Remarques primaires au projet de socle de 2015 (2)

Poursuivons la lecture du projet de Socle commun de connaissances, de compétences et de culture de 2015[1]. Dans le précédent post[2] nous avions relevé la curieuse conception de l’orientation « choisie » du CSP, oubliant que notre orientation reposait sur l’autorisation institutionnelle.

Rappel d’attention

Un nouveau projet vient d’être proposé par le CSP en avril 2024, et je m’étais lancé dans une lecture critique, mais en me trompant de document, il s’agissait du socle de 2015. Je remets donc à jour le texte qui suit, ainsi que le deuxième volet, comme une lecture-critique explicite de ce projet de socle de 2015

 

Les cinq grands domaines de formation 

En 2005, le socle commun était un ensemble de connaissances et de compétences organisées en cinq domaines[3]. En 2007 il s’organise en sept compétences, puis en 2015 en cinq domaines. Le CSP propose de structurer ce nouveau socle en cinq grands domaines de formation (p. 3) mais en voulant assurer « une réelle consistance en même temps qu’une véritable transversalité ». Et pour cela, « Les cinq domaines ne se déclinent pas séparément. Ils ne correspondent pas à de nouvelles disciplines qu’il serait possible d’appréhender distinctement les unes des autres, mais définissent de grands enjeux de formation. Chaque domaine de connaissances et de compétences requiert la contribution de toutes les disciplines et démarches éducatives, chaque discipline apporte sa contribution spécifique à tous les domaines. »  On serait ainsi dans une nouvelle conception du socle : il serait l’organisateur des programmes. Mais lançons la lecture de ceux-ci à des spécialistes.

« Le socle commun est structuré en cinq grands domaines de formation :

1- Les langages pour penser et communiquer

2- Les méthodes et outils pour apprendre

3- La formation de la personne et du citoyen

4- Les systèmes naturels et les systèmes techniques

5- Les représentations du monde et l’activité humaine »

Remarquons une curieuse formulation des domaines. Si on peut « former » aux langages, aux méthodes et aux systèmes, peut-on former à la formation de la personne et du citoyen et aux représentations ? Cette difficulté dans la formulation doit sans doute signaler que ces deux derniers domaines sont de nature différente des trois autres.

Mais intéressons-nous à…

L’évaluation

On ne peut s’empêcher d’évaluer en France, et pas que, selon le vieil adage « ce qui n’est pas évalué n’a pas de valeur ».

Si « L’acquisition par tous les élèves des connaissances, des compétences et de la culture définies dans le socle commun est la finalité principale de la scolarité obligatoire » (p 4), il est alors nécessaire d’être capable de confirmer cette évaluation, et le DNB jouera ce rôle. Jusque-là, pas trop de surprise.

Mais reprenons le paragraphe essentiel : « L’acquisition par tous les élèves des connaissances, des compétences et de la culture définies dans le socle commun est la finalité principale de la scolarité obligatoire. La maîtrise du socle est validée par l’obtention du diplôme national du brevet et permet à l’élève de choisir sa voie de formation, professionnelle ou générale et technologique. Lorsque l’obtention n’est pas réalisée en fin de troisième, l’institution scolaire doit trouver les solutions de poursuite de formation et proposer des modalités de validation. Cette dernière, lorsqu’elle est réalisée, doit être prise en compte si un changement de voie de formation est souhaité par l’élève. » (p 4)

La conception française de la diplomation fonctionne bien toujours, le diplôme est un tout, un paquet cadeau, que l’on obtient ou que l’on n’obtient pas. Il existe bien d’autres configurations de diplomation. On trouvera des exemples dans l’article de Luisa Lombardi (2025)[4] qui compare trois pays (Angleterre, France, Italie) et qui montre les effets de ces trois modalités sur l’expérience des élèves (il s’agit de lycéens). L’obtention peut être graduée, par exemple, ou encore multiple (acquisition ou non de différentes parties.

Mais une nouveauté importante apparait dans ce texte. L’acquisition du socle est bien l’objectif du collège. On est passé d’une cohabitation (socle commun et DNB), puis une association (la validation du socle plus des épreuves du DNB). Ce nouveau projet identifie le DNB au socle : « La maîtrise du socle est validée par l’obtention » du DNB.

Et l’orientation ?

