements ayant un certain type de politique.
Les politiques RIPEC n’ont pas de lien évident avec les facteurs budgétaires.
En allant plus en profondeur dans les données, on peut ensuite se demander si la politique RIPEC dépend de facteurs budgétaires tels que le budget global de l’établissement divisé par le nombre d’EC. Pour la C2 comme pour la C3, la corrélation est très faible et on ne constate pas de lien fort entre ces deux informations, alors que les politiques sont manifestement très diverses : les établissements les plus « riches » ne sont pas les plus généreux.
On peut également se demander si les primes ne dépendent pas du taux de ressources propres, qui indique à quel point l’établissement s’est affranchi des subventions pour charge de service public (SCSP) grâce aux frais d’inscription et aux obtentions de contrats et projets. C’est un des indicateurs de performance principaux des établissements, qui dépend en partie des performances des personnels. On pourrait donc s’attendre à ce que la C3 soit fortement corrélée avec le taux de ressources propres. Au contraire, on constate une corrélation légèrement négative mais surtout très peu significative. Les ressources propres n’expliquent pas les montants des primes.
Finalement, on a donc une très grande variété de politiques indemnitaires, assez clivées selon qu’on parle de la C2 qui compense les responsabilités collectives ou la C3 qui récompense les performances individuelles, avec des tendances dépendant des disciplines et des labels d’excellence mais sans stricte différenciation selon ces critères, et sans lien évidement avec les facteurs budgétaires globaux.
La diversité des politiques RIPEC permet d’établir un classement des établissements.
Reste donc à regarder, établissement par établissement, quels sont ceux qui emploient la plus grande partie de leur budget pour différencier les rémunérations des EC. On constate ainsi que Paris Panthéon Assas se distingue clairement, avec 1,7 % du budget (1,8 M€) consacré au RIPEC C2 et C3, suivie de, à plus de 1 %, Montpellier 3 (1,3 M€) et Lyon 3 (1,5 M€). En bas du classement, on trouve Paris 12 (0,36 %, 1,2 M€), Brest (0,33 %, 0,7 M€) et enfin Lyon 2 (0,27%, 0,5 M€).
Attention : les données individuelles des établissements ne sont pas forcément fiables, et la prudence est donc de mise pour les graphiques suivants.
On confirme au passage que les universités avec un label d’excellence ne se distinguent pas des autres en terme de générosité RIPEC, alors qu’elles se distinguent déjà plus en terme d’équilibre C2/C3, penchant assez nettement pour la composante individuelle, comme le montre la figure suivante. Les universités privilégiant le plus la C2 pour les tâches collectives sont Guyane (70 % / 30 %), Paris Panthéon Assas (66 % / 34 %) et Lyon 3 (62 % / 38 %). A l’autre bout du spectre politique, se trouvent Paris 3 (7 % / 93 %), Lille (4 % / 96 %) et Brest (0 % / 100 %).
On peut ainsi différencier, et même classer, les établissements en fonction de leur effort budgétaire mis dans la politique RIPEC. Cela pourrait devenir un argument dans la compétition pour les recrutements, qui pourraient s’exacerber si la crise qu’on voit apparaître dans certaines disciplines se confirme.
Il est même possible de fusionner les deux classements précédents pour positionner les universités selon leur degré de « générosité » et leur degré de « récompense individuelle / compensation collective ». Cela découpe le paysage en quatre parties : à gauche les établissements les moins généreux, et à droite les plus généreux ; en haut les établissement compensant les tâches collective, en bas ceux récompensant les individus. Attention : les données individuelles des établissements peuvent être fausse, donc il convient de rester prudent lorsqu’on regarde un cas isolé.

Mais les politiques RIPEC se différencient aussi sur des aspects de mise en œuvre officieux, difficiles à objectiver.
La politique RIPEC ne se limite pas à décider de l’enveloppe globale et du taux de bénéficiaires, la définition des critères et procédures d’attribution a également une grande importance. En la matière, les établissements peuvent décider d’être plus ou moins transparents et plus ou moins collégiaux. Cette hétérogénéité se devine lorsqu’on compare le taux de candidatures et le taux de lauréats à la C3. Ces taux sont liés et évoluent d’une année sur l’autre : le nombre de candidats a diminué entre 2022 et 2023 mais le taux d’attribution a augmenté (AEF). Mais en y regardant de près, on voit clairement se dessiner tout un dégradé de politiques, allant de Toulouse 2 avec 16 % des EC candidatant et 74 % des candidats devenant lauréats, à Littoral avec 35 % de candidatures et 32 % de lauréats.