Et, coucou, le choix de sa voie de formation revient. Ce serait l’obtention du diplôme national du brevet qui le permettrait ! La maîtrise du socle (l’obtention du DNB) « permet à l’élève de choisir sa voie de formation, professionnelle ou générale et technologique. » L’obtention ouvrirait donc les voies d’orientation à l’issue de la classe de troisième[5]. Cette obtention serait l’étalon nécessaire autorisant le passage en classe supérieure introduisant une certaine « objectivation par la « preuve ». Le conseil de classe serait allégé de cette tâche.

Mais reste la répartition entre les voies qui se feraient selon quelles modalités ?

  • Le maintien de l’existence des procédures d’orientation dans lesquelles, en effet, il y a un choix de la voie par l’élève (légalement par les parents en fait, l’élève étant mineur), mais, comme nous le rappelions, c’est l’institution qui autorise (le conseil de classe, le chef d’établissement).
  • Suppression des procédures, et choix libre de la voie.

Le CSP ne s’exprime pas explicitement sur ces deux possibilités, pourtant essentielles. Car, dans le cas du maintien des procédures, la fonction du triage reste au collège et à l’institution avec nécessairement les implications pédagogiques et le maintien du paradoxe pragmatique, faire réussir tous les élèves et les distinguer pour les orienter.

Mais une question supplémentaire se pose, que se passe-t-il en cas d’échec au DNB ? « Lorsque l’obtention n’est pas réalisée en fin de troisième, l’institution scolaire doit trouver les solutions de poursuite de formation et proposer des modalités de validation. » L’appel à l’institution scolaire suppose que la solution à ce nouveau problème, le non-passage en classe supérieure si le DNB n’est pas obtenu, n’existe pas aujourd’hui. Ceci laisserait la possibilité d’un maintien de l’existence des « prépa-secondes ».

Un peu plus loin le CSP aborde la prise en compte de la continuité du parcours scolaire : « La vérification de cette maîtrise progressive est faite tout au long du parcours scolaire et en particulier à la fin de chaque cycle. Cela permet un suivi des apprentissages de l’élève. Les bilans réalisés n’ont pas vocation à conditionner le passage des élèves dans la classe supérieure mais ils constituent une information importante pour les élèves et leurs familles. » (p 5)

Là encore on relève une ambiguïté. Si les « bilans réalisés n’ont pas vocation à conditionner le passage » mais à informer les élèves et les familles, cela ne dit rien sur le rôle des procédures d’orientation à l’issue de la sixième et de la quatrième au collège. En cas de non-acquisition, que se passe-t-il ? Le CSP précise : « des stratégies de prévention comme d’accompagnement sont à mettre en œuvre dans le cadre normal de la classe, ou dans des groupes réduits temporairement à cet effet, et n’isolant pas l’élève de sa classe de rattachement. » (p 5)

 

Le CSP avec ce projet de socle commun engage une profonde modification du rôle du collège dans le système scolaire français à la condition de lever son ambiguïté sur les procédures d’orientation, qui ne sont pas nommées d’ailleurs. Leur maintien au collège rentrerait en conflit avec l’objectif que le CSP lui assigne : permettre à tous les élèves d’acquérir le socle.

Ce socle fut publié par le ministère de Najat Vallaud-Belkacem, mais peu de temps après un nouveau ministre prend les rênes, Jean-Michel Blanquer et l’ambiguïté concernant les procédures d’orientation fut levé de fait avec l’abandon de fait de l’expérimentation de l’orientation à la main des parents.

 

Un prochain post s’attaquera enfin à la lecture critique du projet du CSP du socle commun présenté en avril 2025. Désolé pour les erreurs précédentes.

 

Bernard Desclaux

 

 

 

[1] https://www.lfbogota.com/wp-content/uploads/2021/05/Nouveau_socle_commun_de_connaissances_de_competences_et_de_culture1.pdf

[2] Remarques primaires au projet de socle de 2015 (1). https://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2025/05/09/remarques-primaires-au-projet-de-socle-1/  

[3] Article 9 de la loi n° 2005-380 du 23 avril 2005 d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000002270001

[4] Luisa Lombardi. (2025). Le sens des cursus scolaires. Une comparaison des expériences des lycéens anglais, français et italiens. In Jean-Pierre Véran et Régis Malet. Oser une École commune. Savoir et agir pour faire société. Berger-Levrault.

[5] Code de l’éducation. Section 1 : La formation secondaire. (Articles D333-1 à D333-3-1). https://www.legifrance.gouv.fr/codes/id/LEGISCTA000006166850

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This entry was posted on samedi, mai 10th, 2025 at 15:12 and is filed under Orientation, Système scolaire. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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