Les politiques RIPEC sont donc encore plus diverses en taux de candidatures qu’en taux de lauréats (lauréats / candidats) ou même en taux de bénéficiaires (lauréats / EC). Cela peut témoigner de politiques d’information et d’encouragement à candidater très différentes, allant éventuellement d’une information ciblée seulement sur les potentiels lauréats à un encouragement très global à candidater pour tous les personnels.
On voit ainsi qu’aux critères et procédures de sélection officiels s’ajoutent des critères et procédures de sélections officieux, relevant purement de l’organisation interne et notamment de l’articulation entre le central qui prend les décision et les composantes qui diffusent l’information et sont en position de procéder à un pré-tri des candidats.
En conclusion, le RIPEC différencie, mais rien n’indique encore que la grande différentiation a eu lieu.
Nous avons vu que le RIPEC permet aux établissements de différencier les carrières des enseignants-chercheurs et chercheurs, grâce à la composante C2 qui compense les tâches collectives, mais surtout la C3 qui récompense la performance individuelle. Hormis quelques vagues encadrements nationaux et une consultation nationale non contraignante seulement pour la C3, les établissements sont laissés libres de définir et mettre en œuvre leur propre politique locale. Cette liberté conduit à une différenciation des établissements dans leur manière de traiter leurs personnels EC-C, qui pourrait à terme conduire à des attractivités différentes, les politiques indemnitaires pouvant être prises en compte dans les choix d’affectation des EC-C.
Les politiques d’établissement font déjà l’objet de classements (AEF), et peuvent diverger de beaucoup de manières différentes : dans les moyens budgétaires affectés au RIPEC ; dans l’équilibre des composantes C2 et C3 ; dans les critères et procédures d’attribution ; et enfin dans l’information et l’encouragement des personnels à candidater à la C3. Toutes ces différenciations peuvent se faire sans contrôle, et sans que ce soit facilement mesurable ni même transparent.
Un lien peut être fait entre politiques RIPEC et labels d’excellence : les universités IDEx/ISITE concentrent la C2 sur moins de personnels pour de plus hautes compensations et saupoudrent la C3 sur plus de personnels avec de plus faibles récompenses. Un lien peut également être fait avec les secteurs disciplinaires : les établissements Droit-Economie-Gestion sont beaucoup plus généreux en C2, et Scientifiques-Santé plus généreux en C3. Ces liens restent cependant distendus, et ne pourraient suffire à orienter des choix d’affectation, la diversité des politiques internes surpassant les labels et disciplines.
Si le RIPEC sert donc déjà à différencier un petit peu les EC-C, la différenciation des établissements n’est encore pas très claire. L’avenir nous dira si l’outil montera en puissance, ou rejoindra dans le placard la batterie d’outils bureaucratiques censés favoriser la performance en différenciant les carrières rendus tout à fait inopérants par le manque de moyens, les lourdeurs bureaucratiques et les vassalités locales.
Bonus : la question de la prime individuelle vs la prime collective.
Avant que le RIPEC ne soit inventé, mon université a inventé la PRIP (PRime d’Investissement Pédagogique), censée récompensée un investissement global dans la pédagogie, pour « reconnaître la diversité des missions des enseignants-chercheurs ». Lors de cette création, il y a eu un débat en conseil d’administration pour décider si cette prime devait être individuelle ou collective, allouée à des équipes plutôt qu’à des personnes.
Il s’agit d’abord du question idéologique : est-ce qu’on considère que les activités d’enseignement et de recherche doivent être avant tout collectives, basées sur la collaboration et l’émulsion pour recherche une forme de holisme ? Ou est-ce qu’on considère que ce sont des activités individuelles, où des « talents » et des « leaders » font à eux seuls la valeur du groupe ?
Mais il s’agit ensuite d’une question pragmatique : les primes collectives présentent des coûts de gestion très inférieurs à ceux des primes individuelles, le nombre de dossiers à concevoir et évaluer étant très inférieur ; elles limitent les déceptions, la charge de l’échec étant collective ; elles limitent les jalousies, tous les membres d’une même équipe étant traités pareil ; elles limitent les accaparements, personne ne pouvant s’attribuer les travaux d’un autre pour obtenir la prime.
Les avantages pragmatiques de la prime collective étant très supérieurs à celle de la prime individuelle, la décision d’utiliser des primes individuelles est très idéologique, et c’est au nom de cette idéologie et en conscience que nous avons décidé de dépenser plus pour obtenir un résultat moins bons en pratique.
Bonus : qu’en pense ChatGPT ?
Bonjour Chatgpt,
Peux-tu me donner très succinctement la liste des critères qui permettent à une prime d’encourager la performance ?
Bonjour ! Voici une liste succincte des critères permettant à une prime d’encourager la performance :
- Clarté des objectifs : Les objectifs liés à la prime doivent être précis, mesurables et atteignables.
- Équité : Les conditions d’attribution doivent être perçues comme justes par les employés.
- Temporalité : La prime doit être attribuée à court terme pour maintenir la motivation.
- Proportionnalité : Le montant de la prime doit être significatif par rapport à l’effort ou à la performance attendue.
- Transparence : Les critères d’évaluation et de calcul doivent être clairement communiqués.
- Pertinence : Les performances récompensées doivent être alignées avec les objectifs stratégiques de l’organisation.
- Individualisation ou travail d’équipe : Adapter la prime aux contributions individuelles ou collectives selon le contexte.
Ces critères favorisent la motivation et l’engagement des employés.
Je suis président d’université, et mon établissement rencontre de très grandes difficultés budgétaires. Quels sont les risques de développer un système de prime au mérite ?
Mettre en place un système de prime au mérite dans un contexte de grandes difficultés budgétaires présente plusieurs risques :
1. Risque d’inéquité perçue
Si les critères d’attribution des primes ne sont pas transparents ou perçus comme injustes, cela peut engendrer du ressentiment et une démotivation parmi les employés non récompensés.
2. Impact sur la cohésion d’équipe
Un système centré sur le mérite individuel peut créer des tensions entre collègues, nuire à la collaboration et favoriser un esprit de compétition peu constructif.
3. Effets contre-productifs sur la motivation
- Motivation intrinsèque : Les primes peuvent détourner l’attention des valeurs fondamentales de l’enseignement et de la recherche (comme l’épanouissement académique).
- Effet de court terme : Les primes stimulent souvent la performance à court terme mais peuvent être inefficaces sur le long terme.
4. Problèmes budgétaires
Dans un contexte de contraintes financières :
- L’instauration d’un tel système peut être perçue comme une dépense injustifiée par l’ensemble du personnel.
- Si les ressources deviennent insuffisantes pour maintenir les primes, cela peut entraîner des frustrations supplémentaires.
5. Détournement des priorités institutionnelles
- Les enseignants et chercheurs pourraient se focaliser sur les activités directement récompensées par le système, au détriment d’autres missions essentielles mais moins valorisées (comme l’accompagnement des étudiants).
6. Difficulté de définition et de mesure du mérite
Dans le cadre académique, il est souvent complexe d’évaluer objectivement la performance en raison de la diversité des missions (enseignement, recherche, gestion administrative, etc.) et des contraintes externes.
7. Risque juridique ou syndical
Un système perçu comme discriminatoire ou mal conçu peut susciter des conflits avec les syndicats ou donner lieu à des contestations juridiques.
Recommandation : Si un tel système est envisagé, il est essentiel de consulter les parties prenantes (syndicats, personnel) pour co-construire des critères adaptés, d’assurer une transparence totale et de veiller à préserver la cohésion interne.
Bref : 5 minutes de discussion avec ChatGPT suffit à très sérieusement questionner les fondements et la mise en œuvre du RIPEC, et de s’inquiéter sur probables conséquences néfastes qu’il pourra avoir.
2 janvier 2025 Acte II de l'autonomie, ESR-en-fusion, LPPR 5 Savoir plus >
































































